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Full text of "Petite encyclopédie musicale"

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Brigham Young University 

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PLTITE 

ENCYCLOPÉDIE MUSICALE 



















LA FAMILLE MOZART 

DESSIN DE PACQCET, DAPRÈS CNE ESTAMPE DC TEMPS. 



PETITE 

ENCYCLOPÉDIE MUSICALE 

PAR 

ALEX. BISSON et TH. DE LAJARTE 



II 

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE 
Par ALEXANDRE BISSON 

ET 

BIOGRAPHIE DES COMPOSITEURS, VIRTUOSES, ETC. 
Par GEORGES BAUDOUIN 







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H^. 






PARIS 

A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

51, RUE LAFFITTE, 51 

1884 

Droits de reproduction et de traduction réservés. 



AYANT-PROPOS 



Dans le volume qui forme la première partie de la Petite 
Encyclopédie musicale, nous avons étudié le côté technique 
de la MUSIQUE, ses éléments constitutifs, les principes de la 
mélodie et de V harmonie ^ les règles de \d.fiujue^ du contre- 
point et de \ instrumentation. 

Nous allons aborder maintenant F/^/s^oeVe^e la musique et 
passer en revue les progrès de Part musical et ses transfor- 
mations successives, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. 

Nous avons divisé notre travail en deux parties, qui se 
complètent l'une l'autre. 

Dans la première partie, V histoire générale de la musique^ 
nous étudierons l'art musical dans ses origines, ses déve- 
loppements, ses périodes de progrès et de décadence ; nous 
verrons le niveau artistique monter ou descendre, obéissant 
à l'impulsion des différentes écoles et à l'influence des com- 
positeurs illustres. Nous aurons ainsi un aperçu du mouve- 
ment musical à travers les âges. 

Nous esquisserons ensuite, dans la seconde partie, les 
biographies des principaux musiciens, compositeurs, vir- 
tuoses, théoriciens, etc., dont le génie, le talent ou les 



VI AVANT-PROPOS. 

études ont amené Vart musical au degré de perfection qu'il 
possède aujourd'hui. 

Ainsi se trouvera rempli le programme que nous nous 
sommes tracé en commençant cette petite encyclopédie, et 
qui est de réunir en peu de pages toutes les connaissances 
nécessaires pour apprécier les œuvres musicales et s'inté- 
resser aux progrès de l'art. 

C'est donc là un ouvrage qui s'adresse aux établissements 
d'instruction, aussi bien qu'aux gens du monde. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Préface ^ 

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE 1 

CHAPITRE PREMIER. 

La musique chez les anciens 2 

CHAPITRE II. 

LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 

I. Origine et constitution du plain-chant. •— Saint Ambroise^ saint 

Grégoire le Grand, Charlemagne G 

IL Coinmencements de V harmonie 10 

§ 1. Diaphonie ou organum. — Isidore de SéviUe. — Hucbald. 

— Jean Cotton. — Apparition de l'orgue. — Neumes 10 

§ 2. Déchant. — Gui d'Arezzo. — Francon de Cologne. — Mono- 
corde, — Noms des notes de la gamme. — Hexacordes. — 

Musique mesurée 12 

§ 3. Faux-bourdon. — Marchetto de Padoue. — Jean des 

Murs , 1 S 

III. Musique profane et populaire. — Troubadours. — Trouvères. 

— Jongleurs on ménestrels 16 

IV. Le théâtre au moyen âge. — Mystères. — Moralités. — Farces. — 

Soties 18 

V. Contrepoint. — Fugue. — Canon. — École gallo-belge 21 

CHAPITRE III. 

LA MUSIQUE A L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 

Luther. — Palestrina. — Willaert. — Roland de Lattre. — La 
musique religieuse. — Le madrigal 23 



yill TABLE DES MATIERES. 

CHAPITRE IV. 

LA MUSIQUE PENDANT LE DLK-SEPTIÈME SIÈCLE. 

Pages. 

I. Premiers essais de musique dramatique 27 

II . L'Opéra en France 30 

§ 1 , Prédécesseurs de Liilli 30 

§ 2. Liilli 32 

§ 3. Successeurs et imitateurs de Lulli 34 

§ 4 . La musique à létranger 36 

CHAPITRE V. 

LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 

I. Musique dramatique 39 

§ 1. L'Opéra eu France 39 

Rameau 39 

Gluck 43 

§ 2. L'Opéra-Comique en France 47 

1» Les théâtres de la foire 47 

2° L'Opéra-Comique 51 

§ 3. La musique dramatique à l'étranger 56 

IL Musique non dramatique 59 

§ 1. Musique d'église. — Oratorios. — Musique instrumen- 
tale 59 

Haendel. — Jean-Sébastien Bach. 

§ 2. Musique symphouique. — Origine de la symphonie 65 

Haydn. — Mozart. 
§ 3. De l'exécution musicale 69 

CHAPITRE VI. 

LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 

I. La musique jusqu'eii" 1860 75 

§ 1. L'Opéra sous l'empire et la restauration 75 

Dalayrac. — Méhul. — Cherubini. — Lesueur. — Berton. 
— Cateli — Spontini. 

§ 2. L'Opéra-Comique sous l'empire et la restauration 77 

Paer. — Plantade. — Alex. Piccini.f— Catrufo. — Blangini, 
— M"* S. Gail.— Bochsa. — Nicolo Isouard, — Boïeldieu. 

§ 3. L'École italienne 80 

Rossini. — Carafa. — Mercadante. — Vaccaj. — Pacini. ; — Do- 
nizetti. — Bellini. 



TABLE DES MATIERES. IX 

Pages. 

§ 4. L'École allemande 85 

Beethoven. — Weber. — Spohr. — Schubert.— Mendelssohn. — 
Schumann . 

§ o. L'Opéra-Comique après Boïeldieu 88 

Auber.— Hérold. — Adam. — Monpou. — Reber.— Clapisson. — 
Grisar. — Maillait. 

§ 6. L'Opéra après Rossini 91 

Meyerbeer. — Halévy. — Niedermeyer. — Berlioz.— F. David. 

§ 7. Chantem^s et virtuoses 95 

n. La musique contemporaine 98 

§ 1 , École italienne 98 

§ 2. École allemande 99 

§ 3. École française 100 

§ 4. Chanteurs et virtuoses 106 

§ 5. Compositeurs étrangers à la France, à l'Italie et à l'Alle- 
magne 106 

BIOGRAPHIE DES COMPOSITEURS, VIRTUOSES, etc 109 



PORTRAITS. 

Palestrina 24 

Mozart 58 

Beethoven 84 

GouDod 100 



PETITE 

ENCYCLOPÉDIE MUSICALE 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE 



CHAPITRE PRÉLIMINAIRE. 

« La xMusiQUE, a dit excellemment Joseph d'Ortigue, est un 
langage donné a l'homme comme auxiliaire de la parole, pour 
exprimer, au moyen de la succession et de la combinaison des 
sons, certains ordres de sentiments et de sensations que la parole 
ne saurait rendre complètement. » 

La musique est aussi ancienne que le monde et, de tout temps, 
l'homme a traduit par ses chants ses diverses émotions de joie 
et de tristesse. La voix humaine, cet instrument magnifique, fit 
entendre d'abord des successions de sons, des mélodies d'une 
inspiration simple et d'un sentiment naïf. Plusieurs hommes exé- 
cutèrent ensuite un même chant à l'wmsson, et firent doubler ce 
chant par les instruments divers, imaginés par leur industrie 
créatrice. Enfin on s'aperçut qu'il pouvait se produire des combi- 
naisons de sons agréables à l'oreille et, de cette découverte, na- 
quit Vharmonie, cette science toute moderne dont les débuts 
furent longs et difficiles et qui est arrivée aujourd'hui à un si 
parfait développement. 

Nous allons jeter un coup d'œil très rapide sur l'Histoire de la 
musique chez les anciens et au moyen âge, nous réservant d'étu- 
dier avec plus de détails la musique moderne, depuis la Renais- 
sance jusqu'à nos jours. 

1 



CHAPITRE I. 

LA MUSIQUE CHEZ LES ANCIENS. 

Il ne nous reste aucune œuvre musicale des anciens peuples, 
et ce que nous connaissons de leur musique se trouve mentionné 
dans les écrits théoriques des didacticiens, dans les annales des 
historiens, dans les chants des poètes et dans les traités des phi- 
losophes. La musique étant principalement un art d'expression, 
il est aisé de se rendre compte du vague et de l'obscurité que 
produit cette absence totale de documents positifs. 

Les Grecs avaient un système musical très compliqué et se 
servaient, d'après Burette, de 1620 signes, pour désigner les 
notes. Leur échelle tonale était basée sur le tétracorde, groupe 
composé de quatre notes successives. La première et la qua- 
trième note du tétracorde étaient immuables ; la deuxième et la 
troisième changeaient à volonté. De la variabilité de ces deux 
notes intermédiaires résultaient trois genres : le genre diatonique, 
qui procédait par tons et demi-tons [ut^ ré, mi, fa) ; le genre 
chromatique, qui procédait par demi-tons [ut, ré, ré dieze, fa) ; 
le genre enhamionique, qui procédait par quarts de ton {ut, ré, 
ré haussé d'un quart de ton, fa), intervalle qui n'existe pas dans 
notre musique moderne. 

Les Grecs comptaient dans leur musique plusieurs modes, 
qui étaient caractérisés par le degré d'acuité ou de gravité du son 
formant la première note du tétracorde et par la position des 
demi- tons. Les mo(Jes principaux avaient nom : mode dorien, 
phrygien, ionien, éolien et lydien. Ces cinq modes donnèrent, 
parla suite, naissance à d'autres modes [hyperphrygien, myxo- 
lydien, etc.), dont nous n'avons pas à nous occuper ici. 

Les instruments {flûtes, lyres, crotales) accompagnaient les 
voix, précisant le rythme et doublant les chants. Comme nota- 



LA MUSIQUE CHEZ LES ANCIENS. 3 

tion, les Grecs se servaient des lettres de l'alphabet, accompa- 
gnées de signes particuliers. 

La musique était en grand honneur à Athènes et les législa- 
teurs ne dédaignaient pas de s'occuper des questions musicales, 
prescrivant les anodes dont il convenait de faire usage en diver- 
ses circonstances, réglementant le nombre des cordes de la 
lyre, etc. L'illustre philosophe Socrate, parvenu à un âge avancé, 
fut obligé, dit-on, d'étudier la musique, afin d'assujettir sa dic- 
tion, lorsqu'il parlait en pubUc, aux règles de la mesure, du 
rythme et de l'harmonie des sons. L'insignifiance ordinaire des 
poésies, mises en musique par les compositeurs modernes, a fait 
dire, avec quelque raison, que ce qui ne vaut pas la peine cVêtre 
dit, on le chante. 11 n'en était pas de même en Grèce, où la musi- 
que était l'humble servante de la poésie. 

Les Romains empruntèrent aux Grecs presque tout leur sys- 
tème musical, et l'habitude de faire accompagner les orateurs et 
les acteurs par des instruments. Cet accompagnement se faisait 
au moyen de flûtes de deux sortes : les unes {tibiœ dextrœ) réser- 
vées aux situations graves et pathétiques ; les autres {tî'bics 
sinisti^œ) employées dans les situations comiques. 

Les Chinois avaient des musiciens plus de deux mille ans avant 
Jésus-Christ. La musique chinoise est basée sur une gamme de 
douze demi-tons appelés /w, qui, en se réunissant deux par deux 
pour former des tons, offrent une série de cinq tons et deux demi- 
tons, comme notre gamme moderne. Les Chinois ont de nom- 
breux instruments de musique: flûte, trompette, cloches, tamtam^ 
tambour, etc. La musique est spécialement employée, en Chine, 
dans les fêtes, les cérémonies officielles et dans les théâtres. Les 
femmes sont exclues des concerts pubUcs. 

Les Indiens ont fait peu de progrès, en musique, depuis les 
temps anciens. Selon la mythologie hindoue, la musique est d'es- 
sence divine, et Brahma en fut le principal initiateur. La musique 
des Indiens possède 84 modes, destinés chacun à exprimer une 
idée propre, un sentiment particuUer, 

Les instruments, très nombreux, se divisent en quatre caté- 
gories : 



4 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

1° Les instruments à cordes, assez semblables au violon et au 
violoncelle ; 

2° Les instruments à vent : flûtes, flageolets, trompettes; 

.3° Les instruments à percussion simples: tambours, gongs, etc.; 

li° Les instruments à percussion jumeaux : castagnettes, cym- 
bales, etc. 

Les airs hindous sont communément lents et plaintifs ; sou- 
vent la voix du chanteur est soutenue et accompagnée par un 
seul instrument: la vina, que l'on appelle la lyre indienne et qui 
est formée de deux gourdes, réunies par un bambou et portant 
sept cordes en acier ou en fil de coton gommé. 

Les Egyptiens, ainsi que le prouvent de nombreuses inscrip- 
tions hyéroglyphiques, se servaient jadis de beaucoup d'instru- 
ments: la harpe principalement, la lyre, le psaltérion, le sistre, 
la flCite, la trompette, le tambour, etc. Dans les groupes de chan- 
teurs, on remarque toujours un exécutant qui bat des mains pour 
marquer la mesure. Les Hébreux conservèrent ce même usage 
après leur sortie d'Egypte. 

Le psaltérion ressemblait beaucoup au tympanum des races 
tchèques modernes ; c'était une table sonore sur laquelle étaient 
tendues des cordes métaUiques de différentes grandeurs. 

Le darabouka, sorte de tambour assez étrange, rendait tel ou 
tel son, suivant l'endroit que l'on frappait. Cet instrument, le 
tarabouk moderne, était suspendu par un lien au cou de l'exécu- 
tant ; la main gauche le soutenait et il produisait des sons aigus 
ou graves, suivant qu'on le frappait avec le doigt ou avec le 
plat de la main droite. 

L'instrument le plus spécial et le plus pittoresque de l'ancienne 
Egypte, à laquelle les Grecs l'ont emprunté, était le sistre, que 
l'on connaît par les dessins antiques. Il avait la forme d'ellipse et 
était traversé, dans sa largeur, par plusieurs tringles, auxquelles 
étaient suspendus des anneaux métalUques de formes variables. Le 
sistre était, le plus souvent, d'or, d'argent ou de bronze très 
pur. 

Les HÉBREUX avaient la musique en grand honneur, et cet art 
était parvenu chez eux à un assez haut degré de perfection. La 



LA MUSIQUE CHEZ LES ANCIENS. 5 

Bible nous apprend, en effet, quelle merveilleuse influence la 
harpe du jeune David exerçait sur le roi Saùl et quels enthou- 
siasmes produisaient les chants des prophètes. David forma, pour 
le service du temple, un corps de quatre mille musiciens, divisés 
en plusieurs chœurs et plusieurs orchestres ; mais ces masses 
vocales et instrumentales n'impliquent nullement la connaissance 
de rharmonie chez le peuple juif, dont les instruments étaient fort 
primitifs et qui ne possédait aucune notation musicale. 

Les instruments les plus en usage étaient : la harpe (kinnoi^), 
le luth (nebel), les flûtes à bec et les trompettes {jobel), que l'on 
sonnait d'un lieu élevé, le soir du sixième jour, pour appeler au 
sabbat les gens de la ville et de la campagne. 

Le chatzotzeroth était aussi une sorte de trompette, composée 
d'un tube long, étroit, presque cylindrique et terminée par un 
pavillon de forme élégante ; on l'employait à la guerre et pour les 
sacrifices religieux (1). 

(1) Voir L. PiLLAUT, Instruments et Musiciens . 



CHAPITRE IL 

LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 
I 

Origine et constitution du plain-chant. — Saint Ambroise. 
Saint Grégoire le Grand. — Charlemagne. 

Il est bien établi que les premiers chrétiens chantaient des 
hymnes et des cantiques dans leurs réunions ; saint Paul le dit 
formellement dans ses Épîtres et les historiens contemporains de 
la primitive Église le constatent dans leurs récits. 

A la face du ciel, lorsqu'on les tolérait, et dans les catacombes 
lorsque sévissait la persécution, les disciples du Christ chantaient 
les louanges de Dieu, en adaptant des paroles sacrées à des mélo- 
dies grecques ou juives. Pline le Jeune, proconsul de Bythinie, 
répondant à l'empereur Trajan, au sujet des chrétiens, écrivait : 
« Leur prétendu crime consiste à se rassembler, certains jours, 
avant le coucher du soleil, afin de chanter des hymnes en l'hon- 
neur du Christ, qu'ils adorent comme leur Dieu. » 

Au fur et à mesure du développement de la religion chrétienne, 
les cérémonies religieuses augmentèrent d'importance et dé- 
ployèrent de plus en plus une pompe majestueuse. 

Les chants liturgiques suivirent naturellement cette évolution. 
Le peuple entier chantait d'abord, de concert avec les prêtres, 
les hymnes consacrées; mais. bientôt les fonctions musicales 
furent réservées, dans les cérémonies du culte, à des clercs plus 
habiles, possédant, avec une voix: plus exercée, une connais- 
sance plus approfondie de l'art du chant. 

Le nombre des églises venant à se multiplier, les chants reh- 
gieux se trouvèrent promptement altérés, subissant des varia- 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 7 

tions nombreuses, dues au mauvais goût et aux différentes natio- 
nalités des exécutants. Le pape Sylvestre I" essaya bien d'enrayer 
le mal en fondant à Rome une école de chantres ; mais il fallait 
trouver des règles invariables, découvrir tout un système musi- 
cal pour asseoir sur des bases solides les réformes nécessaires. 
Ce fut saint Ambroise, évêque de Milan, qui opéra la transforma- 
tion du chant ecclésiastique, en créant le plain-chant, d'où est 
sortie notre musique moderne. 

Si Ton veut bien se reporter à ce que nous avons dit de la 
musique des anciens Grecs (page 2), on comprendra facilement 
la constitution du plain-chant que nous allons exposer. 

Saint Ambroise, empruntant aux Grecs leur ton diatonique, 
divisa l'échelle des sons en séries de huit notes successives, dont 
la dernière était à l'octave de la première. Cette série de huit 
notes se trouvait donc composée de deux tétracordes. En pre- 
nant comme note fondamentale quatre notes différentes, saint 
Ambroise obtint quatre séries ayant chacune, par la disposition 
des tons et des demi-tons, une expression particulière. Ainsi se 
trouvèrent formés quatre tons, savoir : 

Le premier ton, commençant à re, comme le mode dorien : 
/?e, ?ni, fa^ sol, la, si, ut, ré. 

Le deuxième ton, commençant à mi, comme le mode phrygien : 
Mi, fa, sol, la, si,tit,ré, mi. 

Le troisième ton, commençant à fa, comme le modelydien : Fa, 
sol, la, sol, si, ut, ré, mi, fa. 

Le quatrième ton, commençant à sol, comme le mode myxo- 
lydien : Sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol. 

Les deux demi-tons, de mi à fa et de si à ut, occupent, 
comme on le voit, une place différente dans chaque ton. Deux 
cents ans plus tard, à la fin du sixième siècle, le pape saint 
Grégoire le Grand compléta l'œuvre de saint Ambroise et fixa 
définitivement les bases du plain-chant tel qu'il existe encore 
aujourd'hui. 

Prenant la dominante ou cinquième note de chaque ton pour 
en faire une note fondamentale, Grégoire le Grand constitua 
quatre tons nouveaux, qui furent appelés plagaux, par opposi- 



8 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tion aux quatre tons ambroisiens, appelés authentiques. L'échelle 
des tons se trouva donc ainsi instituée : 



1«' ton : authentique Ré, mi, fa, sol, la, si , iit^ ré. 

2e ton : pLigal La, si, ut., ré, 7ni, fa, sol, la. 

3« ton : authentique Mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi. 

4« ton : plagal Si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si. 

5e ton : authentique Fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa. 

6e ton : plagal Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut. 

7e ton : authentique Sol, ta, si, rit, ré, mi, fa, sol. 

8* ton : plagal Ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré. 

On voit, par ce tableau, l'affinité qui existe entre un ton authen- 
tique et son ton plagal. La note tonique du ton authentique devient, 
en effet, la dominante du ton plagal, et la tonique du ton plagal 
n'est autre que la dominante du ton authentique. 11 faut remar- 
quer aussi que, dans les tons authentiques, la dominante est à la 
quinte de la tonique (re, la), tandis qu'elle est à la quarte de la 
tonique dans les tons plagaux (la, ré). C'est ce changement de 
place de la dominante qui marque la différence entre le premier 
ton et le huitième, qui ont tous deux la même tonique ré. 

Les notes n'avaient pas les noms que nous leur donnons aujour- 
d'hui. Saint Grégoire, renonçant à la nomenclature si compliquée 
des Grecs, désigna les notes par les premières lettres de l'alpha- 
bet romain, en prenant, comme point de départ, la note repré- 
sentant le la inférieur de la voix de basse, qui est la note la plus 
grave employée dans le plain-chant et qu'il désigna par la lettre A. 
Les notes suivantes furent appelés B, G, D, E, F, G. Les sons 
de l'octave supérieure furent indiqués par les mêmes lettres 
minuscules : a, b, c, d, e, f, g. Ces lettres sont encore employées 
dans le chant liturgique pour marquer les différents tons. Les 
facteurs de pianos s'en servent également pour désigner les cordes 
de cet instrument. 

Le SI, représenté par la lettre B, formant parfois avec le fa 
un intervalle très désagréable (intervalle de triton), les chantres 
prirent l'habitude de l'abaisser souvent d'un demi-ton. Ils figu- 
raient alors ce si abaissé par un B 7'ond ou mol, tandis que le si 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 9 

ordinaire était représenté par un B carré ou dur. De là sont 
venues nos expressions de bémol et de bécarre. 

Après avoir établi sur ces bases le chant ecclésiastique, saint 
Grégoire voulut assurer son entière pureté et le garantir contre 
les altérations de l'ignorance et du mauvais goût. Pour cela, il 
établit à Rome deux classes de chantres, qu'il ne dédaignait pas 
de diriger souvent en personne. Puis il réunit dans un antipho- 
naire, qu'il appela Antiphonarius cento, tous les morceaux de 
chant de la liturgie et il attacha, par une chaîne de fer, ce recueil 
modèle au maître-autel de l'église Saint-Pierre, afin qu'on pût le 
consulter au besoin. 

Malgré ces précautions, l'intégrité du chant grégorien se trouva 
bientôt corrompue par l'addition de fioritures, ornements et notes 
d'un goût douteux, qui enlevaient aux chants sacrés leur simpli- 
cité et leur grandeur. Deux cents ans plus tard, à la fin du hui- 
tième siècle, Charlemagne fonda des écoles de chant et fit venir 
de Rome des chantres habiles pour rendre aux mélodies ecclé- 
siastiques leur pureté primitive. Le pape Adrien lui envoya même, 
dans ce but, plusieurs copies de V Antiphonarius cento. 

Mais ces honorables efforts ne furent guère récompensés et les 
diverses églises continuèrent à dénaturer Toeuvre de Grégoire le 
Grand. 

En ces temps, du reste, il s'opéra dans la musique une trans- 
formation radicale. On avait vécu, jusque-là, sur le système 
musical des Grecs, basé uniquement, comme la musique des 
Anciens, sur la mélodie ; mais un élément nouveau, Vharmonie^ 
vint bouleverser la science musicale et édifier sur des assises 
désormais immuables le grandiose édifice de la Musique mo- 
derne. 



10 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

II 

Commencements de l'harmonie. 

§ 1. Diaphonie ou organum. — Isidore de Séville. — Hucbald. 
Jean Cotton. — Apparition de l'orgue. — Neumes. 

C'est dans les Sentences su?' la musique d'Isidore, évêque de 
Séville (septième siècle), qu'il est parlé pour la première fois de 
V Harmonie, a L'harmonie, est-il dit dans ce livre, est une con- 
cordance de plusieurs sons et leur union simultanée. » Un savant 
moine des Flandres, Hucbald (neuvième siècle), a consigné, dans 
son Manuel de la musique, les règles de l'harmonie telle qu'elle 
était connue et pratiquée de son temps, a L'harmonie, écrit-il, 
est une association agréable de sons dissemblables réunis entre 
eux. » Cette association agréable s'obtenait au moyen de la cUa- 
pJwnie, c'est-à-dire par une succession de quartes, de quintes et 
d'octaves, seuls intervalles harmoniques connus à cette époque. 
Cette harmonie primitive, qui nous paraît aujourd'hui si barbare 
et si insupportable, semblait alors pleine de charmes. On ne pos- 
sédait, en effet, d'autre système musical que leplain-chant, per- 
fectionné par saint Grégoire et dont chaque ton était gouverné 
par deux notes maîtresses : la tonique et la dominante. En asso- 
ciant ces deux notes, on obtenait des accords de quinte dans les 
tons authentiques et des accords de quarte dans lestons plagaux. 
Chaque note d'un chant quelconque fut alors accompagnée d'une 
ou de plusieurs autres notes, marchant parallèlement par quinte, 
par quarte ou par octave. On formait ainsi des accords de deux, 
de trois et même de quatre notes, en doublant Tune d'elles à 
l'octave. On retrouve encore aujourd'hui des traces de cette har- 
monie désagréable dans certains jeux de l'orgue, appelés /e?/^ de 
mixture, qui, donnant à la fois toutes les notes de l'accord parfait, 
produisent, par là même, des successions directes de quartes, 
de quintes et d'octaves. Aussi ces jeux ne sont-ils jamais em- 
ployés seuls. 

La diaphonie fut bientôt en progrès. On lit, en effet, dans un 
écrit de Jean Cotton, auteur du onzième siècle^ que : 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. Il 

« La diaphonie est un ensemble de sons convenablement unis. 
Elle est exécutée au moins par deux chanteurs, de telle sorte que, 
tandis que l'un fait entendre la mélodie principale, l'autre, par 
des sons différents, circule convenablement autour de cette 
mélodie et que, k chaque repos, les voix se réunissent à l'unisson 
ou à l'octave. » Cette citation révèle une plus grande Uberté dans 
le mouvement des parties d'accompagnement. D'après le même 
auteur, on donne aussi à la diaphonie le nom dCorganum, parce 
que la voix humaine, exprimant par des chants des sons dissem- 
blables et simultanés, possède une grande analogie avec les sons 
de Porgue. 

L'orgue, dont parlait Jean Cotton, était certes loin. d'avoir la 
perfection de nos orgues modernes. Il était cependant en progrès 
sur l'orgue hydraulique des anciens par suite de l'invention du cla- 
vier ; mais les touches étaient si larges et le mécanisme si grossier, 
qu'un clavier de seize touches seulement mesurait près de deux 
mètres. L'organiste abaissait les touches avec le coude ou avec 
le poing, ou encore au moyen d'un bâton gros et court qu'il tenait 
à la main. Il ne pouvait, de la sorte, faire entendre qu'une note 
avec chaque main et c'était ainsi qu'il accompagnait la diaphonie. 
En 757, Pépin le Bref reçut comme présent, de Constantin Copro- 
nyme, un orgue à soufflets, et, en 812, Constantin Curopalate 
en envoya un autre à Charlemagne. Ces deux instruments exci- 
tèrent au plus haut point une curiosité et un enthousiasme, dont 
les chroniqueurs nous ont transmis la forte et naïve expres- 
sion. 

Comme notation musicale, on n'employait plus, à cette épo- 
que, les sept premières lettres de l'alphabet romain, mises en 
usage par saint Grégoire ; on se servait d'un ensemble de signes 
particuliers, appelés neumes et composé de virgules, de points, 
de traits droits ou contournés, couchés ou horizontaux. Pour 
rendre plus facile la lecture de ces signes, on les écrivait sur des 
lignes de diverses couleurs, précédées des lettres F, C, G, qui 
indiquaient la place du fa, de Viit et du sol. Telles furent les ori- 
gines de la portée et des clefs de fa, d'ut et de sol. 



4-2 PETITE ENXYCLOPEDIE MUSICALE. 

§ 2. DÉCHANT. — Gui d"ARREzzo. — Franxon de Cologne. — Monocorde. 
Noms des notes de la gamme. — • Hexacordes. — Musique mesurée. 

Après avoir parlé de la diaphonie ou organum^ qui fut le pre- 
mier système harmonique, nous dirons quelques mots du déchant, 
second état de Tharmonie au moyen âge, d'où procédèrent le 
contrepoint et la fugue ; mais il nous faut d'abord mentionner ici 
les progrès musicaux réalisés grâce aux efforts de deux hommes, 
Gui d'Arezzo et Francon de Cologne, qui exercèrent sur leur 
temps la plus salutaire influence. Gui d'Arezzo, moine bénédictin 
du couvent de Pomposa, en Italie^ fut surtout un excellent pro- 
fesseur qui, par la simpUcité de sa méthode, contribua beaucoup 
à l'extension de la science musicale. Il exposa ses principes dans 
son Micrologue des règles de Im^t musical, qui offre un fidèle 
tableau de la musique au onzième siècle. Les succès de son ensei- 
gnement furent tels, qu'ils excitèrent la basse jalousie des moines 
de son couvent, furieux de sa supériorité. Gui revint à Arezzo, 
sa ville natale, d'où il fut appelé à Rome par le pape Jean XIX, 
qui le combla d'honneurs et d'éloges. Il mourut en 1050. 

De toutes les inventions merveilleuses attribuées bénévole- 
ment à Gui d'Arezzo, deux seulement doivent être comptées à 
son actif: le monocorde et la dénomination des six premières 
notes de la gamme. 

La méthode d'enseignement de Gui d'Arezzo reposait sur le 
monocorde, instrument composé d'une table, sur laquelle étaient 
marquées les lettres représentantlesnotes,et d'une corde tendue, 
sous laquelle un chevalet mobile gUssait à volonté. 

Ce chevalet étant placé sur la lettre figurant une note déter- 
minée, la corde pincée donnait l'intonation de cette note. Le 
service rendu par le monocorde fut immense. Grâce à cet in- 
strument régulateur, des écoles de chant s'organisèrent et l'in- 
struction musicale se répandit avec rapidité. 

Quant aux noms donnés aux notes de la gamme par Gui 
d'Arezzo, ils constituaient simplement un moyen mnémonique 
pour l'usage de ses élèves, ainsi qu'il l'écrit lui-même à un de 
ses amis : « Les enfants auxquels j'apprends la musique peuvent 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 13 

chanter, au bout de trois jours, certaines mélodies à première 
vue. Pour arriver à donner à chaque note l'intonation conve- 
nable, il suffit de se rappeler très exactement le son des pre- 
mières syllabes d'un air quelconque bien connu. L'air dont je 
me sers ordinairement dans mes leçons est celui de l'hymne de 
saint Jean-Baptiste : 

ut queant Iaxis 
/îesonare fibris 
Mira gestoruin 
Famuli tuorum, 
So/ve polluti 
Z,abii reatum, 
Sancte Joannes. 

Ces syllabes ut, re, mi, fa, sol, la, qui n'étaient dans la pensée 
de Gui d'Arrezzo qu'un aide-mémoire, devinrent bientôt les noms 
effectifs des notes de la gamme, remplaçant ainsi les sept lettres 
de l'alphabet romain. Seule, la septième note de la gamme, le si, 
n'avait pas de désignation spéciale et était toujours représentée 
par la lettre B. Cette lacune donna naissance au monstrueux et 
funeste système des hexacordes ou division de la gamme en six 
notes. Cette invention, qui ne reposait sur aucun principe ra- 
tionnel, porta le trouble et la confusion dans l'art musical jusqu'au 
milieu du seizième siècle, époque à laquelle le flamand Waelrant 
donna à la septième note le nom de sz et remit ainsi toutes choses 
en leur place en rétablissant la division de l'échelle par octaves. 

Après Gui d'Arezzo, la musique fit de rapides progrès. Au 
nombre des innovations importantes que l'on signale au dou- 
zième siècle se place, en première ligne, l'invention de la musi- 
que figurée ou mesurée. 

L'Eglise n'admettait pas le rythme dans ses chants liturgiques, 
composés de sons d'une durée à peu près égale. Au contraire, 
les airs populaires ne pouvaient manquer d'offrir des rythmes 
assez accentués, qui précisaient le sens mélodique. Ce senti- 
ment du rythme passa de la musique populaire dans la musique 
savante et l'on inventa des notes qui, par leurs figures, indi- 
quaient une durée de son plus ou moins grande. Ces notes étaient : 



1-4 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

1° La maxime (double point carré avec queue à droite), la longue 
(point carré avec queue à droite), la brève (point carré) et \d. semi- 
brève (point en forme de losange). A ces notes s'ajoutaient les 
■pliques, sortes d'appoggiatures, et les ligatures^ qui réunissaient 
plusieurs notes dans une même figure. 

La théorie de la musique mesurée est exposée dans les écrits 
de Francon de Cologne, célèbre didacticien du douzième siècle, 
qui distingue également trois espèces de consonnances ou concor- 
dances : les parfaites (unisson, octave), les moyennes (quinte, 
quarte) et les imparfaites (tierce majeure et mineure). On pou- 
vait donc faire entendre des accords parfaits. 

A cette époque paraît le déchant, dont Francon de Cologne 
nous donne la définition suivante : « Le déchant est un ensemble 
harmonieux de deux chants, ajustés entre eux proportionnelle- 
ment par des longues, des brèves, des semi-brèves, et repré- 
sentés dans l'écriture par ces divers signes. » 

Voici comment on s'y prenait pour composer un déchant, qui, 
contrairement à la diaphonie, était toujours écrit en musique 
mesurée : « On prenait dans le recueil des chantsliturgiques une 
mélodie quelconque et l'on y adaptait quelque autre chant reli- 
gieux ou profane, peu importait, dont l'ensemble mélodique sem- 
blait susceptible de s'harmoniser tant bien que mal à ce thème. 
On ajustait ensuite les deux chants en modifiant la valeur des 
notes, prolongeantles unes, diminuant les autres, de telle manière, 
que les deux parties pussent être exécutées ensemble. Le déchant 
à trois voix s'appelait triplum, celui à quatre voix s'appelait cjua- 
druplum. La plus grande singularité du déchant, c'est que les voix 
ne chantaient point sur les mêmes paroles. Souvent la voix prin- 
cipale chantait les paroles latines d'un morceau liturgique et la 
voix supérieure l'accompagnait en chantant des airs populaires, 
avec des paroles comme celles-ci : Lonc le rien de la fontaine.,. 

Dames sont en grand esmai Dieus je ne puis la nuit dor- 

7nir,etc (1). « 

Il n'est guère facile de qualifier d'art ces exercices, ces com- 

(1) Marcillac, Histoire de la musique moderne. 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 15 

binaisons plus ou moins compliquées. La pratique du déchant 
donna cependant aux compositeurs une plus grande habileté 
dans récriture des voix et les prépara au contre-point et à la 
fugue, qui devaient résulter de ces essais timides et de ces pre- 
miers tâtonnements. 

§ 3. Faux-bourdon. — Marchetto de Padoue. — Jean des Murs. 

L'harmonie serait peut-être restée très longtemps stationnaire, 
resserrée qu'elle était dans les liens étroits de Vorganum et du 
déchant, si la musique populaire, qui grandissait à côté de la 
musique savante, n'avait imprimé un vigoureux essor à l'art 
musical par l'invention de formules nouvelles et par plusieurs 
découvertes, dont la plus importante fut le faux-bourdon. Le 
déchant était déjà bien supérieur à la diaphonie; il avait apporté 
dans les parties d'accompagnement une plus grande liberté d'al- 
lures et l'invention de la musique mesurée lui avait communiqué 
un nouvel élément de vie en lui donnant le rythme ; mais les 
combinaisons harmoniques reposaient toujours sur la quarte, la 
quinte et l'octave. Le faux-bourdon modifia heureusement cet 
état de choses en introduisant dans Tharmonie l'usage fréquent 
de l'accord de sixte, renversement de l'accord parfait, qui dégagea 
définitivement notre musique moderne de la tonalité grecque et 
de la tonalité grégorienne. 

Dans le faux-bourdon^ l'accompagnement de la mélodie se fai- 
sait à la tierce et à la sixte, produisant ainsi une série d'accords 
de tierce et sixte, marchant par mouvements directs. Le bon 
goût populaire avait donc écarté les quartes et les quintes pré- 
conisées par les savants et il avait donné la place d'honneur aux 
tierces et aux sixtes, laissées de côté jusqu'ici comme disso- 
nances barbares. On croira sans peine que les maîtres musiciens 
luttèrent longtemps contre l'adoption du faux-bourdon, que 
l'Eglise rejeta, de prime abord, à cause de son rythme trop 
nettement accentué; mais le progrès eut raison de l'entêtement 
des savants et la nouvelle forme harmonique se répandit dans 
toute l'Europe et principalement en Italie, où elle est encore 
employée à la chapelle pontificale. 



16 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Jusqu'au quinzième siècle, l'harmonie proprement dite fît peu 
de progrès. Deux théoriciens méritent d'être cités : Marchetto 
de Padoue et Jean des Murs, qui, tout en considérant encore 
la tierce et la sixte comme des dissonances, commencent à poser 
les règles des résolutions harmoniques et à proscrire les suites 
de quintes et d'octaves, qui constituaient les bases mêmes de 
la diaphonie. 

III 

Musique profane et populaire. — Troubadours. — Trouvères. 
Jongleurs ou ménestrels. 

Les écoles de musique, au moyen âge, avaient fait de l'ensei- 
gnement musical un véritable casse-tête chinois, composé de 
plus de trente parties distinctes. Il y avait la musique arithmé- 
tique, grammatique, rythmique, métrique, naturelle, artificielle, 
spéculative, pratique, combinatoire, etc., etc. 

Ces divisions trop multipliées ne produisaient que la confusion 
et s'opposaient à l'extension de l'art musical. Heureusement la 
chanson vint détruire les obstacles accumulés comme à plaisir 
par la science scolastique. Nous prenons ici le mot chanson 
dans sa plus large acception , car c'était souvent de longs 
poèmes que chantaient les musiciens dont nous allons nous occu- 
per et qui se divisaient en troubadours, trouvères et jongleurs 
ou ménestrels. 

Les troubadours, poètes-musiciens du midi de la France ainsi 
que les trouvères, poètes-musiciens des provinces du Nord, 
composaient des chansons ou poèmes, divisés par strophesrimées, 
qu'ils chantaient dans les châteaux, devant les rois et les sei- 
gneurs, à la façon des rhapsodes de l'ancienne Grèce. Souvent 
ils se faisaient accompagner de jongleurs ou ménestrels, qui 
jouaient de divers instruments, soutenant le chanteur et exécu- 
tant des morceaux de musique en guise d'intermèdes. 

Ces ménestrels formaient une caste à part, très nombreuse et 
très protégée par les grands, dont ils célébraient la gloire et 
embellissaient les fêtes. 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. i7 

Parmi les trouvères les plus renommés, il faut citer : Blondel 
ou Blondeau, rendu célèbre par son dévouement à Richard 
Cœur de Lion ; Regnault, châtelain de Coucy, mort en 1191, 
au siège de Saint-Jean d'Acre; Thibault, comte de Champagne 
(1201-125/i), dont une chanson fort intéressante nous a été con- 
servée ; Guillaume de Machault, valet de chambre de Philippe 
le Bel et auteur d'une messe à quatre voix, exécutée en 136/i, 
au couronnement de Charles V, roi de France ; enfin et avant 
tous, Adam de la Halle, surnommé le Bossu d'Arras, né en 1240, 
mort, vers 1286, à Naples, où il avait suivi le comte Robert d'Ar- 
tois et dont les œuvres ont été récemment publiées par M. de 
Coussemaker. L'étude de ces œuvres est pour nous un précieux 
renseignement sur l'état de la musique à cette époque. 

Adam de la Halle composa beaucoup de rondeaux et de motets 
à plusieurs voix. La basse de ces motets était un chant donné, 
tiré de la hturgie et très connu de tous les contemporains, car 
on ne le désignait que par le premier mot de l'hymne ou de 
l'antienne [Seculum ou Omnes ou Supe?' te). Les parties supé- 
rieures formaient une espèce de contrepoint fleuri, assez primitif 
et peu correct, mais qui constituait un progrès très réel sur la 
diaphonie et le déchânt. Sur ces parties étaient adaptées des 
paroles françaises, très peu édifiantes, que l'on chantait cepen- 
dant à l'église pendant les processions. Mais le titre de gloire le 
plus sérieux d'Adam de la Halle est une sorte de fabliau : le Jeu 
de Robin et de Marion, que l'on a appelé, avec raison, le plus 
ancien des opéras-comiques. Cette pastorale renferme, en effet, 
une action scénique et le dialogue ^versifié est entrecoupé de 
petites mélodies, airs ou couplets, remarquables par leur grâce, 
leur rythme et leur symétrie. 

Sous le règne de Philippe-Auguste, la licence des trouvères et 
des ménestrels devint si offensante pour la morale publique, que 
l'autorité ecclésiastique les censura et qu'ils furent exilés par le 
roi; mais leur bannissement fut de courte durée. 

Au quatorzième siècle, les ménestrels se réunirent, à Paris, en 
une corporation qui prit le nom de ménestrandte, et ils obtinrent 
des lettres patentes. Ils élurent un chef, qui prit le titre de roy. 



18 PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

des ménestriers et bâtirent l'église Saint-Julien-des-Ménestriers, 
située dans la rue du même nom, actuellement rue Saint-Martin. 
La charge du roy des ménestriers , appelé plus tard roi des 
violons, subsista fort longtemps, ainsi que la corporation elle- 
même. 

Les instruments principaux, en usage à cette époque, étaient : 
les orgues portatifs, les cors, trompettes, flûtes, fifres, cro- 
mornes, hautbois ; la cithare, la vielle, le luth, la guitare, la harpe, 
les violes et le rebec, d'oi^i dérive notre violon moderne. Il y 
avait, de plus, quelques instruments de percussion : tambour, 
tambourin, clochettes, castagnettes , triangle, etc. La masse 
instrumentale était, on le voit, assez complète ; quel parti les 
ménestrels tiraient-ils de cet orchestre ï Nous l'ignorons com- 
plètement, aucun document n'ayant survécu qui puisse nous 
renseigner à ce sujet. 

IV 

Le théâtre au moyen âge. — Mystères. — Moralités. — Farces. 
Soties. 

11 est nécessaire de dire ici quelques mots des représentations 
théâtrales du moyen âge, dans lesquelles la musique jouait un 
certain rôle. 

Dès le dixième siècle, une religieuse du couvent de Ganders- 
heim, nommée Hroswitha, composa plusieurs tragédies latines, 
qu'elle fit représenter dans le monastère même par ses sœurs en 
religion. Mais ce genre de spectacle ne pouvait intéresser que 
des inteUigences cultivées et n'était en aucune façon à la portée 
du peuple. 

Ce fut le clergé séculier qui prit l'initiative de représentations 
populaires, données d'abord dans les éghses et ensuite sous le 
portail des édifices sacrés pour instruire les fidèles et pour les 
moraliser. On commença par apporter plus de pompe et de 
majesté dans les cérémonies du culte; puis on mit en dialogues 
les récits des évangélistes et des prophètes. Enfin on emprunta 
des sujets à l'Ancien et au Nouveau Testament eti'on composa 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 19 

des pièces de théâtre, appelées i^î/s^ères, contenant souvent jus- 
qu'à 30,/iOet 50 000 vers et que des acteurs venaient chanter 
ou déclamer devant de nombreux spectateurs. Plusieurs de ces 
mystères nous ont été conservés : la Rédemption^ la Résurrec- 
tion^ Daniel^ F Adoration des Mages, etc.; mais le sujet le plus 
souvent mis en scène dans ces représentations était la Passion 
de Jésus-Christ. 

Parmi les plus curieux de ces spectacles sacrés, on doit citer 
la Fêle de VAne, que l'on célébrait tous les ans, à Beauvais, le 
quatorzième jour de janvier en souvenir de la Fuite en Egypte. 
Une des plus jolies filles de la ville représentait la vierge Marie 
et, montée sur un âne, tenait dans ses bras un petit enfant très 
richement habillé. Escortée d'une grande procession, elle tra- 
versait toute la ville, depuis l'éghse Saint-Pierre jusqu'à l'égUse 
Saint-Etienne, où elle entrait, toujours sur sa monture, et se 
plaçait devant l'autel. La messe se célébrait alors et chacun des 
répons ou antiennes se terminait par le cri de l'âne hin han!... 
A la fm de l'office, Vite missa est était remplacé par trois braie- 
ments du prêtre, auquel la foule répondait de la même façon. 

Plus tard, on amena devant l'autel Tàne revêtu d'une chape 
magnifique et l'on chanta une hymne farcie, c'est-à-dire écrite 
moitié en latin et moitié en langue vulgaire, dont voici le pre- 
mier couplet : 

Orientis partibus 
Adventavit asinus, 
Pulcher et fortissimus, 
Sarcinis aptissimus. 
Hez, sire Asnes, car chantez ! 
Belle bouclie recliignez ; 
Vous aurez du foin assez 
Et de l'avoine à plantez ! 

*0n célébrait encore, dans beaucoup d'églises, une autre fête 
aussi extravagante, appelée la Fête des fous ou Fête des innocents, 
A Sens, elle avait heu le jour de la Circoncision; on y chantait 
un office spécial, composé par l'archevêque Pierre de Corbeil et 
qui était une indécente parodie de l'office divin. Ces cérémonies 



20 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

burlesques étaient présidées par' un personnage qui prenait le 
titre de prince ou pape des fous. Sous sa direction, les prêtres 
et les clercs se livraient à des danses et à des chants grotesques, 
mangeant sur l'autel même et terminant la journée dans des fes- 
tins. Malgré les édits des rois et les censures des conciles, ces 
excès durèrent fort longtemps, car le peuple prenait grand plai- 
sir à ces orgies, qui étaient un souvenir des saturnales de l'anti- 
quité. 

Le clergé ayant chassé les mystères de l'enceinte des églises- 
à cause de la licence qui s'était introduite dans les représenta- 
tions, il se forma une association de bourgeois, d'artisans et de 
clercs qui, sous le nom de confrères de la Passion, mirent en 
scène la vie et la mort de Jésus-Christ. Ils s'étabUrent d'abord 
aux portes de Paris, dans le village de Saint-Maur, où leursy^w^tr 
furent accueillis avec une extrême faveur. 

En U02, Charles VI leur donna des lettres patentes et ils vin- 
rent installer leur théâtre près la porte Saint-Denis, au rez-de- 
chaussée de l'hôpital de la Trinité. 

Là ils jouèrent nombre de mystères et de miracles, qui attirè- 
rent une affluence prodigieuse. 

Il existe encore, de nos jours, à Oberammergau, petite loca- 
lité de la Bavière, une confrérie de ce genre, nommée Y école de 
la Passion, qui représente sur un théâtre immense les scènes 
principales de l'Ancien et du Nouveau Testament, et ce spectacle 
attire chaque fois une foule considérable de curieux. 

C'était une gloire et -un honneur, au moyen âge, de figurer 
dans les mystères et souvent les acteurs mettaient dans leur jeu 
une conviction et unenthousiasme bien extraordinaires. Un his- 
torien suédois, Dalin, raconte, à ce sujet, une aventure singu- 
lière. Pendant la représentation d'un mystère sur la Passion de 
Jésus-Christ, l'auteur, chargé du rôle du centenier qui transperça 
le flanc du divin sacrifié, se laissa tellement emporter au feu de 
son action, qu'il perça effectivement et tua d'un coup de lance 
l'acteur qui était sur la croix. Celui-ci, en tombant, écrasa l'actrice 
qui faisait le rôle de Marie. Le roi Jean II, furieux contre le mala- 
droit centenier, sauta sur le théâtre et lui abattit la tête; alors 



LA MUSIQUE AU MOYEN AGE. 21 

le peuple, qui aimait beaucoup cet acteur, se précipita sur le 
roi et le massacra. 

D'autres confréries se formèrent ensuite sous les noms de 
Clercs de la basoche^ Enfants Sans-Souci, etc. Laissant de côté 
les sujets religieux, elles jouèrent des pièces comiques, satiri- 
ques et souvent fort libres d'allures^ parmi lesquelles il convient 
de citer, en première ligne, la célèbre farce de Maître Pathelîn. 

La musique remplissait un rôle fort secondaire dans les mys- 
tères ; l'orgue et quelques instruments accompagnaient les 
chœurs, chantés en plain-chant. Dans les moralités, les farces et 
les soties, la partie musicale est presque nulle et se réduit à 
quelques chansons , airs ou couplets , absolument dépourvus 
d'harmonie. 

V 

Contre-point. — Fugue. — Canon. — Ecole gallo-belge. 

Le quinzième siècle occupe, dans l'histoire musicale, une place 
très importante, non en raison des compositions qu'il nous a 
laissées, mais à cause des grands progrès qu'il a vus se réaliser 
dans la science harmonique. C'est, en effet, pendant cette pé- 
riode que d'habiles théoriciens et des musiciens érudits, traitant 
le déchant par tous les procédés possibles, étabhssent les règles 
sévères du contre-point, fixent les lois rigoureuses de la fugue 
et déblayent, par un travail ingrat et persévérant, le terrain sur 
lequel la musique moderne assoira ses plus magnifiques monu- 
ments. Ce n'est ni en France, ni en Italie, ni en Allemagne, mais 
dans les Flandres que vivent et étudient ces maîtres musiciens, 
dont la science prodigieuse nous rempUt encore d'étonnement. 

L'école gallo-belge, qui se développa sous la protection des 
ducs de Bourgogne, fournit des théoriciens et des compositeurs à 
toute l'Europe. Ses plus illustres représentants sont : Guillaume 
DuFAY, qui substitua à la notation noire la notation blanche, aug- 
mentée de trois valeurs nouvelles : la minime, la semi-minime et 
la /wsa, qui correspondent à la blanche, à la noire et à la croche, 
— Jean Ockeghem, célèbre par l'habileté avec laquelle il traitait le 



22 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

canon, sorte de composition qui consiste à écrire le même air 
à plusieurs voix, en le commençant successivement à une ou 
plusieurs mesures de distance. Le canon Frère Jacques est un 
exemple bien connu de ce genre demusique.— Jean Tinctor ouïe 
Teinturier, qui fut aussi savant théoricien qu'habile compositeur 
et qui, devenu maître de chapelle de Ferdinand d'Aragon, roi de 
Naples, fonda la plus ancienne école de l'Italie. — Josquin des Prés, 
que Luther appelait un maître en noies, et qui a joui, longtemps 
même après sa mort, d'une grande renommée. 

Ces compositeurs et une quantité d'autres, qui sont moins 
célèbres, étaient plus savants qu'inspirés. L'harmonie constituait à 
leurs yeux toute la musique et ils ne s'occupaient guère de la 
mélodie, qu'ils abandonnaient aux trouvères et aux ménétriers. 
Pour composer une messe, par exeniple, ils prenaient une chan- 
son très connue, telle que celle de VHomme armé, et, pendant 
que le ténor en chantait les paroles profanes et quelquefois fort 
légères, les autres parties , écrites en contre-point , faisaient 
entendre les paroles sacrées de la liturgie. Cette bizarrerie péné- 
tra jusqu'en Italie, jetant le ridicule et la confusion dans les céré- 
monies religieuses, et il ne fallut rien moins que le génie de Pales- 
trina pour la faire disparaître. 



CHAPITRE III. 



Luther. — Palestrina. — Willaert. — Roland de Lattre. 
La musique religieuse. — Le madrigal. 

Le grand et fécond mouvement de la Renaissance imprima à 
l'art musical une nouvelle direction. Laissant de côté les froides 
abstractions de la science, les combinaisons stériles des contra- 
pontistes et les arrangements plus ou moins compliqués des ingé- 
nieux harmonistes, les musiciens du seizième siècle s'occupent 
principalement de ce qui avait été négligé et dédaigné jus- 
qu'alors ; nous voulons parler de la mélodie^ qui donne à la mu- 
sique le mouvement, la couleur et.la vie. Ce revirement subit 
eut deux auteurs principaux : Luther, dans l'Église protestante ; 
Palestrina, dans l'Éghse catholique. 

Luther, pour les besoins du culte qu'il venait de fonder, com- 
posa et fit composer, par des poètes et des musiciens de ses amis, 
des cantiques et des motets en langue vulgaire, harmonisés à 
quatre parties et auxquels il donna le nom de chorals. Ces mor- 
ceaux rehgieux eurent une vogue immense et furent le point de 
départ de la rénovation et de l'extension de Tart musical en 
Allemagne. 

Au nombre des musiciens qui contribuèrent, avec Luther, à 
la création et au développement du choraU il convient de citer 
Walther, le philosophe, le vieil harmoniste Rumpf et surtout 
Ludwig Senfl, pour lequel Luther professait une estime toute 
particulière. 

Calvin appela également la musique à l'aide de sa réforme 
religieuse et il fit mettre en musique , par Claude Goudimel 
(1510-1572), les psaumes de David, que Clément Marot et Théo- 



24 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

dore de Bèze avaient traduits en vers français. Ce Claude Gou- 
dimel, né en Franche-Comté et mort à Lyon, victime de la Saint- 
Barlhélemy, s'était rendu célèbre par plusieurs messes, motets 
et chansons, d'une harmonie savante et d'un sentiment mélo- 
dique très développé pour l'époque. Mais ce qui fit principale- 
ment sa grande renommée, ce fut l'école de musique qu'il ouvrit 
à Rome, vers 15/i0, et d'où sortirent plusieurs compositeurs 
remarquables, parmi lesquels Palestrina, le plus illustre de tous. 

Giovanni-Perluigi vint au monde à Palestrina, dans la cam- 
pagne de Rome, et prit le nom de sa ville natale, nom que la pos- 
térité lui a conservé. Elève de Goudimel, il suivit pendant quel- 
que temps les errements harmoniques de l'école gallo-belge et 
composa, comme tant d'autres, une messe sur la chanson popu- 
laire de l'Homme armé. 

Après avoir été maître de chapelle de Saint-Pierre du Vatican, 
puis chantre de la chapelle papale, il devint successivement 
maître de chapelle de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie- 
Majeure (1561). Ce fut à cette époque qu'il composa, pour 
l'office du Vendredi saint , ses versets appelés Improperia, 
empreints d'une grave tristesse et d'une poésie pénétrante. 
Ces accents tout nouveaux firent sur les auditeurs la plus vive 
impression et, lorsqu'il fut question de réformer la musique 
liturgique, devenue, entre les mains des harmonistes, un amas 
de bizarreries et d'extravagances, on s'adressa, d'un commun 
accord, à Palestrina. 

Le maître ne trompa pas Pespérance qu'on avait mise en lui. 
Le 21 avril 15G5, il livra aux cardinaux et aux chantres de la cha- 
pelle pontificale une messe à six voix, à laquelle il donna le 
nom de messe du pape Marcel, confessant ainsi pubhquement la 
reconnaissance qu"il gardait pour ce pontife, dont il avait été le 
protégé et Pami. Cette messe^ pleine [de majesté, de sérénité et 
d'onction, sauva de la ^proscription la musique mesurée, que le 
Concile de Trente voulait bannir des éghses pour revenir au 
plain-chant de saint Ambroise. Palestrina fut alors nommé com- 
positeur de la chapelle papale et conserva ses fonctions jusqu'à 
sa mort (159/t). Ce compositeur de génie fut inhumé dans Péglise 




PALESTR INA 



LA MUSIQUE A L ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. 25 

Saint-Pierre de Rome et l'on grava sur son tombeau ces simples 
mots : Johannes Petinis Aloysius Prœnestmus,musîcœ princeps. 

Palestrina doit être considéré comme le véritable créateur de 
la musique religieuse. Dans ses nombreuses compositions, il ne 
sort guère delà tonalité duplain-chant, n'employant, pour ainsi 
dire, que des accords consonnants, dédaignant les effets rythmi- 
ques et considérant la science harm.onique comme un moyen et 
non comme le but de l'art. 

Jusqu'à présent, la musique savante n'a servi qu'à exprimer 
plus ou moins convenablement les sentiments religieux; le mo- 
ment approche où elle va traduire les idées profanes et les pas- 
sions humaines, se mêler à la vie de tous et prêter ses accents 
gais ou tristes aux joies ou aux douleurs terrestres. La musique 
rehgieuse va faire place à la musique dramatique, à laquelle elle 
empruntera désormais ses perfectionnements successifs. 

Un certain nombre de compositeurs préparent cette transi- 
tion de l'art rehgieux à l'art profane. Parmi les principaux, il 
convient de citer : 

Adrien Willaert, de l'école gallo-belge, qui fonda à Venise 
une école célèbre, écrivit de nombreuses compositions d\m style 
large et élevé, s'affranchit des règles étroites des contra-pon- 
tistes et inaugura un genre nouveau, qui eût un succès im- 
mense ; le madrigal, sorte de morceau à plusieurs parties indé- 
pendantes les unes des autres et dont la mélodie, accommodée 
au sens des paroles, était soutenue par une harmonie libre et 
variée ; Nanini, admirateur et émule de Palestrina ; Marenzio, sur- 
nommé par ses contemporains le Doux Cygne, le Divin Compo- 
siteur, et dont les madrigaux^ d'une mélodie pénétrante, offrent 
des combinaisons harmoniques inattendues et hardies pour cette 
époque; Gesnaldo, prince de Venouse, qui fît, un des premiers, 
grand usage des signes chromatiques dans ses compositions 
pleines de grâce et de mélancolie ; André Gabrielli et Jean Ga- 
BHiELLi, son neveu, illustres organistes de Venise ; enfin Roland 
DE Lattre (Orlando Lasso), né en 1520, mort en 159/i, le plus 
illustre des compositeurs de l'école gallo-belge. Pendant plus de 
quarante ans, il étonna le monde musical par le nombre, la va- 



2G PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

riété, la science et l'originalité de ses productions et reçut, 
comme Palestrina, le titre glorieux de Prince de la musique. Il 
eut sur son siècle la plus heureuse influence et contribua puis- 
samment à dégager l'art musical des tonalités grégoriennes et 
des arides subtilités des maîtres harmonistes. 

Avec le seizième siècle se termine le règne de la musique 
ecclésiastique ; ère pleine d'obscurités, d'essais, de tâtonne- 
ments, de travaux considérables ; longue et laborieuse période 
de préparation et d'enfantement, féconde aussi en magnifiques 
résultats et qui, ouverte par saint Ambroise, fut fermée par l'il- 
lustre Palestrina. La musique recueillie par l'Eglise, élevée, 
nourrie, développée par l'Eglise, va secouer le joug de ses 
maîtres, briser les Uens trop étroits dans lesquels l'ont enfermée 
les scolastiques, respirer un autre air que celui des cathédrales, 
interpréter d'autres paroles que celles de la liturgie et chanter 
les passions humaines au lieu des perfections divines. L'Eglise 
fait place au Théâtre et, d'essentiellement rehgieuse, la musique 
devient essentiellement dramatique. 



CHAPITRE IV. 

LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 
I 

Premiers essais de musique dramatique. 

Nous avons vu que la musique jouait un certain rôle dans les 
mystères du moyen âge. Ce rôle, très effacé d'abord, acquit peu 
à peu de l'importance, lorsque les représentations dramatiques 
s'organisèrent au dehors des églises. Vers l'an U80, on exécuta, 
à Rome, sous le pontificat de Sixte IV, une tragédie lyrique, 
Or^feo et, en 1515, Léon X fit jouer devant lui une comédie du 
cardinal Bibbiena, la Calandra, dans laquelle se trouvait une 
parlie instrumentale. Le peuple se portant en foule aux spec- 
tacles profanes, saint Philippe de Néri, fondateur de l'ordre des 
Oratoriens, entreprit de ramener les fidèles aux offices religieux. 
Pour cela, il fit composer des intermèdes sacrés, à plusieurs 
personnages, dont le sujet était emprunté à l'Ancien ou au Nou- 
veau Testament ; il les donna à mettre en musique aux plus 
fameux compositeurs de l'époque et les fit exécuter par les pre- 
miers chanteurs de Rome, dans l'église de l'Oratoire. On donna, 
pour cette cause, à ce genre de compositions le nom à!Oratorio. 
En 1600, Emilio del Cavalière fît jouer à Rome son oratorio 
Représentation de Vâme e/ c^w co?'^s, dans lequel on trouve des 
chœurs, des récitatifs et une partie instrumentale très déve- 
loppée. 

11 est juste de signaler aussi, au seizième siècle, les tentatives 
musicales qui se produisirent, tant en France qu'en Italie, sous 
les noms de ballets, intermèdes, mascarades, etc. Nous citerons, 
entre autres, le ballet composé en 1581 par l'Italien Baltazarini, 



28 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

que l'on qualifiait de sire de Becmjoyeux, à cause de sa bonne 
humeur habituelle. Ce ballet, exécuté à la cour pour les noces 
du duc de Joyeuse, était l'œuvre de plusieurs auteurs. Lachenaye, 
aumônier du roi, en avait écrit les vers, parfois fort licencieux. 

Quant à la musique, elle était due à Beaulieu et à Salomon, 
deux maîtres renommés à cette époque. La représentation coûta, 
paraît-il, 1200 mille écus. La partie symphonique de ce ballet 
comique de la Reine est des plus intéressantes : 

(( Solos, duo avec refrain en chœurs, chants à deux, quatre, 
cinq et six parties, airs de danse, symphonies, ensemble de qua- 
rante musiciens, voilà la remarquable suite de morceaux que les 
compositeurs surent entremêler avec beaucoup d'art et de diver- 
sité. La plupart des chœurs, coupés régulièrement, écrits tantôt 
avec et tantôt sans accompagnement instrumental, présentent 
un vif intérêt harmonique. On y trouve en grand nombre des 
accords de septième de dominante avec préparation et l'on y 
rencontre même plusieurs de ces accords où la dissonance n'est 
point préparée, mais où elle se résout fautivement ou d'une façon 
insolite. Néanmoins, les cadences harmoniques de la musique 
moderne ne s'y font pas sentir ; au contraire, les tonalités les 
plus ondoyantes y surprennent l'oreille par suite de continuels 
enchevêtrements d'accords parfaits... Quant à l'orchestre, il con- 
tenait, outre les violons, des violes, des harpes et des luths; 
des flûtes (sans compter la flûte de Pan), des hautbois et des cro- 
mornes, des sacquebutes, des cornets, des trompettes et des 
orgues (1). » 

Dans le même temps que VOratorio faisait à Rome son appari- 
tion, une association pour l'encouragement du drame lyrique se 
formait à Florence. Cette association, composée de trois riches 
seigneurs : Jean de Bardi, Pierre Strozzi et Jacque Corsi, fit jouer 
la Dafne, poème pastoral de Rinuccini, musique de Giacomo 
Péri. Le grand duc de Toscane assistait à la première représen- 
tation qui eut lieu au palais Corsi, à Florence, et dont le succès 
fut prodigieux. Plus tard les mêmes auteurs donnèrent une tra- 

(1) Gustave Chouquet, Histoire de la musique dramatique en France. 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 29 

gédie lyrique, Eurydice, qui fut représentée également à Flo- 
rence, à l'occasion du mariage de Marie de Médicis avec Henri IV, 
roi de France. Puis vinrent r Enlèvement de Céphale, de Giulio 
Caccini et V Ariane de Claudio Monteverde, représentée à Mantoue 
le 28 mai 1608. 

Si l'on en croit Fétis, Monteverde eut la gloire de rompre défi- 
nitivement, par ses audaces harmoniques, les derniers liens qui 
rattachaient encore la musique au plain-chant et de créer ainsi la 
tonalité moderne, en attaquant, le premier, sans préparation, la 
septième et la neuvième de dominante. « 11 fut également le pre- 
mier , dit Choron , qui osa employer comme consonance la 
quinte mineure, réputée jusqu'alors comme dissonance, et l'har- 
monie tonale fut connue. « Telle n'est pas l'opinion de M. Gevaërt, 
qui porte sur Monteverde, le jugement suivant : 

« Dans le récitatif, il procède directement de Péri ; mais sa 
déclamation est outrée et l'on s'y heurte à chaque pas aux modu- 
lations les plus baroques. Il est assez singulier que l'homme à 
qui l'on a attribué l'invention de la tonalité moderne soit préci- 
sément, de tous les compositeurs de son époque, celui dont les 
successions harmoniques nous blessent le plus vivement. On ne 
peut lui contester une certaine variété dans les formes mélodi- 
diques , quelquefois même on est frappé par des nouveautés 
charmantes; mais, en général, ses mélodies développées sont 
faibles d'expression et d'un contour roide... Il faut bien le dire, 
l'influence de Monteverde sur l'art du dix-septième siècle n'a été 
ni aussi étendue, ni aussi décisive qu'on semble l'admettre... 
Est-ce à dire que Monteverde fut un homme ordinaire ? Nulle- 
ment. Le premier, il fît sortir l'opéra du domaine classique, pour 
en faire une œuvre essentiellement musicale. Un siècle et demi 
avant Haydn, il entrevit la puissance du coloris instrumental. » 

Ces deux éloges suffisent à classer ce compositeur dans l'es- 
time des musiciens, car, en unissant plus intimement la mélodie 
au drame et en développant le rôle de l'orchestre, Monteverde 
aida puissamment à la transformation de l'art lyrique, dont la 
base était jusque-là le récitatif, imité de la déclamation mesurée 
des anciens. 



30 PETITE ENCYCLOPIÎDIE MUSICALE. 

D'autres compositeurs italiens jouirent, à cette époque, d'une 
grande renommée. Citons, entre autres, Ferrari et Manelli, 
SiUieuvs d' And?'omeda , opéra joué à Venise en 1637; Gabrieli, 
ViADANA et Allegr[, quï s'exercèrent avec grand succès dans la 
musique religieuse ; Frescobaldi, organiste de Saint-Pierre de 
Rome, à qui Ton doit le contre-point double et la fugue propre- 
ment dite; Carissimi, créateur de la cantate, et ses élèves Gavalli, 
Gestf, etc. ; Stradella, chanteur et compositeur, dont l'admi- 
rable air d'église est si connu; enfin Benevoli, maître de chapelle 
du Vatican, dont les compositions à plusieurs chœurs sont fort 
remarquables. 

II 

L'opéra en France. 

§ 1. Prédécesseurs de Lullî. 

La musique dramatique, en France, n'était guère connue que 
par les ballets, mascarades^ etc., dont nous avons parlé, lorsqu'un 
poète, Antoine de Baïf, qui avait été chargé d'une mission diplo- 
matique en Italie, essaya d'importer à Paris les représentations 
lyriques, qu'il avait vues à Venise. Il forma une académie, ou 
société de concerts, par laquelle il fit exécuter des essais d'opéras 
dans sa maison du faubourg Saint-Marceau. Les gens de haute 
condition ne dédaignèrent pas d'assister à ces réunions artis- 
tiques ; mais les guerres de rehgion et la mort du poète-directeur 
mirent fin à celte tentative musicale, qui ne laissa aucune trace. 

L'art musical ne produisit rien de bien remarquable sous 
Louis XIII, quoique ce roi se piquât d'être un habile compositeur. 
Richelieu s'occupa du théâtre, mais non au point de vue musical. 
Ce fut le cardinal de Mazarin, qui initia la France au mouvement 
artistique, déjà si florissant en Italie. 

En I645, Mazarin fit venir à Paris une troupe d'acteurs et de 
musiciens italiens, qui jouèrent, devant la cour, uns comédie 
lyrique de GiuUo Strozzi, la Finta Pazza, dont le premier acte 
finissait par un ballet de singes et d'ours, le second par une 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 31 

danse d'autruches et le troisième par une entrée de perroquets. 
Puis vint une tragi-comédie Qrfeo e Euridice, .dont la mise en 
scène coûta 500 000 livres. « Le spectacle ennuya tout Paris. 
Très peu de gens connaissaient l'italien, personne ne savait la 
musique et tout le monde haïssait le cardinal. » On siffla la pièce. 

Mazarin ne se tint pas pour battu et il fit venir plus tard une 
nouvelle troupe d'Italie, qui représenta les Noces de Pelée et de 
Tkétis, musique de Cavalh, dans laquelle le jeune roi Louis XIV 
dansa pour la première fois en public (1654). Ces pièces ita- 
liennes engagèrent un poète médiocre, l'abbé Perrin, à écrire un 
opéra français, la Pastorale, dont il confia la musique à Cambert, 
organiste de Saint-Eustache, et qui fut représenté avec un grand 
succès, en 1659, devant la reine mère, le roi et le cardinal. 

L'année suivante (22 novembre 1660), le maestro Cavalli vint 
faire exécuter au Louvre, pendant les fêtes du mariage de 
Louis XIV, son opéra Sersè [Xerxès], dont LuUi écrivit les ballets. 
Ce fut encore le même compositeur qui inaugura la nouvelle 
salle des Tuileries, construite par Vigarini, architecte do Modène, 
et qui renfermait des machines d'une telle puissance, qu'elles 
pouvaient enlever cent personnes à la fois. La troupe italienne 
joua Ercole amante (7 février 1662) et l'on vit le roi, en soleil, 
la reine et les principaux seigneurs danser dans les ballets du 
nouvel opéra de Cavalli. 

Enfin des lettres patentes du roi, en date du 28 juin 1669, 
octroyèrent à l'abbé Perrin la permission d'établir une Académie 
de musique, pour y représenter en pubhc des pièces appelés opé- 
ras. Telle fut l'origine de V Académie royale de musique. Perrin 
s'associa Cambert pour la musique, le marquis de Sourdéac pour 
les machines, les trucs et les décors, et un sieur Champeron, 
comme bailleur de fonds. La troupe fut composée de quelques 
chanteurs expérimentés, de choristes tirés des maîtrises et de 
symphonistes, venus pour la plupart du Midi. Après plusieurs 
répétitions faites à l'hôtel de Ne vers, l'Académie s'étabht au jeu de 
paume de la rue Mazarine, transformée en salle de spectacle, et 
inaugura ses représentations, le 19 mars 1671, par la pastorale 
de Pomone, paroles de Perrin, musique de Cambert. Les acteurs 



32 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

principaux étaient Beaumavielle, Rossignol et M"^ de Castilly. 
Quant à la pièce, voici le jugement porté sur elle parSaint-Evre- 
mont, dans sa comédie intitulée les Opéras : « On voyait les 
machines avec surprise, les danses avec plaisir ; on entendait le 
chant avec agrément, les paroles avec dégoût.» Jugement sévère, 
mais mérité, l'abbé Perrin ayant composé un Ubretto plein de 
scènes décousues, de lazzi, de mauvais jeux de mots et d'équi- 
voques d'un goût douteux. Pomone réussit cependant d'une 
façon brillante : elle fut jouée pendant huit mois et rapporta à 
Perrin 30 000 livres. 

§ 2. Ltjlli. 

Peu de temps après, le marquis de Sourdéac, reprochant à 
Perrin de ne pas le rembourser de ses avances, le chassa du 
théâtre, lui et Cambert. Jean-Baptiste Lulh, intendant général de 
la musique du roi et déjà connu par un certain nombre de bal- 
lets, sollicita alors et obtint, par la protection de M"'^ de Mon- 
tespan, le privilège concédé à l'abbé Perrin. 11 s'adjoignit Qui- 
nault comme poète et s'associa avec le marquis de Sourdéac. 
Cambert, désespéré, passa en Angleterre, où il devint surinten- 
dant de la musique de Charles II (1672). 

A cette époque, Lulli abandonna la salle de la rue Mazarine et 
transporta sa troupe au jeu de paume de la rue de Vaugirard, 
dans lequel il avait fait construire un nouveau théâtre. C'est là 
qu'il donna son premier ouvrage dramatique, les Fêtes de l'Amour 
et de Bacchiis, puis Cadmiis et Hermwne, tragédie lyrique en 
cinq actes. Cette pièce valut au poète Q^i^nault une place à'au- 
diteur des comptes et, comme ses nouveaux collègues lui faisaient 
le plus froid accueil, un plaisant composa le quatrain suivant : 

Quinault, le lAus grand des auteurs, 
Dans votre corps, messieurs, a dessein de paraître ; 
Puisqu'il a fait tant d'auditeurs, 
Pourquoi rempôcliez-vous de l'être ? 

LulU fut nommé surintendant de la musique du roi. 

En 1676, il donna dans la salle du Palais-Royal, précédemment 



LA MUSIQUE l'ENDAiNT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 33 

occupée par Molière, un nouvel opéra, Atys, qui eut un succès 
prodigieux. Jusqu'à sa mort, arrivée en 1687, Lulli composa une 
vingtaine d'autres opéras : Thésée, Amadis des Gaules, Roland, 
Armide, son chef-d'œuvre, etc. Quand il mourut, on trouva chez 
lui 37 000 louis d'or et 60 000 livres en argent. Pour expliquer 
la grande influence que cet illustre compositeur eut sur la musi- 
que de son temps et pour caractériser les réels progrès dont l'art 
lui est redevahle, nous ne pouvons mieux faire que de citer l'ap- 
préciation suivante, extraite du curieux ouvrage de M. Gustave 
Chouquet(l). 

(( Quiconque a suivi les laborieuses transformations du drame 
religieux en opéra moderne, admirera toujours le génie musical 
et scénique de LulU et, ainsi que nous, proclamera ce maître le 
véritable fondateur de notre tragédie lyrique. En doit-on con- 
clure que nous le considérons comme un compositeur sans 
défauts ? Nullement, puisque nous avons déclaré que son instru- 
mentation est pauvre, quoique assez souvent recherchée. Nous 
sommes prêts à reconnaître aussi que ses harmonies laissent à 
désirer sous le rapport delà correction et que ses opéras pèchent 
par la similitude des procédés, par le retour fréquent des mêmes 
rythmes, par l'emploi d'un même contre-point à la basse. Ce 
sont là des fautes réelles ; elles nous frappent aujourd'hui et nous 
font trouver les compositions de Lulli monotones ; mais au len- 
demain, pour ainsi dire, de l'établissement de l'unité modale, au 
sortir du règne des mélopées ecclésiastiques, elles passèrent 
inaperçues... Faisant la part des circonstances et du temps, 
disons que Lulli a su reproduire le tour, la grâce, le charme 
voluptueux des chants italiens et respecter les règles du goût, 
les lois sévères de la déclamation française ; aussi les opéras de 
ce maître restent-ils, selon nous, un monument impérissable, 
que tout musicien impartial éprouve encore du plaisir à contem- 
pler. » 

Ce fut LuUi qui, le premier, fit précéder ses opéras d'intro- 
ductions symphoniques développées, auxquelles il donna le nom 
à^ ouvertures. Cet usage s'est maintenu jusqu'à nos jours. 

Cl) Histoire de la musique dramatique e7i France. 

3 



34 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

§ 3. Successeurs et imitateurs de Lullî. 

Les successeurs de Lulli imitèrent son style et ses procédés ; 
plusieurs firent preuve d'une grande fécondité, mais pas un seul 
ne fixa l'attention par une œuvre marquée au coin du génie ou de 
l'originalité. Les principaux compositeurs qui occupèrent la 
scène après la mort de l'auteur d'Atys furent : 

Charpentier, disciple de Carissimi, auteur de Médée et Jason, 
paroles de Thomas Corneille. Plus savant musicien que Lulli. 
mais faible mélodiste, il ne put conquérir les suffrages de la 
cour. Grand admirateur de la musique italienne, il s'affranchit le 
plus possible des formules et de la manière de Lulh, qu'il détes- 
tait fort. Découragé par ses insuccès au théâtre, il s'adonna exclu- 
sivement à la musique rehgieuse. 

Marais, auteur d'Alcyone, dJAlcide et dWriane, qui avait de 
l'imagination, de la science et du goût et dont les opéras se 
maintinrent assez longtemps au théâtre. 11 jouait fort bien de ia 
basse et ce fut lui qui s'avisa défaire filer en laiton les cordes de 
cet instrument, afin d'en augmenter la sonorité. 

Campra, qui, pendant plus de quinze ans, exerça une sorte de 
monopole sur l'Académie royale de musique. Ce fut le musicien 
le plus brillant et le mieux doué de toute cette période de com- 
positeurs, que l'on a appelée la menue monnaie de Lulli. 

Destouches, qui obtint à la mort de LulU la surintendance de 
la musique du roi. 

COLASSE, musicien assez médiocre, sur lequel on fit cette épi- 
gramme : 

Cotasse do Lulli craignait de s'écarter; 
Il le pilla, dit-on, en voulant l'imiter. 

Desmarets, Lacoste, Montéclair, qui introduisit à l'Opéra la 
contrebasse à trois cordes ; Mouret, Lalande, et plusieurs autres 
compositeurs de peu d'importance. 

L'orchestre, du temps de Lulh et de Campra, était d'une 
grande simphcité. 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 3o 

Il ne se composait réellement que de cinq ou six parties d'in- 
struments à cordes : 

Premier et deuxième dessus de violon. Clef d'ut, V^ ligne. 

Haute-contre de violon Clef d'ut, 2° ligne ou clef de sol. 

Taille de violon Clef d'ut, 3^ ligue. 

Basse continue ou générale Clef de fa^ 4*^ ligue. 

Pour les récitatifs, la basse chiffrée était réalisée par le cla- 
vecin et les basses, procédé que les partitions italiennes du 
genre boutie n'ont abandonné que tout récemment. 

A ces parties de cordes, les compositeurs ajoutaient des flûtes, 
des hautbois et des bassons, qui doublaient les violons et les 
basses. Dans les (v bruits de guerre », ils mettaient des trom- 
pettes et des timbales. Dans les « bruits de chasse », ils pla- 
çaient les trompes. 

D'après un des cahiers manuscrits de l'Opéra Arion, du com- 
positeur J.-B. Matho (17U), que possède la bibliothèque de 
l'Opéra, nous pouvons reconstituer un des éléments d'instru- 
mentation de l'école lulliste. 

A l'orage du troisième acte, nous trouvons : 

Quatre parties de violon : deux en clef d'uê première ligne 
(premier et deuxième dessus), qui sont le plus souvent écrites 
en clef de soZ, première ligne ; une en clef d'ut, deuxième ligne, 
partie de haute-contre de violon ; une en clef d'w^, troisième hgne 
(taille de violon). 

Après ces quatre parties de violon, il existe encore quatre par- 
ties de basse : la première, écrite tantôt en clef de fa, troisième 
ligne, tantôt en clef d'ut, troisième ligne, basse de viol/es {sic) ; 
la seconde, destinée_<( à quatre basses de violions à cinq cordes », 
écrite en clef de fa, quatrième hgne ; la troisième, réservée « à 
quatre basses de violions à quatre cordes ; » la quatrième appar- 
tient aux bassons. 

On peut lire, de plus, l'annotation suivante : Basse de vio- 
lon à Voctave^ M, de Montéclair^ M, Théobald et deux ser- 
pents. 

Voici donc un premier essai de contrebasse rendu par les 



36 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

basses de violons. Cette note prouverait que la contrebasse ne 
fut pas introduite à l'Opéra par Montéclair en 17 U ; mais que 
c'est bien deux ans après, dans son opéra des Festes de Vété, que 
le célèbre bassiste se servit, pour la première fois, de cet instru- 
ment dont aucun orchestre ne pourrait maintenant se passer. 

§ 4. La musique a l'étranger. 

1° Angleterre. — La musique était très cultivée en Angleterre; 
maisj si d'habiles exécutants excitaient l'admiration du public, 
bien peu de compositeurs réussirent à se créer une réputation 
durable. Le plus célèbre de tous fut Henri Purcell, né à Londres 
en 1658 et fils d'un musicien de la chapelle de Charles II. Il fut 
nommé, en I68/1, organiste de la chapelle royale et c'est de ce 
moment que datent ses principales productions pour l'Eglise et 
pour le théâtre. 

(( Purcell, nous dit Fétis, fut le premier compositeur anglais 
qui introduisit les instruments dans la musique d'ÉgUse, car avant 
lui on n'employait que l'orgue pour l'accompagnement des voix; 
il montra dans son instrumentation autant de conceptions nou- 
velles que dans sa musique vocale. Il s'est exercé dans tous les 
genres et dans tous il s'est montré artiste de génie... Il est cer- 
tainement le plus grand musicien qu'ait produit l'Angleterre. » 

L'arrivée de Cambert tourna le goût pubUc vers l'opéra fran- 
çais, qui balança alors la vogue de la musique italienne. Du reste, 
aucune trace d'art national. 

2° Italie. — Pendant le dix-septième siècle , deux écoles 
célèbres produisent, en Italie, d'illustres élèves: ce sont l'école 
napolitaine et l'école vénitienne. 

L'école napolitaine fut fondée par Alexandre Scarlatti, né en 
Sicile en 16/i9, élève de Carissimi et l'un des plus grands musi- 
ciens dont l'Italie puisse s'enorgueillir. 11 s'essaya avec succès 
dans tous les genres et fit preuve d'une fécondité véritablement 
prodigieuse. Dans le genre dramatique, il créa Vair proprement 
dit, composé de deux parties distinctes, dont la première se trou- 
vait répétée à la fin de la seconde. C'est à lui que l'on doit éga- 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 37 

lement le récitatif obligé^ accompagné par l'orchestre et non 
plus par le clavecin. Son orchestration mérite d'être signalée ; 
elle est claire, savante, mesurée, et ses accompagnements ont 
une vie et un mouvement propres, au lieu de suivre le chant pas 
à pas et servilement, comme c'était alors l'habitude. 

Les élèves principaux d'Alexandre Scarlatti furent : Léo, Du- 
rante, Feo , Basse, Porpora, si fameux comme professeur de 
chant, Pergolèse, l'illustre auteur du Stabat Mater et de la Serva 
Padrona, etc. Tous acquirent et méritèrent , par leur génie et 
leurs travaux, une glorieuse renommée. 

L'école vénitienne brillait, dans le même temps, d'un aussi vif 
éclat que l'école napolitaine. Antonio Lotti, maître de chapelle à 
Saint-Marc, abordait avec un égal succès la musique d:Éghse et 
la musique dramatique. Marcello, patricien de Venise, savant 
érudit et compositeur admirable, donnait ses Cinquante psaumes, 
à une ou plusieurs voix, avec chœurs et solos, accompagnés par 
l'orgue etquelques instruments. Ces //s^i^mes, devenus classiques 
et souvent exécutés de nos jours, sont d'un grand intérêt har- 
monique, pleins de mouvement, de mélodie et d'inspiration. 
Caldara (Antonio), maître de chapelle de l'empereur Charles VI, 
fut aussi un savant et fécond musicien. 

L'art musical était donc florissant dans toute l'Italie, qui pos- 
sédait alors des maîtres de chant comme Porpora, Pistocchi et 
Fedi ; des virtuoses comme Corelli et Tartini, véritables créa- 
teurs de l'art du violon; sans oubher Domenico Scarlatti, un des 
fils d'Alexandre Scarlatti, auteur d'innombrables œuvres pour le 
clavecin, qu'il touchait en artiste consommé. 

3^ Allemagne. — En Allemagne, on constate, à cette époque, 
deux courants musicaux bien distincts. 

L'Ahemagne du Sud et du Sud-Ouest ne connaît guère et n'ap- 
précie que la musique italienne ; c'est à Naples et à Venise 
qu'elle va chercher ses maîtres et ses artistes. 

L'Allemagne du Nord, au contraire, se dégageant de l'influence 
italienne, rêve un art national, empreint du génie même de la 
race. Déjà des essais de musique dramatique avaient été inuti- 
lement tentés, vers 1650, par un élève de Gabrielli, Henri Schùtz, 



38 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

que ses contemporains ont appelé le Père de la musique alle- 
mande. Un autre compositeur, Reinhard Keyser, renouvela cette 
tentative à Hambourg, sur un théâtre construit par une société 
d'amateurs. Keyser produisit un nombre considérable d'œuvres, 
remarquables surtout au point de vue mélodique. 

Mais ni ses efforts, ni ceux de ses élèves ne purent créer défi- 
nitivement l'opéra allemand et la musique italienne reprit bientôt 
dans les théâtres sa toute-puissante prépondérance. 

Si la musique dramatique ne pouvait vivre en Allemagne, 
il n'en était pas de même de la musique religieuse. Le choral 
était de plus en plus en honneur ; les organistes acquéraient une 
grande science et une grande habileté et les musiciens étudiaient 
à fond les subtilités et les difficultés du canon et de la fugue, pré- 
parant ainsi les voies à ces deux grands génies, qui, d'un coup, 
devaient porter l'art allemand à la perfection, à Georges Hàndel 
et à Jean-Sébastien Bach. 



CHAPITRE V. 

LA MUSIQUE PENDANT LE DIX -HUITIÈME SIÈCLE. 
I 

Musique dramatique. 

§ 1. L'opéra en France. 

Deux noms résument toute l'histoire de l'opéra pendant le dix- 
huitième siècle : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et le che- 
valier Gluck (17U-1787). 

Rameau. 

Ce fut vers la fin de l'année 1721 que Rameau, originaire de 
Dijon, vint s'étabhr à Paris. Très habile virtuose sur le violon, le 
clavecin et Forgue, il se révéla, comme théoricien, par la publi- 
cation d'un Traité et harmonie, dans lequel la science des accords 
était basée sur la vibration des corps sonores. Ce nouveau sys- 
tème, auquel Rameau donna le nom de basse, fondamentale, s'ap- 
puyait sur des découvertes faites précédemment par un savant 
physicien, le Père Mersenne. Rameau fut nommé organiste de 
l'église Sainte-Croix de la Bretonnerie, pubUa des Sonates de cla- 
vecin, un Nouveau Système de musique théorique ; après quoi, 
bien qu'approchant de la cinquantaine, il résolut d'écrire pour le 
théâtre. * 

Il fallait d'abord trouver un poème. Rameau le chercha vai- 
nement pendant longtemps et ce ne fut que par l'entremise 
du fermier général La Popehnière qu'il obtint enfin de Voltaire 
un hvret, Samson, que l'Opéra ne voulut point accepter. Déses- 
péré, Rameau s'adressa directement à l'abbé Pellegrin, qui, inter- 
dit par ses supérieurs ecclésiastiques, tenait une véritable bou- 



40 PETITE E>XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tique de vers, de toutes mesures et à tout prix. Celui-ci remit au 
musicien un opéra , Hippolyte et Aricie , contre un billet de 
500 livres, payable à six mois, qu'il déchira de lui-même lors- 
qu'il entendit, deux mois après, la musique du premier acte, 
déclarant « qu'avec une telle musique, il n'avait pas besoin de 
sûretés. » 

Cependant, au dire des écrivains de l'époque, Hippolyte et 
Aricie fut joué avec peu de succès. Le fanatisme de l'ancienne 
musique échauffait presque toutes les tètes. Les partisans de la 
musique lulliste, choqués d'une harmonie qu'ils qualifiaient d'aw- 
dacieuse^ prétendirent que cette richesse d'accords étourdissait 
l'oreille aux dépens de l'émotion et du sentiment, Mais Rameau 
eut d'ardents admirateurs, qui exaltaient l'originaUté et la puis- 
sance de ses symphonies, la grâce et la force de ses mélodies et 
le charme de ses airs à danser. Il y eut la querelle des lullistes 
et des ramistes. 

Dégoûté des épigrammes, des railleries et des pamphlets, 
Rameau jura de ne plus faire d'opéras. Mais, quatre ans plus tard 
(1737), oubUant son ressentiment, il donna Castor et Pollux, son 
chef-d'œuvre, qui obtint un très grand succès. Ce qui n'em- 
pêcha pas, cependant, les envieux de crier à la barbarie, au 
chaos, etc. ; et de faire circuler des épigrammes dans le genre 
de celle-ci : 

Contre la dernière musique 

Voilà ma dernière réplique : 

Si le difficile est beau, 

C'est un grand homme que Rameau. 

Mais si le beau, par aventure, 

N'était que la simple nature, 

Dont l'art doit être ]e tableau, 

C'est un pauvre homme que Rameau ! 

Mais cette guerre de railleries ne diminua pas la faveur que 
les compositions de Rameau trouvaient dans le public. Plus de 
vingt partitions vinrent établir, à nouveau, la gloire et le crédit 
du musicien dijonnais ; citons, entre autres : les Indes galanteSy 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 4l 

les Fêtes d'Hébé, les Fêtes de Polymnie, Zaïs, Pygmalion^ Acanthe 
et Céphùe, Platée, Dardanus, etc. 

C'est à propos de cette dernière œuvre que Jean-Baptiste 
Rousseau lança cette strophe indignée : 

Distillateurs d'accords baroques, 
Dont tant d'idiots sont férus, 
Chez les Tliraces et les Iroques 
Portez vos opéras bourrus. 
Malgré votre art hétérogène, 
Lully de la lyrique scène 
Est toujours l'unique soutien. 
Fuyez, laissez-lui son partage 
Et n'écorchez pas davantage 
Les oreilles des gens de bien. 

Mais la colère de J.-B. Rousseau, partisan fanatique de Lully, 
demeura impuissante et le même succès accueillit les nouvelles 
productions du compositeur, auquel la ville de Dijon vient tout 
récemment d'ériger une statue. 

Ce fut peu de temps après la représentation d''Acanthe et 
Céphise qu'éclata ce que Ton a appelé la guerre des bouffons. 

Les chefs-d'œuvre de l'école napolitaine étaient presque 
inconnus en France, lorsque la Comédie itahenne donna, en 
octobre 17/i6, la Serva Padrona, de Pergolèse. L'impression que 
produisit ce chef-d'œuvre fut assez vive, sans avoir, cependant, 
aucune influence sur le mouvement musical. Mais, en 1752, une 
nouvelle troupe de bouffons italiens, ayant obtenu la permission 
de donner des représentations sur la scène de l'Opéra, vint 
transformer les idées musicales et bouleverser le goût du public 
en jouant cette même Serva Padrona, de Pergolèse, // Paratajo, 
de Jomelli et / Viaggiatori, de Leonardo Léo. Grand partisan de 
la musique italienne, Jean-Jacques Rousseau voulut prouver que 
cette mélodie était la seule qui pût offrir au drame lyrique toutes 
les ressources qui en font le charme ; et, joignant l'exemple au 
précepte, il donna à l'Opéra un acte, le Devin du Village, qui 
fut fort bien accueilli. 

La lutte se déclara donc entre les partisans de la musique 



42 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

française, lullistes et ramistes, et les partisans des bouffons ita- 
liens. « Paris, dit J.-J. Rousseau dans ses Confessions, se divisa 
en deux partis plus échauffés que s'il se fût agi d'une affaire 
d'Etat ou de religion. L'un, plus puissant, plus nombreux, com- 
posé des grands, des riches et des femmes, soutenait la musique 
française; l'autre, plus vif, plus fier, plus enthousiaste, était 
composé des vrais connaisseurs, des gens à talents, des hommes 
de génie. Son petit peloton se rassembla à TOpéra sous la loge de 
la reine. L'autre parti remplissait tout le reste du parterre et de 
la salle; mais son foyer principal était sous la loge du roi. Voilà 
d'où vinrent ces noms de partis, célèbres dans ce temps-là, de 
coin du 7'oi et de coin de la reine. » 

Le conflit se termina par l'expulsion de la troupe italienne ; 
mais son départ n'arrêta pas la révolution artistique que sa pré- 
sence avait provoquée. « Les représentations de la 5eryaPaû?ron«, 
données en 1752, marquent une ère nouvelle dans l'histoire de 
notre musique théâtrale; elles ont favorisé l'étabUssement défi- 
nitif d'une scène où le génie propre à notre nation s'est révélé 
avec éclat ; elles ont découvert aux musiciens français une voie 
meilleure que celle qu'ils avaient suivie jusque-là; elles ont 
assuré, avec la réussite du théâtre de l'Opéra-Comique, la vogue 
des mélodies naturelles, des chants simples et vrais; bref, elles 
ont préparé la grande révolution que Rameau n'eût pas laissé à 
Gluck le soin d'accomplir, si, dans son trop court voyage en 
Italie, il avait eu la double bonne fortune de rencontrer l'éminent 
maître de chapelle vénitien (Marcello) et d'étudier les œuvres de 
Pergolèse (1). » 

Lorsque Rameau mourut, en 176/i, l'Académie royale de mu- 
sique fit célébrer un magnifique service dans l'égUse de l'Ora- 
toire. Plusieurs morceaux, tirés des opéras du maître et adaptés à 
des paroles liturgiques, produisirent un grand effet sur la foule 
qui était accourue pour rendre à l'illustre musicien un solennel 
et dernier hommage. 

L'orchestre de Rameau est, à peu de chose près, le même que 

(1) G. Chouquet, Histoire de la musique dramatique en France. 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-EUIÏIÈME SIÈCLE. Ai 

celui de Lully. Une plus grande place est donnée à la symphonie; 
les flûtes, hautbois et bassons exécutent des parties essentielles 
et distinctes, au lieu d'être employés uniquement à doubler les 
violons et les basses. Les cors, trompettes et timbales commen- 
cent également à se faire entendre d'une façon raisonnée. 

Rameau introduisit à l'orchestre la clarinette, qu'il employa 
dans Acanthe et Céphise (ouverture et deuxième acte). « Si l'on 
examine les œuvres de Rameau au point de vue dramatique, on 
reconnaît que son tempérament était plutôt instrumental que 
vocal. Aussi, est-ce dans les combinaisons des chœurs et dans ses 
airs de danse qu'il est le plus à l'aise; mais il y a cependant de 
très beaux airs et de pathétiques récits dans ses opéras. Il apporta 
aussi beaucoup de nouveautés dans l'instrumentation et dans le 
mouvement des chœurs. 

(( Dans la série des musiciens de tous pays qui ont développé 
l'opéra français, il est l'anneau intermédiaire entre Lully et Gluck. 

(« L'énergie de ses récits et de ses chœurs et la vérité des 
accents dramatiques faisaient pressentir que la réforme opérée 
par Gluck était prochaine. Si l'on compare le génie de l'un et de 
l'autre, on voit que celui de Rameau était plus musical et celui 
de Gluck plus dramatique. 

<( Il est certain, au moins, que c'est grâce à l'immense progrès 
que Rameau a fait faire à la langue musicale que les chefs- 
d'œuvre de Gluck ont pu être appréciés à leur tour (1). » 

Gluck. 

Dix ans après la mort de Rameau, en 177Zi, l'Opéra donnait 
Vjphigéme en Aulide, la première de ces admirables tragédies 
lyriques qui ont valu à Gluck une gloire impérissable et ont 
véritablement transformé l'art dramatique. 

Gluck (Christophe- Willibald), né en 17 U dans le haut Pala- 
linai-, fit d'excellentes études musicales à Prague et à Vienne, 
apprenant simultanément le chant, le violon, le violoncelle, le 

(1) L. PiLLAULT, Instruments et Musiciens. 



44 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

clavecin et l'orgue. 11 passa ensuite en Italie, oi!i il se perfec- 
tionna dans l'harmonie et le contre-point ; puis il aborda la scène 
par un opéra, Artaserse, qui fut représenté à Milan en 17Zil. Pen- 
dant plus de vingt ans, Gluck produisit nombre d'œuvres^ exécu- 
tées dans le goût italien et qui furent jouées à Milan, Vienne, 
Copenhague, Naples, etc. Un voyage qu'il fit à Paris lui permit 
d'entendre les récitatifs de Rameau et lui donna la première 
idée de la réforme qu'il introduisit dans l'art lyrique, réforme 
qu'il indique lui-même dans l'épître dédicatoire à!Alceste : « Je 
cherchai à réduire la musique à sa véritable fonction, celle 
de seconder la poésie pour fortifier l'expression des sentiments 
et l'intérêt des situations, sans interrompre l'action et la refroi- 
dir par des ornements superflus; je crus que la musique devait 
ajouter à la poésie ce qu'ajoutent à un dessin correct et bien 
composé la vivacité des couleurs et l'accord heureux des lu- 
mières et des ombres, qui servent à animer les figures sans en 
altérer les contours. » 

Ces réformes qu'il méditait, Gluck voulait les produire sur la 
scène française. Peut-être n'eùt-il jamais pu y parvenir, peut- 
être les portes de l'Opéra ne se fussent-elles jamais ouvertes 
devant lui, s'il n'avait eu la puissante protection de la Dauphine 
Marie-Antoinette, son ancienne élève, qui lui donna ses entrées 
chez elle, à toute heure. Au mois de mars lllh, commencèrent 
les répétitions de Vlpkigénie en Aulide, et le 19 avril eut lieu la 
première représentation, dont le succès demeura indécis. 11 n'en 
fut pas de même les jours suivants et l'œuvre nouvelle fut, dès le 
second soir, couverte d'applaudissements enthousiastes. Après 
avoir entendu deux fois l'opéra de Gluck, Jean-Jacques Rousseau 
déclara, contrairement à ce^qu'il avait écrit antérieurement, qu'il 
était possible de composer d'excellente musique sur des paroles 
françaises. 

Trois mois après (2 août 177/i), Gluck donna Orphée et Eu- 
rydice avec un succès éclatant. C'est dans cette pièce que le 
compositeur allemand introduisit la harpe dans l'orchestre et qu'il 
supprima le clavecin d'accompagnement. Alceste, Armide et 
Iphigénie en Tauride consacrèrent définitivement la gloire de 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 45 

Gluck, malgré la cabale suscitée contre lui par M"'^ Du Barry et 
dont les chefs les plus ardents furent Marmontel, La Harpe, 
Ginguené et d'Alembert. Cette coterie opposa au maestro alle- 
mand un compositeur italien, Piccinni, élève de Durante, que 
plusieurs ouvrages avaient rendu célèbre. Malgré la réussite de 
plusieurs opéras, tels que Roland^ Atys et Dî'don, Piccinni ne 
put rivaliser avec Gluck et son infériorité éclata au grand jour 
lorsqu'il osa composer, lui aussi, une Iphigénie en Tauride. 

La guerre entre les gluckistes et les piccinnistes fut surtout une 
guerre de bons mots, d'épigrammes et de railleries, dans laquelle 
Suard, Du RoUet et l'abbé Arnaud, enragés partisans de Gluck, 
mirent souvent les rieurs de leur côté. A la première représen- 
tation à^Alceste^ un spectateur soutenait que la pièce était tom- 
bée : « Oui, tombée du ciel, » répondit l'abbé Arnaud. Le 
même abbé, disant de Gluck qu'il « avait retrouvé la douleur 
antique, » un piccinniste lui répondit : « J'aimerais beaucoup 
mieux qu'il eût trouvé le plaisir moderne. » Au moment où 
M"*" Levasseur chantait dans Alceste le vers : 

Il me déchire et m'arrache le cœur, 

un assistant s'écria : « Ah ! mademoiselle, vous m'arrachez les 
oreilles !... » — a Ah ! monsieur répliqua un voisin, quelle for- 
tune, si c'est pour vous en donner d'autres !... » 

A la suite de la représentation d'A7'mide, La Harpe ayant 
pubhé une lettre injuste et méchante, s'attira une réponse assez 
virulente du compositeur : « J'ai été confondu, écrivait Gluck, en 
voyant que vous aviez plus appris sur mon art en quelques heures 
de réflexion que moi après l'avoir pratiqué pendant quarante ans. 
Vous me prouvez, monsieur, qu'il suffit d'être homme de lettres 
pour parler de tout. Me voilà bien convaincu que la musique des 
maîtres italiens est la musique des maîtres par excellence ; que 
le chant, pour plaire, doit être réguher et périodique ; et que 
même dans ces moments de désordre oii le personnage chan- 
tant, animé de différentes passions, passe successivement de 
l'une à l'autre, le compositeur doit conserver le même motif de 
chant. » 



46 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

La Harpe répondit par ces vers : 

Je fais, monsieur, beaucoup de cas 
De cette science infinie 
Que, malgré votre modestie, 
Vous étalez avec fracas 
Sur le genre de l'harmonie 
Qui convient à vos opéras; 
Mais tout cela n'empèclie pas 
Que votre Arnnde ne m'ennuie!... 

Armé d'une plume hardie, 
Quand vous traitez du haut en bas 
Le vengeur de la mélodie, 
Vous avez l'air d'un fier-à-bras, 
Et je trouve que vos débats 
Passent, ma foi. la raillerie ; 
Mais tout cela n'empêche pas 
Que votre ^rrn/^/e ne m'ennuie !... 

Ces couplets en attirèrent d'autres intitulés: Vers cVun homme 
qui mme tous les instruments, excepté La Harije. 

J'ai toujours fait assez de cas 
D'une savante symphonie, 
D'où résultait une harmonie 
Sans effort et sans embarras. 
De ces instruments hauts et bas. 
Quand chacun fait bien sa partie, 
L'ensemble ne me déplaît pas ; 
Mais, ma foi, La Harpe mannmal... 



Chacun a son goût ici-bas : 

J'aime Gluck et son beau génie 

Et la céleste mélodie 

Qu'on entend à ses opéras. 

De vos Ampliions d'Ansonie 

La période et son fatras 

Pour mon oreille ont peu d'appas , 

Et surtout La Harpe m'ennuie !... 

L'acharnement était grand de part et d'autre. « La discorde, 
écrivait Grimm, s'est emparée de tous les esprits: elle a Jeté le 
trouble dans nos académies, dans nos cafés, dans toutes nos 
sociétés littéraires. Les gens qui se cherchaient le plus se fuient; 



LA MUSIQUE PENDANT LE DLK-HUITIÈME SIÈCLE. 47 

les dîners même, qui conciliaient si heureusement toute sorte 
d'esprits et de caractères, ne respirent plus que la contrainte et 
la défiance. Les bureaux d'esprit les plus brillants, les plus nom- 
breux jadis, à présent sont à moitié déserts. On ne demande plus : 
« Est-il janséniste, est-il moliniste, philosophe ou dévot? » On 
demande : « Est-il gluckiste ou piccinniste ? » Et la réponse à 
cette question décide toutes les autres. » 

La réforme opérée par Gluck consiste principalement dans la 
vérité de l'expression dramatique ; la suppression des ritour- 
nelles, des vocahses, des reprises et des formules itaUennes ; la 
mise en relief du récitatif, presque toujours obligé^ ne servant 
plus seulement à reher deux mélodies, mais ayant une couleur, 
une vie, un accent particuliers ; l'accompagnement rendu inté- 
ressant, varié, tantôt puissant et énergique, tantôt doux et péné- 
trant, exprimant les sentiments du personnage au lieu d'être 
réduit à escorter et à soutenir le chant. En un mot la vérité, dans 
la mélodie comme dans l'harmonie, sur la scène et dans l'or- 
chestre, telle fut la constante préoccupation de Ghick. Par là, il 
ouvrit à l'art lyrique des routes nouvelles et il mérita la place 
élevée qu'il occupe dans l'estime de tous les musiciens. 

Après Gluck, les compositeurs qui se produisirent avec le plus 
de succès sur la scène de l'Académie royale, jusqu'à la fin du dix- 
huitième siècle, furent : Salieri (1750-1825), dont le premier 
ouvrage, hs Danaïdes, fut d'abord attribué à Gluck même; 
Sacchini (173/i-1786), QMiQmà'Œclipe àColone ; Candeille (1744- 
1827) ; Lemoine (1751-1791) ; Vogel (1756-1788), dont le Démo- 
phon contient de fort belles pages. 

Citons encore Grétry, Gossec, Dézède, Phihdor, Chérubini, 
Méhul, etc., dont nous reparlerons plus loin, lorsque nous racon- 
terons les commencements de l'opéra-comique. 

§ 2. L'opéra-comique en France. 
10 Les théâtres de la foire. 

Nous avons parlé plus haut, en traitant des origines du théâtre 
en France, des mystères^ moralités et soties, joués par les Con- 



48 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

frères delà Passion, les clercs de la Basoche et les enfants Sans- 
Souci, qui avaient obtenu des privilèges, confirmés par le Parle- 
ment en 15/i8. Forts de leur monopole, les Confrères firent fermer 
plusieurs théâtres rivaux, qui s'étaient ouverts à l'hôtel de Cluny, 
puis à l'hôtel de Bourbon. Dans ce dernier local étaient venus 
s'établir des acteurs italiens, 67/ Ge/ose' (les Jaloux), qui initièrent 
les Parisiens aux farces d'Arlequin, de Cassandre et de Colom- 
bine. Leur spectacle, fort suivi du public, fut défendu par le Par- 
lement, sur la plainte des Confrères, le 10 décembre 1788. 

Ce fut alors que des comédiens, venus de la province, con- 
çurent le projet de profiter des franchises de la foire Saint-Ger- 
main pour étabhr un théâtre dans cette foire même, échappant 
ainsi aux réclamations des Confrères privilégiés. Ils ouvrirent 
leur spectacle en l'année 1595 ; le pubhc y vint en foule et le 
5 février 1596, le Parlement les autorisa à jouer Ubrement leurs 
propres pièces, moyennant une redevance annuelle de deux écus 
aux Confrères de la Passion. On ne voyait sur ce théâtre que des 
exercices de saut, d'équilibre, de force et d'adresse, des ani- 
maux sauvages, des chiens savants, des singes, etc. On y mon- 
trait même « des rats dansant en cadence sur la corde au 
son des instruments, étant debout sur leurs pattes de derrière, 
et tenant de petits contre-poids, de même qu'un danseur de 
corde. » 

En 16i6, le fameux Jean Brioché ouvrit, à la foire Saint-Ger- 
main, un théâtre de marionnettes, qu'il faisait manœuvrer fort 
habilement, si habilement même qu'il fut arrêté et jeté en prison 
comme coupable de magie et de sorcellerie. Il n'esquiva une 
condamnation certaine qu'en expliquant aux juges le mécanisme 
qui faisait mouvoir ses acteurs en bois. En 1657, un sieur Datelin 
monta un nouveau spectacle de danses et de marionnettes, auquel 
vint faire concurrence un autre théâtre, dirigé par les sieurs 
Archambault, Jérôme Artus et Nicolas Féron, et qui annonçait les 
spectacles les plus surprenants. Ces spectacles étaient un mé- 
lange bizarre de plaisanteries, de sauts périlleux, de machines 
de danse et de pantomime. Leur succès fut si vif, qu'à la fin du 
dix-septième siècle on comptait trois troupes de danseurs, 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIEME SIECLE. 4,9 

mimes et bouffons, dirigés par les frères Alard, par Maurice Von- 
derbeck et par Alexandre Bertrand. 

Ces trois troupes exploitaient la foire Saint-Germain, qui se 
tenait dans le voisinage de Saint-Sulpice, à l'extrémité de la rue 
de Tûurnon, et durait depuis le 3 février jusqu'au dimanche des 
Rameaux ; et la foire Saint-Laurent, établie entre le faubourg 
Saint-Denis et le faubourg Saint-Martin, et qui, ouverte le 28 juin, 
se prolongeait jusqu'au 28 septembre. 

Ces deux foires annuelles étaient très fréquentées par les Pari- 
siens et attiraient une foule considérable d'étrangers. 

Les acteurs qui jouaient dans ces foires donnaient leurs repré- 
sentations dans des loges, qui ne brillaient ni par l'élégance ni 
par le confortable. 

En 1698, les troupes d'Alard, de Maurice et de Bertrand repré- 
sentèrent des scènes, des farces, des comédies à la manière ita- 
lienne, qui furent fort goûtées du public," mais qui excitèrent la 
colère des comédiens français. Sur leurs plaintes, le lieutenant 
de police condamna les forains à 1 500 livres de dommages- 
intérêts et leur défendit de représenter aucune pièce de théâtre, 
vu le monopole exclusif des comédiens français. Les trois entre- 
preneurs en appelèrent au Parlement et continuèrent leurs repré- 
sentations. Dans le même temps, ils furent également poursuivis 
par l'irascible Lulli, directeur de TAcadémie de musique, qui 
obtint contre eux un ordre royal, leur défendant toute espèce 
de chant et réduisant leur orchestre à quatre violons et un seul 
hautbois. 

Pris ainsi entre deux feux, ne pouvant ni chanter ni parler, les 
acteurs de la foire eurent recours à des ruses ingénieuses, à des 
procédés habiles, qui mirent les rieurs de leur côté et leur valu- 
rent la sympathie et la faveur du public. 

On vit d'abord, à la foire Saint-Laurent^ des spectacles com- 
posés uniquement de monologues se suivant à la file; pendant 
qu'un acteur parlait, les autres mimaient leurs réponses et répU- 
quaient par des gestes. Quelquefois les acteurs se parlaient, 
mais dans la coulisse ; d'autres. fois aussi, l'acteur monologuant 
répétait tout haut ce que les autres acteurs disaient tout bas. 

4 



50 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Puis il y eut des pièces à la muette. L'orchestre jouait un air, 
un refrain populaire, et sur la scène les acteurs mimaient les 
paroles. Messieurs de la Comédie française envoyaient des huis- 
siers à chaque nouvelle incartade. 

Un jour, on inventa une nouvelle combinaison. Les acteurs 
présentèrent aux regards des spectateurs des écriteaux imprimés. 
Comme la grosseur des caractères rendait ces écriteaux fort lourds 
et très embarrassants, on s'avisa de les faire descendre du cintre. 
De cette façon, l'orchestre jouait la ritournelle et les spectateurs, 
lisant sur les écriteaux les paroles des couplets, chantaient eux- 
mêmes tant bien que mal, et remplaçaient ainsi la voix des 
acteurs. 

Cet état de choses ne pouvait durer longtemps et les entre- 
preneurs de la Foire traitèrent enfin avec l'Opéra, qui daigna leur 
accorder, moyennant redevance, la permission de faire chanter 
sur leurs théâtres (1715). C'est à ce moment que les comédiens 
forains donnèrent à leur spectacle le nom &' Opéra-Comique. Les 
pièces ordinaires étaient des sujets amusants mis en vaudevilles, 
mêlés de prose et accompagnés de danse et de ballets : on y 
représentait aussi les parodies des pièces qu'on jouait à l'Opéra 
et à la Comédie française. Les fournisseurs habituels de l'Opéra- 
Comique étaient Lesage, Panard, Dorneval, Favart, Fuzeher, 
Piron et Boissy. 

Cependant les comédiens français, s'apercevant que le pubhc 
abandonnait leur théâtre pour courir à celui de la Foire, firent 
de nouveau valoir leurs privilèges et obtinrent, en 1719, la fer- 
meture de l'Opéra-Comique. Cinq ans plus tard, en 172/i, un 
sieur Honoré, maître chandelier de Paris, muni d'un nouveau 
privilège, rouvrit le théâtre de l'Opéra-Comique; mais, en 1827, 
il fut contraint, par suite de mauvaises affaires, de céder la fin 
de son bail à un sieur Pontan. 

Le nouveau directeur débuta par Achmet et Almanzme, opéra- 
comique de Lesage, Fuzelier et Dorneval, dont le succès fut si 
considérable, que les princes et les princesses de la cour vou- 
lurent le voir. C'est dans cette pièce que parut M^'° Salle, la 
célèbre danseuse, que l'Opéra se hâta d'engager. 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 51 

En 17Zi2, Pontan donna, entre autres nouveautés, la Servante 
justifiée et la Chercheuse d'esprit^ charmants opéras-comiques 
de Favart, qui restèrent longtemps au répertoire. Cette dernière 
pièce inspira à Crébillon père le quatrain suivant : 

Il est un auteur en crédit 

Dont la muse a le don de plaire ; 

Il fit la Chercheuse d'esprit 

Et n'en chercha point pour la faire. 

En 17/i5, nouvelle fermeture de l'Opéra-Comique, qui rouvrit 
sept ans après, en 1752, sous la direction de Jean Monnet et 
dont les représentations ne devaient plus être interrompues. 

2° U Opéra-Comique. 

Jusque-là les auteurs avaient presque toujours adapté leurs 
couplets à des airs connus du public. Nous disons « presque tou- 
jours», car deux musiciens, doués de verve et d'imagination, 
avaient déjà composé des airs nouveaux pour remplacer, dans 
plusieurs pièces, les vaudevilles populaires. Le premier était 
Gillier (1667-1737), qui fit la musique du prologue les Dieux à la 
foire (172/i) ; le second avait nom Mouret (1682-1738), surinten- 
dant de la musique de la duchesse du Maine, directeur du con- 
cert spirituel et compositeur de la Comédie italienne. 

Mais ce qui n'était qu'une rare exception devint une règle, 
grâce à Monnet, le nouveau directeur de l'Opéra-Comique, qui 
fit jouer, en 1753, une pièce, les Troqueurs^ écrite à l'imitation 
des intermèdes italiens, et dont la musique entièrement nouvelle 
avait été composée par Dauvergne, violoniste de l'Opéra. Cette 
idée avait été suggérée à Monnet par le grand succès que les 
Bouffons italiens venaient d'obtenir avec la Serva padrona, de 
Pergolèse. Les Troquew^s, fort bien accueillis du public, inau- 
gurèrent le genre nouveau de V opéra-comique , appelé aussi pièce 
à ariettes, qui fit rapidement disparaître les p)ièces à vaudevilles. 

L'année suivante, cédant aux instances deM^'^Favart, la célèbre 
actrice, un écrivain du nom de Bauran traduisit en français le 
chef-d'œuvre de Pergolèse. La Servante maîtresse fut jouée avec 



52 PETITE E>XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

une vogue inouïe, grâce surtout à M""^ Favart, qui reçut du 
librettiste le quatrain suivant : 

Nature un jour épousa l'Art ; 
De leur union naquit Favart, 
Qui semble tenir de sa mère 
Tout ce qu'elle doit à son père. 

Monnet continua sa louable tentative. Quelques jours après la 
clôture delà foire Saint-Laurent de 1756, un de ses amis vint le 
trouver et lui demanda une pièce pour un compositeur dont il 
garantissait le savoir et Texpérience. Monnet consentit et, l'année 
suivante, on applaudissait, à la foire Saint-Laurent, le Peintre 
amoureux de son modèle, paroles d'Anseaume, musique de Duni. 
Cette pièce fut suivie de la Fille mal gardée (1759), la Clochette, 
(1766), etc.; dans lesquelles Duni fit preuve de grâce et de 
légèreté. 

MoNSiGNY (1729-1817), dont l'éducation musicale était malheu- 
reusement restée fort incomplète, mais qui possédait, avec une 
vraie sensibilité, un grand instinct de la scène, produisit une série 
de compositions, presque toutes accueillies avec grande faveur : 
Le Cadi dupé, le Roi et le Fermier, Rose et Colas, le Déserteur 
et Félix ou V Enfant trouvé. Une autre de ses pièces, On ne 
s'avise jamais de tout, jouée en septembre 1761, obtint un tel 
succès, que la Comédie italienne fit fermer, par jalousie, le théâtre 
de la foire Saint-Laurent. 

Le 3 février suivant (1762), la troupe de l'Opéra-Comique se 
réunissait à celle de la Comédie itaUenne. Cette fusion fut très 
heureuse. Les Italiens apportaient à la communauté leurs pri- 
vilèges et un théâtre installé d'une façon sérieuse et définitive. 
L'Opéra-Comique arrivait, jeune et plein d'ardeur, avec sa 
cohorte d'auteurs spirituels, de musiciens mélodistes et d'ac- 
teurs toujours applaudis. 

Philidor (1727-1795), si célèbre, comme joueur d'échecs, 
obtint également une grande renommée comme compositeur. 
Son premier ouvrage à la foire Saint^Laurent fut Biaise le Save- 
tier (1759). Il fit jouer une vingtaine de partitions, dont les plus 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 53 

connues sont le Jardinier et son Seigneur, le Maréchal ferrant , le 
Sorcier et Tom Jones. Après la première représentation du So^xier 
le musicien, demandé à grands cris par le public, dût paraître sur 
la scène, ce quines'était jamais fait jusqu'alors. Philidor montra 
pour la première fois, dans Tom Jones, deux sentiments tout 
opposés exprimés simultanément dans un même morceau. Comme 
science musicale, Philidor était bien supérieur k Duni et à Mon- 
signy ; mais il ne possédait ni leur fraîcheur d'inspiration, ni leur 
sentiment mélodique. 

GossEC (1733-1829), déjà connu par ses compositions sympho- 
niques, se produisit sur la scène des Itahens dans le Faux Lord 
et les Pêcheurs (1766). Ce dernier ouvrage obtint un succès 
immense. Musicien très érudit, il fonda en 1770 le Concert des 
amateurs, qui exerça une puissante influence sur l'exécution 
instrumentale ; plus tard, il institua l'Ecole royale du chant, d'où 
est sorti notre Conservatoire de musique. Gossec rendit de très 
grands services à l'art musical par sa science, ses études et ses 
travaux. 

Grêtry (1741-1813) tient une très grande place dans l'opéra- 
comxique au dix-huitième siècle, tant par le nombre et l'excel- 
lence de ses productions que par l'influence qu'il exerça sur 
l'école française. Ces ouvrages se recommandent principalement 
parla grâce, le charme, la délicatesse et la clarté ; mais ils pèchent 
fort du côté de l'instrumentation, qui, le plus souvent, est nulle 
ou insignifiante. L'idéal de Grétry fut de concilier l'école ita- 
lienne et l'école française, en prenant à chacune ce qu'elle avait 
de bien. Ses opéras jouirent d'une grande vogue en France et 
même en Europe. Citons, entre autres : le Huron^ le Tableau 
parlant, Sylvain, les Deux Avares, Zémire et Azor, la Rosière de 
Salency, la Fausse Magie, V Amant Jaloux et surtout Richard 
Cœur de lion, son chef-d'œuvre. 

Dalayrac (1753-1809) écrivit une cinquantaine d'ouvrages, qui 
se distinguent par la faciUté et la grâce mélodiques et par une 
réelle entente de la scène. Ces qualités sont malheureusement 
gâtées par une simphcité qui dégénère trop souvent en vulgarité 
et par le manque de développement de l'idée musicale. Dalayrac 



54 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

remporta ses plus grands succès dans la Dot, Nina,, Camille, 
Adolphe et Clara, Maison à vendre et GuUstan. 

Voici le jugement comparatif porté par Ad. Adam, sur Grétry 
et Dalayrac, dans les Souvenirs d'un musicien : 

(( Grétry était un grand musicien, qui avait mal appris, mais 
qui devinait beaucoup. Il était né harmoniste ; sa modulation, 
quoique mal agencée, est imprévue et souvent piquante ; ses 
accompagnements sont maigres et gauches, mais sont remplis 
d'intentions et d'effets, quelquefois réalisés. On sent que le génie 
l'emporte, et que c'est parce que la science lui fait défaut qu'il ne 
peut accomplir tout ce qui lui vient à la pensée. 

« Dalayrac est peu musicien : il sait à peu près tout ce qu'il a 
besoin de savoir pour exécuter sa conception. Jamais il n'a 
voulu faire plus qu'il n'a fait et, eùt-il possédé toute la science 
que de bonnes études musicales peuvent faire acquérir, il n'eût 
produit que des œuvres plus purement écrites, mais sa pensée 
ne se fût pas étendue plus loin et ne se fût pas élevée davantage : 
l'instinct des combinaisons et de l'intérêt de détail lui manquait 
complètement, tandis que Grétry le possédait à un degré très 
éminent. » 

MÉHUL (1763-1817), dont nous reparlerons plus loin, musicien 
plein d'élévation, de force et de génie, affirma son autorité dès 
son premier ouvrage, Euphrosine et Coradin, qui fut joué à 
rOpéra-Comique en 1790. Sept années plus tard, le même 
théâtre donnait le Jeune Henri, dont l'ouverture, restée clas- 
sique, dut être exécutée trois fois de suite. Ariodant, œuvre 
pour laquelle Méhul avouait sa prédilection, fut donnée en 1799. 
— Cherubini (1 760-1 8/i2) s'était fait connaître par plusieurs 
ouvrages en Italie et en Angleterre, lorsqu'il fut choisi comme 
directeur de musique par Léonard, le coiffeur de la reine, qui 
avait obtenu un privilège pour étabUr à Paris un théâtre d'Opéra 
italien. Dans les opéras de Paisiello, d'Anfossi et de Cimarosa, 
qu'il fit représenter, Cherubini intercala souvent et avec succès 
des morceaux de sa composition. En 1791, il donna à l'Op^ra- 
Comique une comédie héroïque en trois actes, Lodoïska, qui fut 
accueiUie avec enthousiasme et qui fit révolution par une science 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 55 

harmonique, une richesse d'instrumentation, une puissance de 
développements et une vérité d'effets inconnus jusqu'alors. Eiisa 
ou le Voyage au mont Bernard^ Médée et les Deux Journées 
affirm.èrent la gloire de ce compositeur, que nous retrouverons 
dans un prochain chapitre. — Lesueur (1760-1837) s'est rendu 
célèbre surtout par ses compositions religieuses ; .il donna à 
rOpéra-Comique trois ouvrages : la Caverne, Paul et Virginie 
et Télémaque. Le premier, la Caverne, réussit bruyamment et 
l'on remarqua l'inspiration, la force et la réelle originalité de sa 
musique. 

Mentionnons également d'autres compositeurs, moins illus- 
tres, qui enrichirent, au dix-huitième siècle, l'Opéra-Comique 
d'œuvres légères, mélodiques et spirituelles : Dezède (17ZiO-1792), 
auteur des Trois Fermiers et de Biaise et Babet, son chef- 
d'œuvre. On le surnomme V Orphée des champs, à cause de sa 
mélodie facile et naïve.— Jadin (1768-1853), pianiste-compo- 
siteur, plus fécond qu'original. — Solié (1755-1812), chanteur 
inteUigent, auteur de Jean et Geneviève et du Diable à quatre. — 
Gaveaux (1761-1825), qui obtint de véritables succès comme 
chanteur et comme compositeur, et dont les meilleurs ouvrages 
sont : le Petit Matelot, Léonore et le Bouffe et le Tailleur. — 
Devienne (1759-1803), musicien fécond, l'heureux auteur des 
Visitandines et des Comédiens ambulants, où l'on remarque une 
instrumentation élégante et des mélodies fraîches et gracieuses. 
— Steibelt (176/1-1823), pianiste célèbre, qui donna, le 11 sep- 
tembre 1793, sur le théâtre de l'Opéra-Comique, Bornéo et Juliette, 
œuvre pleine de puissance et d'originalité, dont le succès fut 
considérable. — Kreutzer (1766-1831), auteur de Paul et Vir- 
ginie, de Lodoiska, etc., qui se distingua par la naïveté de ses 
mélodies, la vérité de son accent et la chaleur de son inspira- 
tion. — Berton (1767-18/i/i), musicien mélodique et dramatique 
à la fois, qui écrivit un grand nombre de partitions, parmi les- 
quelles nous citerons : Aline Montano et Stéphanie, son chef- 
d'œuvre. — Della-Maria (1768-1800), élève de Paisiello et auteur 
du Prisonnier ou la Ressemblance, un acte plein de grâce, de 
fraîcheur et de mélodie. — Martini (17U-1816), à qui l'on doit 



56 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

la célèbre romance : Plaisir cVamour, et qui fit représenter 
V Amoureux de quinze ans et la Bataille d'Ivry. 

Tels étaient, à la fin du dix-huitième siècle, les membres les 
plus célèbres et les plus influents de cette pléiade de composi- 
teurs qui illustrèrent l'école française, constituèrent définitive- 
ment notre opéra-comique, ce genre si national, et préparèrent 
la voie à Boïeldieu, à Aiiber et à Herold, ces trois maîtres incom- 
parables, dont le génie rayonne sur la première moitié du dix- 
neuvième siècle. 

§ 3. La musique dramatique a l'étranger. 

1° Italie. — Pendant le dix-huitième siècle, en Italie, l'art 
musical brille du plus vif éclat. Les différentes écoles de la 
Péninsule produisent des compositeurs et des virtuoses, des 
chanteurs et des théoriciens, avec une abondance vraiment 
merveilleuse. L'école napolitaine se distingue entre toutes les 
autres, et c'est d'elle que sortent les musiciens les plus illustres, 
nourris des savantes leçons de Léo et de Durante. — Duni, dont 
nous avons parlé et qui créa, pour ainsi dire, l'opéra-comique 
en France, avait d'ahord fait jouer à Rome et à Naples plusieurs 
opéras. — Pergolèse, après avoir écrit d'admirables pages de 
musique religieuse, donne plusieurs ouvrages au théâtre, entre 
autres 11 Maestro di musica et la Serva Padrona, chef-d'œuvre 
de gaieté, d'esprit et d'expression musicale. — Terradellas, 
d'origine espagnole , débute à Naples par l'opéra àWstarte^ 
remarquable d'énergie et d'expression , et fait jouer ensuite 
Merope, Mitridate et Bellerophon, où l'on retrouve les mêmes 
qualités développées et accentuées. — Le célèbre Jomelli, que 
l'on a appelé le Gluck de l'Italie, provoque l'admiration de 
l'Europe par la pureté et l'élévation de son style et par l'expression 
que l'on trouve dans sa musique d'Eglise, comme dans ses com- 
positions dramatiques. — Traetta débute à Naples par un opéra, 
Farnace, qui obtient un tel succès que l'imprésario en commande 
immédiatement six autres au Jeune musicien. — Guglielmi com- 
pose près de deux cents opéras, sans compter plusieurs pièces 
de musique rehgieuse et symphonique, et il sait se montrer tour 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. Oi 

à tour gracieux et énergique, gai et majestueux. — Piccinni, 
après avoir charmé l'Italie par ses mélodies expressives, la sou- 
plesse et la grâce de son talent, vient à Paris, où il ose lutter avec 
Gluck, qu'il tient quelque temps en échec— Sacchini, après une 
vie glorieuse, meurt sans avoir vu son Œdipe à Colone acclamé 
comme une œuvre de génie. — Anfossi marche de pair avec les 
plus célèbres compositeurs de son temps et l'emporte même un 
jour sur Piccinni. — Paisiello, le mélodieux auteur de VOlim- 
piade et de Nina, est appelé en France et comblé d'égards et de 
cadeaux par le premier consul, que son génie a enthousiasmé. 
— CiMAROSA, un des plus illustres musiciens qu'ait jamais pro- 
duits ritalie, déploie un talent égal dans Vopera séria et dans 
Vopera buffa ; à trente-huit ans, après avoir donné soixante et dix 
ouvrages, il fait jouer à Vienne // Matrimonio segreto, une mer- 
veille de grâce, d'esprit et de mélodie pénétrante. — Enfin 
Salieri, élève et ami de Gluck, voit ses Danaides applaudies et 
attribuées, par le pubUc, à l'illustre auteur d'Annide ; et Zin- 
GARELLi, au milieu d'œuvres nombreuses, produit Romeo e Giu- 
letta, opéra plein de charme et d'inspiration, dont on connaît la 
mélodie célèbre : Ombra adorata^ aspetta. 

2« Allemagne. — Le dix-huitième siècle est une époque glo- 
rieuse pour l'art musical en Allemagne. Quatre compositeurs de 
génie le remplissent de leurs noms, à jamais illustres. Nous vou- 
lons parler de Haendel, de Bach, de Haydn et de Mozart. 

Bien que Haendel et Haydn aient écrit un certain nombre 
d'opéras, nous ne nous appesantirons pas ici sur ces produc- 
tions dramatiques, conçues, pour la plupart, dans le style ita- 
lien à la mode et qui n'exercèrent sur l'art lyrique aucune 
influence. Nous étudierons tout à l'heure le rôle joué par ces 
deux grands musiciens, ainsi que par Bach, en traitant de la 
musique symphonique. Mais nous devons parler de ce génie 
merveilleux, doublé d'un virtuose consommé, qui produisit des 
œuvres d'une perfection achevée, aussi bien dans le style dra- 
matique que dans celui de la symphonie, et dans la musique 
d'Eglise comme dans la musique de chambre, abordant tous les 
genres et se montrant supérieur dans tous. 



58 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

La vie de Mozart (1756-1791) apparaît au lecteur pleine d'éton- 
nements et de surprises. A trois ans, il commence l'étude du 
piano ; à quatre ans, il compose des menuets ; à six ans, il 
charme par son jeu les cours de Munich et de Vienne; à huit 
ans, il interprète sur l'orgue, à première vue, les œuvres de Bach 
et de Haendel ; à douze ans, il écrit son premier opéra, la Finta 
Simplice^ et fait exécuter une messe de sa composition, qu'il 
dirige lui-même comme chef d'orchestre!... D'une fécondité 
prodigieuse, Mozart produit œuvre sur œuvre. Agé de quatorze 
ans, il donne avec grand succès l'opéra Mithridate, sur le théâtre 
de Milan. Puis viennent Zi^c^ S<7/a, l'opéra bouffe la Finta Giar- 
diniera, Idomeneo, VEyilèvement au Sérail, V Imprésario ; puis 
deux immortels chefs-d'œuvre, les Nozze di Figaro (1786) et le 
Don Giovanni (1787), dont la perfection n'a pas été dépassée et 
que l'on ne cessera jamais d'applaudir. Cosi fan tiitte, dont tout 
le monde connaît le ravissant quintette ; la Flûte enchantée, par- 
tition pleine de charme et de grandeur, et la Clémence de Titus, 
complètent l'œuvre dramatique de Mozart. 

C'est principalement dans ses opéras qu'éclate le génie de 
Mozart. Quel heureux assemblage des qualités les plus variées !... 
Unissant l'expression et l'accent français à la mélodie itaUenne 
et à la science allemande, il produit un ensemble d'une entière 
harmonie et d'une perfection admirable. Mozart est, sans contre- 
dit, le génie musical le plus complet qui ait jamais existé. 

Les autres compositeurs dramatiques de l'Allemagne, au dix- 
huitième siècle, pâlissent à côté de l'auteur de Don Giovanni. 
Nous devons cependant en citer quelques-uns : 

Hasse (1697-1783), appelé par les Italiens il caro Sassone, 
considéré pendant sa vie comme un musicien de génie, tout à 
a fait oublié aujourd'hui et dont les opéras furent : // Sesostrate, 
Artaserse et Alessandro nelle Indle, dans lesquels on remarque 
du charme, de la mélodie et de l'expression. Graux (1701-1759), 
qui commença, ainsi que Hasse, par être chanteur, aborda 
ensuite la composition et produisit plusieurs opéras, accueillis 
avec succès sur le théâtre de Brunswick. Vogler (17Zi9-181Zi), 
compositeur et théoricien, qui fit jouer plusieurs opéras, mais 




MOZART 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 59 

sans grand succès et dont le plus grand litre de gloire est 
d'avoir formé de brillants élèves, parmi lesquels Weber et 
Meyerbeer. Naumann (1741 -1801), qui jouit d'une grande célé- 
brité, méritée par le nombre et la qualité de ses productions 
musicales. Après avoir fait jouer plusieurs opéras en Italie, il 
écrivit pour le théâtre de Stockholm : Amphion, Cora, Gustave- 
Wasa, etc. ; œuvres dont la réussite fut éclatante et dans les- 
quelles on remarque des mélodies gracieuses, un vrai sentiment 
dramatique, plein d'invention et d'originaUté. Hiller (1728- 
180/i), qui composa plusieurs opéras, opéras-comiques et ballets. 
DiTTERS DE DiTTENDORF (1739-1799), qui essaya, comme Hiller, 
d'acclimater l'opéra-comique en Allemagne. Plusieurs de ses 
œuvres, entre autres le Docteur et V Apothicaire, jouirent de la 
plus grande faveur et on lui donna le surnom de Grétry de l'Al- 
lemagne. WiNTER (1754-1825), compositeur fort distingué et très 
fécond, qui fit représenter en ItaUe, en Allemagne et en France 
nombre d'opéras, dont les meilleurs sont le Labyrinthe, Marie 
de Montalhan et le Sacrifice interrompu, son chef-d'œuvre. Enfin, 
Weigl (1766-18/i6), auteur de la Famille suisse et d'une quaran- 
taine d'autres opéras ou ballets, qui obtint en 1825, à la mort 
de Salieri, la place de second maître de la chapelle impériale, à 
Vienne. 

II 

Musique non dramatique. 

§ 1. Musique d'Église. — Oratorios. — Musique instrumentale. 
Haendel. — Jean-Sébastien Bach. 

Haendel (1685-1759) commença, ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, par s'adonner à la musique dramatique, et plusieurs 
de ses opéras furent joués avec succès en Allemagne, en Italie 
et en Angleterre. Ce fut dans ce dernier pays qu'il se fixa défini- 
tivement en 1712; aussi les Anglais se montrent-ils fiers de cet 
illustre compositeur, qu'ils considèrent comme un musicien 
national. Découragé par toutes sortes d'ennuis et de déceptions. 



CO PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Haendel renonça au théâtre vers llliO, pour se vouer entière- 
ment à la musique religieuse et instrumentale. 

Déjà, il avait donné plusieurs oratorios : la Résurrection (1708), 
Fst/ier (1720), Déborak (1732), Athalie (1733), Israël en Egypte 
(1738) et Saïd (même année). Ces œuvres avaient été bien 
accueillies, sans obtenir un succès éclatant. En 1741, Haendel 
fit entendre à Londres son immortel chef-d'œuvre, le Messie^ 
qui, reçu d'abord froidement, excita bientôt d'universels trans- 
ports d'admiration. D'autres chefs-d'œuvre suivirent bientôt : 
Samson, Judas Machabée, Josué, etc. ; qui mirent le sceau à sa 
réputation. Lorsqu'il mourut en 1759, l'Angleterre reconnais- 
sante porta sou corps à l'abbaye de Westminster, où il repose à 
côté des sépultures royales. 

En plus de ces oratorios, Haendel a laissé de nombreuses pages 
de musique d'Eglise, des cantates, des pièces pour clavecin et 
pour orgue et beaucoup de compositions pour concert et musi- 
que de chambre. 

Chaque année on exécute plusieurs de ses oratorios dans des 
festivals en Angleterre et en Allemagne, en France, la Société de 
l'Harmonie sacrée a donné plusieurs auditions récentes du Messie 
et de Judas Machabée, sous l'habile direction de M. Lamoureux, 
et le pubhc est venu en foule applaudir ces œuvres magistrales. 
Haendel n'a été surpassé par aucun musicien dans ce genre de 
composition. 

(( Le caractère dominant du talent de Haendel, dit Fétis, est 
la grandeur, l'élévation, la solennité des idées. Autour de cette 
qualité, qu'il a portée jusqu'au sublime, se groupent d'autres gen- 
res de mérites secondaires, qui font de plusieurs de ses ouvrages 
des modèles de perfection en leur genre. Ainsi, la modulation, 
quoique souvent riche, inattendue, est toujours douce et natu- 
relle ; ainsi, l'art de disposer les voix et de les faire chanter sans 
effort paraît lui avoir été aussi facile qu'aux maîtres italiens delà 
bonne école, quoique la contexture serrée de son harmonie pré- 
sentât des obstacles à cette facilité... C'est surtout dans les 
chœurs que Haendel est incomparable pour la grandeur du style, 
la netteté des pensées et la progression de l'intérêt. L'effet de 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 61 

ces morceaux, dont le plus grand nombre n'est accompagné que 
par des violons, des violes et des basses, est immense et accuse 
des proportions colossales. Telle est même la puissance de ces 
chœurs, que^, loin d'y ajouter par le luxe de l'instrumentation 
moderne , on ne pourrait que l'affaiblir. Mozart, cet homme 
dont le sentiment musical fut une des merveilles de la nature, 
Mozart, dis-je, avait bien compris cette difficulté d'augmenter 
l'effet des chœurs de Haendel; car, après avoir ajouté des par- 
ties d'instruments à vent au Messie, il disait qu'il n'avait réussi 
à colorer que les airs. Beethoven, si riche et si puissant dans les 
effets de ses compositions, se prosternait aussi devant le gran- 
diose de Haendel, et avouait que la simphcité de ses moyens était 
une véritable magie. )) 

Jean-Sébastie7i Bach (1685-1750; n'a point écrit pour le théâ- 
tre. Issu d'une famille de musiciens connue en Allemagne depuis 
plus de cent ans, il fut lui-même un maître admirable, dont la 
science et l'inspiration ne furent égalées que par sa virtuosité 
incomparable . Autant Haendel désira et chercha la faveur publi- 
que, autant Bach a vécu isolé, sans auditoire, sans souci de for- 
tune, faisant de l'art pour le plaisir qu'il y trouvait et composant 
pour lui seul ses œuvres innombrables, qu'il ne croyait pas desti- 
nées à la pubhcité et qu'il entassait dans une armoire. Cette simpli- 
cité de vie, ce dédain des applaudissements de la foule ont laissé 
à Bach toute son originahté, l'empêchant de subir l'entraînement 
d'aucune mode, l'influence d'aucune école ; mais, par contre, 
ce grand génie n'a pu exercer son autorité et diriger le mouve- 
ment musical de son temps, faute d'exécutions publiques, qui 
auraient fait connaître son nom et ses ouvrages. Bach ne fut 
apprécié qu'après sa mort et ce fut Mozart qui attira sur lui 
l'attention du monde artistique. Se trouvant à l'éghse Saint-Tho- 
mas de Leipsick, en 1788, l'auteur de Don Juan fut vivement 
impressionné en entendant un motet de Bach chanté parla maî- 
trise. « Grâce au ciel, s'écria-t-il, voici du nouveau, j'apprends 
ici quelque chose î... » 

On rechercha alors de tous côtés les compositions du vieux 
Bach et celles que l'on fit exécuter soulevèrent des transports 



6:2 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

d'enthousiasme. Cette admiration n'a fait que s'accroître et 
aujourd'hui les œuvres de Jean-Sébastien Bach occupent le pre- 
mier rang parmi les plus belles productions de l'art. 

Comme virtuose sur l'orgue et sur le clavecin, Bach n'a jamais 
eu de rival et nombre de ses morceaux, qu'il jouait avec la plus 
grande facihté, ne peuvent être abordés par les meilleurs artis- 
tes qu'après de longues études. 

Ce grand musicien fit preuve d'une fécondité inouïe et l'on se 
demande même comment il a pu écrire toutes les pages qu'il a 
laissées. Messes, motets, cantates, psaumes, litanies, oratorios, 
offertoires, chœurs, chorals , pour voix et orchestre ; exer- 
cices, airs, variations, préludes, fugues, sonates, pièces, sym- 
phonies, fantaisies, concertos, ouvertures, etc. : tel est le pro- 
duit merveilleux de cette incroyable activité, de cette fertile 
imagination et de cette science profonde. Au-dessus de toutes 
ces œuvreS;, et les dominant, se place la Passion selon saint 
Mathieu, oratorio magnifique pour deux chœurs et deux orches- 
tres, conception gigantesque, dont la grandeur et la majesté 
n'ont jamais été surpassées. 

Nous ne pouvons mieux terminer ce paragraphe qu'en citant 
l'appréciation parallèle portée snr Haendel et sur Bach par 
Frédéric Kochlitz, conseiller de la cour du duc de Saxe-Weimar, 
poète et critique musical, fort estimé en Allemagne. 

(( Haendel et Bach naquirent presque au même moment, après 
une longue période stérile en productions originales. Tous deux 
moururent dans un âge avancé, pleins de force et d'activité 
jusqu'à leur dernier moment; tous deux étaient Saxons; tous 
deux, de naissance obscure, furent élevés misérablement. Chez 
tous les deux se manifeste avec une égale force, et dès l'âge le 
plus tendre, un talent hors ligne pour la musique. Tous deux 
reçoivent dès leur enfance un enseignement sérieux dans la 
pratique et dans la théorie de Tart, pour devenir, comme leurs 
maîtres, d'excellents organistes. Tous deux sont appelés plus 
tard et de bonne heure à une vocation plus haute. Devenus célè- 
bres, ils sont tous deux comblés de marques de distinction par 
les plus grands princes de leur temps. Tous deux se montrent 



LA MUSIQUE PENDANT LE DLX-HUITIÈME SIÈCLE. 63 

reconnaissants ; mais ni l'un ni l'aiUre ne se laissent pour cela 
détourner d'un cheveu de la voie qu'ils suivent. Tous deux s'es- 
sayent dans toutes les formes élevées de l'art connues à cette épo- 
que. Tous deux finissent par se vouer exclusivement au genre le 
plus grand, le plus noble de tous, au genre religieux. Tous deux 
sont des hommes pleins de droiture et de loyauté, attachés de 
tête et de cœur à leur foi chrétienne, qui prend chez tous deux, 
dans leurs dernières années, une teinte un peu mystique, et cela 
sans néghger aucune de leurs affaires ou de leurs relations du 
monde. Tous deux deviennent aveugles sur la fin de leur car- 
rière, sans devenir infidèles à leur art. Tous deux meurent dans 
la paix du croyant, honorés et respectés, mais peu compris de 
leurs contemporains et appréciés seulement par la postérité. 
Que de points de ressemblance, et pourtant quelle différence 
entre eux, et comme hommes et comme musiciens! 

« Comme hommes : cela saute aux yeux de quiconque con- 
naît leur vie. Haendel, entraîné par un esprit inquiet, abandonne 
de bonne heure ses foyers et se jette, tout jeune encore, dans le 
tourbillon du monde, oi^i il se complaît jusque vers le milieu de 
sa carrière, courant après toutes les jouissances, luttant contre 
tous les obstacles, attiré vers tout ce qui frappe l'imagination 
des hommes, et faisant du monde et de ses luttes une connais- 
sance pratique, qui profite à son esprit et à son art. Il aimait 
surtout à avoir affaire avec la masse du peuple au milieu duquel 
il vivait, et avec les grands ayant autorité ; mais il ne se laissait 
influencer ni par les uns ni par les autres, et ne se donnait à 
personne. En s'essayant ainsi à tout et à tous, il fit maintes expé- 
riences, et de toute espèce, d'heureuses et de tristes. Ce n'est 
que lorsqu'il fut arrivé à l'âge mûr que, satisfait et rassasié, il 
commença à compter avec lui-même et avec le monde. Il choisit 
alors ce qui convenait le mieux à son génie, y resta fidèle jusqu'à 
la mort, et conquit ainsi une place oii il devait régner longtemps 
sans égal. Il ne se maria jamais, mourut riche et il repose au- 
jourd'hui à Westminster sous un glorieux monument. Sa vie a 
quelque chose d'héroïque. 

« Quant à Bach, du moment où il eut le bonheur d'obtenir la 



64 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

place d'organiste à Arnstadt, avec des appointements de soixante 
et dix thalers par année, ses vœux furent comblés, et s'il accepta 
plus tard d'autres places, c'est qu'elles vinrent le chercher; il y 
voyait non point une récompense de son mérite, mais un don 
gratuit de la Providence. Dès qu'il était installé dans une place, 
il mettait tous ses soins à s'acquitter de ses fonctions le plus 
consciencieusement possible, accommodant son génie de com- 
positeur aux exigences qui lui étaient imposées. C'est ainsi que, 
comme organiste, il écrivit des pièces pour l'orgue; comme com- 
positeur de la chapelle du duc de Weimar, des psaumes et des 
cantates spirituelles; et c'est lorsqu'il était directeur de musique 
à Leipzig qu'il composa, pour le chœur de ses élèves, ses grands 
ouvrages d'un travail plus compUqué, et que les plus savants musi- 
ciens ne sauraient apprécier ni comprendre complètement sans 
en étudier les partitions. Lorsque les rois et princes désiraient 
l'entendre, il se rendait, sans faire étalage de zèle, à leurs invi- 
tations, satisfaisait à leurs désirs et retournait avec le même 
calme^ la même modestie à son pauvre logis. Il ne pouvait igno- 
rer qu'il était le plus grand organiste de son temps : c'était chose 
trop connue et trop incontestée ; il devait également savoir qu'en 
France et en Angleterre on récompensait généreusement les 
musiciens qui se distinguaient par leurs talents sur l'orgue, et 
cependant il ne vint même pas à la pensée de Bach de mettre le 
pied hors de son pays. Il se maria de bonne heure, eut un grand 
nombre d'enfants, mourut pauvre, et il repose dans le cime- 
tière commun, on ne sait où. Sa vie a quelque chose de patriarcal. 
<( Comme compositeurs, les différences profondes qu'offrent 
leurs ouvrages proviennent de la différence de leur génie et de 
leur vie Voyons en quoi elles consistent : Haendel, dans tout ce 
qu'il faisait, était préoccupé de l'idée d'agir sur la foule, au 
moins sur celle qui méritait sa considération. Pour arriver à son 
but, il employait tous les moyens, pourvu (ju'ils fussent compa- 
tible avec ses vues élevées sur l'art. Quant à Bach, il n'avait 
d'autre pensée, en composant, que de faire le mieux possible, 
s'en remettant, pour l'effet à produire, à sa bonne cause et à 
l'intelligence des connaisseurs. Il n'employait que les formes 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 65 

usitées de son temps et reconnues comme entièrement confor- 
mes aux règles; mais il les appliquait d'une manière originale, 
avec toute l'audace d'un génie contenu, aidé en cela par sa 
merveilleuse capacité de combinaison et par son habileté dans 
l'art du contrepoint. Aussi le style de Haendel fut-il populaire 
dans la haute acception de ce mot et à la manière du Titien, de 
Véronèse, de Rubens ou de Shakespeare ; celui de Bach ne pou- 
vait l'être, parce que Bach n'essaya d'être populaire que dans de 
très rares circonstances. Chez Haendel, le mouvement des voix, 
même dans ses chœurs du caractère le plus grandiose et le plus 
sévère, est toujours naturel et facile ; dans Bach, il est souvent 
comphqué, aussi difficile à suivre pour les chanteurs que poul- 
ies auditeurs. Tous les deux soignent l'instrumentation et don- 
nent à l'orchestre un rôle indépendant du chant ; mais Haendel 
choisit avec un tact exquis ce qui peut le mieux contribuer à 
l'effet, tirant plus particuhèrement du chant lui-même les motifs 
de l'accompagnement. Bach vise moins à l'effet qu'à revêtir 
chaque morceau de sa forme la plus riche et la plus complète, 
en donnant presque toujours aux instruments un motif tout dif- 
férent de celui du chant et travaillé avec autant de soin qu'un 
morceau d'orchestre. Enfin, Haendel voyait devant lui ses créa- 
tions ; son but était de les représenter de telle sorte que l'audi- 
teur se sentît vivre avec elles; Bach sentait en lui ce qu'il voulait 
exprimer par des sons. » 

§ 2. Musique sy.mphonique. — Oiugine de la symphonie. 
Haydn. — Mozart. 

Nous avons vu qu'au moyen âge les instruments avaient pour 
seule mission d'accompagner le chant, en le doublant. Peu à peu 
ils acquirent une vie plus libre, une existence plus indépendante ; 
tout en escortant et en soutenant les voix, ils exécutèrent des 
dessins particuliers, des imitations., ayant ainsi un mouvement 
propre et une allure spéciale. Leur rôle restait cependant bien 
secondaire et ils étaient toujours subordonnés au chant, surtout 
dans les productions de l'école italienne. Lully contribua puis- 

5 



G6 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

sarament à rémancipation de l'orchestre en écrivant ses Ouver- 
tures^ qui étaient de véritables pièces symphoniqiies et que l'on 
exécutait au commencement de ses opéras. Rameau continua 
l'œuvre de Lully en apportant, dans ses accompagnements, une 
plus grande variété de mouvement et d'harmonie. Gluck, enfin, 
augmenta les attributions de l'orchestre, en le mêlant intime- 
ment au drame dans lequel il le fit même inten-enir seul par des 
danses et par des marches. Le moment n'était pas loin où Mozart 
allait comprendrele rôle des voix et des instruments, indiquer leurs 
fonctions respectives et les unir dans un ensemble harmonieux; 
fixant ainsi des règles et établissant des proportions qui 
devaient être admises par tous les musiciens, admirateurs des 
Noces de Figaro et de Don Juan, ces deux véritables merveilles 
de pondération et de mesure, comme aussi de grâce et d'inspi- 
ration. 

Mais il fallait d*abord briser les derniers liens qui retenaient en- 
core l'orchestre captif, le dégager de toute servilité, lui donner 
une vie propre et indépendante, et tracer la route qu'il devait 
désormais parcourir, libre et triomphant. 

Cette gloire était réservée à Joseph Haydn (1732-1809), un des 
plus illustres musiciens dont s'enorgueiUit l'Allemagne, et que 
Ton a surnommé, à juste titre, le Père de la symphonie. 

Fils d'un charron, Haydn dut à labeauté de sa voix d'être admis 
dans la maîtrise de l'église Saint-Etienne, à Vienne. N'ayant pas 
les moyens de payer les leçons d'un maître, il acheta le Gradus 
ad Parjiassum, de Fux, compositeur et théoricien, maître de 
musique de la cour d'Autriche, et le Parfait Maître de chapelle, 
de Mattheson, célèbre didacticien hambourgeois. Il fit une étude 
approfondie de ces deux traités, ainsi que des sonates de Charles- 
Philippe-Emmanuel Bach, qu'il avait en grande admiration ; et il 
apprit, de l'illustre Porpora, les principes de l'art du chant ita- 
lien. Pendant longtemps, il composa, pour vivre, des petites 
pièces et des sonates pour le clavecin, écrites avec un talent 
remarquable. Puis il donna une vingtaine d'opéras, à Vienne;, à 
Berlin et sur le théâtre du prince Esterhazy, chez lequel il 
demeura plus de vingt-cinq ans. Ces œuvres dramatiques, recom- 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 67 

mandables parla grâce mélodique, sont, le plus souvent, dépour- 
vues de mouvement et de vigueur et ne révèlent pas le senti- 
ment de la scène. Les mêmes qualités et les mêmes défauts se 
retrouvent dans la musique d'église de Haydn, qui est agréable 
sans être vraiment religieuse. Mais il n'en est pas de même des 
cantates et des oratorios, qui renferment des beautés de pre- 
mier ordre. 11 faut citer, en particulier, /e.s Sept Paroles du Christ 
sur la croix, que le maestro considérait comme un de ses meil- 
leurs ouvrages; /es 6^a«sons (1801), chef-d'œuvre de mélodie et 
de musique descriptive ; et surtout la Création du monde, ora- 
torio dont le succès fut immense et qui restera comme un mo- 
nument impérissable de l'art musical. 

Mais c'est principalement par sa musique instrumentale, par 
ses cent, dix-huit symphonies et ses quatre-vingt-trois quatuor 
qiie Haydn s'est à jamais immortalisé. Avant lui, la symphonie 
n'existait pas véritablement, bien que ce genre de composition 
eût été tenté par plusieurs musiciens au nombre desquels nous 
citerons Sammartini, savant organiste de Milan, qui écrivit sa 
première symphonie en 173/i. Ce fut Haydn qui donna à la sym- 
phonie sa forme définitive, s'inspirant pour cela des sonates de 
clavecin d'Emmanuel Bach. D'abord, une courte introduction^ 
puis un allegro divisé en deux parties ; ensuite un andante dont 
le thème principal est traité de diverses manières; enfinun rondo 
vif et gai, plein de rythme et de mouvement : telle était la coupe 
de la symphonie, que Haydn modifia plus tard en ajoutant une 
autre partie, le inenuet, air de danse gracieux et expressif, qu'il 
plaça entre Validante et le rondo. Ce cadre symphonique s'est 
conservé jusqu'à nos jours ; on a simplement supprimé la petite 
introduction et remplacé le rnenuet par le scherzo, morceau d'un 
mouvement plus brillant et plus rapide. 

Quant au quatuor, Haydn lui donna la même forme que la 
symphonie, dont il n'est, du reste, qu'une réduction. 

Haydn se montra incomparable dans la musique instrumentale 
par la clarté des idées, la richesse de ses développements, la 
science de son harmonie, l'habileté de ses déductions, la pureté 
de soti style et sa connaissance de l'orchestre. Ses symphonies 



68 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

et ses quatuor sont des modèles de perfection achevée, que tous 
les musiciens doivent étudier et qui ne vieilliront jamais. 

Il convient de remarquerici que^ l'annéemême où Haydn donna 
sa première symphonie, Gossec en fit exécuter une de sa com- 
position, à Paris, au Concert spirituel. Cette innovation fut extrê- 
mement goûtée du pubUc. Sans pouvoir entrer en comparaison 
avec le maître allemand^ Gossec écrivit des pages symphoniques 
très remarquables, et c'est à lui principalement qu'est due la pre- 
mière impulsion donnée, en France, au perfectionnement de 
l'exécution instrumentale. Il est donc juste de mentionner ici 
ses louables efforts et ses honorables succès. 

Mozart, dont nous avons mentionné plus haut le génie drama- 
tique, s'exerça aussi, à la suite de Haydn, dans la musique instru- 
mentale. A dix-neuf ans, il avait déjà produit treize symphonies, 
des quatuors, des trios, vingt-quatre sonates pour le piano, etc. 
En 1785, il fit paraître six quatuor qu'il dédia à Haydn. Celui-ci, 
après les avoir examinés, dit au père de Mozart : « En vérité, 
je vous déclare devant Dieu, et foi d'honnête homme, que votre 
fils est le plus grand compositeur qui ait jamais vécli. d Un 
tel hommage, venant d'un tel maître, en dit plus que tous les 
éloges. 

Mozart s'est essayé dans tous les genres de composition : il a 
excellé dans tous. Sa musique d'église est pleine d'inspiration 
et de sentiment religieux ; conçue dans un sentiment très élevé, 
elle est écrite dans un style d'une pureté admirable. Il faut citer 
entre autres VAve verum^ le Misericordias Domini, les messes en 
la mineur et en s^'bémol, le grand Kyrie en ré, l'oratorio Davidê 
pénitente, la messe de Requiem, etc. 

Dans la musique instrumentale, Mozart a fait preuve du plus 
grand génie. Quoi de plus beau que sa symphonie en sol ? Quoi 
de plus pur, de plus original, de mieux inspiré que ses quatuor, 
ses quintettes et ses œuvres pour le piano ? Mozart est le seul 
musicien qui ait atteint la perfection dans tous les genres. Il a 
été également^le plus grand pianiste de son temps, se montrant 
au moins égal au célèbre Clementi et fondant l'école viennoise, 
continuée depuis par Beethoven et Hummel. Prodigieusement 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 69 

organisé au point de vue musical, Mozart a su réunir dans ses 
œuvres la science et l'inspiration ; profitant des travaux de ses 
devanciers, il y a réalisé l'heureux mélange de la mélodie italienne 
et de l'harmonie allemande et assuré au chant, ennobli et élargi 
par Gluck, l'appui de l'orchestre, définitivement émancipé par 
Haydn. Il disait lui-même que l'étude des maîtres avait été son 
occupation constante et qu'il -n'y avait pas de compositeur tant 
soit peu connu qu'il n'eût étudié une ou plusieurs fois dans sa 
vie. La combinaison de ces connaissances avec son génie natu- 
rel produisit cette fusion de toutes les écoles et de toutes les 
tendances, qui donne à l'œuvre de Mozart une grâce exquise et 
une solidité parfaite. 

§ 3. De l'exécution musicale. 

A la fin du dix-huitième siècle, l'art musical est définitivement 
constitué et repose sur des bases désormais certaines. Rossiniet 
Meyerbeer pourront donner à la musique dramatique des déve- 
loppements nouveaux, et Beethoven imprimera à la symphonie 
un magnifique essor ; mais, malgré le génie de ces maîtres à 
venir, Bach, Haydn et Mozart ne seront pas dépassés. 

11 n'est que juste de dire ici quelques mots des virtuoses qui 
surent donner le mouvement et la vie aux œuvres des composi- 
teurs, en assurer le succès et en répandre la connaissance, ini- 
tiant ainsi le peuple aux jouissances d'un art dont ils étaient les 
interprètes habiles et les ardents propagateurs. 

Ce fut en Italie que s'ouvrirent, au commencement du dix- 
huitième siècle, les premières écoles de chant. 11 faut citer parmi 
les plus fameuses : celle de Peli à Modène (1715), de Paita à 
Gênes, de Gasparini et de Lotti à Venise, de Fedi et d'Amadori à 
Rome, de Brivio à Milan, de Redi à Florence, de Pistocchi et de 
Bernacchi à Bologne, de Gizzi, de Feo et de Porpora à Naples, etc. 
Les chanteurs les plus célèbres, formés à l'enseignement de 
ces maîtres, furent : Amadori, Bartolini, Bernacchi, Caffarelli, 
Carlani, Crescentini, Farinelli, Ferri, Gizziello (Gonti), Guadagni 
Guarducci, Hubert, Mancini, Marchesi, Mattucci, Minelli, Pac- 



70 PETITE E.NXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

chierotti, Pasi, Pio Fabri, Raff, Siface (Grossi), etc. Quant aux 
cantatrices, nous mentionnerons seulement : la Banti, la Bor- 
doni, femme du compositeur Hasse, la Cuzzoni, la Mingotti, la 
Molteni, la Morichelli, la Sarti, Santa Stella, Victoire Tesi, la 
Todi, etc. 

En France, l'art du chant était presque ignoré. Larrivée, Jé- 
lyotte, Legros, Chardin, Lays, W^" Laguerre, Sophie Arnould et 
la Saint-Huberty possédaient, il est vrai, de jolies voix et un 
bon sentiment dramatique, mais leur éducation vocale était fort 
imparfaite et souvent leur chant dégénérait en véritables cris. Il 
était réservé à l'illustre Garât, formé à l'école italienne et pourvu 
des dons naturels les plus rares, de transformer le goût français 
par l'excellence de sa méthode, la sûreté de son instinct musical 
et l'habileté de son enseignement. 

L'orchestre s'était peu à peu transformé, épuré et complété. 
L'orgue était d'abord accompagné de violes, de rebecs, de cor- 
nets, de harpes, de luths, etc. En 1607, Monteverde composait 
ainsi l'orchestre de son opéra Or/eo, joué à Mantoue : 

2 clavecins [duoi gravi cembalî), 

1 harpe double {unarpa doppia), 

2 contrebasses de viole [duoi contrabassi da viola) 
2 guitares {duoi chitarrom)^ 

2 orgues de bois {duoi organi di legno), 

3 basses de viole {ti^e bassi da gamba), 

1 orgue de régale [un régalé), 

10 dessus de viole [dieci viole da brazzo), 

2 petits violons français [duoi violini piccoli alla Francèsé), 

1 flûte {un flautiïio), 

2 cornets {duoi cornet ti), 

!i trombones [quatro tromboni), 

1 clairon avec 3 trompettes à sourdine {un clarino con tre 
trombe sordine). 

Nous avons wi plus haut quelle était la composition de l'or- 
chestre du temps de LuUy et de Rameau. On peut se rendre 
compte des progrès accomplis en comparant avec l'orchestre de 
ces anciens maîtres un orchestre moderne, celui de Meyerbeer, 



LA MUSIQUE PENDANT LE DLX:-nUlTIÈME SIÈCLE. 71 

par exemple, dans sa marche du Prophète (1). On verra que l'or- 
chestre comprend aujourd'hui quatre familles d'instruments dis- 
tinctes : 

Les instruments à cordes, appelés aussi quatuor; 

Les instruments à vent, en bois ; 

Les instruments à vent, en cuivre, et les cors appelés aussi 
harmonie; 

Les instruments à percussion, appelés aussi batterie. 

Nous allons énumérer rapidement les virtuoses, qui, jusqu'à 
la fin du dix-huitième siècle, acquirent de la célébrité par l'ha- 
bileté et la sûreté de leur exécution. 

Orgue. — Cet instrument magnifique, perfectionné successi- 
vement par les Allemands (Smid, André, Gastendorfer, Trax- 
dorf), par les Italiens (les Antegnati, les Serassi) et par les Fran- 
çais (Thierry, GUquot, Dallery, Cavaillé) était autrefois pratiqué 
par tous les compositeurs. Les plus illustres organistes furent 
Francesco Landino, surnommé Cieco (l'aveugle), qui vivait à 
Venise vers 136/i; Squarcialupi (Florence, USO) ; Gorteccia, 
Strlggio, Tonti, Antonio degli Organi, les deux Gabrielli, Fres- 
cobaldi, etc. — En France, Milleville, Ghampion, Gouperin, Le- 
bègue, Gigault, Raison, Daquin, Marchand, etc. — En Angle- 
terre, John Bull. -— En Allemagne, Scheidt, Froberger, Reinken, 
Haendel, Kittel, Haydn, Mozart, et le plus fameux de tous, Jean- 
Sébastien Bach. 

Piano. — Get instrument a subi de nombreuses transforma- 
tions, sous les noms de virginale, d'épinette^ de cembalo, de 
clavecin, etc. La virginale, fort répandue en Angleterre, était 
l'instrument de prédilection du roi Henri Vlll et des reines Marie 
et EUsabeth ; elle avait une étendue de trois octaves. A partir du 
seizième siècle, on se servit de Vépinette et du clavecin, que l'on 
employait dans presque tous les concerts de musique instru- 
mentale et pour accompagner le récitatif dM théâtre. Un facteur 
d'Anvers, Hans Ruckers, construisit une épinette double dont les 
deux claviers jouaient ensemble ou séparément, à volonté, et il 

(l) Voir tome !<", page 212. 



72 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

augmenta l'étendue des sons du clavecin jusqu'à quatre octaves. 
En 1711, l'Italien Cristofori inventa le clavecin à marteaux que 
l'on api^ela pmno-forte et qui, depuis, a été l'objet de nombreux 
et importants perfectionnements apportés dans sa construction 
par Silbermann, Frédérici, Stein, Sébastien Erard, Herz, Pleyel, 
Kriegelstein, etc. 

Les principaux clavecinistes furent Frescobaldi, l'organiste de 
Saint-Pierre de Rome, Domenico Scarlatti, Marcello, en Italie ; 
Chambonnière, les Couperin, Rameau, en France ; Haendel, Sé- 
bastien Bach, Emmanuel Bach, Haydn et Mozart, en Allemagne. 
Le piano moderne ne date guère que du commencement de ce 
siècle. Sébastien Erard perfectionna l'invention de Cristofori et 
le clavecin, dont les cordes étaient mises en vibration par des 
becs de plume, disparut devant les premiers grands pianos à 
queue, fabriqués en 1797. 

Harpe. — Cet instrument, perfectionné également par Sébas- 
tien Erard, était fort en vogue vers la fin du dix-huitième siècle. 
Les harpistes les plus célèbres furent les Hochbrucker, de Dona- 
werth, en Danemark ; Krumpholtz et sa femme, Hinner, maître 
de harpe de la reine Marie-Antoinette ; Marcel de Marin, Nader- 
man, etc. 

Violon. — Ce roi des instruments de l'orchestre s'appela d'a- 
bord i'ebec;i\ n'avait alors que trois cordes. C'est au quinzième 
siècle qu'on lui donna la forme qu'il a encore aujourd'hui et il 
détrôna rapidement par la qualité de ses sons la viole, qui était 
alors en faveur. Les principaux luthiers qui se distinguèrent 
dans la fabrication des violons furent le tyroUen Duiffopruger, 
_lesAmati(de Crémone), Magini, Stradivarius, Guarnerius, Jacques 
Steiner, Cappa, Guadani et Clots. 

Ce fut Corelli qui fonda en Italie, à la fin du dix-septième 
siècle, la première école sérieuse de violon ; puis vinrent Va- 
lentini, Geminiani, Torelli, Somès, Locatelli;, Tartini, l'auteur de 
la Sonate du Diable, Pugnani, Mestrino, Jarnowick et Viotti. 
L'école française fut dignement représentéeparLeclair, Guignon, 
Cupis,. Bertheaume, GuéninetGaviniès, qui enseigna le violon au 
Conservatoire, lors de l'ouverture de cet étabUssement, avec 



LA MUSIQUE PENDANT LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 73 

Kreutzer, Rode et Baillot, trois maîtres célèbres, que l'illustre 
Paganini devait éclipser. 

Création du Conservatoire de musique. — Nous venons de 
parler du Conservatoire ; il est nécessaire, avant de terminer ce 
chapitre, de mentionner la création de cette école par la Conven- 
tion nationale. Cet établissement, qui devait former tant d'excel- 
lents compositeurs et de brillants virtuoses et qui allait exercer 
sur le développement de l'art musical en France une influence si 
grande et si salutaire, porta d'abord le nom d'Institut national 
de musique {àèo^XQi àw \^ brumaire an 11) ; mais peu de temps 
après (IG thermidor an III , septembre 1795), il reçut l'appella- 
tion nouvelle de Conservatoire de musique. La direction en fut 
confiée à Sarrette, qui montra une vive intelligence et une acti- 
vité prodigieuse, se consacrant tout entier à son œuvre, faisant 
composer des méthodes de toutes sortes, donnant des concerts 
et créant une bibliothèque. Les inspecteurs de la nouvelle école 
s'appelaient Gossec, Méhul, Lesueur, Cherubini, Martini et Mon- 
signy. Le fameux Garât y enseignait le chant, Catel l'harmonie, 
Boïeldieu et Louis Adam le piano; Rode et Baillot, le violon; De- 
vienne, la flûte; Domnich, le cor ; Duvernoy, la clarinette ; Ozy, 
le basson ; et Sallentin, le hautbois. 

En 18U,les intrigues de la nouvelle cour amenèrent la destitu- 
tion de Sarrette. Le Conservatoire, fermé en 1815, fut réorga- 
nisé l'année suivante sous le nom à: Ecole royale de chant et de 
déclamation et l'on mit à sa tête le savant musicien Perne, qui 
était depuis 1811 professeur adjoint de Catel. L'école ne pros- 
péra pas sous cet administrateur ; mais, en 1822, Perne ayant 
pris sa retraite, son successeur Cherubini rendit aux études leur 
ancien éclat. En 1830, V Ecole royale de chant et de déclamation 
reprit son ancien nom de Conservatoire. Lorsque Cherubini mou- 
rut (1842), Auber fut nommé directeur du Conservatoire, qu'il 
administra jusqu'à sa mort (1871). M. Ambroise Thomas fut alors 
placé à la tête de cet établissement, poste qu'il occupe encore 
aujourd'hui. 

Société des Concerts du Conservatoire. — C'est sous l'ad- 
ministration de Cherubini, en 1828, que le célèbre violoniste, 



'4- PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Fr. Habeneck, créa la Société des Concerts du Conservatoire, qu'il 
dirigea si brillamment et qui excita bientôt l'admiration et l'en- 
thousiasme. Après Habeneck, Girard (1847), Tilmaiit (1860) et 
Georges Hainl (186ii) conduisirent cet orchestre sans rival, dont 
M. Deldevez est aujourd'hui le chef respecté. 



CHAPITRE VI. 

LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 

I 

La musique jusqu'en 1860. 

§ 1. L'opéra sons l'empire et la restauration. 
Daîayrac. — Méhul. — Chenibini. — Lesueur. — Berton. — Catel. — Spontinù 

Au commencement de ce siècle, la scène française était illus- 
trée par plusieurs compositeurs dont nous avons déjà parlé. 

Dalayrac (1753-1809) mettait le sceau à sa réputation par de 
nouvelles productions, empreintes de grâce, d'originalité et de 
puissance dramatique : Maison à vendre (1800), Picaros et 
Diego {;\%^?>), Gw/is^a^z (1805). ■— jVIkhul (1763-1817), après avoir 
donné r/ra^o, opéra-bouffe dans le genre italien (1802), obtenait 
un succès triomphal avec Joseph^ œuvre pleine de grandeur, de 
tendresse et d'inspiration (1807). — Cherubinl(1760-18/i2) faisait 
applaudir sa science profonde et son instinct mélodique dans les 
Deux Journées (1800), Faniska (Vienne, 1806) et les Abencé- 
ra^es (1813). Il devait également s'immortaliser par ses compo- 
sitions religieuses, ses quatre grandes messes et son Requiem^ 
dont la haute valeur est encore si appréciée auj ourd'hui. — Lesueur 
(1763-1837), déjà célèbre comme musicien d'église, faisait repré- 
senter les Bardes (180/i), son chef-d'œuvre dramatique, qui lui 
valait, à la retraite de Paisiello, la place de maître de chapelle de 
l'empereur. — Berton (1 767-1 8Zi/i), l'auteur applaudi de Mon?a«o 
et Stéphanie, affermissait sa renommée par deux autres œuvres 
charmantes: Aline, reine de Go Iconde (1803) et Françoise de Foix 
(1.809). — • Catel (1773-1830), habile théoricien et compositeur dis- 



76 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tingué, bien qu'un peu froid, faisait paraître dans la même année 
(1802) son Traité d'harmonie et son opéra de Sémiramis. 

Mais le musicien qui, sous l'empire, brilla du plus vif éclat sur 
la scène de l'Académie de musique fut Spontini, compositeur 
italien, qui vint s'établir à Paris en 1803, après avoir fait jouer 
une quinzaine d'opéras dans son pays. Spontini (177/t-1851) eut 
d'abord à lutter contre les compositeurs français;, exaspérés par 
l'établissement à Paris d'un théâtre italien, que le premier Con- 
sul soutenait ouvertement et qui initiait le public aux chefs- 
d'œuvre de Gughelmi, de Paisiello, de Mozart et de Gimarosa. 
Deux opéras-comiques, t/iJ/e ei la Petite Maison (180A), furent 
les débuts malheureux de Spontini, sur la scène française ; mais, 
dans la même année, il prit sa revanche avec Milton, qui réus- 
sit, malgré la cabale des jaloux et des envieux. Peu de temps 
après, l'impératrice Joséphine nommait Spontini directeur de sa 
musique et Jouy lui confiait le livret d'un opéra, la Vestale, que 
Méhul etCherubini avaient refusé. 

Les ennemis du maître italien redoublèrent d'intrigues; ils 
firent refuser sa partition par les artistes de TOpéra et allèrent 
siffler, au Concert spirituel, un oratorio de sa composition. Mais 
la volonté de l'empereur fit taire les opposants et l'Opéra se vit 
obhgé démonter laVestale, par ordre supérieur. Napoléon, ayant 
fait exécuter des fragments de cette œuvre aux Tuileries, dit au 
compositeur : « VQtre opéra abonde en motifs nouveaux ; la 
déclamation est vraie et d'accord avec le sentiment musical ; de 
beaux airs, des duos d'un effet sûr, un finale entraînant ; la mar- 
che du supplice me paraît admirable. Monsieur Spontini, je vous 
répète que vous obtiendrez un grand succès ; il sera mérité. » 

Le 11 décembre 1807, la Vestale était donnée à l'Opéra au mi- 
lieu d'applaudissements unanimes, et le public ratifiait les éloges 
donnés au musicien par Napoléon 1". Ce chef-d'œuvre de Spon- 
tini est surtout remarquable par la force, la majesté, la gran- 
deur et l'intensité de l'expression dramatique, ainsi que par le 
coloris et la richesse de l'instrumentation. Le finale du second 
acte est un des plus beaux qui soient au théâtre. 

Spontini fut moins heureux dsius Fernand Cortez (1809), qui 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 77 

contient cependant des pages remarquables, parmi lesquelles il 
faut citer la scène de la révolte et un trio sans accompagnement ^ 
le premier qui se soit produit à la scène française. 

Un autre opéra, Olympie {]S\9), eut encore moins de succès. 
Irrité de cette chute imméritée (car Olympieiwi fortbien accueilli 
en Allemagne), le compositeur quitta Paris et se rendit à Berlin, 
où le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, le nomma directeur 
général de sa musique. 

« Spontini se voua exclusivement au genre illustré par Gluck 
et perfectionné par Méhul : il lui donna des développements 
plus amples et il sut satisfaire aux besoins de la pompe théâtrale, 
à toutes les exigences de notre scène, sans jamais tomber dans 
la froideur. Noble et solennel, puissant et dramatique, Spontini 
agrandit le cadre de notre opéra et introduisit dans la tragédie 
musicale, telle que Gluck et Méhul l'avaient comprise, l'accent 
passionné du sensuahsme italien. Par la justesse de sa déclama- 
tion et par la beauté de ses récitatifs, par le magique coloris de 
ses tableaux et par la vigueur de ses conceptions, il appartient 
à l'école française et il en est devenu un des plus sympathiques 
représentants ; mais, par ses rythmes mouvementés, par la con- 
texture de ses mélodies voluptueuses, par la verve, par le feu 
de son éloquence toute méridionale, il reste le plus émouvant et 
le plus pathétique des maîtres napohtains (1). » 

Spontini a donc été le continuateur de Gluck et le précurseur 
de Rossini. 

§ 2. L'opéra- COMIQUE sous l'empire et la restauration. 

Paev. — Plaîïtade. — Alex. Piccmnl. — Catrufo. — Blangini. — M^^S. Gail. 
[hochsa. — Nicolo houard. — Boïeldieu. 

Sous l'Empire, un certain nombre de compositeurs se produi- 
sirent, avec plus ou moins de succès, dans le genre de l'opéra- 
comique. Paer (1771-1839), après avoir écrit une vingtaine 
d'opéras, joués avec succès en Italie, s'attacha à la fortune de 

(1) G. CiiouQUET, Histoire de la musique dramatique en France. 



i» PETITE ENCYCLOPEDIE ML'SICALE. 

Napoléon, qui goûtait fort sa musique, et vint se fixer à Paris avec 
les titres de compositeur et directeur de la musique particulière 
de l'empereur, maître de chant de l'impératrice Marie-Louise et 
directeur del'Opéra-Bouffe. Il composa alors plusieurs partitions, 
entre autres l'Agnese, qui eut une véritable vogue. En i821, 
Paer donna au théâtre Feydeau son charmant opéra-comique, 
le Maître de Chapelle^ dont le succès fut éclatant et qui s'est 
maintenu au répertoire. — Plantade (1 764-1 839) se fit d'abord 
une grande réputation par la publication de différents recueils de 
romances, genre fort à la mode alors. Plus tard, il aborda la scène 
avec un succès assez médiocre : les Deux Sœurs (1791), Palma 
(1797), Zoe (1800) et le Mari de circonstance (1813) sont les seuls 
ouvrages qui méritent d'être cités. — Alexandre Piccinni U''99- 
1850) s'est fait connaître par quelques opéras-comiques : Arle- 
quin au village^ la Femme justifiée^ Wmoureux par surprise, etc. 
Mais ce qui a principalement établi sa renommée, ce sont les 
innombrables ballets et airs de toute nature qu'il a composés 
pourpkis de deux cents mélodrames, joués sur les théâtres des 
boulevards. — Catrufo (1771-1851), après avoir produit plu- 
sieurs opéras-bouffes en Italie et à Genève, vint se fixer à Paris 
en 1810 et fit jouer à l'Opéra-Comique un certain nombre d'ou- 
vrages dont quelques-uns furent fort bien accueillis. Nous cite- 
rons : Félicie ou la Jeune Fille romanesque (1815), une Matinée 
de Froniin] (1815) et le ^'oyage à la cour (1825). — Blangini 
(1781-18/il), connu par ses romances et ses agréables nocturnes 
à deux voix, fît représenter à Feydeau : Chimère et Réalité (1803), 
les Femmes vengées (1811), la Sourde-Muette (1815), etc. Son 
opéra de Nephtali ou les Ammonites (1806), renferme aussi 
plusieurs morceaux qui ne sont pas sans mérite. — M"" So- 
phie Gail (1776-1819) se fit applaudir comme cantatrice et 
comme compositeur. Zes Deux Jaloux {i'èlo) et la Sérénade [\^i^) 
furent principalement reçus avec une faveur marquée. — Le 
fameux harpiste Bochsa (1789-1816) fit jouer plusieurs opéras- 
comiques dont les mieux accueillis furent : Alphonse d'Aragon 
(I8I/1) et la Lettre de change (1815). — Nicolo (Isouard) (1777- 
1818) fut un des musiciens les mieux inspirés et les plus goûtés 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIEME SIECLE. 79 

de la période impériale. Sa musique vive et gaie, sa mélodie gra- 
cieuse sont souvent gâtées par la préciosité et l'afféterie ; mais 
on ne peut refuser à Nicolo deux qualités des plus importantes, 
le charme et le mouvement scénique. Il suffit de citer les Ren- 
dez-vous bourgeois {\%^1)^ Cendrillon (1810), Joconde (I8I/1) et 
Jeannot et Colin (1814), pour rappeler les succès les plus bril- 
lants de rOpéra-Comique. Nicolo était en pleine possession de 
la faveur publique, lorsqu'il en fut tout à coup dépossédé par uq 
rival redoutable, qui l'écrasa bientôt de son éclatante fortune. 
BoiELDiEU (1775-183/i) s'était déjà fait avantageusement con- 
naître par un certain nombre de romances et quelques opéras- 
comiques : la Dot de Suzetie^ la Famille suisse y Zoraiyne et 
Zulnare, et surtout le Calife de Bagdad et Ma Tante Aurore, 
qui furent chaudement acclamés, lorsqu'il partit pour la Russie, 
au mois d'avril 1803, avec le violoniste Rode et le violoncelliste 
Lamare. Après un séjour de sept années à Saint-Pétersbourg, où 
il fut comblé de faveurs et d'égards par le czar et la haute société 
russe, Boïeldieu revint à Paris, où il donna Jean de Paris, dont le 
succès fut retentissant. On remarqua dans cet ouvrage toutes les 
qualités nouvelles que le maître avait acquises ou qui s'étaient 
développées pendant son absence : correction admirable de 
style, science des proportions et des effets scéniques, instru- 
mentation plus vivante et plus colorée. Le Nouveau Seigneur 
du village (1813), la Fête du village voisin {\%\ii) et le Petit 
Chaperon-Rouge[\%\^) furent l'occasion de nouveaux triomphes. 
Enfin, le 10 décembre 1825, l'Opéra-Comique donna la Dame 
blanche, qui fut accueillie par des transports unanimes d'admi- 
ration. 

. « Ce fut au mois de décembre 1825, dit Fétis, qu'on donna la 
première représentation de la Dame blanche', près d'un an après, 
et lorsque cent cinquante épreuves de la même pièce eurent été 
faites, la foule des spectateurs encombrait encore la salle Fey- 
deau chaque fois que cet ouvrage était joué. Le succès fut le 
même partout ; la nouvelle musique de Boïeldieu fut chantée dans 
tous les concerts, dans tous les salons, et ses motifs servirent 
de thèmes à mille arrangements divers. Le développement pro- 



80 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

gressif des facultés du compositeur, qui n'avait cessé de se faire 
apercevoir depuis ses premiers essais de musique dramatique, 
n'a jamais été plus sensible que dans la Dame blanche. Jamais 
son style n'avait été plus varié ; jamais il n'avait montré autant 
de force expressive ; jamais son instrumentation n'avait été si 
brillante; jamais, enfin, il n'y avait eu autant de jeunesse et de 
nouveauté dans sa composition; cependant il était resté lui- 
même et n'avait rien emprunté à la musique rossinienne. 11 est 
même remarquable qu'il ait pu varier, comme ill'a fait, les effets 
de son nouvel opéra, faisant peu d'usage de modulation, affec- 
tionnant les tons principaux de ses morceaux, et n'employant 
que des harmonies simples et sans recherche. Rien n'indique 
mieux la facilité d'invention mélodique que cette unité tonale 
unie à la simplicité d'harmonie. » 

Boïeldieu est le premier des trois génies qui ont porté à un si 
haut degré de perfection notre opéra-comique français. Bientôt 
nous verrons apparaître les auteurs du Pré aux Clercs et du 
Domino noir, Hérold et Auber. 

§ 3. L'ÉCOLE ITALIENNE, 

Rossinl. — Carafa. — Mercadante. — Vaccai. — Pacini. — Donizetti. 

Bellini. 

Dans la même maison que Boïeldieu, 10, boulevard Mont- 
martre, habitait un jeune musicien italien, arrivé nouvellement à 
Paris (1823) et qui avait acquis déjà une grande célébrité par 
les œuvres qu'il avait composées et fait jouer dans son pays. 
Nous voulons parler de Rossini (1792-1868), le plus illustre et le 
plus populaire des compositeurs dramatiques de l'Italie au dix- 
neuvième siècle. 

Lorsqu'il vint en France, Rossini ne comptait' pas à son actif 
moins de trente-cinq partitions, dont les plus connues étaient : 
ri)igcumofelice{\d>12), Ciro in Babylonia {1S[2), TancrecU (181 3), 
dont on se rappelle la célèbre cdiYdXiwQ Ditanti palpiti\ l'italiana 
in Algeri [{%\ô), il Barhiere cli Siviglia (1816), ce chef-d'œuvre 
de grâce et de gaieté, écrit en treize jours, mal accueiUi le pre- 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 81 

mier soir et si acclamé depuis Otello (1816), la Cenerentola 
(1817), la Gazza ladra (1817), Mosè in Egitto (1818), la Donna 
dellago (1819), Matilda di Shabran (1821), Zelmira (1821) et 
Semiramide (1823). Précédé par la grande réputation que l'on 
avait faite à ces œuvres nombreuses, dont plusieurs avaient été 
jouées au théâtre Italien de Paris, Rossini fut accueilli par l'en- 
thousiasme des uns, les dénigrements et l'animosité des autres. 
Berton, l'auteur de Montano et Stéphanie^ se distingua dans cette 
lutte par l'âpreté de sa jalousie et la violence de ses attaques. 
Mais il signor Vacarmini^ comme l'appelaient les envieux, en- 
tendit à peine cette note discordante dans le concert d'éloges et 
d'acclamations dont les dilettanti saluèrent son arrivée. 

A Paris, Rossini transforma son Maometto et son Mosè in 
Egitto, et les donna, à l'Opéra, sous les noms du Siège de Co- 
rinthe (1826) et de Moïse (1827). Puis vinrent le Comte Ory, par- 
tition pleine de gaieté, de grâce et d'esprit (1828) et enfin Guil- 
laume Tell (3 août 1829), le dernier ouvrage dramatique du 
maître, son chef-d'œuvre et l'une des plus belles productions 
du génie musical; ouvrage admirable de poésie, de force et d'in- 
spiration!... Quelle science de l'orchestre et des voix!... quelle 
pondération!... quel heureux mélange de la mélodie italienne, 
de l'harmonie allemande et de la clarté française !... Il faudrait 
citer tous les morceaux: l'ouverture si justement célèbre, la scène 
de la conjuration, les chœurs, le grand duo, le trio, l'air de 
Mathilde, etc. 

Après Guillaume Tell, Rossini déposa sa plume et n'écrivit 
plus pour le théâtre, disant qu'un succès de plus n'ajouterait rien 
à sa renommée et qu'une chute pourrait y porter atteinte. 

« Peu de musiciens ont reçu en naissant une aussi riche mesure 
de dons naturels: fertilité inépuisable d'invention, facilité inouïe 
de conception et de travail^ intelligence des effets dramatiques, 
il possède tout à un degré éminent. Né dans un pays et à une 
époque où l'on ne demandait au compositeur dramatique que 
de beaux chants, et où les chanteurs régnaient en maîtres sur 
le théâtre, il comprit que tout succès était acquis au musicien 
qui saurait, non-seulement inventer les chants les plus agréables, 

c 



82 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

les plus doux a l'oreille, mais les accommoder le mieux aux ta- 
lents des chanteurs. Partant de ce principe, il puisa à pleines 
.mains à la source intarissable de mélodie qui était chez lui un 
don naturel, choisissant les chants les plus suaves, les plus 
agréablement rythmés, ceux qui devaient chatouiller le plus 
délicieusement des oreilles italiennes, et tout cela, sans se 
préoccuper le moins du monde de la convenance des mélo- 
dies aux situations du drame et aux sentiments des person- 
nages, convenance qui est la base même de la vérité d'expression. 
De là, des inégalités choquantes, des cabalettes absurdes et 
banales dans les situations souvent les plus pathétiques, et bien 
d'autres taches qui déparent ses plus beaux ouvrages. Quant au 
chant lui-même, il le traita en excellent chanteur qu'il était, ne 
demandant à la voix que ce que peut donner un organe bien et 
convenablement exercé ; il alla même, lorsqu'il eut lieu de se con- 
vaincre qu'il y avait de graves inconvénients à laisser trop de 
latitude aux chanteurs, jusqu'à leur imposer les fioritures, rou- 
lades et autres ornements, qu'il écrivit comme il s^oulait qu'ils 
fussent exécutés. Cette innovation, il faut le reconnaître, était 
en quelque sorte imposée à Rossini par suite de l'état de déca- 
dence dans lequel l'art du chant commençait à tomber de son 
temps, décadence qui n'a fait qu'empirer après lui. L'époque de 
Rossini a été celle où le beau chant italien a jeté son der- 
nier éclat. Hegel, le philosophe Hegel, qu'on ne s'attendait 
pas sans doute à trouver dans les rangs des admirateurs de 
Rossini, avait parfaitement compris le caractère de la musique 
rossinienne quand, en 182/i, il écrivait à sa femme : « Je com- 
(( prends maintenant pourquoi la musique de Rossini est peu 
« appréciée à Berlin ; c'est que, de même que le satin est fait pour 
« les dames, et les pâtés de foie gras pour les gourmets, cette 
« musique ne convient qu'à des gosiers itahens ; ce n'est point 
<( pour la musique, mais pourléchant que tout est calculé: la 
« musique, faite pour elle-même, peut être jouée sur le violon ou 
« sur le piano ; celle de Rossini n'a de valeur que chantée. » 

« Cela ne veut point dire que l'instrumentation de Rossini 
ne soit, comme dans les opéras des compositeurs itahens de 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUYIÈME SIÈCLE. 83 

l'époque précédente, traitée que comme accessoire, bien au 
contraire ; et chacun sait que l'un des principaux mérites de 
Rossini est d'avoir donné dans ses opéras un rôle fort important 
à l'orchestre, prenant en cela modèle sur son prédécesseur, 
Mozart. Quant aux brillantes qualités de son instrumentation, il 
suffît, pour en avoir une idée, de se rappeler quelques-unes des 
grandes scènes de ses opéras, un des finales de Moïse, par 
exemple, ou du Siège de Corinthe, et plusieurs de ses ouver- 
tures qui, comme celles de la Gazza ladra^ de Sémwamïs, de 
Guillaume Tell, sont rangées parmi les chefs-d'œuvre du genre. 

« Avec cet ensemble de qualités et de défauts, Rossini dut 
exercer, et exerça en effet, une influence considérable, décisive 
sur l'art musical; il a ouvert au genre dramatique une nouvelle 
voie dans laquelle une foule d'imitateurs se sont engagés à l'envi, 
exagérant malheureusement, comme c'est le cas ordinaire, les 
défauts du maître ; c'est à lui qu'on doit rapporter en particu- 
lier le développement immense qu'ont pris les morceaux d'en- 
semble ou finales dans»les opéras de notre temps, le luxe do 
l'instrumentation et la prédominance des instruments de cuivre 
dont on abuse tant de nos jours, les crescendos qui jouent au- 
jourd'hui un si grand rôle, et quelques autres importations plus 
ou moins heureuses et qui toutes tendent à un emploi exagéré 
des ressources instrumentales ou vocales dont le compositeur 
de théâtre peut disposer (1). » 

Au nombre des musiciens qui s'inspirèrent plus ou moins du 
génie de Rossini, il convient de citer les suivants : 

Carafa (1787-1872), l'auteur applaudi du Solitaire^ de Masa- 
niello et de la Prison d'Edimbourg^ que l'on a surnommé le clair 
de lune de Rossini, et dont les brillantes qualités ont été gâtées 
par l'abus des réminiscences et des imitations rossiniennes autant 
que par un travail trop hâtif et une facture trop lâchée. — Merca- 
DANTE (1795-1870), compositeur fécond, habile, très instruit dans 
son art, mais dépourvu d'imagination, qui dirigea longtemps le 
Conservatoire de Naples. Plusieurs de ses opéras obtinrent le plus 

(1) Marcillac, Histoire de la musique moderne. 



84 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

brillant succès, entre autres // Giuramenlo^ la Donna Caritea et 
surtout EUsa e Claudio^ dont la vogue contrebalança un instant 
la gloire de Rossini. — Vaccai (1791-18Zi9), élève de Paisiello, qui 
vit son Roméo et Julietterecu avec acclamation, etPACiNi (1796- 
1867), doué d'une fécondité incroyable, qui se fit connaître avan- 
tageusement par Saffo, VUltimo giorno di Pompeio, Niohe, etc. 
Mais ces deux compositeurs furent les imitateurs trop serviles 
de Rossini pour pouvoir prétendre à une réputation vraiment 
durable. — Donizettj (1798-18/i8), après desérieuses études mu- 
sicales, abandonna la musique d'église et la musique de chambre 
pour se produire au théâtre, délaissant le style sévère pour mar- 
cher à la suite de Rossini, dont il s'appropria la manière et les 
procédés. Doué d'une réelle sensibilité, d'une véritable inspira- 
tion et d'une grande science de l'art d'écrire, il produisit plus de 
soixante opéras, parmi lesquels : Anna Bolena^ VElisire d'amore, 
Lucrezia Borgia, Lucia di Lammermoor, son chef-d'œuvre, la 
Fille du régiment, les Martyrs^ la Favorite, Linda di Chamounix, 
Don Pasquale^ charmante partition écrite en huit jours. « Doni- 
zetti doit occuper le premier rang après le rang suprême qui 
appartient au génie. 11 sera classé, dans l'histoire de Fart, immé- 
diatement après Rossini, dont il a été le plus brillant disciple, «t 
vivra dans la postérité par son chef-d'œuvre de Lucie, l'une des 
plus charmantes partitions de notre siècle ^ » — Bellini (1802- 
1835) était loin de posséder la science musicale de Donizetti ; 
mais la nature l'avait comblé des dons les plus rares et les plus 
précieux : un sentiment mélodique très développé, la grâce et le 
charme dans l'inspiration, une tendresse pénétrante et une 
expressive simpUcité. Le Pirate, la Straniera, la Somnanbula 
et la Norma valurent à Bellini l'attention et la faveur du public. 
Les Puritains, qui obtinrent un succès éclatant, accusèrent chez 
le jeune compositeur un grand progrès dans la facture musicale ; 
l'harmonie était plus cherchée et plus correcte, l'instrumentation 
plus forte et plus variée. Malheureusement la mort arrêta préma- 
turément l'essor de ce charmant génie et les espérances bril- 
lantes, qu'il avait fait concevoir, restèrent irréalisées. 

1 ScuDO, Littérature musicale. 



^^: 




J. VAN BEETHOVEN 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 8j 

§ 4. L'ÉCOLE ALLEMANDE. 

Beethoven. — Weàej: — Spohr. — Schubert.— Mendelsshon. — Schumann . 

Pendant la première moitié de ce siècle, l'école allemande a 
brillé d'un incomparable éclat. Un grand nombre de compositeurs 
se sont produits de génie différent et de réputation inégale ; mais 
deux noms rayonnent au-dessus de tous : Beethoven et Weber. 

Louis VAN Beethoven (1770-1827) a mérité d'être appelé le dieu 
de la symphonie. C'est lui, en effet, qui, élargissant le cadre 
imaginé par Haydn, donna à la symphonie une ampleur, une 
majesté, une plénitude d'expression incomparables, la rendant 
ainsi capable de traduire les divers sentiments et les émotions 
del'âme, d'interpréter de véritables drames et de peindre de vrais 
tableaux, de vraies scènes de la viehéroïque et de la vie pastorale. 
Beethoven s'essaya aussi au théâtre : on connaît son Fidelio, 
où se trouvent de grandes beautés et des pages subhmes. Mais il 
ne renouvela pas cette tentative ; son génie impérieux et despo- 
tique ne pouvait se plier aux exigences de la voix humaine, dont 
la force et l'étendue sont nécessairement hmitées, et il la traitait 
comme un instrument, méritant ainsi le surnom de « tyran de 
la voix » , qui lui fut donné par M"^ Sontag, une de ses plus bril- 
lantes interprètes. 

L'orchestre, voilà le domaine où Beethoven règne en maître 
où sa nature se développe dans toute sa fougue, son originalité 
et sa puissance. Grand admirateur de Mozart, il subit d'abord 
l'influence de ce maître ; mais bientôt, brusquement, il trouva sa 
note propre, particulière, et dégagea sa personnalité de toute for - 
mule préconçue et de toute imitation. Ce fut alors qu'il écrivit la 
symphonie en ut mineur, la symphonie héroïque et la symphonie 
pastorale, trois chefs-d'œuvre d'une perfection achevée et d'une 
élévation que rien n'a jamais égalée dans la musique instrumen- 
tale. 

Malheureusement l'illustre compositeur, frappé de surdité, 
s'éloigna de plus en plus du commerce des hommes. En proie à 
une sombre mélancolie, il ferma son âme au monde extérieur. 



86 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

maudissant la fatalité, vivant dans une concentration pro- 
fonde, replié sur lui-même. Aussi les œuvres de la troisième 
période de sa vie reflètent-elles cette misanthropie, cette amer- 
tume, ces tristes préoccupations, qui empoisonnèrent ses der- 
nières années. Beethoven a élevé la musique instrumentale à sa 
plus haute puissance par ses symphonies, ses trios et ses qua- 
tuors. Remarquable virtuose, il a laissé aussi, pour le piano, des 
sonates admirables. 

« Ce qui distingue les compositions de ce grand homme, dit 
Fétis, c'est la spontanéité des épisodes par lesquels il suspend, 
dans ses beaux ouvrages, l'intérêt qu'il a fait naître, pour lui en 
substituer un autre aussi vif qu'inattendu. Cet art lui est particu- 
lier et c'est à lui qu'il est redevable de ses plus beaux succès. 
Etrangers, en apparence, à la pensée première, ces épisodes oc- 
cupent d'abord l'attention par leur originalité ; puis, quand l'effet 
de la surprise commence à s'affaiblir, le compositeur sait les rat- 
tacher à l'unité de son plan et faire voir que, dans Tensemble 
de sa composition, la variété est dépendante de l'unité. Beethoven 
joignait à cette rare qualité le sentiment intime de l'effet d'une 
instrumentation qui ne ressemble à celle d'aucun autre auteur. 
Personne n'a possédé aussi bien que lui l'art de remplir l'or- 
chestre et d'opposer des sonorités à d'autres sonorités. De là 
vient que l'effet de ses grands ouvrages surpasse en puissance 
tout ce qu'on avait fait avant lui. 

« Quelle que soit la divergence d'opinions sur les ouvrages 
des diverses périodes de la vie de Beethoven, il est un point sur 
lequel tout le monde sera éternellement d'accord : c'est que l'au- 
teur de ces ouvrages mérite d'être compté au nombre des plus 
grands artistes et de ceux qui, par leur talent, ont le plus contri- 
bué au développement de leur art. Il eut un de ces rares génies 
qui dominent toute une époque et lui impriment une direction 
caractéristique dans l'art qu'ils cultivent. La grandeur, la force 
poétique sont ses attributs. 11 n'eut pas, comme Mozart, l'abon- 
dance d'idées qui déborde de toutes parts ; sa pensée s'élaborait 
lentement, laborieusement, et ses thèmes, même ceux qui se pré- 
sentent sous l'aspect le plus simple et le plus naturel, étaient 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 87 

souvent remaniés par lai avant qu'il s'arrêtât à leur forme défini- 
tive ; mais, lorsqu'il était fixé, tout l'ensemble de la composi- 
tion était saisi par sa puissante intelligence. » 

Charles-Marie de Weber (1786-1826) fut le premier des mu- 
siciens romantiques et il créa véritablement en Allemagne l'opéra 
national. Doué d'une puissante imagination, d'un tempérament 
passionné, d'un génie poétique et mélodique, il transporta à 
la scène les légendes populaires, les croyances naïves de l'Alle- 
magne du Nord et les récits mystérieux des anciens poètes 
germaniques. Après deux petits opéras, la Fille de la forêt et 
Pierre Schmoll, qui furent assez bien accueillis, Weber se révéla 
tout entier dans le Freyschûtz, chef-d'œuvre d'originalité, de 
force et d'inspiration. Berlioz déclare qu'il ne connaît guère de 
partition « aussi irréprochable, aussi constamment intéres- 
santé d'un bout à l'autre, dont la mélodie ait plus de fraîcheur 
dans les formes diverses qu'il lui plaît de revêtir, dont les 
rythmes soient plus saisissants, les inventions harmoniques 
plus nombreuses, plus saillantes, et l'emploi des masses de voix 
et d'instruments plus énergique sans efforts, plus suave sans af- 
féterie. » Euryanthe et Obéron mirent le sceau à la réputation de 
Weber et le classèrent définitivement au nombre des plus grands 
génies qui ont honoré l'art musical. 

Louis Spohr (178M859) se fît connaître d'abord comme habile 
violoniste. Il aborda ensuite la composition et produisit des ora- 
torios, des pièces intrumentales, de la musique d'église et des 
opéras, dont les plus célèbres furent /^«ws^ et /essonc^rt. Musicien 
fort distingué, Spohr n'a peut-être pas, surtout en France, une 
réputation à la hauteur de son mérite. Sans pouvoir lutter avec 
Haydn, Mozart et Weber, il possédait de réelles qualités mélo- 
diques et une science indiscutable, qui lui valurent l'admiration et 
les hommages deHabeneck, d'Halévyetd'Auber. Le seul reproche 
grave que l'on puisse faire aux nombreuses œuvres de ce musi- 
cien est la monotonie, qui leur enlève l'accent, la force et le relief. 
— François Schubert (1797-1828) exerça une grande influence 
sur l'art allemand par ses œuvres symphoniques, et surtout par 
ses nombreux lieder^ si pleins de grâce, de rêverie, de mélan- 



88 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

colie, de poésie et d'inspiration. Grâce à lui, le lied (chanson, 
romance, légende) est devenu, en Allemagne, la forme musicale 
populaire par excellence. Qui ne connaît Y Ave Maria^ V Adieu, 
Marguerite, V Eloge des larmes, le Roi des Aulnes, la Jeune Reli- 
gieuse et tant d'autres chefs-d'œuvre si complets dans leur courte 
étendue? — Félix MENDELssonN-BARiHOLDY (1809-18/il) s'essaya 
dans tous les genres, mais il brilla d'un éclat tout particulier dans la 
musique instrumentale. D'une intelligence remarquable, il s'assi- 
mila rapidement tous les procédés de la science musicale et, 
depuis Beethoven, personne n'a traité la symphonie d'une ma- 
nière aussi parfaite. Ses ouvertures du Songe d'une nuit d'été, 
de la Grotte de Fingal, etc., ses oratorios Elie et Paulus et ses 
compositions pour le piano jouissent d'une réputation méritée, 
tant pour l'originalité de la mélodie que pour la couleur et le 
pittoresque del'instrumentation. — Robert Schumann (1810-1856) 
rêva la gloire d'être un novateur en musique et il propagea 
ardemment, par sa plume de critique et par ses compositions, 
les idées de la nouvelle école romantique dont le programme pou- 
vait tenir en deux articles : destruction des anciennes règles et 
des formules consacrées, pleine et entière liberté laissée au 
génie, à l'inspiration et à l'imagination. Après des petites pièces 
pour piano et des lieder, empreints de poésie et de profondeur, 
il écrivit des symphonies remarquables, s'essaya au théâtre, 
mais sans succès, et mourut prématurément dans un état de 
surexcitation et de folie. 

§ 3. L'OPÉRA-COMIQUE APRÈS BOIELDIEU. 

Auber. — Hérold. — Adam. — Mojipou. — Reàer. — Clapisso'n. 
Grisar. — Maillart. 

Boïeldieu avait ouvert une route nouvelle à l'opéra-comique 
par son chef-d'œuvre, la Daine blanche; une foule de compo- 
siteurs le suivirent dans cette voie. Parmi les musiciens dont 
le génie illustra si glorieusement la scène française, il faut citer, 
en première ligne, Auber et Hérold. 

Auber (1782-1871), élève de Cherubini et de Boïeldieu, se fit 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 89 

connaître, dès 1820, par la Bergère châtelaine, opéra-comique, 
que suivirent bientôt ^mma, la JSeige^ le Maçon, etc., produc- 
tions charmantes qui commencèrent la brillante réputation du 
fécond et spirituel compositeur. Pendant cinquante ans , sa 
verve ne se démentit pas et il tint constamment le public sous 
le charme, donnant des œuvres pétillantes de grâce et d'esprit, 
telles que Fra Diavolo, le Cheval de bronze, V Ambassadrice, le 
Domino noir, les Diamants de la couronne, Haydée, etc. ; ou 
écrivant des pages pleines de sentiment, de force et d'élévation, 
comme dans la Muette de Portici. 

HÉROLD (1791-1833) n'eut pas la carrière longue et féconde 
d'Auber ; la mort vint brusquement le surprendre, en plein 
triomphe. Mais, si courte qu'ait été sa vie, il a laissé deux chefs- 
d'œuvre, Zampa et le Pré aux Clercs, qui lui assurent une place 
enviable parmi les maîtres immortels. 

(( Sous des apparences frivoles, l'œuvre d'Auber porte le cachet 
d'un maître supérieur. Que ce grand musicien ait eu le tort de 
se contenter d'écrire des ouvertures mosaïques, lorsqu'il lui eût 
été facile d'orner ses drames lyriques de véritables préfaces 
instrumentales, nous voulons bien l'admettre ; qu'il ait montré 
parfois trop peu de souci des règles d'une bonne prosodie, nous 
le regrettons, ainsi que tous ses admirateurs ; mais par quelles 
précieuses qualités il sait racheter ses quelques défauts ! Qui a 
écrit un plus grand nombre d'airs déhcieux et surtout d'airs de 
soprano ? Qui s'entend mieux que lui à dialoguer finement, à 
mouvementer une scène, à faire jaillir le flot de ses mélodies au- 
dessus du flot des paroles, à imprimer de la vie et à donner de 
la vérité aux situations les moins vraisemblables? Qui traduit 
avec plus de bonheur et de grâce un certain ordre de sentiments 
délicats et surtout la coquetterie innée de la femme, à quelque 
rang delà société qu'elle appartienne ? Quia légué aux ItaUensle 
modèle des scènes de folie et enseigné l'art de ramener, de repro- 
duire un motif pour le faire servir à l'enchaînement des situations 
dramatiques ? Enfin, quia enrichi l'écrinde la muse lyrique d'au- 
tant de perles et de diamants ? La musique d'Auber représente dans 
l'art contemporain une forme de l'esprit français, que la marée 



90 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

montante de la démocratie menace de détruire : voix aimable, 
rieuse, discrète, causeuse accoutumée à briller dans les salons 
du monde élégant, elle se mêle au commun des mortels et ne 
dédaigne ni le peuple ni les bourgeois ; elle leur parle toujours 
juste et franchement, sans longueurs inutiles, sans emphase et 
sans prétentions ; mais en se pliant aux mœurs actuelles, en ne 
froissant pas le goût du jour, elle garde son allure aristocratique, 
et, s'il fallait la caractériser d'un seul mot, nous l'appellerions 
la Célimène de l'harmonie (l). « 

Hérold eut en partage presque toutes les brillantes qualités 
d'Auber, mais son génie était plus sérieux et imprégné de plus 
de tendresse et de mélancohe. « On a observé dans le style 
d'Hérold, dit M. Léon Piliault, des influences produites parles 
maîtres allemands et italiens. Il ne pouvait guère en être autre- 
ment. La musique était dans une époque de transformation vio- 
lente. L'Allemagne avait Beethoven et Weber, l'Italie avait Rossini, 
et Meyerbeer était à l'horizon. L'influence qui nous paraît la plus 
sensible dans la musique d'Hérold est celle de Weber ; on la sent 
surtout dans la rapidité de certains traits de violon et dans l'em- 
ploi de certaines sonorités; mais la pensée est toujours originale. 
D'ailleurs, Hérold n'était pas un rêveur, comme Weber ; il avait, 
avant tout, le génie musical de la scène et la puissance du 
reUef mélodique. » 

Adolphe Adam (1803-1856) fit applaudir une musique facile, 
mélodique et spirituelle dans le Brasseur de Preston, Si fêtais 
roi, le Sourd, le Bijou perdu, le Postillon de Longjumeau^ le 
Toréador, Giralda, etc. Mettons à part le Chalet, un acte plein 
de charme, un véritable chef-d'œuvre de grâce et de sentiment. 
MoNPOu (1 804-1 8/il) donna, par d'agréables mélodies, des espé- 
rances qui ne se réalisèrent qu'à demi. Les Deux Reines, Piquillo^ 
la Chaste Suzanne, et Jeanne de Xaples ont prouvé que, si Mon- 
pou avait quelque originalité mélodique, il ignorait presque en- 
tièrement l'art de faire chanter la voix et les instruments. — 
Reber (1807-1880) fut, au contraire, un musicien instruit, délicat, 

(1) G. Chouquet, Histoire de la musique dramatique en FraJice. 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 91 

plus préoccupé de bien faire que de plaire au public, ne faisant 
aucune concession au mauvais goût et préférant l'estime des 
vrais connaisseurs aux applaudissements de la foule. Il a laissé 
peu de partitions, mais- le Père Gaillard^ les Papïllottes de 
M. Benoît^ les Dames capitaines sont des modèles observés de 
science, de goCit et de sentiment. — A. L. Clapisson (1808-1866) 
se fit remarquer comme compositeur ingénieux, mélodiste dis- 
tingué et habile harmoniste. Son chef-d'œuvre : laFanchonnette, 
a rendu son nom justement populaire. — Albert Grisar (1808- 
1869) écrivit d'une plume facile et spirituelle de charmantes 
partitions, dont les plus connues sont : Gilles ravisseur ^ les Por- 
cherons^ le Chien du jardinier^ Bonsoir^ monsieur Pantalon et la 
Chatte merveilleuse. — Enfin, Maillart (1817-1871), doué au plus 
haut point d'un tempérament dramatique, après quelques essais 
plus ou moinsheureux, se révéla comme compositeur remarquable 
dans les Dragons de Villars (1856) et dans Lara (186/i), partition 
pleine d'accent, de mélodie, de couleur et de force expressive. 

§ 6. L'opéra après rossini. 
Meyerbeer. — Halévy. — Niedermeyer, — Berlioz. — F. David. 

Après le triomphe éclatant que lui valut son Guillaume Telly 
Rossini, nous l'avons dit plus haut, ne voulut plus écrire pour 
lethéâtre. L'influence que ses œuvres exercèrent surles musiciens 
contemporains fut considérable, mais ce fut principalement sur 
un compositeur d'origine allemande, Meyerbeer, que son action 
se montra décisive. 

Meyerbeer (1 794-1 86A) avait été le condisciple de Weber à 
l'école du savant théoricien, l'abbé Vogler. L'idéal que les deux 
élèves se promettaient alors de poursuivre était la création d'un 
art national, d'un opéra véritablement allemand; mais Weber 
seul persévéra dans cette idée de jeunesse et Meyerbeer, décou- 
ragé par plusieurs insuccès, vint se fixer à Paris. Pendant plu- 
sieurs années, il vécut dans une sorte de retraite, étudiant, com- 
parant les productions musicales des diverses écoles, témoin 
de la gloire de Rossini, observant attentivement les exigences 



92 PETITE E>XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

du goût français et les tendances artistiques du public. Robert 
le Diable fut le résultat de cette période d'attente, de travail 
éclectique et d'intelligente assimilation. Cet opéra, qui fut joué 
en J831, deux ans après l'apparition de Guillaume Je//, fut ac- 
cueilli avec enthousiasme et il s'est toujours maintenu avec 
succès au répertoire, malgré certains passages, certaines ca- 
dences et un véritable abus d'ornements, dont la provenance 
italienne est trop évidente et que le bon goût a depuis long- 
temps condamnés. Cinq ans plus tard, en 1836, Meycrbeer mit 
le sceau à sa réputation et à sa gloire en donnant les Huguenots, 
composition magistrale et vraiment sublime, où le génie dra- 
matique éclate à chaque page. 

Le Prophète, dont le quatrième acte est un chef-d'oeuvre 
absolu de science et d'inspiration, et r Africaine, (\m ne fut jouée 
qu'après la mort de Meyerbeer, complètent la série des pro- 
ductions lyriques de ce grand compositeur, qui occupa long- 
temps et d'une manière incontestée le premier rang dans la 
musique dramatique. Nous ne parlons pas ici de l Etoile du Nord 
ni du Pardon de Ploërmel, essais tentés par le maître dans le 
domaine de l'opéra-comique, et qui, malgré de réelles beautés, 
n'ajoutent rien à sa gloire. 

« Ce qui frappe tout d'abord, dans les opéras de Meyerbeer, 
c'est la puissance des moyens accumulés pour arriver à produire 
ies effets les plus grandioses. Le compositeur se complaît à faire 
mouvoir de grandes masses vocales et instrumentales; aussi le 
voit-on rechercher avant tout les situations qui demandent un 
pareil déploiement de forces. Sans doute, Meyerbeer vise à l'effet ; 
mais il sait d'avance le genre d'effet qu'il lui convient de pro- 
duire et tout est combiné, calculé en vue de ce résultat : rythmes 
comphqués, modulations étranges^ instrumentation forte et so- 
nore, qui renferme les plus grands contrastes et les oppositions 
les plus saisissantes, accouplements piquants, bizarres même, 
des différents timbres d'instruments ; il ne dédaigne aucun arti- 
fice pour arriver à l'expression qu'il cherche et pour donner à 
chaque situation le relief, la couleur et la vie (1). » 

(1) Marcillac, Histoire de la musigue moderne. 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIEME SIÈCLE. 03 

Tout en accordant à Meyerbeer un juste tribut d'éloges, 
M. G. Chouquet formule cependant quelques réserves, qu'il nous 
paraît bon d'indiquer ici. — « Individualité puissante et grand 
compositeur dramatique, Meyerbeer eût dû s'interdire la comédie, 
domaine qui n'était point le sien. Il ne possédait aucune des 
qualités indispensables pour briller dans ce genre essentiellement 
français : il n'avait ni le don du rire ni celui des larmes; il ne 
connaissait ni la joie franche et sincère ni les sentiments doux, 
tendres et délicats; il manquait et d'esprit et de spontanéité. Les 
pénibles ouvertures qu'il à écrites pour V Etoile du Nord et le 
Pardon de Ploërmel indiquent qu'il était incapable de dévelop- 
per un morceau purement instrumental: à ce philosophe maté- 
rialiste, il ne fallait pas des scènes légères et plaisantes, mais des 
situations fortes, émouvantes et tragiques. Pour peindre les agi- 
tations, que seules connaissent les âmes passionnées, il accumule 
toutes les ressources de l'art : savantes et riches harmonies, mo- 
dulations multipliées, brusques transitions du mode binaire au 
mode ternaire et fréquents changements de rythmes, oppositions 
les plus variées, sonorités excessives, tout lui semble bon et d'un 
emploi légitime pour exprimer des sentiments violents. Artiste 
original, musicien profond et penseur vigoureux, il n'a point 
réussi cependant à dissimuler ses efforts. Son style est toujours 
tendu, et, phénomène à remarquer chez un compositeur de cet 
ordre et de cette puissance, son instrumentation trahit une vo- 
lonté hésitante... On le voit, Meyerbeer a presque autant de 
défauts que de hautes qualités. Il n'en faut pas moins le placer au 
rang des maîtres créateurs. Harmoniste ingénieux et hardi, il a 
mis la science au service de la pensée ; il a usé de la modulation 
pour caractériser plus vivement le sens moral de son discours 
ou pour accentuer le trait distinctif d'un personnage; il a pro- 
digué les détails pour atteindre, non pas seulement à la vérité 
dramatique, mais à la réalité même. » 

Lutter avec avantage contre un rival tel que Meyerbeer n'était 
pas chose facile ; cette lutte, un homme osa l'entreprendre: mu- 
sicien consommé, artiste véritable et doué des dons les plus 
précieux, il réussit à s'imposer à l'admiration du monde musical 



9i PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

et k se faire vivement applaudir sur la scène qui semblait appar- 
tenir exclusivement à l'auteur des Huguenots. 

Halévy (1799-1862), après divers essais qui furent justement 
remarqués, conquit tout d'un coup la faveur du public par deux 
ouvrages d'un caractère bien différent : la Juive^ grand opéra 
d'une haute inspiration, et VEdo.ii\ opéra-comique plein de 
charme, de grâce et de mélodie. Ces deux grands succès, obtenus 
dans la même année, montrèrent toute la puissance, la souplesse 
et la variété de son talent et firent concevoir d'unanimes espé- 
rances, que réalisèrent dans la suite Guïdo et Ginevra, la Reine 
de Chypre^ Charles VI, les Mousquetaires de la reine, le Val 
d'Andorre et Jaguarita l Indienne, pour ne citer que les ouvrages ^ 
les plus applaudis. Quelle merveilleuse fécondité mise au service 
d'une brillante inspiration, d'un juste sentiment scénique et 
d'une inépuisable richesse mélodiqfie !... On peut reprocher à 
Halévy certaines négligences occasionnées par une trop grande 
précipitation, des longueurs, des redites, des pages monotones 
ou privées d'originalité, une imitation fréquente d'Hérold et de 
Meyerbeer; mais, malgré tous ces défauts, son œuvre reste glo- 
rieuse et considérable, et l'on ne peut cesser d'admirer la puis- 
sance et la fertilité de cet .esprit créateur, qui a animé de son 
inspiration tant de séduisants héros : Eléazar et Rachel, Lionel et 
Jacques Sincère, Gérard et Catarina, Guido et Roland, Odette et 
Charles VI. Halévy est un maître dont l'art français peut à bon 
droit s'enorgueillir. 

XtEDERMEYER (1802-1861) couquit la popularité par sa mélodie 
le Lac, qu'il composa sur les beaux vers de Lamartine ; mais ce 
fut en vain qu'il essaya de se produire au théâtre : Stradella, 
Marie Stuart et la Fronde obtinrent peu de succès, malgré des 
qualités réelles. Découragé, Niedermeyer renonça à la scène et 
se consacra à la direction de l'École de musique religieuse, qui a 
rendu depuis de grands services à l'art musical. 

Beklioz (1803-1869), tempérament ardent, passionné, ambi- 
tieux, novateur hardi, fut, en France, le champion de l'école 
romantique, dont Schumann s'était fait, en Allemagne, le propa- 
gateur. Longtemps il fut en butte à la froideur et à l'hostilité du 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 9o 

public, qui ne comprit ni sa Symphonie fantastique ni son Re- 
quiem ^ siffla son opéra de Benvenuto Cellini et demeura indifférent 
aux pages remarquables de son drame Roméo et Juliette. Mais 
Berlioz ne se découragea pas; il parcourut l'Allemagne, oii il fut 
vivement acclamé, et, à son retour, après une lutte incessante, il 
réussit à faire applaudir son oratorio l'Enfance du Christ et son 
opéra les Troyens. Assez pauvrement doué du côté mélodique, 
manquant d'unité et de développements logiques dans ses con- 
ceptions musicales, artiste mal équilibré, Berlioz se montra com- 
positeur remarquable dans la musique descriptive, connaissant 
à fond les ressources de l'orchestre et tous les procédés de l'in- 
strumentation. De nos jours, la faveur publique lui est revenue^ et 
c'est avec le plus grand succès que l'on donne dans les concerts 
plusieurs de ses œuvres et notamment la Damnation de Faust, 
sorte d'oratorio fantastique, rempli d'étrangetés et aussi de beau- 
tés de premier ordre. 

FÉLICIEN David (1810-1876), esprit poétique, rêveur et original, 
se révéla à l'attention du monde artistique par une ode-sympho- 
nie, le Désert, dont la vogue fut immense. On fut ravi du charme 
pénétrant des mélodies, de la nouveauté piquante des rythmes 
et de l'ingéniosité élégante de l'instrumentation. Après d'autres 
compositions descriptives et symphoniques, Félicien David aborda 
le théâtre avec succès et fit applaudir des pages élevées, des 
scènes remarquables et des morceaux d'une excellente facture 
mélodique dans la Perle du Brésil, Herculanum et Lalla-Roukh, 
œuvre exquise de grâce et de couleur. 

§ 7. Chanteurs et virtuoses. 

Nous venons de voir que le commencement de ce siècle a 
produit nombre de musiciens illustres; il est juste maintenant, 
croyons-nous, de mentionner les habiles interprètes qui, par 
leur talent, ont initié la foule aux chefs-d'œuvre des composi- 
teurs. 

Les chanteurs italiens continuèrent les belles traditions du 
xvm* siècle, et les opéras de Cimarosa, de Rossini; de Bellini et 



96 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

de Donizetti furent interprétés par des artistes illustres, dont nous 
citerons les principaux : 

Viganoni, qui créa le rôle de Paolino, du Mariage secret^ avec 
une rare perfection ; Davide père, une des plus belles voix qui 
aient jamais existé; Blanchi, fort ténor au style large et puis- 
sant ; Crivelli; Tacchinardi, Nozzarl, chanteur habile, poar le- 
quel Rosslni a beaucoup écrit; Bordogni, virtuose d'un goût déli- 
cat et qui fut appelé au Conservatoire comme professeur de 
chant ; Garcia, chanteur dramatique, dont la voix de ténor était 
d'une grande étendue; Galli, chanteur et comédien éminent; 
Graziani, Pellegrini, Zucchelh, Babbini, DonzeUi, et ces artistes 
immortels Rubini, Lablache, Tamburini, Mario, qui animèrent 
de leur génie dramatique les créations des maîtres !... 

Les cantatrices ne le cédaient pas aux chanteurs. Il suffit de 
mentionner : 

M°^" Festa, Barrilli, Malibran, Pasta, Giulia Grisi, M^'^Colbran, 
qui devint la femme de Rossini, M™"Fodor, Pisaroni, Catalani, 
Sontag, Naldi, Frezzolini, Alboni, etc. Ces noms rappellent les 
chefs-d'œuvre auxquels ils sont indissolublement attachés. 

L'école française peut à bon droit s'enorgueillir aussi de ses 
artistes célèbres. Sans compter le fameux Carat, Lays, Dérivis, 
et M™* Branchu, dont le talent brillait d'un si vif éclat au com- 
mencement de ce siècle, on se souvient de Nourrit, Levasseur, 
Duprez, Gueymard, Barroilhet, Bonnehée, Alexis Dupont, Belval, 
Obin et Roger; on se rappelle les acclamations soulevées par 
]yjmes Falcon, Cinti-Damoreau, Dorus-Gras, Viardot, Borghi- 
Mamo, Gueymard-Lauters, Stolz et Sophie Cruvelli. Tous ces 
noms glorieux évoquent à la pensée les magnifiques soirées de 
Guillaume Tell, àQ Robert le Diable, d^s Huguenots, du Prophète^ 
de la Juive, de Lucie et de la Favorite. 

L'Opéra-Comique compta parmi ses meilleurs chanteurs : Elle- 
viou, Ponchard, Martin, Chollet, Mocker, Couderc et Bataille; 
]yimes Régnant, Duret, Gavaudan, Pradher, Boulanger, Cabel, 
Vandenheuven-Duprez, Monrose, Ugalde etCico. 

A l'Opéra, la danse fut représentée par Vestris, le dieu de la 
danse, Dupont, Albert, Saint-Léon et Mérante ; M""'* Bigoltini,. 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 97 

Chevigny, Taglioni, Fanny et Thérèse Essler, CarloUa Grisi, 
Cerrito, Plunkett, Rosali et Emma Livry, dont on se rappelle 
la fin tragique. 

Les écoles instrumentales ont été illustrées aussi par des 
virtuoses remarquables. Nous citerons, parmi les organistes 
célèbres : — en Allemagne : l'abbé Vogler, Eberlin, Albrechts- 
berger, Schneider, Rink, Knecht, Neukomm, Hess; — en France: 
Beauvarlet, Charpentier, Séjan, Danjou, Miné, Simon, Fessy, 
Boëly, Benoist, Ghauvet, Lefébure-Wély ; -— en Belgique : Lem- 
mens. 

L'école de violon fut renouvelée par Paganini, ce virtuose 
prodigieux, qui excita l'admiration universelle. L'école française 
moderne reconnaît pour chefs Kreutzer, Rode et Baillot, profes- 
seurs au Conservatoire, qui eurent comme élèves : Boucher, 
Lafont, Habeneck, Mazas, Alard, Maurin, Massard, Ch. Dancla, 
Girard, Hermann, Armingaud, etc. — En Belgique : de Bériot, 
Artot, Léonard et Vieuxtemps ; — en Allemagne : Spohr, May- 
seder, Ernst et Joachim; — en Pologne : Wienawski, furent des 
artistes habiles et des maîtres émérites. 

Les plus célèbres pianistes ont été, dans notre siècle : Beetho- 
ven, l'immortel compositeur; Chopin, musicien exquis et virtuose 
incomparable ; Moschelès, Ries, Pixis, Czerny, Hummel, Dôhler, 
Liszt, Thalberg, Pradher, Kalkbrenner, Zimmermann, Prudent, 
Dreyschok, Herz, Clémenti, Dussek, Goria, Ravina, Diémer, 
Heller, Lysberg, Wolff, M°^" Tardieu, Pleyel, etc. 

En terminant ce rapide exposé de l'histoire musicale pendant 
la première moitié du dix-neuvième siècle, il serait injuste, 
croyons-nous, de ne pas mentionner un véritable apôtre de l'art, 
dont le zèle et les efforts, pour développer en France l'instruc- 
tion musicale, furent vraiment admirables. — Alexandre-Etienne 
Choron (1 772-1 83/i) se consacra presque exclusivement au pro- 
fessorat et forma un grand nombre d'élèves remarquables, parmi 
lesquels nous citerons : Duprez, Dietsch, Monpou, Scudo, 
M'^^ Stolz, etc. Mais son plus beau titre de gloire est d'avoir 
introduit en France les chefs-d'œuvre des maîtres allemands et 

7 



98 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

italiens, grâce à la fondation de son Conservatoire de musique 
classique et religieuse, et d'avoir répandu dans le peuple le goût 
des choses musicales, groupant les premières masses chorales 
et préparant ainsi la voie aux sociétés et aux orphéons, si nom- 
breux aujourd'hui. Les résultats obtenus par Choron furent con- 
sidérables et nous devions les enregistrer ici. 



II 
LA MUSIQUE CONTEMPORAINE. 

De nos jours, la musique est dans une période de transition, 
de transformation. Différentes écoles sont en présence : l'école 
italienne, dont M. Verdi est la plus grande illustration; l'école 
allemande, qui marche à la suite de R. ^yagner; et l'école fran- 
çaise, dont MM. Ambroise Thomas et Gounod sont les chefs les 
plus écoutés. 

§ 1. École italienne. 

M. Verdi, tempérament ardent et dramatique, règne en Italie, 
sans que sa gloire soit menacée par celle d'aucun rival, et tous les 
théâtres ont à leur répertoire il Trovatore, la^Traviata, Bigoletto, 
Aïda et nombre d'autres opéras, qui attestent la fécondité du 
maître. Il faut remarquer cependant que, si l'inspiration ne 
manque pas à M. Verdi, la science musicale lui fait quelquefois 
défaut et qu'il est loin de connaître tous les secrets de Torches- 
tre. De là un abus fréquent des unissons et une instrumentation 
souvent fatigante, dont la sonorité excessive ne dissimule pas 
toujours la réelle pauvreté. 

L'auteur du Trouvère n'excelle pas non plus dans la manière 
d'écrire pour les voix; il ne ménage pas le chanteur; il le fatigue 
et le brise; peu de voix résistent à l'exécution courante de son 
répertoire. 

Aucun compositeur vraiment remarquable ne s'est révélé 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 99 

en Italie, en dehors de M. Verdi. Nous citerons seulement 
MM. Agnelli, Apolloni, Anteri-Manzocchi , Boïto (l'auteur de 
Mefistofele), Gagnoni, Cianchf, Faccio, Gobati, Marchetti (auteur 
de Buy- B las), iAIoscuzzA, Musone, Pedrotti (auteur de Tutti in 
maschera), Pinsuti, Poxchielli (auteur d'I promessi sposi, le due 
gemelle et I Lituani), et Lauro Rossi. 



§ 2. É 



COLE ALLEMANDE. 



Si l'école italienne est en décadence, il n'en est pas de même 
de l'école allemande qui, grâce à R. Wagner, brille d'un vif éclat. 
Ge compositeur éminent, doué d'un incontestable génie, a voulu 
jeter par terre les bases sur lesquelles repose le drame musical. 
Plus de règles, plus de formules !... La poésie s'unissant inti- 
mement à la musique, ne faisant qu'un avec elle, au lieu de lui 
être subordonnée; la mélodie supprimée et faisant place à la 
déclamation lyrique; le principal rôle musical confié non plus aux 
voix, mais à l'orchestre ; plus de morceaux coupés, séparés, 
divisés; un discours musical ininterrompu, un fleuve d'harmonie 
coulant sans arrêts ni intermittences : telle est la réforme rêvée 
par Wagner et qu'il a essayé de mettre en pratique dans le Tann- 
haûser, le Lohengrin et surtout dans la trilogie des Maîtres Chan- 
teurs, dans la tétralogie des Niebelungen et dans Parsifal, son 
dernier ouvrage. Ges théories révolutionnaires ont trouvé des 
partisans fanatiques et des adversaires implacables. Quel que 
soit leur avenir, elles exercent une grande influence sur l'art 
contemporain, et si elles ont enfanté beaucoup d'œuvres incom- 
préhensibles, elles ont aussi contribué puissamment au dévelop- 
pement de la musique symphonique et du rôle de l'orchestre au 
théâtre ; la langue musicale est devenue plus complète, l'har- 
monie plus riche et l'instrumentation plus variée. 

A côté de Wagner, il convient de citer plusieurs autres musi- 
ciens allemands qui se sont fait avantageusement connaître dans 
ces dernières années : Brahms, Max Bruch, Raff, Strauss, 
DE SuppÉ, Tâubert, Volkmann, Wolf, Zaytz, et DE Flotow, l'auteur 
applaudi de Martha et de l'Ombre. 



100 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 



§ 3. École française. 

L*école française a su prendre à l'Italie son génie mélodique 
et à l'Allemagne sa science harmonique et instrumentale, pro- 
duisant ainsi , grâce à cette assimilation , des œuvres com- 
plètes, proportionnées, équilibrées, dans lesquelles un goût pur 
et sévère préside à cette heureuse union de la science et de 
l'inspiration. 

Nous allons énumérer, dans une revue rapide, ceux de nos com- 
positeurs dont s'honore le plus l'école française contemporaine : 

M. Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire, a fourni déjà 
une glorieuse carrière artistique. Spirituel dans le Caïd, ori- 
ginal dans le Songe d'une nuit d'été, dramatique dans Raymond, 
tendre et gracieux dans Psyché, poétique dans Mignon, rêveur 
dans Hamlet, sévère dans Françoise de Rimini, il a montré 
toute la souplesse de son talent délicat. Aucune concession 
au mauvais goût dans l'œuvre de M. Ambroise Thomas ; une 
horreur véritable de la banalité ; un charme plein de finesse 
et une merveilleuse élégance de forme : telles sont les qualités 
éminentes de cet esprit si distingué. 

M. GouNOD est un symphoniste, formé à l'école des maîtres 
allemands. Esprit très cultivé, littérairement et artistiquement, 
il montre, dans ses compositions, une nature poétique, idéale, 
rêveuse, mystique. C'est, par excellence, le chantre de l'amour. 
Quel cœur de vingt ans n'a battu plus vite aux accents si tendres 
de Faust et de Marguerite, de Vincent et de Mireille, de Roméo 
et de Juliette? Le musicien qui a signé ces trois immortels chefs- 
d'œuvre peut se présenter sans crainte au jugement définitif de 
la postérité. 

M. Victor Massé a composé la musique gracieuse, touchante, 
vive et spirituelle des Aoces de Jeannette, de Galatée et de la 
Reine Topaze, et son grand opéra Paul et Virginie a obtenu 
un fort honorable succès. — Bazin a laissé la réputation d'un 
savant harmoniste. La réussite de son Maître Pathelin et de son 
Voyage en Chine est un exemple éloquent de l'importance d'un 




a O U N û D 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. iOi 

bon livret dans im opéra-comique. — M. Boulanger, compositeur 
aimable et distingué, a fait applaudir le Diable à Vécole, les Sabots 
delà marquise et Don Quichotte. — M. Semet a prouvé une grande 
facilité mélodique dans les Nuits d'Espagne, Gil Blas et la Petite 
Fadette. 

M. Saint-Saens possède à fond toutes les ressources de l'art 
musical. Compositeur fécond et savant, organiste merveilleux et 
pianiste de premier ordre, il n'a pas encore conquis en France 
la place à laquelle son grand mérite lui donne droit ; il est plus 
apprécié en Allemagne, le pays par excellence de la science har- 
monique et de la science orchestrale. 11 s'est produit avec plus 
de succès dans la symphonie que dans le drame lyrique . Et pour- 
tant que de pages réellement remarquables dans Samson et Da- 
lila, opéra acclamé à l'étranger et encore inédit en France; 
dans Etienne Marcel, dont le théâtre de Lyon a eu la primeur, et 
dans Henri VIII, qui vient d'être applaudi sur la scène de l'Aca- 
démie nationale de musique !.. 

M. Reyer est un musicien brillant, original, dont le talent dis- 
tingué s'est fait jour, au théâtre, dans Maître Wolfram et dans 
la Statue. Il a depuis longtemps en portefeuille un grand opéra : 
Sigurd, dont quelques fragments ont été bien accueillis dans 
les concerts. 

BizET, mort si jeune, en plein succès, promettait un composi- 
teur des plus remarquables. Ses morceaux symphoniques pour 
rArlésienne et Carmen, opéra-comique plein de charme, de mou- 
vement, de couleur et de pittoresque, l'avaient classé très haut 
dans Testime des connaisseurs. — M. Duprato a écrit d'une 
plume alerte et élégante les Trovatelles et la Déesse et le Berger. 
— M. Deffès, compositeur plein de verve et de déUcatesse, a fait 
applaudir le Café du Roi, les Bourguignonnes, Broskovano et les 
Noces de Fernande. — Eugène Gautier, qui avait écrit les spiri- 
tuelles partitions àw Mariage extravagant et du Docteur Mirobo- 
lant, a éprouvé une chute complète avec la Clef d'or, et cet 
échec a probablement hâté sa fin. — M. F. Poise, compositeur 
fort distingué, était déjà connu très avantageusement par plu- 
sieurs opéras-comiques : Bonsoir, voisin, les Absents, le Corri- 



102 PETITE E^XYCL0PÉD1E MUSICALE. 

colo, etc. ; ses deux derniers ouvrages : la Surprise de l'Amour 
et l'Amour médecin, l'ont classé définitivement parmi les musi- 
ciens les plus élégants et les plus délicats de ce temps. 

M. J. MASSENEiest un des compositeurs les mieux doués et les 
plus brillants de la jeune école. Il a déjà beaucoup écrit pour le 
piano, pour l'orchestre et pour le théâtre. Son œuvre capitale, le 
Roi de Lahore, a réussi sur la scène de l'Opéra, et l'étranger a 
reçu son Hérodiade avec un enthousiasme peut-être excessif. 
M. Massenet a fait exécuter trois oratorios : M or le -Madeleine, 
Eve et la Vierge ; le troisième n'a pas retrouvé les bravos qui 
avaient salué les deux premiers. Le jeune compositeur a con- 
quis, par son talent, une haute position dans le monde musical ; 
son autorité ne fera que grandir, s'il sait se défier de sa trop 
grande faciUté et s'il se persuade que l'harmonie la plus 
riche et l'instrumentation la plus merveilleuse ne sauraient rem- 
placer une idée absente. L'habileté ne doit pas être confondue 
avec l'inspiration. C'est à ce point de vue critique que Marie- 
Madeleine a, selon nous, une plus haute valeur musicale que le 
Roi de Laliore, œuvre faible comme conception, mais d'une 
forme incomparable. 

M. LÉO DELiBEsne compte guère que des succès, dans le genre 
bouffe comme dans l'opéra-comique ; mais c'est à l'Opéra qu'il a 
recueilli le plus de bravos avec la Source, Coppélia et Sylvia, 
ballets pleins de verve, d'entrain, de couleur et de mélodie. 
Depuis, M. Léo Delibes a fait applaudir une partition importante, 
Jean de Nivelle, qui a eu plus de cent représentations à la salle 
Favart. Le talent de ce compositeur est des plus francs et des 
plus sympathiques ; l'avenir lui réserve, sans aucun doute, de 
nouvelles et éclatantes réussites. — M. Guiraud a montré de 
grandes qualités musicales dans Madame Turlupin et Piccolino, 
œuvres rempUes de mouvement, de chaleur et de gaieté. Il s'est 
également affirmé comme brillant symphoniste dans le ballet de 
Gretna-Green et dans sa Suite d'orchestre. G'^st un de nos musi- 
ciens les plus justement appréciés du public. 

M. Ch. Lenepveu s'est fait connaître par un opéra-comique, le 
Florentin, qui contient des pages extrêmement remarquables, par 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. i03 

de nombreuses mélodies d'un sentiment très élevé et par une 
messe de Requiem^ œuvre magistrale, exécutée plusieurs fois à 
Paris et à Bordeaux, et que la Société des concerts retient à son 
répertoire. Il vient de faire représenter à Londres un opéra en 
quatre actes, Velléda, dont les principaux rôles ont été créés 
par M™^ Patti et Nicolini, et qui renferme des beautés de premier 
ordre. — M. V. Joncières, dont le Sardanapale et le Dernier jour 
de Pompéi ont été discutés, a fait représenter aussi /)«mîVn, quele 
public a couvert de bravos unanimes et mérités. — M. Vaucorbeil, 
qui s'était fait apprécier des musiciens par plusieurs œuvres 
d'un style très pur et d'un sentiment délicat, paraît avoir renoncé 
à la composition active, bien qu'il ait en portefeuille un opéra, 
Mahomet, complètement terminé. Il est aujourd'hui directeur 
de notre première scène lyrique. 

Nous citerons encore : M. W. Chaumet, dont la pièce de début, 
Bdthylle, a été fort goûtée. — M. S. David, l'auteur de Made- 
moiselle Sylvia et de la Fée des bruyères. — M. Diaz, qui a 
fait jouer à l'Opéra la Coupe du roi de Thulé. — M. Théodore Du- 
bois, connu par son oratorio les Sept paroles du Christ.^ musicien 
très remarquable. — M. Duvernoy (Alph.), dont le poème sym- 
phonique la Tempête a remporté le prix au concours de la ville 
de Paris (1880). — M. Franck, compositeur savant et austère, 
organiste de premier ordre. — M. B. Godard, esprit mélodique, 
talent fort distingué ; ses poèmes symphoniques Diane et le Tasse 
ont été très applaudis. — M"'^ de Grandval, qui s'est essayée avec 
succès au théâtre, dans la symphonie et dans la musique reli- 
gieuse, et dont l'oratorio la fille de Jdire a mérité le prix Ros- 
sini. — M. A. Hignard, dont l'opéra Hamlet n'a pu encore être 
représenté. — M^^^ Augusta Holmes, qui a fait preuve d'une véri- 
table puissance musicale dans Héro et Léandre et dans les Argo- 
nautes. — M. d'Indy, qui a fait applaudir un poème symphonique, 
la Mort de Wallenstein, œuvre pleine de verve et de vigueur. 
— M. d'Ivry, auteur des Amants de Vérone, opéra dans lequel 
on trouve plusieurs morceaux de réelle valeur. — M. Lalo, musi- 
cien éminent, brillant symphoniste, auteur de Fiesque et du Roi 
d' Ys, opéras non encore représentés. — M. Charles Lefebvre, qui 



104 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

a écrit un très remarquable drame lyrique, Judith. —M. V. Lefè- 
VRE, directeur de l'école de musique religieuse, auteur de plu- 
sieurs compositions vocales et instrumentales. — M. H. Maréchal, 
auquel on doit un drame sacré, la Nativité, et un opéra-comique 
plein de charme et de sentiment mélodique, les Amoureux de 
Catherine» — Membrée, mort récemment, a produit beaucoup 
de mélodies dramatiques ; mais, si l'on excepte ses chœurs 
d'Œdipe roi, ses ouvrages de théâtre ont été peu goûtés ; r Es- 
clave et les Parias n'ont eu qu'un petit nombre* de représenta- 
tions. — M. Meumet, encouragé par la réussite de Roland à Bon- 
cevaux, a donné récemment à l'Opéra une Jeanne d'Arc, dont la 
chute a été complète. — M. E. Ortolan ne s'est guère fait con- 
naître que par son oratorio de Tobie, dans lequel on remarque 
des pages agréablement écrites. — M. Paladilhe, dont la Mando- 
linata a obtenu tant de vogue, a vu son opéra-comique Suzanne 
très honorablement accueilli. — M. E. Pessard a donné, avec 
succès, le Char à l'Opéra-Gomique et le Capitaine Fracasse 
au théâtre Lyrique. —M. Raoul PuGNo,.dont l'oratorio la Résur- 
rection de Lazare annonce un tempérament dramatique de 
premier ordre. — M. H. Salomon a signé deux charmantes 
partitions : les Dragées de Suzette et l'Aumônier du Régi- 
ment. — M. Salvayre compte à son actif un Stabat mater, une 
symphonie biblique, la Résurrection, et un grand opéra, le Bravo. 
Ces divers ouvrages attestent un tempérament dramatique et des 
connaissances musicales sérieuses, qui présagent un bel avenir 
à ce compositeur. — M. Wekeklin est un musicien érudit, doublé 
d'un habile compositeur. — M. Widor, pianiste et organiste de 
talent, a déjà beaucoup écrit. Son ballet, la Korrigane, vient 
d'obtenir, à l'Opéra, un franc succès de musique élégante, vive 
et pittoresque. — M. Wormser a une véritable organisation dra- 
matique, et il a déployé des qualités très sérieuses dans sa can- 
tate Clytemnestre et dans les fragments lyriques qu'il a intitulés : 
Poésie sacrée. Il a en portefeuille deux opéras : Dona Maria et la 
Princesse de Mantoue, dont l'ouverture a été exécutée dans une 
séance de l'Académie des beaux-arts. 
Nous dirons quelques mots de Vopérette, ce genre si répandu 



LA MUSIQUE AU DIX- NEUVIÈME SIÈCLE. 105 

aujourd'hui et que les excentricités musicales d'Offenbach et 
de M. Hervé ont mis à la mode. 

Ce fut en 1855 qu'OpFENBACH obtint le privilège des Bouffes- 
Parisiens, qu'il installa d'abord aux Champs-Elysées et qu'il 
transporta ensuite dans le passage Choiseul. Les Deux Aveugles 
ouvrirent la série de ces pièces burlesques, dont beaucoup ont 
eu un succès retentissant et se sont jouées dans le monde entier : 
Orphée aux enfers^ Geneviève de Brabant, la Belle Hélène, 
Barbe-Bleue^ la Grande Duchesse^ les Brigands^ etc., etc. La 
vogue vint immédiatement à ce genre de spectacle et d'autres 
compositeurs se lancèrent dans cette musique extravagante, qui 
exigeait de la gaîté, de l'entrain... et fort peu de connaissan- 
ces artistiques... M. Hervé se fît une réputation, à côté d'Offen- 
bach, par VŒU crevé, le Petit Faust, Chilpéric, etc. 

Depuis quelques années, un revirement s'est produit dans 
l'opérette, qui, s'éloignant du genre burlesque, se rapproche 
de plus en plus de notre opéra-comique. Cette transformation 
est due principalement à M. Lecocq et à M. Robert Planquette, 
qui ont obtenu un succès inouï avec la Fille de M^^ Angot 
et les Cloches de Corneville. MM. Audran, Jonas, Lacome, Laurent 
DE RiLLÉ, MÉTRA, Serpette, Varney ct Vasseur sout Ics foumis- 
seurs attitrés de nos scènes d'opérette et, de même que leurs 
chefs de file, MM. Lecocq et Planquette, ils ont renoncé aux ex- 
centricités de l'ancien opéra bouffe. Il y a des pages charmantes, 
pleines de verve et de mélodie, dans la petite Mariée^ les Voltigeurs 
de la 32^, Jeanne, Jeannette et Jeanneton, la Mascotte, etc. De nos 
jours, où rOpéra-Comique joue de véritables drames lyriques, 
tels que Bornéo et Juliette, Carmen, Jean de Nivelle, etc., il est 
bon que les théâtres d'opérette fassent revivre le genre si fran- 
çais qui nous a valu tant d'agréables chefs-d'œuvre de Nicolo, 
de Boïeldieu, d'Auber et d'Adam. 



J06 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

§ 4. Chanteurs et virtuoses. 

Nous ne pouvons ciler ici tous les artistes qui se font entendre 
au théâtre et dans les concerts pour la plus grande satisfaction 
des dilettanti ; nous nous contenterons de mentionner les sui- 
vants : 

Cantatrices: M°^" Patti, Nilsson, Krauss, Miolan-Carvalho, Galli- 
Marié, Heilbron, Fidès-Devriès, Bilbaut-Vauchelet et Van Zandt. 

Ténors: MM. Villaret, Bosquin, Capoul, Nicolini et Talazac. 

Barytons : MM. Faure, Lassalle, Bouhy, Gaillard, Diaz de Soria, 
Lauwers et Morlet. 

Pianistes : MM. Rubinstein, Delaborde, Litolff, Planté, Jaëll et 
Ritter. M"^" Montigny-Rémaury, Massart, Jaëll, Clotilde Klee- 
berg et Essipoff. 

Violonistes : MM Sivori, Wilhelmy, Sarasate, Remenyi, Paul 
Viardot; M'"" Normann-Neruda et Marie Tayau. 

Organistes: MM. Guilmant, Saint-Saëns, Widor,Dallier, Fissot, 
Franck, Loret, Mailly, Pugno et Fauré. 

§ 5. Compositeurs étrangers a la frange, a l^italie et a l'allemagne. 

Nous allons mentionner, en finissant, les compositeurs qui ont 
le plus de réputation en Europe, dans les pays autres que la 
France, l'Italie et l'Allemagne. Ce sont : 

En Angleterre: Balfe, Bishop, Benedict, Macfarren, Richard et 
Sullivan. 

En Belgique: Benoît, Jouret, Radoux, Riga etWaelput. 

En Danemark: Niels Gade et Hartmann. 

En Espagne: Aceves, Arrieta, Barbieri, Gaballero, Gaztambide, 
Oudrid, Rogel, Sunyer et Zubiaurre. 

En Russie: Davidoff, Dargomijski (mort en 1868), Glinka (mort 
en 1857), Serow (mort en 1871), Rimsky-Korsakoff; Rubinstein 
et Tchaïkowsky. 

En Hollande: Hol et Silas. 

En Suède et Norvège : Hallstroem et Svendsen. 



LA MUSIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. l07 

Nous arrêtons ici cet abrégé de l'histoire de la musique, dont le 
complément sera formé par les notices biographiques qui terminent 
ce volume, et nous empruntons à Marcillac les hgnes suivantes, 
qui servent de conclusion à son Histoire de la musique moderne : 

(( Quant à prévoir les nouvelles transformations que l'art 
musical est appelé à subir, cela dépasse notre compétence. En 
tout cas, et sans vouloir préjuger l'avenir, il semble difficile que 
l'art musical puisse s'ouvrir de nouveaux horizons. La tonalité 
moderne a donné tout ce qu'on pouvait raisormablement en 
attendre : tous les accords consonants et dissonants, même 
les plus compliqués, ont été essayés ; on a même été dans cette 
voie plus loin que ce que nos oreilles pouvaient supporter. Peut- 
être cependant s'habituera-t-on, avec le temps, à ces combinai- 
sons harmoniques, qui nous effarouchent encore ; peut-être 
même arrivera-t-on à une tonalité fondée sur d'autres principes 
que ceux qui ont servi à la musique depuis Monteverde. 

« Mais ne nous aventurons pas sur la voie des hypothèses et 
rappelons-nous que ce que Ton demande à l'historien de la 
musique, ce n'est pas de prononcer des oracles sur l'avenir de 
l'art musical, mais de tracer la route qu'il a suivie depuis son 
origine, et de mettre ainsi le lecteur en état de raisonner ses 
sympathies, de choisir avec jugement et en connaissance de 
cause, et de savoir reconnaître, parmi la foule innombrable des 
productions musicales que chaque époque a vu éclore, celles qui 
sont marquées du sceau de l'éternelle beauté. » 



BIOGRAPHIE 

DES COMPOSITEURS, VIRTUOSES, ETC. 



ABBADIA (Ldigia), cantatrice célèbre, née à Gênes en 1821. Do- 
nizetti écrivit pour elle son opéra Maria Padilla. Elle remporta ses 
plus grands triomphes dans la Sapho de Pacini, la Vestale de Merca- 
dante et VErnani de Verdi. 

ABT (François), compositeur allemand, né en 1819, à Eilembourir 
(Saxe), a publié une grande quantité de morceaux pour piano, de. 
chansons et romances {lieder). Très populaire en Allemagne par ses 
chœurs à quatre voix d'homme. 

ACHARD (Léon', ténor français, né à Lyon en 1831. Il débuta au 
théâtre Lyrique en 1854 dans le Billet de Marguerite de Gevaërt. Eu 
1862, il entra à l'Opéra-Comique, où il fit de brillantes créations. 
M. Achard parut aussi à l'Opéra dans la Coupe du roi de Thulé de 
Diaz et dans plusieurs rôles du répertoire. Enfin, il revint à l'Opéra- 
Comique (1876) créer le rôle de Frédéric dans le Piccolino de M. E. Gui- 
raud. 

ADAM DE LA HALLE, surnommé le Bossu d'Arras, naquit au trei- 
zième siècle. A la fois poète et musicien, il composa un grand nom- 
bre de chansons, rondeaux, motets, etc., dont M. de Coussemaker a 
donné une fort belle édition en 1872. Son Jeu de Robin et de Hdariou 
est le plus ancien opéra-comique qui existe. 

ADAM (Adolphe-Charles), compositeur français dont quelques 
opéras-comiques sont encore aujourd'hui populaires , naquit à Paris 
le 24 juillet 1803 et y mourut le 3 mai 1856. Admis à quatorze ans 
au Conservatoire, il étudia l'harmonie avec Reicha, la composition 

8 



i 10 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

avec Boïeldieu et remporta le deuxième grand prix de Rome en 182o. 
Après avoir écrit plusieurs fantaisies pour le piano sur des opéras en 
voguC;, composé un certain nombre d'airs de vaudeville, qui le firent 
j emarquer, il aborda le théâtre avec un opéra-comique en un acte, 
Piejre et Catherine^ qui fut favorablement accueilli (1829). En moins de 
quatre ans, huit autres ouvrages suivirent, tant à Paris qu'à Londres, 
sans succès bien accentué {Banilowa, Casimir, etc.). Ce ne fut qu'avec 
le P;oscr?7 (1833), et surtoutavec leChalet (1834) eilePostillon deLonu- 
Jiimeau (1836), qu'Adolphe Adam conquit la juste renommée qu'il pos- 
sède encore aujourd'hui comme compositeur dramatique de demi- 
caractère. Après ces succès, il donna sur diverses scènes un grand 
nombre d'ouvrages (une soixantaine environ), parmi lesquels on cite le 
Brasseur de Preston (1838), la Reine d'un jour (1839), la Main de fer ou 
le Secret (1841), le Toréador (1849), Giralda ou la JS'ouvelle Psyché{\SoO), 
le Sourd (1853), à l'Opéra-Comique ; la Poupée de JSuremberQ ci Si 
fêtais roi {i Soi), le Bijou pei\lu (1853) au théâtre Lyrique ; G/5e//e 
(1841) et Griselidis (1848), ballets, à l'Opéra ; les Pantins de Violette, 
aux BoufTes-Parisiens (18o6). 

En 1847, Adolphe Adam prit la direction du Théâtre national, on- 
lieprise nouvelle qu'il inaugura avec les Premiers Pas, prologue en 
collaboration avec Halévy, Auber et Carafa, et il s'y ruina en moins 
do deux ans. On le nomma alors professeur de composition au Con- 
servatoire. Il était depuis 1844 membre de l'Institut, où il avait 
succédé à Berton. On doit encore à ce compositeur plusieurs Messes 
.solennelles et un certain nombre de chants patriotiques, écrits en 
1848, chants dont quelques-uns sont restés populaires :Ma?'c/«e rej9»6/z- 
caine, le Bappel de la garde nationale, le Réveil du peuple de 1794, 
a Garde mobile, les Pondeurs, les Uorlorjers, l'Enclume, etc. Consulter 
sur Adolphe Adam ses principaux écrits rassemblés sous les titres de 
Souvenirs d'un musicien et Derniers Souvoiirs d'un musicien, ainsi que 
l'intéressant volume que lui a consacré M. Arthur Pougin. 

AGAZZARI (Augustin), célèbre compositeur, né à Sienne en do78, 
mort en cette ville en 1040, publia surtout des œuvres de musique 
religieuse. 



AGOSTIM (Paul), compositeur, célèbre par ses œuvres religieuses, 
naquit à Yallcrano en lo93 et mourut à Rome en 1629, après avoir 
f'té quelques mois directeur de la chapelle du Vatican. 



AGAZZARI — ALBONI. 11 i 

AGRICOLA (Alexandre), célèbre compositeur belge, né en 1460, 
mort à Valladolid vers 1527. Il fut élève de Jean Okeghem et entra 
au service de Philippe le Beau, qu'il suivit en Espagne en 1506. 

AGRICOLA (Martin), compositeur allemand et théoricien, né en 
1486 à Sorau (Silésie), mort en 1556 à Magdebourg, où il exerça le 
professorat pendant quarante-cinq ans. 

AGUIARI (Lucrèce), célèbre cantatrice, née à Ferrare en 1743. Sa 
voix ne mesurait pas moins de trois octaves. 

ALARD (Delphin), violoniste célèbre, est né à Rayonne en 1815. 
Professeur au Conservatoire de Paris, il a publié une excellente mé- 
thode de violon, qui a obtenu le plus grand succès. Ce brillant vir- 
tuose, doublé d'un savant musicien, a composé également un certain 
nombre d'œuvres fort distinguées, pour violon et piano, etc. 

ALARY (Jules-Eugèjne-Abraham), compositeur dramatique, est né à 
Mantoue de parents français, en 1814. Il vint à Paris en 1833, occupa 
les emplois de chef de chant et de bibliothécaire à la Société de mu- 
sique religieuse en 1841, et, après avoir donné sans succès au théâtre 
Italien Rédemption et le Tre Nozzc (IBoO-El), il fut nommé accompa- 
gnateur à la chapelle impériale et directeur de musique au théâtre 
Italien (1 853). La Beauté du diable à l'Opéra-Comique et la Voix humaine 
k l'Opéra (1861), Locanda gratis aux Italiens (1866) et quelques autres 
ouvrages sur diverses petites scènes ne réussirent pas mieux que les 
précédents. 

ALBONI (Marietta), l'une des plus célèbres cantatrices de la 
génération précédente, naquit à Céséna (Italie) en 1823. Vers 1838, 
étant élève de M""^ Bertalatti, à Bologne, elle eut le rare bonheur 
d'être assez appréciée de Rossini pour que celui-ci se chargeât de 
parfaire son éducation musicale. L'illustre maître la fit débuter, en 
1843, à la Scala de Milan, dans la Lucrezia Borgia de Donizetti, et 
bientôt les principales villes de l'Italie, de l'Autriche et de la Russie 
retentirent du nom de la jeune artiste. Les succès qu'elle obtint à 
Londres, au théâtre de Covent-Garden (1847) ; à Paris, la même année, 
aux concerts de l'Opéra, et au théâtre Itahen, consacrèrent à jamais 



il2 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

sa réputation. Cependant, le répertoire italien ne lui suffisant pas, elle 
parcourut la France et la Belgique en interprétant le répertoire fran- 
çais, et parut même à l'Opéra de Paris dans le rôle de Fidès du Pro- 
phète (1850) et dans celui de Zerline de la Corbeille d'oranges d'Auber 
( 1 854) . Elle obtint dans ces deux rôles un triomphe éclatant. Après une 
fructueuse tournée en Amérique, elle épousa en 1853 le comte Pepoli, 
librettiste fort en vogue à cette époque, chanta encore quelques 
saisons à Londres et au théâtre Italien de Paris, et quitta définitive- 
ment la scène en 1863. Depuis elle n'est guère sortie de., sa retraite 
que pour prendre part, avec M"^" Patti et Nilsson, à la solennité 
organisée à l'église de la Trinité, lors des funérailles de Rossini ; 
pour exécuter aux Italiens, après la mort du maître, sa Petite Messe 
solennelle (1869), et enfin pour quelques bonnes œuvres. Marietta 
Alboni ne fut jamais une grande tragédienne : son tempérament 
et un précoce embonpoint s'y opposèrent. Mais en revanche, jamais 
voix de contralto ne fut plus belle, plus étendue, plus régulière; ja- 
mais de talent plus facile et plus pur; jamais accents plus chauds, 
dramatiques ou délicats ne se firent entendre sur la scène. On cite 
parmi ses meilleurs rôles ceux de la Cenerentola, Semiramide (Arsace), 
les Nozze di Figaro, la Favorite, la Reine de Chypre, le Prophète 
(Fidès), Rigoletto. 

ALBRECHTSBERGER (Jean-Georges), né à Klosterneubourg (Au- 
triche) le 3 février 1736, a joui d'une grande réputation comme 
organiste, comme harmoniste savant et comme habile professeur. 
Beethoven et Hummel furent au nombre de ses élèves. Il mourut à 
Vienne en 1809, après avoir composé un grand nombre d'ouvrages 
(musique religieuse, musique instrumentale et livres didactiques). 

ALKAN (Charles-Valentin), dit Alkan Vaine, l'un des plus remar- 
quables pianistes-compositeurs de notre temps, est né à Paris en 
1813. Encore tout enfant, il fut admis au Conservatoire et obtint le 
premier prix de solfège en 1821, celui de piano en 1824 et celui 
d'harmonie en 1826. Vers 1848, il donna, salle Erard, des Concerts 
historiques, dans lesquels il passait successivement en revue, sur les 
instruments de chaque époque, les chefs-d'œuvre de l'école de piano, 
depuis ses premiers temps jusqu'à nos jours. Non seulement l'ar- 
tiste excellait à rendre les différents styles, selon les maîtres et 
leur temps, sur des instruments variés, mais il savait encore conser- 



ALBRECHTSBERGER — ANFOSSI, 1 1 3 

ver à chacun sa couleur propre sur le même instrument, tant étaient 
grandes les ressources de sonorité de son jeu admirable. Chaque 
année, le maître donne encore aujourd'hui des séries de matinées 
qu'il intitule Petits Concerts, où il est l'unique interprète, et qui sont 
des merveilles de goût et d'érudition musicale. Son œuvre, considé- 
rable, se compose, en majorité, de musique de piano, d'une saveur 
typique et originale. 

ALLEGRI (Grégoire), illustre compositeur de musique religieuse, 
né à Rome vers 1560. Son ouvrage le plus célèbre :est un Miserere, 
que l'on exécute encore chaque année à Rome, à la chapelle Sixtine. 
Il était défendu, sous peine d'excommunication, de copier ce chant 
religieux. Mozart cependant le nota, en l'entendant exécuter. 

ALTÈS (Ernest-Eugène), violoniste, né à Paris le 28 mars 1830, 
a publié plusieurs morceaux pour le violon. Il est aujourd'hui chef 
d'orchestre de l'Opéra. 

AMAT (Paul-Léopold), compositeur de chansonnettes et de mor- 
ceaux légers, dont plusieurs ont eu une grande vogue : la Feuille et 
le Serment, Où vas-tu, petit oiseau ? etc. Né à Toulouse en 1814, mort 
en 1872. 

AMATI. jNom de famille de luthiers illustres, établis à Crémone aux 
seizième et dix-septième siècles, et dont les plus fameux furent, le 
premier, André, et son petit-fils Nicolas, qui eut pour élèves Stradi- 
vari et Guarneri. Les instruments sortis de leurs mains sont très 
rares et excessivement recherchés. 

AMBROISE (Saint), évêque de Milan, né en 340, régla et organisa 
le chant liturgique dans les Eglises d'Occident, en adoptant le sys- 
tème des huit tons de FEglise grecque. On attribue à saint Ambroise 
le chant du Te Deum. 

ANFOSSI (Pascal), célèbre compositeur italien de la seconde 
moitié du dix-huitième siècle, était élève de Piccini. Ses œuvres les 
plus applaudies furent : l'Incognita perseguitata, Geloso in cimento, 
Chi cerca trova, etc. Anfossi a donné également plusieurs pièces de 
musique religieuse. 



114 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

ARBAN (Joseph-Jean-Baptiste-Laurem), né à Lyon en 1825, se lit 
connaître d'abord comme virtuose sur le cornet à pistons, instru- 
ment dont il a publié une méthode complète et qu'il professe au 
Conservatoire. Depuis, M. Arban a dirigé plusieurs orchestres de 
danse et de concert : au Casino, à Valentino, à Frascati et à l'Opéra, 
dont il conduisit les bals masqués pendant quelque temps, après la 
retraite de M. Strauss. On doit à cet artiste une grande quantité de 
morceaux de danse, composés sur les œuvres en vogue. 

ARCADELT (Jacques), un des plus savants musiciens du seizième 
siècle, originaire des Pays-Bas. 11 a publié nombre de madrigaux, 
motets, messes, etc. 

ARDITI (Louis), violoniste, chef d'orchestre et compositeur, né à 
Crescentino en 1822, a donné plusieurs opéras et un grand nombre 
de mélodies et de valses chantées, dont plusieurs, il Baccio principa- 
lement, ont joui d'une vogue immense. 

ARMIXGAUD (Jules), né en 1823. Violoniste fort habile, il a publié 
plusieurs morceaux pour violon seul, violon et piano, violon et or- 
chestre, etc. Ses séances de musique de chambre avec MM. Lalo, 
Jacquard et Mas, sont demeurées célèbres. 

ARNE (Thomas-Augustin), musicien anglais très remarquable, né 
en 1710. Il fit jouer une vingtaine d'opéras : Cornus, Artaxercès, etc., 

et publia plusieurs morceaux de musique de chambre. 

• 

ARNOULD (Samuel), compositeur anglais, né en 1740, a donné une 
cinquantaine d'opéras, plusieurs oratorios et nombre de farces et 
pantomimes. Mort en 1802, il fut enseveli dans l'abbaye de West- 
minster. 

ARNOULD (Madelelve-Sophie), célèbre cantatrice de l'Opéra, née 
en 1744, morte en 1802, se fit une grande réputation par son esprit et 
par son talent. Elle excella dans les opéras de Rameau, dont elle fut 
l'interprète favorite. Ses meilleurs rôles furent ceux qu'elle interpréta 
dans Atys, Roland, les Indes galantes, Jrphté. 

ARRIETA (Juan-Émile), compositeur espagnol, né en 1823, direc- 



ARBAN — AUBER. 115 

leur du Conservatoire de Madrid et l'un des musiciens les plus 
féconds et les mieux doués de l'Espagne contemporaine. Il compte à 
son actif une quarantaine d'ouvrages dramatiques, dont plusieurs, 
comme Marina, la Estrella de Madrid, etc., ont obtenu des succès 
retentissants. 

ASGHER (Joseph), pianiste renommé et auteur de compositions 
nombreuses pour le piano. Né en 1829, il est mort en 1869. 

ATWOOD (Thomas), compositeur anglais, né en 1767, a composé 
un grand nombre d'opéras, de morceaux pour piano et d'œuvres 
religieuses. 

AUBER (Daniel-François-Esprit), compositeur français, né à Gaeii 
le 29 janvier 1782 et mort à Paris, sous la Commune, le 12 mai 1871 . 
Cet illustre et fécond musicien a exercé une très grande influence par 
la clarté, le charme et la mélodie que l'on remarque dans la plupart 
de ses ouvrages. 

Ses parents le destinaient au commerce ; mais Auber avait d'autres 
idées. La musique l'attirait invinciblement et il commença à se faire 
connaître par quelques romances et quelques morceaux de musique 
de chambre. Ce fut en 1813 qu'il fit jouer son premier ouvrage, le 
Séjour militaire, sur cette scène de l'Opéra-Comique qu'il devait tant 
illustrer plus tard. Cette pièce n'obtint aucun succès, non plus que 
le Testament et les Billets doux, qu'il donna au même théâtre en 1819. 
Mais l'année suivante il fit applaudir la Bergère châtelaine, point do 
départ d'une série ininterrompue de triomphes, dont les plus grands 
furent : la Neige, le Maçon, Fra Biavolo, le Cheval de bronze, UAmhaS' 
sadrice, le Domino noir, les Diamants de la couronne, Haydée, etc. A 
l'Opéra, Auber fit représenter également avec succès : le Philtre, le 
Serment et la Muette de Portici, son chef-d'œuvre, ouvrage plein de 
charme et d'énergie dramatique. 

Auber fut maître de la chapelle royale sous Louis-Phihppe et do 
la chapelle impériale sous Napoléon III. Il succéda à Chérubini comme 
directeur du Conservatoire, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort, l' 
joignait à une grande science musicale une entente parfaite de la 
scène et une habileté remarquable dans le maniement des masses 
chorales et instrumentales. Son jugement était sûr, son esprit très 
vif et sa bienveillance connue de tous. Auber est mort à quatre-vingt- 



116 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

jieuf ans, chargé, à juste titre, de gloire et d'honneurs : le nom de 
ce maître est un de ceux qui honorent le plus l'école française. 

AUDINOT (Nicolas-Médard), né en 1730, mort en 1801. D'abord 
acteur à la Comédie italienne, Audinot prit ensuite la direction du 
théâtre de Versailles, puis revint à Paris en 1769 et y ouvrit un théâtre 
de marionnettes, qui obtint une vogue immense. 

AUDRAN (Marius), ténor français, né à Aix en 1816. Il obtint ses 
plus grands succès dans le Chalet, la Dame blanche, le Domino noir, les 
Diamants de la couronne et le Roi d'Yvetot. En 1863, il fut nommé 
professeur au Conservatoire de Marseille. On doit à cet artiste excel- 
lent un certain nombre d'aimables mélodies. 

AUDRAN (Edmond), fils du précédent, est né en 1842. Après de 
bonnes études musicales à l'École religieuse de Niedermeyer, il alla 
se fixer à Marseille, où il fit jouer plusieurs opérettes et opéras-co- 
miques, dont un principalement, le Grand Mogol, obtint le plus vif 
succès. En 1879, M. Audran a donné aux Bouffes les Noces d'Olivette; 
en 1880, la Mascotte, et en 1882, Gillette de JSarbonne, opérettes qui 
ont grandement réussi. 

AUTERI-MAZZOCCHI (Salvatore), compositeur italien, né en 1845. 
Son premier opéra, Dolorès, eut un grand succès, en 1873, à Milan. 



B 

BACH. Nom patronymique d'illustres musiciens allemands dont les 
plus célèbres furent : 

BACH (Jean-Christophe), né en 1643, mort en 1703. Habile orga- 
niste, il composa nombre de pièces vocales et instrumentales, remar- 
quables par leur science harmonique. 

BACH (Jean-Sébastien), né à Eisenach le 21 mars 1 68o, mort le 30 juil- 
let 1750 àLeipsick, est un des plus grands génies dont s'honore l'art 
musical. Il reçut de son frère aîné, Jean-Christophe, les premiers élé- 
ments du clavecin et perfectionna ensuite son instruction auprès de 



AUDINOT— BACH. H 7 

plusieurs organistes célèbres. Lui-même fut nommé successivement or- 
ganiste à Mûlhausen, à Weimar, à Halle. En 1733, il succéda à Kûhnau 
comme directeur de musique à l'école Saint-Thomas de Leipsick, et 
conserva ces fonctions jusqu'à sa mort. Bach eut, de son vivant, une 
immense renommée. Le roi de Pologne et le roi de Prusse, Frédéric II, 
lui témoignèrent leur profonde admiration. Haendel fit plusieurs 
voyages pour avoir avec lui une entrevue, mais il ne put y parvenir. 

Le nombre de compositions laissées par J.-S. Bach est vraiment 
incroyable ; beaucoup d'entre elles ne furent connues qu'après sa 
mort, lorsque Mozart, enthousiasmé par l'exécution d'un motet du 
vieux maître, appela sur lui l'attention du monde musical. 

La virtuosité de Bach sur l'orgue et le clavecin était incompara- 
ble ; il se jouait des plus grandes difficultés, prenant plaisir, pour 
ainsi dire, à les accumuler. Aussi a-t-il écrit des pages que lui seul a 
pu exécuter avec le mouvement indiqué. Bach mena toujours une 
existence pleine de dignité, évitant le bruit, la vie publique, la ré- 
clame et faisant deux parts de son temps : l'une consacrée à l'art et 
l'autre à la vie de famille. Ce grand génie fut excellent époux et très 
bon père. Il eut, de deux mariages, vingt enfants : onze fils et neuf 
filles. Les dernières aanées de sa vie furent attristées par un affai- 
blissement de la vue qui le conduisit, peu à peu, à une cécité com- 
plète. 

En dehors de la quantité prodigieuse de motets, cantates, prélu- 
des, sonates, messes, fugues, pièces pour orgue et pour clavecin, que 
Bach a composés, nous devons mentionner spécialement son orato- 
rio, la Passion d'après saint Mathieu, œuvre magnifique, dans la- 
quelle le génie et la science du musicien se sont donné libre car- 
rière. M. Lamoureux a fait exécuter avec grand succès, en 1874, au 
Cirque d'été, cette conception grandiose, que l'on n'avait jamais en- 
tendue intégralement en France. 

BACH (Guillaume-Friedmann), fils aîné du précédent, né en 1710, 
mort en 1784. Organiste éminent et savant harmoniste, il a laissé un 
certain nombre de compositions pour clavecin, orgue, voix, etc., 
dans lesquelles la science s'aUie à l'inspiration. On Ta surnommé 
Bach de Halle, à cause du long séjour qu'il fit dans cette ville. 

BACH (Charles-Philippe-Emmanuel), deuxième fils de Jean-Sébas- 
tien, naquit en 1714 et mourut en 1788. On le désigne souvent sous 



118 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

le nom de Bach de Berlin, parce qu'il demeura vingt-neuf ans dans 
cette ville. Les nombreuses compositions de cet illustre musicien 
sont remplies de charme et d'élégance. Il fut le créateur de la sonate 
moderne et le précurseur d'Haydn et de Mozart. Emmanuel Bach a 
beaucoup écrit pour le clavecin, l'orchestre et la voix. 

BACH {Jean-Christophe-Frédéric), fils de Jean-Sébastien, né en 
1732, mort en 1793, fut un harmoniste habile et composa divers ora- 
torios et cantates. On lui doit également des quatuor et des pièces 
pour le clavecin. 



BACH (Jean-Chrétien), onzième fils de Jean-Sébastien, né en 173o, 
mort en 1782, se distingua particuhèrement dans la musique drama- 
tique. Ses principaux opéras sont : Catone, Orione, Orfeo, Temistode, 
Amadis des Gaules, etc. Ce dernier ouvrage fut représenté à l'Opéra 
en 1779. 

BADIALI (Cesare), chanteur célèbre, né en 1799, mort en 1865. H 
avait une belle voix de basse chantante. Rossini professait pour son 
talent et sa personne une estime toute particuhère. 

BAILLOÏ (Pierre-Marie-François de Salès), illustre violoniste, 
né en 1771 à Passy, mort en 1842 à Paris. Il fut nommé professeur 
de violon au Conservatoire à la place de Rode (voir ce nom) et con- 
serva cet emploi jusqu'à sa mort. Il entreprit successivement plu- 
sieurs voyages en Russie, en Belgique, en Hollande, en Angleterre, 
en Italie, etc., donnant des concerts très suivis et très applaudis. 
Baillot a publié quantité de compositions pour violon avec accompa- 
gnement. Il est l'auteur aussi de plusieurs ouvrages didactiques, donf 
le principal, l'Art du violon, est une œuvre de premier ordre. 

BAINI (l'abbé Joseph). Né à Rome en 177.") et mort en 1844, fut un 
savant compos'teur de musique religieuse et fit paraître de remar- 
quables ouvrages relatifs à la musique. 

BALBINI (Matteo), ténor célèbre, né à Bologne en 1754, mort en 
1816. Après avoir étudié la médecine, il aborda la carrière lyrique, 
dans laquelle il obtint les plus grands succès. 



BACH — BARONI. 119 

BALFE (MiGHEL-GuiLLAUME BALPH, dit), musicien anglais très po- 
pulaire, né en 1808 à Limerick, mort en 1870, fut successivement 
chanteur, chef d'orchestre et compositeur dramatique. Ses ouvrages 
principaux sont : FaYsto^ (Londres), le Puits d'amour, opéra-comique 
(Paris), les Quatre Fils Aymon, opéra-comique (Paris), la Jeune Bohé- 
mienne (Londres), Satanella (id.), etc. 

BANDEBALl (DAvm), chanteur remarquable et professeur de chant 
au Conservatoire, né en Italie en 1789, mort à Paris en 1849. 

BARBEKEAU (Mathurin-Auguste-Balthasar). Né à Paris en 1799, 
mort en 1879, obtint le grand prix de composition musicale en 1824 
et fut successivement professeur de composition et d'histoire musi- 
cales au Conservatoire (1874). Cet artiste a surtout produit des ouvrages 
théoriques, au nombre desquels se trouve un Traité de composition 
musicale. 

BARBIER (Frédéric-Etienne), né à Metz en 1829, a fait représenter 
sur divers théâtres de Paris un grand nombre d'opérettes et d'opéras- 
comiques. 

BARBIERI (Francisco ASENJO), compositeur espagnol, né à Ma- 
drid en 1823, remarquable par sa fécondité, son imagination bril- 
lante et sa science musicale. Il a fait représenter plus de soixante 
opéras-comiques, dont beaucoup ont obtenu un très grand succès. 
M. Barbieri, qui a, en outre, publié de nombreux morceaux de mu- 
sique de chambre et des travaux littéraires et critiques, est un des 
musiciens les plus illustres de l'Espagne contemporaine. 

BARBOT (Joseph-Théodore-Désiré), né à Toulouse en 1824, ténor 
très distingué, brilla à l'Opéra et au théâtre Lyrique, où il créa le 
rôle de Faust, dans l'opéra de Gounod. En 1875, il fut nommé pro- 
fesseur de chant au Conservatoire. 

Sa femme, M"« Caroline Barbot, est elle-même une cantatrice 
très remarquable. 

BARONI (Léonore), célèbre cantatrice italienne, née en 1610. Elle 
brilla au commencement du dix-septième siècle sur les principales 
scènes del'Italie. En 1645, le cardinal Mazarin la fit appeler à Paris 



120 PETITE ENCYCLOPÉDIE ML-SICALE. 

pour y interpréter les opéras de Cavalli. Malheureusement, le peu de 
faveur dont jouissait la musique italienne à cette époque en France, ne 
permit pas à la célèbre artiste d'obtenir tout le succès qu'elle était en 
droit d'espérer. Elle revint alors remporter de nouveaux triomphes au 
pays qui l'avait vue naître. La Baroni exerça un si grand charme sur 
les dilettanti de son temps, que l'on put former de véritables volumes 
avec les éloges en vers qui lui furent adressés. 

BARROILHET (Paul), baryton remarquable, néàBayonneen 1810, 
mort en 1871. Il obtint ses plus grands succès dans la Favorite, Guil- 
laume Tell, la Reine de Chypre, Charles YI, etc. 

BARTHE (Grat-Xorbert, dit ADRIEN), né à Bayonne en 1828, 
remporta le grand prix de composition musicale en 1854. Il fit repré- 
senter en 1865 la Fiancée d'Abydos, en trois actes, qui n'obtint qu'un 
demi-succès. 

BASADONNA (Jean), célèbre ténor italien, né en 1806, mort en 
1850. 

BASILI (Fra>(çois), compositeur italien, né en 1766, mort en 1830, 
écrivit beaucoup de musique religieuse et donna au théâtre plusieurs 
opéras sérieux et bouffes, dont quelques-uns obtinrent un brillant 
succès. 

BASSANI (Jean-Baptiste), né à Padoue en 1657, mort en 1716, 
habile compositeur et remarquable violoniste. 

BASSI (Louis), chanteur très distingué, né à Pesaro en 1766, 
mort en 1825. Mozart écri\1t pour lui le rôle de Don Juan et celui 
d'Ahnaviva [Noces de Figaro). 

BASSINI (Achille BASSI, dit de), chanteur renommé en Italie, né 
en 1819, a obtenu de grands succès dans les voyages qu'il a souvent 
entrepris à travers l'Europe. 

BAT TA (Alexandre), né en 1816 à Maestricht, violoncelliste très 
remarquable, a écrit plusieurs morceaux pour violoncelle seul ou 
avec accompagnement. 



B ARROILHET — BEER . 121 

BATTAILLE (Charles-Amable), né à Nantes en 1822, mort en 1872, 
fut un chanteur des plus remarquables. Il se fit applaudir dans un 
grand nombre d'ouvrages à l'Opéra-Comique et au théâtre Lyrique, 
notamment dans le Val d'Andorre^ le Toréador, l'Etoile du Nord et 
Philémon et Baucis. 

BATTU (M"« Marie), chanteuse remarquable, née en 1839, parut 
successivement au théâtre Italien et à l'Opéra, où elle a obtenu de 
très grands succès. 

BAZIN (François-Emmanuel-Joseph), né à Marseille en 1816, est 
mort à Paris en 1878. Il remporta le premier grand prix de Rome 
en 1840 et vit exécutera l'Opéra sa cantate de concours, Loyse de 
Montfort. De retour d'Italie, il s'adoana à la composition dramatique 
et fit représenter les opéras-comiques suivants ; le Trompette de 
Monsieur le Prince, le Malheur d'être jolie, la Saint-Sylvestre, Madelon, 
les Désespérés, Maître Pathelin, le Voyage en Chine, l'Ours et k 
Pacha. 

Bazin a professé l'harmonie au Conservatoire de Paris avec un 
réel éclat et il a publié un Traité d'harmonie, devenu promptemeni 
classique. 

BAZZINI (Antonio), né en 1818 à Brescia, s'est fait connaître de 
bonne heure par son habileté sur le violon. Paganini lui prodigua 
des éloges et lui conseilla de voyager. M. Bazzini parcourut une partie 
de l'Europe, donnant des concerts et se perfectionnant dans son art. 
Ce violoniste hors ligne a écrit plusieurs compositions pour son in- 
strument et différents morceaux de musique religieuse. En 1864, il 
s'essaya au théâtre et fit jouer, à la Scala de Milan, un opéra : Turan- 
dot, qui n'eut aucun succès. 

BECKER (Jean), violoniste remarquable, est né à Manheim en 1836. 
Après s'être fait applaudir à Londres et à Paris, il se fixa à Florence, 
où il fonda une société de quatuor, le Quatuor florentin, qui s'est fait 
entendre, avec succès, dans diverses villes de l'Europe. 

BEER (Joseph), né en 1744 en Bohème et mort en 1811, a été un 
des plus habiles virtuoses sur la clarinette qui aient jamais paru. Ce 
fut lui qui ajouta une cinquième clef à cet instrument, qui n'en avait 
auparavant que quatre. 



i22 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

BEETHOVEN (Louis van), un des plus grands génies qui aient illustré 
l'art musical, naquit à Bonn sur le Rhin le 17 décembre 1770. Son 
père lui enseigna les premiers principes de la musique à l'âge de 
cinq ans. A douze ans, Beethoven exécutait déjà les fugues et les pré- 
ludes de Rach et s'exerçait à la composition. A la un de l'année 1786, 
il se rencontra à Vienne avec Mozart, qui fut émerveillé de son 
talent de pianiste et lui prédit le plus brillant avenir. Le grand 
théoricien Albrechtsberger l'initia aux premières connaissances de 
l'harmonie. 

En 1793, Beethoven vint se fixer à Vienne et acheva ses études 
musicales sous la direction de Joseph Haydn. Il trouva dans cette 
ville un puissant protecteur, le prince Lichnowsky, qui l'accueillil 
avec bienveillance, le logea chez lui, et lui accorda une pension de 
600 florins. 

Le jeune maestro, célèbre par sa virtuosité, s'était aussi signalé à 
raltention du public par un certain nombre de compositions de mu- 
sique instrumentale. Encouragé par ses amis, il voulut s'essayer au 
théâtre et fit représenter, en 1805, son opéra de Léoiiore, plus connu 
aujourd'hui sous le nom de Fidelio. Cette œuvre, pleine de grandes 
beautés, mais mal conçue sous le rapport des voix, n'eut pas d'abord 
un grand succès. Cet échec détourna Beethoven de la musique dra- 
matique et il n'écrivit plus pour le théâtre que les entr'actes et ou- 
vertures des Ruines d'Athènes, de Proinéthée, de Coriolan et d'Egmont. 

De 1805 à 1808, le génie de Beethoven se manifesta dans toute 
son activité. C'est de cette époque que datent la symphonie héroïque, 
la symphonie pastorale et celle en lU mineur, l'oratorio du Christ au 
mont des Oliviers et ses plus beaux morceaux pour le piano. Il retira 
(le toutes ses compositions gloire et profit, et son nom devint rapi- 
dement populaire. L'illustre artiste, tout en ayant le cœur bon et 
généreux, était d'un caractère ombrageux et difficile, et ses amis 
eux-mêmes n'étaient pas toujours à l'abri de ses soupçons et de ses 
violences. Cette fâcheuse disposition à rirritabihté fut augmentée 
par les vifs chagrins que lui causèrent différents membres de sa fa- 
mille et par une complète surdité, cruelle affliction qui empoisonna 
les dernières années de sa vie. 

En 1826, il éprouva les premiers symptômes de l'hydropisie ; les 
soins les plus empressés ne purent arrêter les progrès du mal et 
Beethoven expira, le 20 mars 1827, au milieu de la sympathie et de 
la consternation générales. 

Le nombre des productions musicales de ce grand génie est consi- 



BEETHOVEN — BELLINI. 1 23 

(iérable. Il a laissé trente-cinq sonates pour piano, soixante-qua- 
torze pièces pour le chant avec accompagnement de piano, douze 
morceaux de chant pour une ou plusieurs voix avec orchestre, deux 
messes (en ut et en ré), un oratorio : le Christ au mont des Oliviers, 
un opéra : Fidelio, un mélodrame : Egmont, neuf symphonies et onze 
ouvertures pour orchestre, et un grand nombre de morceaux pour 
différents instruments seuls ou concertants. 

L'œuvre de Beethoven se divise en trois parties bien distinctes : la 
première, où l'on sent l'influence marquée de Mozart, dont Beetho- 
ven était un admirateur enthousiaste ; la seconde, qui renferme les 
chefs-d'œuvre du maître : son opéra, son oratorio, ses symphonies 
en si héraol, en ut mineur et pastorale, les sonates de piano, en fa 
iidneur, en fa dièse et en mi mineur, etc. Dans la troisième partie, 
on remarque une pensée moins nette et une forme moins précise ; 
ridée devient nuageuse et mystique et l'harmonie plus cherchée et 
plus dure. Cette dernière manière s'explique par la mélancolie et 
l'humeur noire qui envahirent alors l'esprit de Beethoven, et aussi 
par la cruelle infirmité qui le força à une perpétuelle concentration 
intérieure. 

L'influence de Beethoven sur l'art musical et principalement sur 
la musique instrumentale a été considérable. Il a fixé d'une façon 
définitive les formes de la symphonie, qu'il a portée à son plus haut 
degré de perfection. « Ce fut, dit Fétis, un de ces rares génies qui 
dominent toute une époque et lui impriment une direction caractéris- 
tique dans l'art qu'ils cultivent. La grandeur, la force poétique sont 
ses attributs. Il n'eut pas, comme Mozart, l'abondance d'idées qui 
déborde de toutes parts ; sa pensée s'élaborait lentement, laborieuse- 
ment et ses thèmes, même ceux qui se présentent sous l'aspect le 
plus simple et le plus naturel, étaient souvent remaniés par lui, 
avant qu'il s'arrêtât à Jeur forme définitive ; mais lorsqu'il était fixé, 
tout l'ensemble de la composition était saisi par sa vaste intelli- 
gence. » 

BELLINI (Vincent) est né le 3 novembre 1802, à Catane, en Si- 
cile. Après quelques études sommaires au Conservatoire de Naples, et 
sous la direction de Tritto et de Zingarelli, il se fit connaître par une 
cantate, Ismène, et par plusieurs morceaux de musique instrumentale 
et religieuse. Le succès de l'opéra Bianca e Fernando, qu'il fit repré- 
senter en 1826, lui fit avoir un engagement pour le théâtre de la 
Scala de Milan, où il donna le Pirate, dont la réussite fut éclatante 



1-24 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

En 1828, la Straniera; en 1830, i Capuleti ed i Montechi et la Som- 
nambida ajoutèrent à sa réputation. Mais c'est dans son opéra la 
Norma que Bellini déploya tout l'éclat de son talent. En 1833,1e com- 
positeur vint se fixer à Paris et donna au théâtre Italien son dernier 
opéra, les Puritains, qui fut chanté par Rubini, Tamburini, Lablache 
et M"e Grisi ; ce fut un succès de pièce et d'artistes. Bellini mourut 
le 24 septembre 1835, à l'âge de trente-trois ans, et fut inhumé à Pa- 
ris. En 1876, son corps fut réclamé par le gouvernement italien, et la 
ville de Catane célébra par des cérémonies grandioses le retour des 
dépouilles mortelles du grand artiste. 

BELVAL (Jules-Bernard GAFFIOT, dit), basse profonde de l'Opéra, 
né le 2 juin 1819 à la Fère, mort à Paris le 5 septembre 1879, par- 
courut pendant près de dix ans la province, où il fit quelques impor- 
tantes créations (entre autres celle de Peters, de VEtoile du Nord, à 
Lyon), avant de débuter avec éclat à l'Académie de musique dans le 
rôle de Marcel, des Huguenots (1855). Pendant plus de vingt ans (18o5- 
1876) sa voix, d'un volume exceptionnel, son talent emphatique, mais 
incontestable, lui permirent de supporter à lui seul le poids écrasant 
des grands rôles du répertoire : Robert le Diable, la Juive, Guillaume 
Tell, etc.; ses principales créations dans la Reine de Saba (SoUman)» 
dans Roland à Roncevaux (Turpin), dans V Africaine (Don Diego), lui 
valurent de légitimes succès. Après sa retraite, il se fit encore enten- 
dre sur diverses scènes étrangères et particulièrement en Espagne. 

Sa fille, M^^* Marie Belval, a débuté aux Italiens dans Bon Pasquale 
en 1873, et à fOpéra, dans les Huguenots, en 1874; mais, n'obtenant 
sur ces deux scènes que de médiocres succès, elle abandonna la France 
pour l'Angleterre et l'Espagne. 

BENDA (François), né en 1709, mort àPotsdam en 1786, commença 
fétude de la musique à l'âge de sept ans et fut admis comme sopra- 
niste à la chapelle du roi de Saxe. En 1732, Frédéric II le prit à son 
service et le nomma, en 1772, maître de ses concerts. Benda fut un 
violoniste très remarquable, original et d'une grande virtuosité. 

Ses nombreux élèves conservèrent et répandirent en Allemagne 
ses traditions, qui ont été connues sous le nom (ï Ecole de Benda . 

BENDA (Georges), né en 1722, mort en 179o, se fit connaître d'a- 
bord par un grand nombre de compositions religieuses. En 1766, il 



BELVAL — BENOIST . 1 25 

aborda le théâtre et fit jouer plusieurs opéras et opéras-comiques 
qui obtinrent le plus brillant succès. Parmi ces productions, nous 
citerons la Foire du village, Walder, Ariane à Naxos, Médée, Pyg- 
malion, Roméo et Juliette, Lucas et Barbe et l'Enfant trouvé. 

BEiNEDIGT (Jdles), né à Stuttgard le 24 décembre 1804, fut élève 
de Hummel pour le piano et de Weber pour la composition. En 1838, 
il se fixa à Londres, où il donna d'abord des leçons de piano et où il 
accepta ensuite la place de chef d'orchestre du théâtre de Drury- 
Lane. Il s'est fait connaître par un grand nombre de compositions 
pour piano et par plusieurs œuvres dramatiques, parmi lesquelles 
nous citerons le Lac de Glenaston et le Lis de Killerney. M. Benedict 
s'est acquis également une grande réputation comme chef d'orches- 
tre, directeur des concerts populaires de Londres et organisateur de 
festivals. C'est un des artistes les plus appréciés de l'Angleterre. 

BENINCORI (Ange-Marie), né à Brescia en 1779 et mort à Belle- 
ville en 1821. Après avoir fait de bonnes études musicales sous la di- 
rection de Rolla et de Gimarosa, il produisit quelques quatuor et 
plusieurs opéras-comiques qui furent représentés à la salle Favart. 
Ce fut lui qui fut chargé d'achever l'opéra la Lampe merveilleuse, 
que Nicolo n'avait pu terminer et qui obtint un brillant succès. Le 
talent de Benincori consistait principalement dans l'originalité de 
l'idée et dans la pureté de la forme. 

BENiNETT (William-Sterndale) est né à Sheffield en 1816 et est 
mort à Londres en 1875. Après avoir reçu des leçons de piano de 
Moschèles, il publia diverses compositions pour musique instrumen- 
tale et pour musique vocale. Il se fit rapidement une grande situa- 
tion en Angleterre et fut créé baronnet en 1871 par la reine Victoria. 
Lorsqu'il mourut, son corps fut déposé dans l'abbaye de West- 
minster. 

BENOIST (François), né à Nantes en 1795, mort à Paris en 1878, 
fit ses études au Conservatoire de musique, où il obtint le premier 
prix de piano et le grand prix de composition. En 1859, il fut nommé 
professeur d'orgue au Conservatoire, place qu'il a occupée jusqu'en 
1872. Benoist s'essaya plusieurs fois, mais sans succès, dans la com- 
position dramatique; ce fut priacipalement comme professeur et 



126 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

comme organiste qu'il se fit une place honorable et distinguée dans 
le monde artistique. 

BENOIT (Pierre -Léonard-Léopold), né en 1834 dans la Flandre 
occidentale, a acquis une grande notoriété artistique en Belgique, où 
il est directeur de l'Ecole flamande de musique d'.\nvers. Doué d'un 
vif sentiment poétique et dramatique, M. Benoît a composé de nom- 
breux morceaux pour l'orchestre et pour léchant. Il s'est aussi essayé 
au théâtre, où ses opéras flamands ont été fort bien accueillis. Son 
oratorio Lucifer, exécuté à Paris en 1883, a été reçu très froidement, 
à la grande déception des Belges, ses compatriotes, qui avaient ac- 
clamé cette œuvre dans leur pays. 

BENTAYOUX (Frédéric), né à Bordeaux en 1840, a suivi les cours 
du Conservatoire et s'est fait connaître par une quantité de composi- 
tions pour le chant et pour le piano. Il a fait également représenter 
plusieurs opérettes sans importance sur des scènes de second ordre. 

BÉRAT (Frédéric), né à Rouen en 1800, s'est fait une grande ré- 
putation comme compositeur de romances et de chansonnettes, dont 
plusieurs sont devenues très populaires. Il est mort en 1855. 

BERCHEM (Jacques) a été un des plus habiles compositeurs que 
la Flandre ait produits au seizième siècle. Ses œuvres se composent 
en grande partie de motets religieux et de madrigaux à plusieurs 
voix. 

BERGER (LoLis), né à Berlin en 1777 et mort en 1839, reçut des 
leçons de Clémenti, de Field et de Steibelt. Il a laissé une grand«' 
réputation comme pianiste et comme compositeur. 

BERIOT (Charles-Auguste de), un des plus grands violonistes qui 
aient existé, naquit à Louvain en 1802 et mourut à Bruxelles en 1870. 
Après avoir joué en 1821 devant le célèbre Yiotti, qui lui prodigua des 
encouragements, il entra dans la classe de Baillot au Conservatoire, 
où il ne resta que peu de temps. Après plusieurs tournées artisti- 
ques très brillantes, il fut nommé professeur de violon en 1843 au 
Conservatoire de Bruxelles. De Beriot a laissé pour le violon un grand 
nombre de compositions très appréciées, ainsi qu'une méthode pour 
cet instrument. 



BENOIT — liERLlÛZ. 127 

BERIOT (Gharles-Wilfrid de), fils du précédent et de M""" Garcia- 
Malibran, compositeur et pianiste distingué, né à Paris le 12 fé- 
vrier i833, se destina d'abord à l'armée après l'achèvement de ses 
études, et entra à l'école militaire de Bruxelles en 1850. Ayant bien- 
tôt abandonné cette carrière pour se vouer complètement à l'art 
musical, M. de Beriot s'est distingué, depuis lors, comme virtuose dans 
l'interprétation des classiques, et comme compositeur par un certain 
nombre d'ouvrages, au nombre desquels il faut citer deux concertos, 
une Tarentelle, une Valse-caprice, une Fantaisie de concert et quelques 
mélodies. 

BERLIOZ (Hector), né en 1803 à la Côte-Saint- André (Isère), est 
mort à Paris le 8 mars 1869. Ses commencements furent des plus 
pénibles. Il fit d'abord exécuter une messe avec orchestre, qui fut 
déclarée inintelligible ; loin d'être rebuté par cet insuccès, il produi- 
sit les ouvertures de Waverley et des Francs-Juges et une symphonie 
fantastique intitulée : Episode de la vie d'un artiste, qui n'eurent pas 
un meilleur sort. Irrité par ces échecs successifs, Berlioz se lança 
dans la presse et se vengea de ses détracteurs par des critiques acé- 
rées. Les deux symphonies dramatiques d'Harold en Italie et de Ro- 
méo et Juliette, ainsi que l'ouverture du Carnaval romain, obtinrent 
un meilleur accueil ; mais son opéra Benvenuto Gellini essuya une 
chute complète. Berlioz parcourut alors l'Europe en donnant des 
concerts et fut tour à tour sifflé et applaudi. En 1846, son oratorio 
fantastique, la Damnation de Faust, fut joué sans aucun succès ; l'En- 
fance du Christ, au contraire, oratorio religieux, fut fort applaudi. 

En 1863, Berlioz fit représenter au théâtre Lyrique un grand opéra, 
les Troyens à Carthage, qui n'eut que vingt et une représentations. 

Depuis la mort de Berlioz, un revirement subit s'est manifesté dans 
le public en faveur de ses œuvres, jusque-làles plus discutées. LaBam- 
nation de Faust et Roméo et Juliette ont été, en particulier, chaleureu- 
sement applaudis par un public enthousiaste. La justice est venue 
tardivement pour ce grand artiste, dont le tempérament fut, il est 
vrai, heurté et inégal, mais dont le génie pittoresque et dramatique 
se fait jour à chaque instant dans ses compositions d'une originalité 
grandiose et poétique. 

Berlioz s'est acquis également une juste réputation par ses travaux 
de critique, dont les principaux ont été depuis réunis en volume. Il 
a laissé également un Traite d'instrumentation, qui dénote une rare 
connaissance de l'orchestre et qui est devenu classique. 



128 PETITE E^XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

BERNACCHI (Amolne), célèbre sopraniste, se distingua également 
comme chanteur et comme professeur. Ce fut lui qui, vers 1730, mit 
à la mode les traits rapides de chant auxquels on a donné le nom de 

roulades. 

BERNARDINI (Marcello), né à Capoue en 1762, a joui d'une 
grande réputation en Italie comme compositeur dramatique. Il a écrit 
une vingtaine d'opéras. 

BERNER (Frédéric-Guillaume), né à Breslau en 1780, mort en 
1827, a été un des premiers organistes de l'Allemagne. Il a laissé 
pour l'orgue des compositions très estimées. 

BERR (Frédéric), né à Manheim en 1794, mort en 1838, s'est ac- 
quis un grand renom comme virtuose sur la clarinette ; il a laissé 
pour cet instrument un certain nombre de compositions et une mé- 
thode très appréciée. 

BERTEAU, musicien du dix-huitième siècle, a été un violoncelliste 
d'une habileté vraiment remarquable, et ce fut lui qui fonda réelle- 
ment en France l'école de violoncelle. Il mourut en 1756. 

BERTIN (M^^^ Louise-Angélique), née en 1805, morte en 1877, a fait 
représenter un opéra-comique, le Loup-garoK, et un opéra, Faust, qui 
ont obtenu quelque succès à la salle Favart. En 1836, l'Opéra a donné 
une œuvre plus importante, Esmeralda, qui échoua devant l'indiffé- 
rence du public. 

BERTIM (Henri), né à Londres en 1798, mort en 1876, s'est acquis 
comme pianiste et comme compositeur une grande et légitime répu- 
tation. Ses œuvres sont au nombre de deux cents, et ses Études spé- 
cialement sont devenues classiques. 

BERTON (HEXRi-MOiMAN), né à Paris en 1767, mort en 1844, re- 
çut de Sacchini d'excellents conseils sur la composition. A l'âge de 
dix-neuf ans, il fit entendre au Concert spirituel plusieurs oratorios 
ou cantates et il donna, l'année suivante (1787), son premier opéra 
à la Comédie italienne. D'une grande fécondité, Berton fit représen- 
ter plus de quarante ouvrages dramatiques, parmi lesquels il faut 
citer Ponce de Léon, Montano et Stéphanie, son chef-d'œuvre; le Dé- 



BERNACCHI — BIZET. 129 

lire et Aline. En l79o, il fat nommé professeur d'harmonie au Con- 
servatoire et, en i807, directeur de la musique à l'Opéra italien. En 
1815, il entra à l'Institut et fut nommé quelque temps après che- 
valier de la Légion d'honneur. La musique de Berton est remarquable 
surtout par une grande facilité, une originalité réelle et un grand 
instinct de la scène. 

BERTONI (Ferdinand-Joseph), né en 1725, mort en 1813, eut pour 
professeur le savant P. Martini. Il se fit connaître d'abord par de 
très belles compositions religieuses et ensuite par un certain nom- 
bre d'opéras, qui obtinrent de grands succès en Italie et en Angle- 
terre. 

BIANCHI (François), né à Crémone en 1752, mort à Bologne en 
18H, a composé plusieurs opéras d'un style gracieux, mais sans 
grande originalité. Parmi celles de ses œuvres qui ont eu le plus de 
succès, nous citerons il Dissertore, Tarara et Mérope. 

BILLLXGTON (Elisabeth), née à Londres en 1763, morte en 1818, 
a laissé un nom illustre comme cantatrice. Sa voix était d'une pureté, 
d'une sonorité et d'une étendue remarquables. Elle obtint ses plus 
grands succès à Londres, à Naples, à Venise et à Milan. 

BISHOP (Henri-Rowley), né à Londres en 1782, mort en 1853, 
étudia la composition sous la direction de François Blanchi. Après 
s'être fait une brillante réputation comme chef d'orchestre, il fut 
créé baronnet par la reine Victoria. Ce compositeur n'a pas travaillé 
à moins de soixante et dix œuvres dramatiques, dont plusieurs joui- 



BISHOP (M'"^ Anna), célèbre cantatrice anglaise, née en 1814, s'est 
d'abord fait entendre dans les grands festivals, si en usage dans 
toute l'Angleterre. En 1839, elle aborda le théâtre Italien, et par- 
courut ensuite une partie de l'Europe, en compagnie de Bochsa, le 
célèbre harpiste. Depuis la mort de ce dernier (1836), M°^« Bishop a 
renoncé à se produire en public. 

BIZET (Alexandre-César-Léopold, connu sous le nom de Georges), 
un des compositeurs les plus distingués de l'époque contemporaine, 
est né à Paris le 23 octobre 1838 et mort à Bougival le 3 juin 1873, 



130 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

à l'âge de trente-sept ans. Après avoir fait de brillantes études au Con- 
servatoire, d'où il sortit en 1857 avec le grand prix de composition, Bizet 
donna au théâtre Lyrique les Pêcheurs de perles, trois actes (1863), et la 
Jolie Fille dePerth, quatre actes et cinq tableaux (1867); mais le public 
accueillit froidement ces deux ouvrages, d'un sentiment indécis, bien 
([ue d'une facture très remarquable. Un autre ouvrage en un acte, Bja- 
??u7e/i, échoua complètement à TOpéra-Gomique (1872); mais l'Arlé- 
sienne, partition symphonique et chorale, écrite sur le drame si poé- 
tique d'Alphonse Daudet, obtint un très grand succès. Rien de plus 
frais, de plus gracieux et de plus pénétrant que ces pages exquises, qui 
sont inscrites maintenant au répertoire de tous les concerts. En 
1875, Bizet affirma la supériorité de son talent par un ouvrage en 
quatre actes, Carmen, qui le plaça au premier rang des composi- 
teurs. Cet opéra-comique, plein de couleur, de charme et de pitto- 
resque et dont rinstrumentation est si fine et si élégante, fut la der- 
nière production du jeune artiste, qui mourut trois mois après, sans 
avoir pu réaliser les grandes et légitimes espérances que son talent 
faisait concevoir. Bizet a, en outre, publié plusieurs ouvertures 
{Patrie, etc.), un grand nombre de mélodies et de morceaux de piano, 
et a laissé d'importants ouvrages inédits. 

BLAES (Arnold-Joseph), né à Bruxelles en 1814, s'est fait un 
grand renom comme clarinettiste. Il a été nommé en 1842 professeur 
de clarinette au Conservatoire de Bruxelles. 

BLANGINI (Joseph-Marie-Félix), né à Turin en 1781, mort à Paris 
en i841, fut un compositeur plein de charme et d'élégance, qui se 
fit une brillante réputation par un grand nombre de romances, 
dont plusieurs obtinrent une vogue inouïe. Il s'essaya aussi au théâtre, 
où il fit représenter une vingtaine d'ouvrages, aujourd'hui oubliés. 

BLASIUS (Mathieu-Frédéric), né en 1758, mort en 1829, a été un 
des meilleurs chefs d'orchestre de l'Opéra-Comique. On lui doit plu- 
sieurs travaux didactiques, un certain nombre de compositions in- 
strumentales et quelques œuvres dramatiques. 

BLAZE (Fraxçois-Hexri-Joseph, dit Castil-Blaze), né en 1784, mort 
en 1857, a été un musicographe plein de verve et d'esprit. Il a pu- 
blié, entre autres ouvrages, une Histoire de l'opéra en France et un 
Dictionnaire de musique moderne, qui établirent promptement sa ré- 



BLAES — BOIELDIEU. 131 

putation. Il collabora comme chroniqueur musical au Journal des 
Débats, au Constitutionnel, à la Revue de Paris, au Ménestrel, etc. 
C'est à lui que l'on doit la première représentation en France des 
œuvres de Mozart, de Rossini et de Weber, dont il fit paraître des 
traductions plus ou moins fidèles, et dans lesquelles il ne craignit 
pas d'intercaler jusqu'à sa propre musique. 

BLUM (Charles), poète et musicien allemand, est né en 1788 et 
mort en 1844. Il a fait représenter plusieurs opéras d'un style gra- 
cieux et léger, mais dépourvus de force et d'originalité, et dont les 
plus applaudis furent Claudine de Villa-Bella et le Petit Chapeau de 
roses. 11 a laissé également plusieurs compositions vocales et instru- 
mentales. 

BOCCHERINI (Louis), né à Lucques en 1740, mort à Madrid en 
1805, a été un compositeur d'un génie fécond et original. Il s'est 
fait connaître comme violoncelliste hors ligne et a laissé de nom- 
breuses œuvres de musique instrumentale, presque toutes fort re- 
marquables. Ses adagios et ses menuets sont en particulier de petits 
chefs-d'œuvre d'harmonie piquante et de grâce mélodique. 

BOCHSA (Robert-Nicolas-Charles), né en 1780 à Montmédy, est 
mort en Australie le 7 janvier 1856. Son éducation musicale fut une 
des plus précoces et il a composé un nombre considérable de mor- 
ceaux pour différents instruments ; il donna ensuite plusieurs opé- 
ras-comiques à la salle Favart ; mais il dut la plus grande partie de sa 
brillante réputation à son talent prodigieux d'exécution sur la harpe. 

BOCQUILLON-WILHEM (Guillaume -Louis) naquit à Paris en 1781 
et y mourut en 1842. Il a contribué à l'introduction de l'étude de la 
musique dans l'enseignementprimaire. C'est à lui que l'on doit la créa- 
tion des orphéons, qui se sont répandus depuis dans toute la France. 
Il a laissé plusieurs ouvrages où il explique sa méthode d'enseigne- 
ment musical et aussi un certain nombre de compositions vocales. 

BOEHM (Théobald), célèbre flûtiste allemand, est né en 1802. On 
lui doit une transformation de la flûte, instrument qu'il a perfectionné 
sous le rapport de la justesse et du doigté. 

BOIELDIEU (Fraaçois-Adrien) naquit à Rouen le 16 décembre 1775 
et mourut le 8 octobre 1834. Cet illustre compositeur apprit les pre- 



132 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

miers éléments de la musique à la maîtrise de l'église métropolitaine 
de Rouen, sous la direction d'un organiste du nom de Broche. A 
l'âge de quinze ans, il possédait un agréable talent sur le piano, 
quelques notions d'harmonie et une grande passion pour le théâtre. 
Un jour, redoutant les brutalités de son maître, lequel était aussi 
ivrogne et violent que musicien habile, il s'enfuit à Paris, où il de- 
meura environ trois ans. De retour à Rouen en 1793, il se livra plus 
que jamais à l'étude du théâtre et y fit ses premiers débuts avec la 
Fille coupable (1793) et Rosalie et Myrza (1795), dont les livrets étaient 
de son père. Il retourna alors à Paris, où il fut accueilli gracieuse- 
ment par les chefs de la célèbre maison Érard, et commença à se 
faire une véritable réputation en composant de charmantes romances, 
que Garât mit à la mode. Ce fut en 1797 que Boïeldieu fit représenter 
à Paris son troisième ouvrage, la Famille suisse, qui fut favorable- 
ment accueilli. Il donna successivement l'Heureiise Nouvelle, Mom- 
breuil et Merville, Zoraime et Zulnare et la Dot de Suzette, qui ame- 
nèrent sa renommée. Boïeldieu entra alors au Conservatoire comme 
professeur de piano, mais ces nouvelles fonctions ne l'empêchèrent 
pas de continuer sa carrière dramatique. Le Calife de Bagdad obtint 
un très grand succès, et il fut suivi bientôt de Ma Tante Aurore, 
une des plus charmantes partitions du célèbre musicien. 

Sur ces entrefaites, de violents chagrins domestiques lui firent 
prêter l'oreille aux propositions qui lui étaient faites au nom de 
l'empereur de Russie, et il partit pour Saint-Pétersbourg au mois 
d'avril 1803, avec ses amis Rode et Lamare. Son séjour à la cour du 
czar Alexandre fut de sept années, pendant lesquelles il produisit 
plusieurs opéras et opéras-comiques : Rien de trop, Amour et Mys- 
tère, Calypso, les Voitures versées, etc. 

Boïeldieu, lorsqu'il revint à Paris en 1811, se trouva en rivalité 
avec Nicole, qui était le fournisseur attitré du théâtre de l'Opéra- 
Comique. Les deux compositeurs eurent chacun leurs partisans et 
leurs détracteurs; mais la gloire de Boïeldieu ne fit que grandir et 
éclipsa promptement la notoriété de l'auteur de Joconde. Un écla- 
tant succès accueillit Jean de Paris (1812) et le Nouveau Seigneur de 
village (1813), œuvres charmantes que suivirent bientôt la Fête du 
village voisin, le Chaperon rouge et enfin la Dame blanche, ce chef- 
d'œuvre de rOpéra-Comique, représenté en décembre 1823 et dont 
nous admirons toujours la grâce pénétrante, la variété d'inspiration 
et la gaieté spirituelle. 

Boïeldieu fut moins heureux avec les Deux Nuits (1829), dont le 



j 



BOIELDIEU — BONONCINI. 133 

succès iacertain lui causa une déception violente. Cet échec inat- 
tendu empoisonna les dernières années de sa vie. On lui fit de splen- 
dides funérailles à l'église des Invalides, où l'on exécuta solennelle- 
ment la messe de Requiem de Ghérubini. Boïeldieu avait été nommé 
membre de l'Institut et chevalier de la Légion d'honneur. 

Au mois de juin 1873, la ville de Rouen a célébré avec grand éclat 
le centenaire de Boïeldieu, et une foule considérable d'étrangers sont 
venus témoigner par leur présence de la haute admiration que leur 
inspirait le génie de l'auteur de la Dame blanche. Il est utile de con- 
sulter sur ce maître l'intéressant volume : Boïeldieu, sa vie, ses œuvres, 
que lui a consacré M. Arthur Pougin. 

BOIELDIEU (Adrien), fils du précédent, est né en 1816 et a reçu 
de son père son instruction musicale. Il a fait représenter jusqu'à ce 
jour une dizaine de partitions, dont les plus favorablement accueillies 
ont été le Bouquet de l'Infante, trois actes, à l'Opéra-Comique, en 
1847, et la Butte des Moulins, trois actes, au théâtre Lyrique, en 
1852. 

BOISSELOT (Xavier), né en 1811 à Montpellier, obtint en 1836 le 
premier prix de composition et fit jouer à l'Opéra-Comique un ou- 
vrage en trois actes, Ne touchez pas à la reine, qui obtint un brillant 
succès. Trois ans plus tard, l'Opéra donnait trois autres actes, Mos- 
quita la Sorcière, que le public accueillit avec la même faveur. Depuis 
lors, M. Boisselot a renoncé à la composition pour s'occuper uni- 
quement d'industrie, consacrant tous ses soins à la direction d'une 
importante fabrique de pianos. 

BOITO (Arrigo), compositeur, poète et critique musical, né vers 
1840, est un des musiciens les plus renommés de la jeune école ita- 
lienne. Son œuvre de début, Mcfistofele, jouée sans succès à Milan 
en 1868, a été acclamée à Bologne en 1875 et a fait depuis le tour 
de l'Europe, interprétée par les premiers artistes. 

BONONCINI, famille d'artistes célèbres, originaires de Modène, 
dont les plus illustres furent : Jean-Marie (1640-1678), compositeur et 
savant théoricien. — Jean f 1672-1 754), compositeur dramatique, dont 
plusieurs opéras, entre autres Cajnilla, jouirent d'une vogue extraor- 
dinaire. En 1720, il commença à faire jouer ses œuvres sur le théâtre 
royal de Londres, rivalisant ainsi avec Haendel, alors en possession 



134 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

de la faveur publique. Outre ses opéras, il a laissé plusieurs compo- 
sitions symphoniques et religieuses. — Amoine (167o-1726), frère du 
précédent. Le père Martini faisait le plus grand cas de son talent. Il 
composa nombre d'opéras pour les théâtres d'Italie, et obtint principa- 
lement à Venise un très vif succès. 

BORDE (Jea?<-Benjami\ de la), compositeur amateur, né en 1734 
et mort sur l'échafaud en 1794, était premier valet de chambre et 
favori de Louis XV. Passionné pour la musique, il fit jouer une foule 
d'opéras-comiques, plus médiocres les uns que les autres, et publia, 
avec luxe, un recueil de chansons très recherché pour la beauté de 
ses gravures. On lui doit aussi un Essai sur la musique ancienne et 
moderne, qui est une compilation sans valeur. 

BORDÈSE (LuiGi), né en 1815, a fait ses études musicales au Con- 
servatoire de Naples et est venu se fixer de bonne heure à Paris. 
Après s'être inutilement essayé à la scène avec plusieurs opéras-comi- 
ques {la Mantille , l'Automate de Vaucanson , Jeanne de Japlcs avec 
Meaupou), il se livra à l'enseignement et à la composition de petits 
morceaux de chant qui sont, pour la plupart, d'une grande facilité 
et destinés à la jeunesse. 

BORDOGNI (Marc), chanteur et professeur de chant, né à Bergame 
en 1788, est mort à Paris le 31 juillet 1856. Ce fut un ténor remar- 
quable, non par l'étendue de sa voix, mais par la facilité de sa voca- 
lisation et le bon goût de son exécution. Il fut nommé professeur de 
chant au Conservatoire en 1820 et il a publié un certain nombre de 
vocalises pour voix d'homme et de femme. 

BORGHI-MAMO (Adéla'jlde), née à Bologne en 1829, a obtenu les 
succès les plus éclatants dans la carrière italienne et sur la scène 
française. Sa voix est un mezzo-soprano d'un accent pathétique et 
pénétrant. 

BORNACCINI (Joseph), né à Ancône en 1805, écrivit d'abord pour 
le théâtre et se consacra ensuite à l'enseignement. Il a composé un 
certain nombre de morceaux religieux, des cantates et quelques ou- 



BORTiMANSKV (Dmitri-Stepaxovitch), compositeur russe, né en 
1751, est mort en 1825. L'impératrice Catherine II lui fournit les moyens 



BORDE — BOULANGER. 135 

d'aller faire ses études musicales en Italie. De retour en Russie en 
1770, il fut nommé directeur de la chapelle impériale, pour laquelle 
il composa une messe grecque à trois parties, et quarante-cinq psau- 
mes complets à quatre et huit parties, remarquables par l'inspiration, 
l'originalité et la correction de Tharmonie. 

BOSIO (Angiolina), cantatrice très remarquable, née en 1824, a 
remporté de très grands succès en Italie, à Londres et à Paris. Sa 
voix, d'une très grande agilité, était secondée par un vif sentiment 
dramatique. En se rendant à Saint-Pétersbourg, où l'attendait un 
brillant engagement, elle prit froid et mourut le 13 avril 18o9. 

BOTTE (Adolphe-Achille), né en 1823, s'est fait connaître comme 
critique musical et aussi comme compositeur de chant et de piano. 

BOTTESINI (Giovanni), né en 1823, est devenu célèbre par son 
talent d'exécution sur la contrebasse. Après avoir fait de nombreu- 
ses tournées artistiques, il entra au théâtre italien de Paris comme 
chef d'orchestre, et il fit preuve d'une véritable intelligence musi- 
cale. Ce virtuose a écrit un grand nombre de morceaux pour son in- 
strument. Il a abordé également la scène et fait jouer plusieurs petits 
opéras, qui ont été favorablement accueillis. 

BOUDOURESQUE (Auguste-Acanthe), chanteur de l'Opéra, où il 
remplit le rôle de basse profonde, est né à la Bastide-sur-l'Hers 
(Ariège) le 28 mai 1833. En 1859, il entra au Conservatoire de Mar- 
seille, où il fut élève de M. Benedict pour le chant et de M. Morel 
pour le solfège. Boudouresque débuta à l'Opéra en avril 1875, dans 
le rôle de Brogni de la Juive, d'une façon magistrale, et bientôt les 
personnages de Walter de Guillaume Tell^ de Balthazar de la Favo- 
rite, de Marcel des Huguenots et de Bertram de Robert le Diable, 
consacrèrent d'une façon éclatante un succès qui s'était annoncé si 
brillamment. Ensuite vinrent les créations importantes de Timour 
dans le Roi de Lahore (1877), du grand prêtre d'Aïda (1880) et les 
rôles secondaires de l'Africaine, du Comte Ory, de Pohjeucte et de 
Henry 7111(1883), dans lesquels Boudouresque se montra aussi grand 
artiste, sous le rapport de la voix et du talent, qu'acteur excellent, 
dramatique et sobre à la fois. 

BOULANGER (Ernest-Henri-Alexandre), fils d'une cantatrice qui 
obtint de grands succès à l'Opéra-Comique, est né à Paris le 16 dé- 



136 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

cembre 1815. Élève d'Halévy pour le contrepoint et de Lesueurpour 
le style dramatique, il obtint en 1835 le grand prix de composition 
musicale. Il fit représenter son premier ouvrage : le Diable à V école, 
sur le théâtre de l'Opéra-Comique en 1842. Cet heureux début fit 
naître des espérances que réalisèrent successivement les Deux Ber- 
gères, Une Voix, la Cachette, les Sabots de la marquise, le Docteur 
Magnus eiDoji Quichotte. M. Boulanger, qui a été nommé professeur 
de chant au Conservatoire en 1871, a publié également beaucoup de 
mélodies vocales et de compositions pour le piano. 

BOURGAULT-DUCOUDRAY (Louis-Albert), né le 2 février 1840, a 
eu comme professeur M. Ambroise Thomas et a remporté en 1862 le 
grand prix de composition musicale. Il a publié plusieurs morceaux 
rehgieux, des mélodies et une suite d'orchestre en quatre parties. 
Il a fondé et dirigé une société chorale d'amateurs pour l'exécution 
publique des grands chefs-d'œuvre de la musique vocale classique. 
Dans ces derniers temps (1877), M. Bourgault-Ducoudray a publié un 
ouvrage curieux intitulé: Trente 3Iélodies populaires de Grèce et d'Orient. 
Ces chants, qu'il a recueillis dans un voyage en Grèce, ont été har- 
monisés par lui et accompagnés d'une trad,uclion italienne en vers 
et d'une traduction française en prose. Depuis plusieurs années, 
M. Bourgault-Ducoudray est chargé du cours d'histoire de la musique 
au Conservatoire, en remplacement de M. Barbereau, 

BOUSQUET (Georges), né en 1818, mort en 1854, remporta en 1838 
le premier prix de composition musicale ; pendant un séjour de deux 
années à Rome, il écrivit deux messes et \xu. Miserere, qui furent très 
remarquis. Pendant Tannée suivante (1841), qu'il passa en Allemagne, 
il publia différentes compositions instrumentales. De retour à Paris, 
Bousquet tenta le théâtre et fit jouer avec un réel succès un ouvrage 
en deux actes, Tabarin^ qui fit concevoir pour son avenir de grandes 
espérances ; malheureusement, une mort prématurée l'empêcha de 
les réaliser. 

BOYCE (William), compositeur et docteur en musique, naquit à 
Londres en 1710 et mourut en 1779. Il se fit une grande réputation 
comme organiste, chef d'orchestre et compositeur de musique reli- 
gieuse. 

BRAGA (Gvétano), violoncelliste et compositeur dramatique, est 
né en 1829 dans les Abruzzes. Après avoir fait ses études musicales 



BOURGAULT-DUCOUDRAY^ BRAMBILLA. 137 

au Conservatoire de Naples, il visita Florence, Vienne et Paris, fai- 
sant applaudir son talent de virtuose. En 1857 il fit représenter à 
Vienne un opéra en deux actes : Estella di San-Germano^ et en 1860 
un autre opéra en trois actes : Margherita la Mendicante, qui fut 
donné sans succès au théâtre italien de Paris, bien que M™® Borghi- 
Mamo chantât le rôle principal. Depuis lors M. Braga a donné quel- 
ques autres ouvrages dramatiques sur différentes scènes italiennes 
et a publié plusieurs mélodies et un grand nombre de pièces pour 
musique instrumentale. 

BRAHAM (Jean), célèbre chanteur, né à Londres vers 1774, est 
mort en 1856. Il obtint des succès prodigieux au théâtre de Drury- 
Lane, à Paris, à Milan, à Gênes, etc. Il revint ensuite à Londres au 
théâtre de Govent-Garden et occupa, depuis cette époque, le premier 
rang parmi les chanteurs anglais. Il a écrit plusieurs mélodies et 
un certain nombre d'opéras. 

BRAHMS (Jean), né à Hambourg en 1833, s'estfait connaître de bonne 
heure comme un pianiste hors ligne et comme compositeur doué de 
rares facultés. G'est un des artistes les plus remarquables de l'Alle- 
magne contemporaine. Schumann, qui fut son maître, le qualifiait de 
« garçon de génie ». M. Brahms s'est produit dans tous les genres de 
composition, excepté le genre dramatique. Ses œuvres pour orchestre 
et ses pièces de musique religieuse sont principalement admirées 
des artistes. M. Brahms occupe une grande situation artistique à 
Vienne, où il dirige la musique de la chapelle impériale. 

BRAMBILLA (Paul), compositeur dramatique italien, a donné sur 
diverses scènes, à Milan, à Turin, etc., quelques opéras parmi les- 
quels on remarque il Carnavale di Venezia, VApparenza inganna, etc., 
et un certain nombre de ballets : Giovcmna d'Arco^ Gamma, etc. Il est le 
père de trois chanteuses, Amaha, Emilia et Erminia Brambilla, qui 
eurent une certaine vogue sur les théâtres d'Italie. 

BRAMBILLA (Marietta, Theresa, ANNiTTA,JosEPmNAetLAURA), can- 
tatrices dramatiques d'une autre famille que la précédente, brillèrent 
avec un éclat plus ou moins accentué sur les scènes d'Italie, vers 1830. 
Ces cinq sœurs étaient toutes nées à Cassano sur l'Adda, près Milan. 
La plus célèbre d'entre elles, Marietta, l'aînée, se fit spécialement 
remarquer par le style et l'expression de son chant; elle était née en 
1807, et est morte en;i875. 



138 PETITE ENXYCLOrÉDlE MUSICALE. 

BRAN'CHU (Alexandrine-Caroline), née en 1780, morte en I80O, 
a joui d'une grande réputation comme chanteuse dramatique. Elle 
lemplit les principaux rôles à l'Académie royale de musique, où elle 
débuta dans Didon ; sa voix était large et puissante, son jeu intelli- 
gent et dramatique. 

BRENDEL (Charles-François), né en 1811 à Stollberg, mort à Leip- 
sick en 1868, a été un écrivain musical remarquable et s'est fait con- 
naître par un cours d'histoire et d'esthétique de la musique. En 1844, 
il succéda à Schumann comme directeur delà iVowi"dZeGrase^fem«simi!e 
de Leipsick et se fit l'admirateur et le propagateur des idées de Ri- 
chard Wagner. Brendel a également publié une Histoire delà musique 
en Italie, en Allemagne et en France. 

BRISSON (Frédéric), né en 1821 à Angoulême, s'est fait connaître 
comme pianiste et compositeur. Il a publié plusieurs traités et un 
grand nombre de fantaisies pour piano, violon et orgue, sur les opéras 
en vogue. Ce fut lui (et non Thalberg, comme on l'a dit), qui eut le 
premier l'idée d'employer des notes de grosseur différente, pour 
iudiquer plus clairement à l'œil la marche des diverses parties dans 
un morceau de musique. 

BROD (He.vri), né en 1799, mort en 1839, a été un virtuose re- 
marquable sur le hautbois, instrument pour lequel il publia diverses 
compositions et qu'il contribua même à perfectionner. 

BROSCHI (Carlo), connu sous le nom de Farinelli, fut un des so- 
pranistes les plus célèbres du dix-huitième siècle. Porpora fut son 
maître, et il excita dès l'âge de dix-sept ans l'enthousiasme des Ro- 
mains par sa prodigieuse virtuosité. Après avoir chanté dans les 
principales villes de l'Europe, il devint le favori de Philippe V, roi d'Es- 
pagne, dont il avait dissipé l'humeur noire et la mélancolie. Après 
la mort de ce prince, Farinelli revint en Italie, où il se ha d'une vive 
amitié avec le célèbre P. Martini. 11 mourut le 15 juillet 1782, âgé de 
soixante-dix-sept ans. 

BRUCH (Max), né à Cologne en 1838, s'est fait un nom en Alle- 
magne comme violoniste, comme chef d'orchestre et comme compo- 
siteur, lia fait représenter sans grand succès deux opéras, Lorcley et 
Hermione. Ses œuvres les plus applaudies sont : deux grandes can- 



BHANCHU — BURNEY. 139 

taies pour chœur et orchestre et divers morceaux de musique instru- 
mentale, dont plusieurs ont été joués dans les concerts de Paris. 

BRUMEL (Antoine), né dans la Flandre française, a été un des plus 
célèbres compositeurs de la fm du quinzième siècle et du commen- 
cement du seizième. Presque toutes ses œuvres sont des compositions 
de^ musique religieuse. 

BRUNETTI (Gaétan), célèbre violoniste, est né à Pise en 1753 et 
€st mort près de Madrid en 1808. Il a laissé plusieurs compositions 
pour le violon et différents autres instruments. 

BLXL (Ole); violoniste norwégien, né en 1810, amené une vie des 
plus romanesques et parcouru toute l'Europe en donnant des con- 
certs très applaudis. Il a fait aussi plusieurs voyages en Amérique, 
où il a soulevé l'enthousiasme autant par ses excentricités que par 
son réel talent. 

BULOW (Hans Guido de), est né à Dresde le 8 janvier 1830. Il s'est 
acquis une grande réputation comme pianiste et comme chef d'or- 
chestre. Il commença par écrire plusieurs articles pour soutenir 
les idées de la nouvelle école représentée par Liszt et Schumann. 
Wagner lui apprit l'art de conduire un orchestre et depuis ce temps 
M. de Bûlow a dirigé l'exécution de presque toutes les œuvres 
de Fauteur du Tannhauser, dont il est un des admirateurs les plus 
passionnés. 

BURETTE (Pierre-Jeanj, né à Paris en 1665, mort en 1747, a été un 
musicographe distingué et s'est occupé spécialement de la musique 
des anciens. 

BURGMULLER ;Frédéric), né à Ratisbonne en 1806, mort à Beau- 
lieu (Seine-et-Oise) en 1784, s'est fait connaître comme pianiste et 
comme compositeur. Il a publié plus de cent œuvres légères pour le 
piano et il est l'auteur de la fameuse valse de Giselle, intercalée par 
Adam dans le joli ballet de ce nom. 

BURNEY (Charles), docteur en musique, organiste et compositeur, 
s'est fait connaître principalement par son ouvrage intitulé : Histoire 
générale de la musique. 11 est né en 1726 et mort en 1814. Les Anglais 
lui firent de magnifiques funérailles. 



140 PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

BL'SNOIS (Amolne) a été un des plus remarquables musiciens 
belges du quinzième siècle. Ses œuvres sont en grande partie des 
compositions de musique religieuse. 

BYRD (William), célèbre musicien anglais, naquit vers l'année 
1538 et mourut en 1623. Il se fit une grande réputation comme orga- 
niste et comme compositeur d'œuvres religieuses. 



CABALLERO (Manuel-Fernandez), compositeur dramatique espa- 
gnol, né à Murcie en 1835, fit ses études au Conservatoire de Madrid, 
il a produit diverses œuvres de musique religieuse et une vingtaine 
d'opéras-comiques qui ont été bien accueillis du public. 

CABEL (Marie-Josèphe), née à Liège en 1827, a obtenu de grands 
succès comme cantatrice au théâtre Lyrique, où elle débuta dans le 
Bijou pei'du, et àl'Opéra-Comique, où elle créa, entre autres, les rôles 
de Dinorah du Pardon de Ploèrmel et de Philine dans la Mignon de 
M. Ambroise Thomas. 

CACGINI (Jules), né vers 1546, se fit une grande réputation comme 
chanteur et comme compositeur. 11 est considéré comme un des 
créateurs du genre dramatique et du chant récitatif. 

CAGNONI (Antoine), un des meilleurs compositeurs dramatiques 
de l'école contemporaine, est né en 1828 et a fait ses études au 
Conservatoire de Milan. Il a fait représenter un certain nombre d'opé- 
ras-comiques, où l'on remarque surtout de la verve et de la gaieté 
et une mélodie claire et facile. Ses principaux succès ont été : Don 
Bucephalo, Michèle Perrin, Claudia, la Tombola, Papa Martin, etc. 

CAILLOT (Joseph), célèbre acteur de la Comédie italienne, naquit 
à Paris en 1732 et mourut en 1816. Il se fit apprécier autant par le 
charme de son jeu que par la beauté de sa voix de baryton léger. 
Ses rôles les plus brillants étaient ceux du Sorcier, du Déserteur, du 
Huron, de Sylvain, de Biaise .dans Lucile et de Richard dans7e Roi 
et le Fermier, 



BUSNOIS — CAMPENHOUT. i4l 

CALDARA (Antoine), né à Venise en 1678, mort en 1763, a com- 
posé beaucoup de musique religieuse et plus de soixante œuvres 
dramatiques, remarquables plutôt par une grande facilité que par 
l'invention et l'originalité. 

CAMBERT (Robert), né à Paris vers 1628, mort en 1677, a été un 
artiste fort remarquable et un des fondateurs de l'opéra en France. 
Il a fait représenter la PcLStorale, première comédie française en mu- 
sique, qui obtint un très grand succès en 1647, devant la cour de 
Louis XIV. Le 28 juin 1669, l'Académie royale de musique ayant été 
créée par lettres patentes, l'abbé Perrin en prit la direction et s'asso- 
cia Cambert comme musicien. En 1671, Cambert fit jouer le premier 
opéra français régulier, intitulé Pomone, qui eut le plus grand suc- 
cès, et l'année suivante, il donna un autre opéra en cinq actes : les 
Peines et les Plaisirs de l'amour. Ce fut à cette époque que, irrité de 
se voir dépossédé du privilège de l'Opéra au profit de Lulli, il quitta 
la France et passa en Angleterre, où il devint maître de la deuxième 
Compagnie des musiciens de Charles II, position qu'il occupa jusqu'à 
sa mort. 

CAMBINI (Jaen-Joseph), né à Livourne en 1746, mort vers 1825, a 
écrit plusieurs ouvrages pour le théâtre et un certain nombre de 
compositions pour l'orchestre et différents instruments. 

CAMPAGNOLI (Bartholomé), célèbre violoniste italien, élève de 
Nardini, naquit en 1751 et mourut en 1827, laissant un certain 
nombre de compositions et une méthode de violon. 

CAMPANA (Fabio), né à Bologne en 1815, s'est produit comme au- 
teur dramatique, compositeur de romances et professeur de chant. 
Son plus grand succès théâtral a été l'opéra d'Esméralda, qu'il a 
fait représenter à Londres. 

CAMPEiNHOUT (François van), chanteur et compositeur belge, ne 
à Bruxelles en 1779, y est mort en 1848. Après avoir obtenu de 
grands succès comme artiste, il écrivit plusieurs opéras, des mor- 
ceaux pour orchestre, des compositions religieuses et un certain 
nombre de morceaux de chant, parmi lesquels le fameux chant na- 
tional belge connu sous le nom de la Brabançonne. 

10 



14-2 PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

CAMPI (Amoma), célèbre cantatrice, née en 1773, morte en 1822, 
avait une voix d'une étendue extraordinaire. Elle obtint les plus 
grands succès en interprétant particulièrement les œuvres de Mozart 
et de Rossini. 

CAMPRA (André), néen 1660 à Aix en Provence, mourut à Versailles 
le 29 juillet 1744. Il obtint une brillante réputation comme composi- 
teur dramatique et fut nommé maître de la chapelle du roi en 1722. 
Il tint la première place parmi les successeurs de Lully, bien que sa 
musique fut dépourvue d'originalité. Il a laissé un grand nombre de 
cantates, de motets et une vingtaine d'œuvres dramatiques. 

CANDEILLE (Pierre-Joseph), compositeur dramatique, né en 1744, 
mort en 1827, obtint ses premiers succès en faisant exécuter des 
motets au Concert spirituel. Il aborda ensuite le théâtre et donna 
une dizaine d'opéras, parmi lesquels Castor et Pollux, œuvre qui 
jouit de la plus grande vogue. 

CAPOUL (Joseph-Amédée-Victor), né à Toulouse le 27 février 1^39, 
fit ses études au Conservatoire de Paris, d'où il sortit en 1861, avec 
le premier prix d'opéra-comique. Engagé à la salle Favart, il se 
distingua particulièrement dans la Part du diable, Vert-Vert et le 
Premier Jour de bonheur. Après avoir embrassé la carrière italienne 
et s'être fait applaudir en Amérique et en Angleterre, il revint en 
France, où il créa d'une façon brillante le principal rôle de Paul 
et Virginie, de M. Victor Massé, et des Amajits de Vérojiej de M. le 
marquis d'Ivry. 

CARAFA (Michel), né à Naples en 1787, mort en 1872, reçut de 
Chérubini des leçons de contrepoint et de fugue, et suivit d'abord la 
carrière militaire. En 1814, il aborda le théâtre et fit jouer son pre- 
mier opéra, intitulé il Vascello l'occidente, qui eut beaucoup de 
succès. Depuis cet ouvrage, Carafa a fait représenter plus de trente 
opéras ou opéras-comiques, tant en Italie qu'en France. Nous citerons, 
parmi ceux qui ont été le plus goûtés du public : la Capriciûsa ed il 
Soldato, le Solitaire, Eufremio di Messina, Abufar, la Violette, Masa- 
niello, la Pnson d'Edimbourg, etc. Carafa succéda à Lesueur comme 
membre de l'Institut, à Béer comme directeur du Gymnase de mu- 
sique militaire, et il fut nommé professeur^de composition au Conser- 
vatoire en 1840. 



CAMPI — CARVALHO. 143 

CARISSIMI (Jacques), célèbre compositeur italien, né en 1604 et 
mort en 1674, a été un des musiciens du dix-septième siècle qui ont 
le plus contribué au perfectionnement du récitatif. Artiste aussi fé- 
cond qu'original, il a laissé un grand nombre de compositions reli- 
gieuses pleines de mouvement, de grâce et d'expression. C'est à lui 
que l'on attribue l'invention de la cantate ; l'oratorio de Jephté passe 
pour être le chef-d'œuvre de Carissimi. 

CARON (Firmin), célèbre compositeur et contrepointiste du quin- 
zième siècle. 

CARVALHO (Caroline-Félix MIOLAN, épouse), l'une des cantatrices 
les plus justement renommées de ces dernières années, naquit à 
Marseille le 31 décembre 1827. Fille d'un professeur de hautbois au 
Conservatoire de' Paris, elle entra en 1843 dans cet établissement et 
en sortit en 1847 avec un brillant premier prix. Engagée en 1849 à 
l'Opéra-Comique où elle eut plusieurs succès, particulièrement dans 
le Pré aux Clercs, elle y épousa M. Léon Carvalho, alors son camarade 
de théâtre, lequel devint peu de temps après directeur du théâtre 
Lyrique. Sur cette scène du boulevard du Temple, se compléta et se 
révéla dans son entier le talent de la jeune artiste. La Fanchonnette, 
la Reine Topaze, les Noces de Figaro, la Flûte enchantée, Don Juan et 
enfin Faust, furent pour elle une rapide série de triomphes, série à 
laquelle il faut joindre, dans les derniers temps de la direction de son 
mari, les créations qu'elle fit dans Mireille et Roméo et Juliette. La célé- 
brité de M™« Carvalho, devenue européenne, l'amena souvent à Lon- 
dres, où ses succès ne furent pas moins grands qu'en France. En 
1869, elle fut engagée à l'Opéra, où elle se fit applaudir dans les 
Huguenots, Faust, etc., et revint en 1872 à l'Opéra-Comique re- 
prendre quelques-uns des rôles auxquels elle devait sa légitime 
renommée. En 1875 enfin, elle rentrait à l'Opéra et revenait quel- 
ques années après à l'Opéra-Comique, où elle est encore. 

C'est aux qualités multiples de son talent, plutôt qu'au volume et 
à la puissance de sa voix, que M°^<^ Carvalho doit la haute notoriété 
dont elle jouit encore aujourd'hui. Soprano étendu d'un timbre 
exquis, sa nature l'entraînait peu aux expressions violentes ou tra- 
giques. En revanche elle excella toujours dans les effets de tendresse 
amoureuse ou plaintive, dans ces mezzo-voce incomparables, qu'un 
art merveilleux, une souplesse, un goût délicat et sûr, lui per- 
mettaient de rendre avec une perfection au-dessus de tout éloge. Le 



144 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

rôle de Marguerite de Faust est celui qui résume le mieux la person- 
nalité de l'éminente cantatrice. 

M"^ Carvalho avait deux frères : Amédée- Félix et Alexandre 
Miolan, qui, tous deux, se sont livrés à la carrière musicale. Le pre- 
mier est mort chef d'orchestre à la Nouvelle-Orléans, le second, 
longtemps attaché au théâtre Lyrique, est mort à Paris, laissant 
quelques compositions pour Torgue-harmonium. 

CATAL.\NI (Axgélique), célèbre cantatrice, née à Sinigaglia en 
i779, débuta à Venise en 1795, excita bientôt l'enthousiasme dans toute 
l'Europe par la beauté et l'étendue de sa voix et par la façon dont 
elle interprétait spécialement les airs de bravoure. Avant et après le 
règne de Napoléon — qu'elle détestait — elle dirigea à Paris le 
théâtre Italien qu'elle ruina, ce qui ne l'empêcha pas de faire une 
brillante fortune, car elle se faisait payer fort cher. A Londres seu- 
lement, pour ne citer qu'un exemple, on lui donna jusqu'à oO 000 francs 
pour une seule fête. Elle mourut à Paris du choléra en 1849. 

CATEL (Charles-Simox), né à Laigle (Orne) en 1773 et mort à 
Paris en 1830, est justement renommé par des œuvres nom- 
breuses pour chœurs et instruments à vent, composées en vue 
des fêtes nationales de la Révolution, et plus encore par son Traitt 
d'harmonie, écrit pour le Conservatoire, qu'il contribua à fonder et 
auquel il fut attaché de 1795 à 1814. Ce Traité, d'une conception claire 
et beaucoup plus rationnelle que le défectueux système de Rameau 
qu'il était destiné à remplacer, fut l'un des monuments théoriques le> 
plus utiles de ce temps. Pendant plus de vingt ans, il fut le seul guide 
des musiciens français, et aujourd'hui, il est encore très estimé. 
Catel composa beaucoup pour le théâtre, mais n'y réussit point aux 
yeux du public. On le traita de musicien savant. Ses principales œuvres 
théâtrales sont Sémiramis, les Bayadères, les Aubergistes de qualité, 
le Siège de Mézières avec Nicole, Roïeldieu et Chérubini, Wallace ou 
le Ménestrel écossais, etc. Il laissa aussi plusieurs symphonies, quel- 
ques pièces de musique de chambre, un certain nombre de chants 
civiques, et participa à la rédaction des solfèges du Conservatoire. 

CATRUFO (Joseph), né à Naples en 1771 et mort à Londres en 1851 . 
Compositeur et professeur de chant, il fit avec l'armée française la 
campagne d'Italie et sortit du service en 1804; il reprit sa carrière, 
interrompue à Genève, où il donna plusieurs opéras, et appliqua 



CATALANI — CHARPENTIER. Ho 

le premier l'enseignement mutuel à la musique. En 1 810, arrivé à Paris, 
il fit représenter différents ouvrages, parmi lesquels il faut citer 
Félicie ou la Jeune Fille romanesque, la Bataille de Benain, les Ren- 
contres, Zadig, etc. Il a laissé nombre de compositions dans tous les 
genres et plusieurs ouvrages d'enseignement. 

CAVAILLÉ-GOLL (ARisimE), le plus fameux facteur d'orgues de 
notre temps, auquel on doit plusieurs perfectionnements importants 
dans l'art de la consferuction des grandes orgues. Inventeur d'un 
système régulateur des sonorités et de certains jeux de combinaisons 
basés sur là résultante des harmoniques. 

CAVALIERE ou CAVALIERI (Emilio del), gentilhomme romain, né 
vers le milieu du seizième siècle, est l'un des compositeurs dont le génie 
ait le plus étendu le domaine de l'art musical. D'après Guidotti, c'est 
lui qui, le premier, laisse trace des ornements musicaux employés dans 
l'art du chant {grupetto, trille, monachina et zimballo) ; le premier qui 
imagine de donner aux instruments accompagnant la voix un rôle 
personnel et fantaisiste, en faisant usage d'une basse munie de signes 
différents de la basse vocale, et nommée basse continue, destinée à 
guider les instrumentistes dans leurs improvisations; le premier 
enfin qui ait composé de véritables drames musicaux dont l'un, le seul 
qui nous soit parvenu dans son entier, la Rappresentatione di anima 
e di corpo (exécuté en 1600), est ajuste titre célèbre. De cette époque 
date le récitatif mesuré. 

GEGCHERINI (Ferdinand), ténor et compositeur, né à Florence 
en 1792, mort en 1858. Il se voua spécialement à la musique reli- 
gieuse, où il excellait dans le genre large et majestueux. Professeur de 
talent, il eut entre autres élèves le prince J. Poniatowski. Il a laissé un 
certain nombre d'œuvres, parmi lesquelles on compte quatre oratorios : 
Saùlf David, don Benedetto et Debora e Gicele. 

CHARPENTIER (xAI arc-Antoine), compositeur, né à Paris en 1634, 
mort en 1702. Rival de Lulli, auquel il était inférieur quant à l'origina- 
lité, mais plus instruit ; il s'adonna surtout au genre religieux, quoiqu'il 
ait fait représenter plusieurs ouvrages à la scène et composé plusieurs 
divertissements, entre autres la musique du Malade imaginaire. Il eut 
plusieurs emplois, comme musicien, à la cour de Louis XIV et il fut 
le maître du duc d'Orléans (le régent). 



146 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

CHARTON-DEMEUR (M'^e), née en 1827, cantatrice distinguée, 
s'est fait entendre avec succès sur les scènes principales de Paris, 
de la France et de l'étranger. Elle a créé à Bade le rôle de Béatrice 
dans l'opéra Béatrice et Bé7iédict de Berlioz, et à Paris celui de Didon 
dans les Troyens, du même auteur. 

CHAUMET (William), compositeur, né à Bordeaux en 1842, a été le 
premier lauréat du concours Crescent en 1875, avec Bathyle, un acte 
représenté avec succès à l'Opéra-Comique. Il avait précédemment 
donné à l'Athénée le Péché de Gérante. Il a encore écrit le Coche, 
Méhul chez Gluck, qui n'ont pas vu le jour de la rampe, et Icléa, un 
intermède exécuté à Bordeaux. Le talent de M. Chaumet est à la fois 
fin, gracieux et personnel. 

CHAUVET (Charles-Alexis), organiste et compositeur, né à Marnies 
en 1837, mort à Argentan en 1871. Enlevé par une fin prématurée à 
une carrière brillante, Chauvet vécut assez cependant pour être classé 
le premier parmi les organistes et improvisateurs de son temps. Parla 
pureté classique de son style, par l'étendue et la profondeur de ses 
connaissances musicales, il avait le génie de la tradition vraie, et excel- 
lait dans la façon de comprendre et d'interpréter S. Bach, dont il était 
l'admirateur passionné. Organiste à Saint-Merry, puis à la Trinité, 
Chauvet a laissé plusieurs œuvres pour l'orgue et le piano, parmi les- 
quelles il faut citer Quatre Morceaux de genre et Cinq Feuillets d'album. 
Malheureusement ses plus belles pages pour l'orgue, en style fugué, 
n'ont pas été retrouvées après sa mort. 

CHÉROUVRIER (Edmoxd-Marie), compositeur, né à Sablé en 1831, 
donna au théâtre Lyrique le Roi des mines et écrivit pour cette 
scène Quentin Metzys, qui ne fut pas représenté. On connaît de lui plu- 
sieurs compositions symphoniques et religieuses, et un recueil de 
mélodies intitulé Fleurs d'automne. 11 fut secrétaire de l'Opéra sous la 
direction de M. Vaucorbeil. 

CHÉRUBIN! (Marie-Louis-Charles-Zexobi-Salvador), compositeur 
célèbre, naquit à Florence en septembre 1760. Son père, Barthélemi 
Chérubini, maestro al cembalo à la Pergola, lui enseigna les premiers 
principes de son art avant qu'il eût atteint sa sixième année. Passant 
ensuite aux mains des Felici, Bizarri, Castrucci, il fit de si rapides 
progrès, qu'à l'âge de treize ans il avait déjà écrit une Messe et un 



CHARTON-DEMEUR — CHÉRUBINI. 147 

Intermède scénique. Dès lors, il se mit à composer un grand nombre 
d'œuvres diverses pour le théâtre et pour l'église; mais à l'âge de dix-sep t 
ans, trouvant son éducation musicale superficielle, malgré des succès 
naissants, il parvint à se placer sous la direction de Sarti, à Bologne, 
grâce à la munificence de Léopold II, duc de Toscane. Il travailla trois 
ans auprès de ce maître avec un courage au-dessus de tout éloge. A 
partir de cette époque, il se montra sans rival dans la possession des 
connaissances de son art, et commença une brillante carrière drama- 
tique par l'opéra il Qumto Fabio. Parcourant alors fltalie et l'Angle- 
terre accompagné d'un succès croissant, il laissa partout de nom- 
breuses traces musicales de son passage. Vlflgenia fut son adieu à sa 
patrie. Fixé à Paris, le talent du maître se transforma, comme on le 
voit par la longue liste d'opéras français qu'il produisit alors, et dont 
Bémophon, Lodoïska, les Deux Journées, etc., sont les plus saillants. 
Doué d'une fécondité prodigieuse unie à une rare activité, tout en 
écrivant ses propres inspirations, il fit encore représenter les ouvrages 
des autres et les augmenta souvent de charmantes pages de sa main. 
Les meilleurs ouvrages d'Anfossi,Paisiello,Gimarosa, etc., furent ainsi 
donnés, grâce à lui, au célèbre théâtre de la foire Saint-Germain dont 
les chanteurs étaient placés sous sa direction. Ghérubini était alors 
inspecteur du Gonservatoire, mais ayant eu le malheur de déplaire 
à Napoléon, il n'avait pas à Paris la situation qu'il méritait. Il partit 
en I8O0 pour Vienne, où sa Fcmiska (1806) fut un véritable triomphe. 
Haydn et Beethoven, Méhul et les musiciens français le déclarèrent 
le premier compositeur dramatique de son temps. 

Ges éloges mérités ne purent cependant désarmer la haine de 
Napoléon, carde retour à Paris quelque temps après, malgré le succès 
de Pimmalione donné aux Tuileries, Ghérubini continua à être tenu 
à l'écart. Il fut pris alors de dégoût et, abandonnant l'art, chercha des 
distractions dans l'étude de la botanique. Un hasard réveilla pourtant 
cette belle nature et la fit se révéler sous un jour nouveau. Ghérubini 
écrivit Idi fameuse Messe en fa, dont Texécution, confiée à l'élite des ar- 
tistes de Paris en 1809, fut un événement considérable. Ge moment 
signala une nouvelle période artistique qui ne se termina qu'avec la 
vie du maître, le 15 mars 1842. 

Ghérubini, inspecteur du Gonservatoire pendant vingt ans, y fut 
nommé professeur de composition en 181 G et directeur en 1821 . Il le 
quitta un an avant sa mort. Halévy, Auber, etc., comptent parmi ses 
élèves. Son œuvre comprend plus de vingt-neuf opéras, treize messes 
et un nombre considérable de compositions dans tous les genres. 



148 PETITE E^XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

CHEVÉ (Emile), né en 1804, mort en 1866. Ancien chirurgien de 
marine décoré, il épousa Nanine Paris, sœur de M. Aimé Paris, em- 
brassa la doctrine musicale de ces deux défenseurs de la notation 
chiffrée, et se fit lui-même le propagateur ardent de leur méthode. Il 
fit un grand nombre de cours gratuits, et publia plusieurs écrits 
contre la notation usuelle et quelques traités, parmi lesquels on 
remarque une Méthode élémentaire de musique vocale et une Méthode 
élémenlaire d'harmonie. Sans être exempts de critique grave, ces deux 
ouvrages sont recommandables sous plus d'un rapport. 

M. Amand Chevé continue, encore aujourd'hui, les cours organisés 
par son père en soutenant sa doctrine, mais avec moins d'âpreté. Il est 
le fondateur et le directeur du journal l'Avenir musical. 

CHOPIN (Frédéric-Fraxçois), pianiste et compositeur célèbre, né 
à Zelazowa-XN'ola près de Varsovie le 8 février 1810, d'une famiUe 
d'origine française, commença à neuf ans l'étude de la musique avec 
Zywny, musicien bohème, admirateur passionné de S. Bach, et la con- 
tinua sept années durant. Ayant été remarqué par le prince Radziwill, 
celui-ci se chargea des frais de son éducation à Varsovie. A seize ans, 
Elsner, directeur du Conservatoire de cette ville, lui apprit l'art d'écrire 
la musique, et quelques voyages qu'il fit développèrent son goût sans 
altérer ses qualités primordiales d'originalité. A Vienne, en 1829, 
Chopin se fit entendre dans plusieurs concerts, mais, ne produisant 
pas toute la sensation sur laquelle il comptait, il n'y donna plus 
qu'une séance d'adieu en 1831 . Il se rendit alors à Paris, où il passa le 
reste de sa vie. Là, une première audition, chez Pleyel, lui assigna de 
prime abord un rang exceptionnel, non sans quelques critiques pour- 
tant. Kalkbrenner et Field, entre autres, blâmèrent hautement son 
doigté et jusqu'à son style. Cependant le talent de Chopin était si per- 
sonnel, sa distinction si exquise, qu'il excita quand même un enthou- 
siasme afiant jusqu'au fanatisme, et il fut recherché comme professeur 
par la haute aristocratie polonaise et française, dans l'intimité de la- 
queUe il vécut jusqu'à sa mort. 

La santé toujours délicate de Chopin, son ardent patriotisme 
paraissent avoir exercé une puissante influence sur sa vie d'artiste. 
(( Grand dans les petites choses, les larges proportions ne convenaient 
pas à sa frêle organisation », dit Fétis. Chopin le sentait si bien, que, 
se sachant sans rival dans un salon, il évitait avec soin les publics 
nombreux. D'un autre côté, le sentiment national aussi l'entraînait. 
De là ces polonaises, ces mazurks, ces ballades et ces nocturnes, qui sont 



CHEVÉ — CLAPISSOX. 1 49 

les caractéristiques de son génie. Entre temps, il composa bien deux 
concertos, des études, des sonates, mais il revenait sans cesse aux mé- 
lancoliques mélodies, aux danses du pays, thèmes chéris qu'il savait 
traiter d'ailleurs avec un charme, une originalité, une fantaisie à la 
fois typiques et inimitables. 

En 1837, la maladie de poitrine qui devait emporter Chopin devint 
si alarmante, qu'il dut aller passer l'hiver à Majorque. M™^ Sand, 
son amie , l'y accompagna. Son affection et ses soins empressés , 
malgré l'humeur chagrine du maître, ne purent parvenir à enrayer 
les progrès du mal. Aussi, quelques années après, au retour d'un 
voyage en Angleterre qui l'avait épuisé, Chopin s'éteignit-il à Paris 
le 17 octobre 1849. 

CHORON (Alexandre-Etienne), savant littérateur-musicien, né en 
1772 à Caen, mort à Paris en 1834, consacra sa vie à l'étude des 
questions d'enseignement et contribua fortement à la propagation 
du goût musical en France ; il pubha une quantité considérable de 
traités, de méthodes, de recueils dont un grand nombre sont restés ina- 
chevés. Choron fut directeur de l'Opéra de 1816 à 1817, et fonda le 
Conservatoire de musique classique et religieuse, école qui eut un certain 
renom de 1817 à 1830. Duprez et Dietsch furent ses élèves. Il laissa 
aussi quelques compositions, parmi lesquelles la Sentinelle, dont le 
succès a été populaire. 

CIMAROSA (Dominique), génie fécond, aimable et original, qui avec 
Paisiello et Guglielmi partagea la gloire d'illustrer l'Italie pendant la 
dernière moitié du dix-huitième siècle, naquit à Aversa, le 17 dé- 
cembre 1749, d'une famille obscure (son père était maçon et sa mère 
blanchisseuse). Orphelin dès son jeune âge, Cimarosa passa onze ans 
au Conservatoire de Sainte-Marie de Lorette et sortit de là pour com- 
mencer en 1772 par le Stravaganze del Conte la brillante série de succès 
qui devait l'accompagnerjusqu'au tombeau. Il mourut le 1 1 janvier 1801 , 
empoisonné, dit-on, par ordre de la reine CaroHne de Naples, laissant 
inachevée Artemisia, son 77« opéra, et un grand nombre de diverses 
compositions. Ses chefs-d'œuvre les plus connus sont : il Matrimonio 
segreto, le Astuzzie femminili, i Traci Amanti, Yltaliana in Londra, etc. 
Sa couleur musicale rappelle celle de Mozart dans le genre bouffe. 

CLAPISSON (Antoine-Louis), né à Naples en 1808, mort à Paris en 
1866, composa une vingtaine d'oeuvres pour le théâtre. Gibby la Corne- 



150 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

muse et la Fanchomiette sont les meilleures et les plus connues. Il laissa 
aussi un certain nombre de romances assez goûtées et une remar- 
quable collection d'instruments, qui, achetée par l'Etat et donnée au 
Conservatoire, fut le noyau du 7nusée instrumental que Ton admire au- 
jourd'hui dans cet établissement. 

CLEMENTI (Muzio), pianiste-compositeur, né à Rome en 1752 et 
mort en 1832, donna une forme fixe à la sonate, fit progresser 
fart de jouer du piano en posant les règles rationnelles du doigté et 
du mécanisme, écrivit le célèbre Gradus ad Parnassum, ouvrage qui 
eut un nombre d'éditions considérable dans tous les pays, et composa 
cent six sonates, ainsi que beaucoup d'autres œuvres d'ordre divers. 
Le style de Clemenli est brillant, léger, classique, mais un peu sec 
et sans passion. 

CLICQUOT (Fraxçois-Hexri), né à Paris en 1728, mort en 1791,1e 
plus habile facteur d'orgues du dix-huitième siècle. On lui doit les 
grandes orgues de Notre-Dame, de la sainte Chapelle, de Saint-Sulpice, 



COEDÈS (Auguste), compositeur de romances et d'opérettes, né vers 
1837, fit représenter le Bouquet de Lise, la Cocotte aux œufs d'or, la 
Belle Bourbonnaise, Clair de lune et la Girouette. 

COHEN (Jules), pianiste et compositeur dramatique, né en 1830 à 
Marseille, professeur de la classe d'ensemble vocal au Conservatoire, 
'n'a pas réussi complètement au théâtre avec Maître Claude, José 
Maria, les Bleuets et Déa; a composé pour la Comédie française de 
nouveaux chœurs pour Athalie, Esther et Psyché. 11 est actuellement 
chef du chant à l'Opéra. 

COLASSE (Pascal), l'un des maîtres de la musique de Louis XIV, est 
né vers le milieu du dix-septième siècle. Elève et ami de Lulli, à la mu- 
sique duquel il fit de notoires emprunts, sans pour cela obtenir du 
succès, il composa plusieurs opéras, dont un seul, les JS'oces de Thétis 
et de Pelée, eut quelque renom. 

COLON (Marguerite, dite Jexxy) débuta encore enfant, avec sa sœur 
aînée, à l'Opéra-Comique, dans les Deux Petits Savoyards^ joua avec 



CLEMENTI — COSTA. 151 

succès au Gymuas8 et aux Variétés, puis ]reparut sur la scène de ses 
débuts dans Sarah, V Ambassadrice, etc., et termina sa carrière au 
théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Jenny Colon, née en 1808 à 
Boulogne-sur-Mer, mourut à Bruxelles en 1842. 

COLONNE (Jules), violoniste, né à Bordeaux en 1838. Musicien con- 
sommé et chef d'orchestre habile, M. Colonne fonda en 1871 le Concert 
national, qui devint bientôt VAssociatio7i artistique, dont les séances 
eurent Heu chaque dimanche pendant la saison d'hiver, à l'Odéon 
d'abord, ensuite au Châtelet. Ainsi que M. Pasdeloup, M. Colonne a 
beaucoup contribué au développement du goût musical en France, et 
a produit avec succès bon nombre de contemporains: MM. Saint-Saëns. 
Massenet, Lalo, etc. 

CONSTANTIN (Titus-Charles), violoniste-compositeur, second prix 
de Rome, né à Marseille en 1835, se distingua par la direction mu- 
sicale qu'il sut donner au théâtre de l'Athénée, où il fut longtemps 
chef d'orchestre ; plus tard, au Casino, à la Renaissance, au Châ- 
telet, où il fut appelé par Litolfî; à T Opéra-Comique, M. Constantin 
exerça encore l'influence la plus heureuse. Il a composé plusieurs 
morceaux pour les concerts et un ballet, Bak-Bek, représenté à Lyon. 

CONTI (JoACHiMj, surnommé Gizziello, du nom de son maître Gizzi, 
célèbre chanteur du dix-huitième siècle, né à Arpino en 1714, obtint ses 
premiers succès à douze ans. A Londres, il aida Haendel à maintenir la 
réputation de son théâtre contre celui de VOpposHion que dirigeait 
Porpora. Applaudi partout oùil passait, son plus grand succès eut lieu 
à Naples dans Achille in Sciro, opéra de Pergolèse, où il figura avec 
Cafarelh. Il mourut à Rome en 1761. 

CORELLI (Archangelo), violoniste et compositeur illustre, né en 
1653 à Fusignano, mort en 1713. On connaît de lui quatre recueils de 
douze sonates, dont un spécialement (celui qui contient la Follia) est 
demeuré célèbre, douze concertos, et une quantité de pièces détachées 
pour les concerts ou l'église. 

COSTA (Michèle), compositeur, chef d'orchestre du théâtre italien 
de Londres, né en 1807 à Naples. Il afait représenter en Itahe, à Londres 
et à Paris, plusieurs ouvrages de sa composition : Malek-Adel, Don 



15-2 PETITE EN'CYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Carlos, etc., et son habileté l'a fait nommer directeur de la SacredHar- 
mony Society et des grands festivals qui ont lieu souvent en Angleterre. 

COUDERG (Joseph- Antoine-Charles), chanteur et comédien de 
rOpéra-Comique, né en i&lO, créa plusieurs rôles comme ténor dans 
le Chalet, l'Eclair, le Domino noir, etc. Ayant perdu les notes élevées 
de la voix, il chanta les barytons, avec non moins de succès, dans Quen- 
tin Burward, les Noces de Jeannette, le Voyage en Chine, etc. Nommé 
en 1865 professeur d'opéra-comique au Conservatoire, il n'exerça cette 
fonction que quelques années. Il est mort en 1875. 

COUPERIN, nom d'une famille de musiciens célèbres durant deux 
siècles environ (1630-1815). François COUPERIN, surnommé le 
Grand, le plus renommé , fut le premier organiste de son temps et 
claveciniste distingué. Il laissa un grand nombre de pièces de clavecin, 
encore très goûtées aujourd'hui. Il était né à Paris en 1668, et mourut 
en 1733. 

COUPPEY (FÉLIX Le), né à Paris en 1814, fut d'abord à dix-sept ans 
professeur adjoint d'harmonie, à vingt-trois professeur de solfège, 
et à trente-quatre ans professeur de piano au Conservatoire, situation 
qu'il occupe encore aujourd'hui. Fort habile dans son art, M. Le 
Couppey a produit un grand nombre d'élèves remarqués et a publié 
plusieurs recueils d'études pour le piano, dus à sa composition ou 
choisis chez les meilleurs maîtres. 

COUSSEMAKER (Charles-Edmond-Henri de), né à Bailleul (Nord) 
le 19 avril 1805, mort le 12 janvier 1876, ^à Bourbourg (Nord). Ecri- 
vain sur la musique, auquel on doit d'admirables travaux qui ont 
jeté la lumière sur l'histoire musicale du moyen âge. Son ouvrage 
le plus important, destiné à compléter celui de l'abbé Gerbert, com- 
mencé au dix-huitième siècle, Scriptores de musica, etc., reste mal- 
heureusement inachevé. Il a publié encore l'Art harmonique aux dou- 
zième et treizième siècles, Essais sur les instruments de musique au moyen 
âge, etc. M. de Coussemaker était magistrat dans le nord de la France. 
Il composa dans sa jeunesse plusieurs œuvres qui restèrent en porte- 
feuille. 

CRAMER (Jean-Baptiste), pianiste-compositeur, célèbre par son 
talent de virtuose et plus encore par ses Etudes. Son œuvre comprend 



1 



COUDERC — CRUVELLI. 153 

en outre cent cinq sonates, sept concertos avec orchestre, des duos 
trios, etc., pour divers instruments, et une quantité de morceaux déta- 
chés. Cramer était né en 1771, à Mannheim, et mourut à Kensington 
en 1858. 

CRESCENTINI (Girolamo), célèbre sopraniste, né à Urbania 
en 1766, mort à Naples en 1846. Il fut le dernier grand chanteur 
qu'ait produit l'Italie. Cimarosa écrivit pour lui Gli Orazzi e Curiazzi. 
Napoléon, l'ayant entendu pendant la campagne d'Italie en 1805, 
voulut se l'attacher et l'amena à Paris, où il chanta dans les concerts 
de la cour. Il y fut admirable surtout dans Roméo et Juliette, de Zin- 
garelli, œuvre à laquelle il avait ajouté une prière de sa composition. 
Sa voix s'étant altérée, Crescentini revint en Itahe en 1812 et se 
voua dès lors à l'enseignement du chant qu'il avait déjà exercé aupa- 
ravant. 

CRÉTU (M"« SiMONET, épouse), célèbre cantatrice de la Comédie 
itahenne et de l'Opéra-Comique, doubla les rôles de M^'^ Dugazon et 
lui succéda dans son emploi. Elle était née vers 1772 et mourut 
en 1829. 

CRISTOFORI, célèbre facteur de clavecins, né à Padoue, fut appelé 
à Florence à la fm du dix-septième siècle par Ferdinand de Médicis, fils 
du grand-duc Gôme III, et s'occupa du perfectionnement de ces instru- 
ments. On lui doit les premiers clavecins à marteaux et à sonorités 
graduées, nommés alors gravicembalo col piano e forte, d'où, par con- 
traction, pia/2o-/'o?'^e, et enfin piano, qui est le nom consacré aujourd'hui. 
L'invention de Cristofori n'eut que peu de succès auprès des artistes 
de son temps, et il fallut que Silbermann, facteur allemand, la reprit 
quelques années après, avec un autre système, pour en rendre l'adop- 
tion générale. Cristofori mourut conservateur des instruments du 
duc Corne III, en 1731. 

CRUVELLI (Jeanne-Sophie-Charlotte-Cruwel, dite), cantatrice 
d'une richesse d'organisation rare, naquit à Bielefield (Westphahe), 
et débuta en 1847 à Venise avec succès. Elle brilla tour à tour en 
Italie, à Londres, à Paris, où elle chanta Ernani en 1851 aux Italiens, 
et les Huguenots en 1854, à l'Opéra. Ses grands triomphes furent dans 
la musique de Verdi, lequel écrivit pour elle les Vêpres Siciliennes. 
Ce rôle fut le dernier de sa carrière. Elle quitta bientôt après le 
théâtre et épousa le comte Vigier. 



154 PETITE E^'CYCL0PED1E MUSICALE. 

CZERNY (Charles), pianiste-compositeur, né à Vienne en {19\, mort 
dans la même ville en 1857, commença à quatorze ans une brillante 
carrière comme professeur de piano. Ses leçons lui laissant fort peu 
de temps pour ses éludes propres, Czerny ne put acquérir qu'à la 
longue lés connaissances qui lui manquaient. Pourtant il ne cessa 
jamais de composer, et sa fécondité fut telle, que son œuvre ne com- 
prend pas moins de huit cent cinquante pièces pour le piano, plus 
de quatre cents autres ouvrages, symphonies, messes, concertos, 
chants, etc. Liszt fut un de ses élèves. 



D 



DÂLAYRAC (Nicolas) , compositeur dramatique , né à Muret le 
13 juin 1753, mort à Paris le 27 juin 1809, inhumé dans son jardin 
à Fontenay-sous-Bois. Passionné pour la musique dès l'enfance, 
Dalayrac se vit de bonne heure entraîné vers la carrière théâtrale et 
y consacra sa vie, particulièrement à l'opéra-comique. Pendant vingt- 
six ans, de 4782 à 1808, il alimenta avec succès la scène française, 
et avec une telle profusion, que pendant ce laps de temps il composa 
et fit représenter cinquante opéras, dont les plus renommés sont 
Camille ou le Souterrain, Nina, Azemia, Adolphe et Clara, etc. 

D'un sentiment dramatique vTai, les compositions de Dalayrac sont 
simples, gracieuses et faciles; aussi le nombre de ses mélodies deve- 
nues populaires est-il incalculable. 

DALLIER (Edouard-He.vri), né à Reims le 20 mars 1849. Organiste 
de Saint-Eustache, où il succéda à Ed. Batiste en 1878; élève de 
François Bazin et de César Franck, il obtint successivement au Con- 
servatoire de Paris les premiers prix de contrepoint, de fugue et 
d'orgue, puis une mention au concours de l'Institut pour la compo- 
sition musicale. 

M. Dallicr a écrit , outre des quatuor, des quintettes et composi- 
tions symphoniques, des pièces diverses pour orgue, piano, violon, etc. 

DAMOREAU (Laure-Clmhie MONTALANT, épouse), connue d'abord 
sous le nom de M^*" Cinti, naquit à Paris en 1801. Après des succès 
un peu hésitants à Paris dans les Noces de Figaro et à l'Opéra italien 
de Londres, M^^^ Cinti revint à Paris, où l'arrivée de Rossini en 1823 



CZERNY — DANHAUSER. i 55 

la mit en relief. Un brillant début à l'Opéra dans Fernand Cortez 
décida ce maître à écrire pour elle le Siège de Corinthe et Moïse^ qui 
révélèrent bientôt avec éclat les belles qualités de la grande canta- 
trice. Pendant un court séjour au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, 
M^'* Cinti épousa M. Damoreau, et, de retour à Paris, remporta de 
nouveaux succès dans la Muette, le Comte Ory, Robert le Diable et le 
Serment. Son triomphe enfin fut complet en 1829, alors que, mise en 
parallèle avec ses deux rivales : M™" Sontag et Malibran, dans il 
Matrimonio segreto, elle soutint vaillamment la comparaison. Cepen- 
dant rOpéra, marchandant à M™® Damoreau le prix de ses services, 
celle-ci entra à l' Opéra-Comique en 1835, où le Domino noir, l'Am- 
bassadrice, Zanetta et quelques autres ouvrages écrits à son intention 
furent pour elle une source de nouveaux succès. Elle quitta la scène 
en 1843 et fit quelques voyages à l'étranger. M™^ Damoreau fut pro- 
fesseur de chant au Conservatoire de 1834 à 1836. Elle est morte 
le %o février 1863, à Paris, laissant un Album de romances et une 
Méthode de chant. 

DANBÉ (Jules), violoniste, chef d'orchestre, né à Caen en 1840, 
fonda au Grand-Hôtel, à Paris, les Concerts-Danbé, qu'il dirigea avec 
talent (1871-74), et devint chef d'orchestre du théâtre Lyrique. Il rem- 
plit actuellement la même fonction à l'Opéra-Comique. 

DANCLA (JeAxN-Baptiste-Charles), violoniste distingué, compositeur 
et professeur de violon au Conservatoire, est né à Bagnères-de- 
Bigorre en 1818. L'un des premiers de l'école française actuelle, 
M. Dancla a beaucoup composé pour son instrument, et plusieurs de 
ses compositions ont été couronnées. 

DANHAUSER (Adolphe-Léopold), professeur et compositeur, né à 
Paris le 26 février 1835, fit ses études musicales au Conservatoire 
avec MM. Bazin, Halévy et Reber, et remporta les premiers prix 
d'harmonie et de fugue. Au concours de Rome en 1862, il obtint le 
second prix. 

M. Danhauser a composé la musique du Proscrit, drame musical en 
un acte ; Maures et Castillans, opéra en trois actes, et une quantité de 
chœurs à trois voix égales destinés aux écoles. Professeur de solfège 
au Conservatoire, M. Danhauser est depuis 1875 inspecteur principal 
de l'enseignement du chant dans les écoles communales de la ville 
de Paris. 



156 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

DARCIER (Joseph), chanteur et compositeur de romances et de 
chansons, né vers 1820, commença sa réputation en se faisant l'in- 
terprète des productions de Pierre Dupont, qu'il savait rendre avec 
beaucoup de sentiment et une grande énergie. Les Bœufs, le Louis 
d'or, le Pain de cet auteur lui durent en partie leur succès popu- 
laire. Dans ses propres compositions, toujours empreintes de sentiment 
charmant ou d'ardent patriotisme, M. Darcier ne se montra pas 
moins remarquable, et souvent son nom seul a suffi pour attirer la 
foule dans les petits concerts et dans les cafés chantants oii il se faisait 
entendre d'ordinaire. Dans son œuvre très nombreuse, il faut citer le 
Bataillon de la Moselle^ la 32^ Demi-Brigade, Madeline, l'Ami Soleil, 
le Chevalier Printemps, la Canaille, etc. M. Darcier a fait aussi quel- 
ques apparitions sur différents théâtres dans quelques opérettes, ou 
dans certains rôles à chansons. 

DARGOMIJSKY (Alexandre-Serguiévitch), compositeur russe, néon 
1813, mort en 1868. Célèbre dans son pays, il fit sa réputation avec 
plusieurs ouvrages dans le style italien-français : la Esmeralda (Mos- 
cou, 1847; Saint-Pétersbourg, 1851); la Ronssâlka (18-56), aujourd'hui 
au répertoire dans toute la Russie; la Fête de Bacchiis (Moscou, 1867). 
Devenu plus tard chef d'une jeune école inspirée de Schumann, 
Berlioz, Wagner et Liszt, Dargomijsky mettait la dernière main à 
rHôte de Pierre^ œuvre conçue dans des tendances wagnérienncs en- 
core exagérées, toutes en contradiction avec sa précédente manière, 
quand il mourut. L'Hôte de Pierre, terminé par M. César Cui, fut re- 
présenté en 1872, sans que la popularité dont jouissait son auteur 
parvînt à le faire accepter du public. Ce compositeur laissa encore 
d'autres productions, parmi lesquelles on cite plusieurs romances 
d'une réelle beauté. 

DAUTRESME (Auguste-Lucien), compositeur, né à Elbeuf (Seine- 
Inférieure), a fait ses études musicales sous la direction d'Antoine 
Neukomm et Amédée Méreaux, à Rouen ; à Paris, il reçut quelques 
conseils de Meyerbeer. Élève de l'École polytechnique, M. Dautresme 
se trouva mêlé au mouvement révolutionnaire en qualité de secrétaire 
de M. Emmanuel Arago. Ce ne fut que plus tard qu'il se livra à la 
composition. On connaît de lui deux pièces madrigalesques : Vilanelle 
et Chanson, à quatre voix; une sonate, six mélodies, Aubade, le 
Chant de Jocelyn, etc. 11 a donné au théâtre Lyrique Sous les Char- 
milles (1862), le Bon Temps (1863) et Cardillac (1865), qui est une 



DARCIER — DAVID. 157 

des meilleures créations de M. Ismaël. M. Daulresme est aujourd'hui 
député de l'arrondissement d'Elbeuf. 

DAUSSOIGNE-MÉHUL (Louis-Joseph), compositeur, né à Givet 
en 1790, mort à Liège en 1875. Malgré un style ressemblant, à s'y 
méprendre, à celui de l'auteur de Joseph, son oncle, M.Daussoigne, qu 
avait été son élève, ne réussit pas dans la carrière théâtrale. Ses opéras 
principaux, Robert Guiscard, le Faux Inquisiteur, les Amants corsaires, 
quoique reçus, ne furent pas représentés, et Aspasie et les Deux Salem, 
qui le furent, n'obtinrent pas le succès qu'ils méritaient. Dégoûté par 
ces revers successifs, M. Daussoigne abandonna Paris et sa place de 
professeur d'harmonie au Conservatoire, pour diriger le Conserva- 
toire de Liège, dont il se retira en 1862. On lui doit les récitatifs de 
Stratonîce et l'achèvement de Valentine de Milan, œuvres de son oncle 
Méhul. 

DAUVERGNE (Antoine), compositeur, né à Clermont-Ferrand 
en 1713, mort en 1797, surintendant de la musique du roi, directeur, 
à diverses reprises, de l'Opéra, est surtout célèbre pour avoir donné, 
ayec son ouvrage les Troqueurs, la forme moderne de l'opéra-comique 
(1753). Il composa plus de quinze opéras, parmi lesquels on remarque 
les Amours de Tempe, les Troqueurs, Enée et Lavinie, etc. 

DAVID (Félicien), né à Cadenet (Vaucluse) le 8 mars 1810, avait 
vingt ans lorsqu'il vint à Paris, se présenter à Chérubini au Conser- 
vatoire, n*ayant pour vivre qu'une pension de 50 francs par mois, 
que lui faisait l'un de ses oncles. Séduit par la doctrine nouvelle de 
Saint-Simon, David devint un de ses fervents adeptes et composa, 
dans ce milieu, des Hymnes à quatre voix d'homme, publiés plus tard 
sous le nom de Ruche harmonieuse. L'association dispersée en 1833, 
David et quelques autres furent expulsés et conduits à Smyrne. 
Parcourant alors l'Orient, il se pénétra de ses chants caractéris- 
tiques, chants qui devaient un jour lui valoir sa plus haute renommée. 
De retour en France, trois ans après, il se remit à composer, sans 
succès d'abord ; mais en 1844, le Désert, donné au Conservatoire, vint lui 
ouvrir toutes grandes les portes de la célébrité. Ce fut un véritable dé- 
lire. Au Désert succéda Moïse au Sinaî, puis VEden et Christophe-Colomb, 
qui, malgré de réelles beautés et une facture plus soignée, n'obtinrent 
quun médiocre succès. En 1851, la Perle du Brésil lui valut un 

11 



158 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

brillant succès au théâtre Lyrique. Hcrcidanum, à TOpéra (1859), 
quoique plus froidement accueilli, contenait cependant des pages de 
premier ordre. En 1862, avec Lalla-Roukh à l'Opéra-Comique, il 
obtint un triomphe éclatant. Il donna encore à ce théâtre le Saphir 
en 1865; mais cette œuvre, médiocre d'ailleurs, fut peu goûtée. 
F. David succéda à Berlioz en 1869 à l'Académie des beaux-arts et à 
la Bibliothèque du Conservatoire. On connaît de lui plusieurs recueils 
de mélodies : Brises d'Orient, Perles d'Orient, les Minarets, etc., et 
un grand nombre de romances {les Hirondelles, le Pirate, l'Ange 
rebelle, etc.). Il fit entendre aussi quelques œuvres instrumentales 
qui passèrent inaperçues. Féhcien David est mort à Saint-Germain en 
Laye, le 26 août 1876. 

DAVID (Samdel), compositeur, né à Paris le 12 novembre 1836. 
Grand prix de Rome en 1858, il était chef de chant depuis deux ans 
au théâtre L;^Tique quand il partit pour l'Italie. Il n'a fait représenter, 
outre deux opérettes, que Mademoiselle Syliia à l'Opéra-Gomique, quoi- 
qu'il ait en portefeuille d'autres ouvrages reçus , plus importants. 
M. S. David a été nommé, en 1872, directeur général de la musique 
des temples israéhtes. 

DEBILLEMONT (Jean-Jacques), compositeur, né à Dijon en 1824, 
mort à Paris en 1879, eut quatre opéras représentés à Dijon, le Re- 
négat, le Bandoléro, Feu mon oncle, le Joujou, et à Paris, une douzaine 
d'ouvrages, opéras-comiques, opérettes, cantates, sur différents théâ- 
tres {As-tu déjeuné, Jacquot? Astaroth, le Grand-Buc de Matapa, Roger 
Bontemps, les Invalides du travail, etc.). Peu de temps avant sa mort, 
il était chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin. 

DEFFÈS (PiERRE-Louis), compositeur, né à Toulouse en 1819, fut 
grand prix de Rome en 1847. Il fit représenter une douzaine de petits 
ouvrages en un acte d'une bonne facture, mais qui ne sont pas restés. 
Son plus grand succès fut BrosJiovano, au théâtre Lyrique, en 1858. 
Les Noces de Fernande, qu'il a données récemment à l'Opéra-Gomique, 
ont été froidement reçues du public. 

DELABORDE (Eraïm-Miriam, dit Élie), né à Paris le 7 février 1839. 
pianiste-compositeur, le plus brillant élève de M. Ch.-V. Alkan et con- 
tinuateur de son style, est, à notre époque, le talent le plus sérieux 
et le plus varié sur le piano que possède la France. Nommé en 1873 
professeur de cet instrument au Conservatoire, M. Delaborde remporte 



DAVID — DELLE-SEDIE. 159 

chaque année de beaux succès avec ses élèves. Il a publié seulement 
quelques lieder, des cadenze et plusieurs pièces pour le piano. 

DELDEVEZ (Édouard-Marie-Ernest), compositeur et violoniste, est 
né à Paris le 31 mai 1817. Second grand prix de Rome en 1838, son 
œuvre assez variée se compose surtout de ballets, dont plusieurs ont 
été représentés {Paquita, Eucharis, Vert-Vert^ etc.). La Société des 
concerts l'appela à diriger ses séances en 1872, et il fut nommé chef 
d'orchestre à l'Opéra l'année suivante; il a succédé à Georges Hainl 
dans ces deux emplois. M. Deldevez a publié un très intéressant 
volume intitulé Curiosités musicales. Notes, etc. 

DELIEES (Léo), compositeur, né à Saint-Germain du Val (Sarthe) 
en 1836. Elève d'Adam, il produisit d'abord un grand nombre d'oeu- 
vres légères, fines et charmantes, dont les plus connues ont pour titre : 
Beux Vieilles Gardes, l'Omelette à la Follemhuche, le Serpent à plu- 
mes, etc. Plus tard, les succès de la Source (1866), de Coppélia (1870), 
de Sylvia (1876), le placèrent au premier rang parmi les compositeurs 
de ballets. Pendant cette période, l'Opéra-Comique avait ouvert ses 
portes au jeune maître. Le Roi l'a dit (1873), dont le premier acte est 
un petit chef-d'œuvre, avait fait son apparition, préparant les voies à 
Jean de Nivelle (1880), fort estimé malgré une recherche peut-être 
excessive dans le travail des idées musicales, et à Lakmé (1883), dont 
la saveur charmante fut fort goûtée. M. Léo Delibes a publié, en outre, 
des chœurs, des mélodies et d'autres compositions, où se retrouvent 
l'élégance de style et l'originahté qui caractérisent son talent. 

DELLA-MARIA (Dominique), compositeur dramatique, né à Mar- 
seille en 1768, mandoliniste et violoncelliste renommé dans sa jeunesse, 
vint à Paris en 1796, après avoir achevé en Italie son éducation mu- 
sicale. Alexandre Duval, auquel il était recommandé, lui facilita les 
abords du théâtre en lui donnant le livret duFrisonnier, opéra-comique 
qu'il composa en huit jours et qui fut fort applaudi. L'Opéra-Comique, 
l'Oncle valet, le Vieux Château et Jacquot ou l'École des mètrs, qui firent 
suite au Prisonnier, n'obtinrent qu'un succès décroissant. Della-Maria 
mourut subitement à Paris, le 9 mars 1800. 

DELLE-SEDIE, baryton italien, né à Livourne vers 1828, débuta 
au théâtre de San-Casciano dans Nabucco, de Verdi. Il chanta avec un 
succès croissant d'abord à Florence, puis à Vienne, à Londres, à 
Saint-Pétersbourg et à Paris. Rigoletto particulièrement fut son triom- 



160 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

phe. Nommé professeur de chant au Conservatoire de Paris, il n'y resta 
que peu d'années et se retira définitivement, laissant une méthode de 
chant intitulée l'Art lyrique. 

DELOFFRE (Louis-Michel-Adolphe), violoniste, excellent musicien, 
fut chef d'orchestre au théâtre Lyrique, sous la direction Carvalho, 
et à rOpéra-Comique, après la retraite de Tilmant. Il était né à Paris 
en 1817, et mourut en 1876. Plusieurs de ses compositions pour in- 
struments ont été couronnées. 

DELSARTE (François), né en 1812, mort en 1871, acteur, compo- 
siteur, chanteur et professeur, fut surtout renommé par ses travaux 
sur les phénomènes de la phonation. D'un esprit fantasque en même 
temps qu'actif, il entassa matériaux sur matériaux, sans jamais faire 
paraître aucun ouvrage. Il eut pour élèves Darcier, M™" Barbot, 
Gueymard, Carvalho, etc., et chanta lui-même, sans aucune voix, 
d'une manière accomphe. Delsarte donna des concerts historiques où 
il fit connaître les chefs-d'œuvre de l'Ecole française, et publia les 
Archives du chant, recueil de morceaux choisis parmi les meilleurs 
maîtres. Son œuvre musicale se compose de mélodies au nombre des- 
quelles il faut citer les Stances à l'Éternité. 

DEPRÉS ou DESPRÈS (JosQUiN),leplus fameux compositeur de la fin 
du quinzième siècle. La date et le lieu de sa naissance sont inconnus; 
cependant tout porte à croire qu'il est né à Condé (Hainaut). En tout cas 
il y est mort, ainsi qu'en témoigne l'épitaphe qui a été découverte 
dans un manuscrit de cette ville. La renommée deJosquinDesprès fut 
universelle, et son influence sur la musique de son temps se fit sentir 
jusque vers le milieu du seizième siècle, autrement dit, jusqu'à Pales- 
trina. D'ailleurs, l'Italie, l'Allemagne et la France, qui se disputent 
l'honneur de lui avoir donné naissance, sont unanimes sur ce point, 
qu'il était lepremier entre tous les musiciens de son époque. Cependant, 
malgré cette célébrité extraordinaire, la fortune ne paraît pas lui avoir 
souri pendant la majeure partie de sa vie, car il réclama pendant 
longtemps à Louis XII un emploi qu'il n'obtint qu'en présentant ses 
doléances au roi, sous forme de motets demeurés célèbres pour ce motif. 
Un troisième motet servit de remerciement. Cette façon de faire in- 
tervenir l'art dans les choses de la vie fut souvent employée d'ailleurs 
par Josquin Desprès. La célèbre messe La sol fa ré mi (Lascia fare mi), 
qu'il composa pour se railler d'un seigneur de la cour dont les éter- 



I 



DELOFFRE — DEZÈDE. 16i 

nelles promesses n'étaient jamais suivies d'effet, et les motets ci-des- 
sus le prouvent suffisamment. 

Josquin Desprès eut pour maître Jean Ockegem, célèbre premier 
maître de chapelle de Charles VIL D'abord enfant de chœur à Saint- 
Quentin, puis maître de musique à la cathédrale de Cambrai, le grand 
^artiste fut plus tard chantre de la chapelle pontificale à Rome sous le 
pape Sixte IV, se rendit à la cour du ducdeFerrare Hercule P% à qui il 
dédia une messe célèbre, et vint enfin en France, où Louis XII l'atta- 
cha à son service. Le génie de Josquin Desprès, son ingéniosité, firent 
faire un grand pas à la musique. Son œuvre est immense dans tous 
les genres. Parmi ses productions les plus renommées on cite plu- 
sieurs messes : La sol fa ré mi, l'Homme armé, Malheur me bat, l'Ami 
Baudichon, les Rouges Nés, Beata Virgine, etc., un nombre considérable 
de motets, et une quantité de chansons françaises dispersées dans 
différents recueils. — Luther a dit de Josquin Desprès : « Les musi- 
ciens font ce qu'ils peuvent des notes, lui seul en fait ce qu'il veut. » 

DESTOUCHES (André-Cardinal), compositeur dramatique, né à 
Paris en 1672, produisit son premier opéra, Issé, sans avoir assez de 
connaissances musicales pour écrire lui-même sa partition. La grande 
abondance de ses idées lui valut pourtant un succès. Devenu plus 
habile, l'inspiration parut l'abandonner, et les ouvrages qui succédè- 
rent : Amadis de Grèce, Callirhoé, les Stratagèmes de l'amour, etc., 
furent trouvés assez incolores. Surintendant de la musique du roi 
et inspecteur de l'Opéra, Destouches mourut en 1749. 

DEVIENNE (François), né à Joinville en 1759, fut d'abord musicien 
de régiment, puis à l'orchestre du Théâtre de Monsieur. Flûtiste et bas- 
soniste distingué, il contribua beaucoup à l'amélioration des orches- 
tres français et écrivit dans un genre nouveau un grand nombre de 
morceaux pour les instruments à vent. Mais ce qui le rendit surtout 
célèbre, ce furent ses opéras-comiques. On lui en doit sept, parmi les- 
quels il faut citer les Visitandines, qui eurent un succès tel, que l'ou- 
vrage fut transformé deux fois et reparut sous les titres de Pensionnat 
de Jeunes Demoiselles et des Français au sérail. Devienne collabora au 
Congrès des Rois, opéra révolutionnaire joué en 1793, avec Berton, 
•Chérubini, Michel, Grétry, etc., et laissa un nombre considérable de 
romances et de chansons républicaines et patriotiques. Il mourut fou 
à Charenton en 1803. 



162 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

DEZÈDE, compositeur dramatique, né vers 1740, produisit, vers 
la fin du dix-huitième siècle, plus de quinze opéras dans le genre 
pastoral. L'un d'eux, Biaise et Babet, fut longtemps en vogue. Dezède 
est mort en 179o. 

DIAZ DE LA PENA (Eugèxe-Émile), fils du célèbre peintre de ce 
nom, naquit à Paris le 27 février 1837. Elève de Reber et d'Halévy, 
il fit représenter au théâtre Lyrique, le 9 juin 1865, le Roi Candaule, 
opéra-comique en deux actes. Ayant obtenu le prix au concours 
d'opéra organisé en 1867, avec la Coupe du roi deThulé, il ne put faire 
représenter cet ouvrage que longtemps après, le 10 janvier 1873, sans 
succès. M. Eugène Diaz a publié en outre quelques mélodies. 

DIBDL\ (Charles), poète, prosateur, compositeur, comédien et di- 
recteur de théâtre, célèbre en Angleterre vers la fin du dix-huitième 
siècle, fit représenter et joua lui-môme un grand nombre de ses ou- 
vrages. Son œuvre intitulée le Jubilé fut la plus connue, et quelques 
airs, comme le Palais de la Liberté et le Pauvre Jacques eurent un 
vrai succès de popularité, même en France. 

DIEMER (Louis), pianiste et compositeur de musique pour le piano, 
né à Paris le 14 février 1843, très recherché dans les concerts. Talent 
correct, mais froid. 

DIETSCH (Pierre- Louis-Philippe), né à Dijon le 17 mars 1808, fut 
maître de chapelle à l'éghse de la Madeleine et chef d'orchestre de 
l'Opéra à Paris (1860). Son unique tentative à ce théâtre : le Vais- 
seau Fantôme, sur la même donnée que Richard Wagner en 1842, 
n'ayant pas réussi, Dietsch ne fit plus que de la musique d'église. Il 
mourut le 20 février 1865. 

DOCHE (Joseph-Denis), né à Paris le 22 août 1776, mort en juil- 
let 1825, composa un grand nombre d'airs de vaudevilles et des opé- 
rettes. Fanchon la vielleuse, les romances de Santeuil et de Gentil- 
Bernard, l'opérette Poi/z^ de bruit, furent très en vogue de leur temps. 
Son fils Alexandre eut à l'Opéra-Gomique le Veuf du Malabar, qui n'eut 
pas de succès. 

DOMZETTI (Gaétaxo), célèbre compositeur italien, né à Bergame le 
29 novembre 1797, mort en cette ville le 8 avril 1848. Simon Mays, di- 
recteur du lycée musical de Bergame, dirigea ses études avec Pilatti 
et Mattei. A vingt ans, le jeune artiste, alors soldat, fit représenter à 



DIAZ DE LA PENA — DDFAY. 163 

Venise, où il passait avec son régiment, Enrico, conte di Borgogna, son 
premier opéra. Le génie de Rossini dominait à cette époque l'Italie. 
Donizetti voulut marcher sur ses traces, et après quelques essais com- 
mença avec Anna Bolena (1830) une réputation que devait définitive- 
ment consacrer iifde de Lammermoor à Naples en 1835. Ecrivant avec 
une facilité extraordinaire quatre grands ouvrages, en moyenne, par 
année, Donizetti ne pouvait avoir qu'un style lâché, et, malgré ses 
qualités mélodiques, rempli d'imitations. La mort de Bellini, son rival 
en renommée, en le laissant seul maître de la scène italienne, ne fit 
qu'accentuer ces défauts. Le succès abandonnant le jeune maestro, il 
vint à Paris avec deux partitions qui devaient devenir un jour célè- 
bres. La première, destinée au théâtre Yentadour, l'Ange de Nisiday 
ne devait voir le jour qu'à l'Opéra sous le titre de la Favorite; la se- 
conde, demandée par l'Opéra-Gomique, était la Fille du régiment. Chose 
bizarre ! ces ouvrages, aujourd'hui encore si populaires, n'eurent au- 
cun succès à leur apparition {1840J. A Vienne, Linda di Chamonix fut 
mieux accueillie, mais le triomphe le plus grand échut à Don Pasquale, 
à Paris, en 1843, triomphe auquel participa d'ailleurs le célèbre 
Lablache. Don Pasquale fut écrit en huit jours. A partir de ce mo- 
ment, Donizetti, miné par une maladie du cerveau, alla déchnant jus- 
qu'à sa mort. En l'espace de vingt-six ans, l'infatigable producteur 
avait fourni à l'art soixante-huit opéras, des cantates, des messes, etc. 

DREYSCHOCK (Alexandre), pianiste allemand, né àZack (Bohême) 
eu 1818, célèbre par une virtuosité remarquable de la main gauche. 

DUBOLS (Théodore-Clément-François), l'un des meilleurs maîtres 
de la jeune école française, est né à Rosnay (Marne) le 24 août 1837. 
Entré tout jeune au Conservatoire, il y remporta successivement tous les 
principaux premiers prix: harmonie, piano, orgue, etc., et finalement 
le premier grand prix de Rome en 1861, dans un concours particu- 
lièrement brillant. On connaît de M.Dubois plusieurs suites d'orchestre 
exécutées aux concerts Pasdeloup et Colonne : la Guzla de l'émir, 
destinée à l'Opéra-Comique et donnée à l'Athénée en 1873 seulement, 
les Sept Paroles du Christ, œuvre des plus remarquables; beaucoup 
de musique d'orgue et de piano, et enfin la partition du Paradis perdu, 
qui partagea avec celle de M. Godard : le Tasse, le prix bisannuel de 
la ville de Paris en 4878. 

M. Dubois, organiste de la Madeleine, est professeur d'harmonie au 
Conservatoire. 



164 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

DUFAY (Guillaume), compositeur célèbre de la fin du quatorzième 
siècle, auquel on est redevable de nombreux progrès dans la science de 
l'harmonie. On lui a attribué à tort l'invention de la notation blanche, 
et avec plus de certitude une extension du système complet de Guy 
d'Arezzo. 

DUGAZON (Louise-Rosalie LEFÈVRE, épouse), née à Berlin en 1753, 
morte en 1821, donna son nom à un genre de rôles dans lesquels 
elle se rendit célèbre. Ces rôles, tout de sentiment et d'expression, 
exigent plutôt du charme et de l'esprit qu'une grande voix et un ta- 
lent consommé. On distingue au théâtre, en Jeunes Dugazon et Mères 
Dugazon, les rôles correspondant aux deux phases naturelles du ta- 
lent de Téminente artiste. Biaise et Babet, Alexis et Justine, Nina, etc., 
furent ses triomphes. 

Son fils, Gustave Dugazon, se livra à la composition théâtrale et 
instrumentale, sans obtenir de succès. 

DUNI (Égide-Romuald), né le 3 février 1709 à Matera (Italie), com- 
positeur dramatique, était déjà renommé en Ralie lorsqu'il s'essaya 
dans l'opéra français à la cour de l'infant de Parme, et y obtint un 
tel succès, qu'il vint se fixer à Paris, où il écrivit plus de dix-huit opé- 
ras. Les plus connus sont Ninette à la cour, son début; la Chercheuse 
d'esprit, le 'Peintre amoureux de son modèle, la Fille mal gardée, etc. 
Il mourut le 11 juin 1775. 

DUPONT (Auguste), né à Ensival (Belgique) le 9 février 1828, pia- 
niste-compositeur, professeur du Conservatoire de Bruxelles, s'est 
fait entendre avec succès dans les grandes villes d'Europe et parti- 
culièrement à Paris. Sa musique, d'une bonne facture, est assez 
estimée. 

DUPONT (Pierre), poète et chansonnier d'un grand sentiment na- 
turel, fut une des victimes du coup d'Etat de 1851. Pierre Dupont ne 
savait rien de la musique, aussi était-il obligé de recourir à quelqu'un 
pour traduire ses pensées dans cet art. M. Reyer fut souvent son 
conseil et son interprète. Les chants et chansons de Pierre Dupont, 
réunis en quatre volumes, contiennent les Bœufs, le Louis d'or, la 
Vigne, le Pain, etc., vigoureuses mélopées qui sont demeurées popu- 
laires. Pierre Dupont était né à Lyon le 23 avril 1821 ; il y mourut le 
24 juillet 1870. 



DUGAZON — DURAND. 1C5. 

DUPRATO, compositeur dramatique, né à Nimes le 20 août 1827. 
Premier grand prix de Rome en 1848, il débuta par un succès, les 
Trovatelles, à l'Opéra-Comique (1854), et depuis, malgré toutes les 
qualités d'un talent charmant, ne réussit jamais complètement, il/'siew 
Landry, la Déesse et le Berger, la Fiancée de Corinthe, sont ses œuvres 
les plus connues. Il est aujourd'hui professeur au Conservatoire. 

DUPREZ (Gilbert-Louis), ténor célèbre qui succéda à Adolphe 
Nourrit à l'Opéra. 11 excellait dans le timbre dit de voix sombrée ; et 
dans Guillaume Tell, ainsi que dans un grand nombre d'autres rôles, 
il excita un véritable enthousiasme. Musicien excellent, Duprez fît 
quelques essais infructueux en musique dramatique. Plus heureux 
comme professeur de chant, il forma de brillants élèves, parmi les- 
quels on compte sa fille Caroline (xM™« Vandenheuvel), M°^'s Carvalho, 
Marie Battu, Marimon, Monrose, etc. Sa méthode, l'Art du chant, est 
très estimée. Duprez était né à Paris le 6 décembre 1806. 

DUPREZ (Caroline), Mm« Vandenheuvel, fille du précédent, l'un 
des talents les plus parfaits de la scène contemporaine française. 
D'une voix suave, mais de peu de volume, Caroline Duprez savait en 
tirer un tel parti, à force d'art, de style et de distinction, qu'elle ar- 
rivait au summum d'expression avec des moyens relativement res- 
treints. Excellente dans tous ses rôles, elle se montra supérieure sur- 
tout dans l'interprétation des chefs-d'œuvre. Au théâtre Lyrique, 
dans les Noces de Figaro ; à l'Opéra, dans Guillaume Tell, elle laissa 
d'ineffaçables souvenirs ; à l'Opéra-Comique, par des créations dans 
Marco Spada, l'Etoile du Nord, etc., sa renommée ne fut pas moins 
grande. Malheureusement, sa santé chancelante ne lui permit pas de 
prolonger son séjour au théâtre. Née à Florence en 1832, la grande 
artiste s'éteignit à Pau en 1875. 

DURANCY (Céleste), cantatrice et comédienne, née en 1746 d'une 
famille de comédiens distingués, débuta à treize ans à la Comédie 
française, puis entra à l'Opéra. Ses plus célèbres rôles furent ceux 
de la Haine dans Orphée, de Méduse dans Persée, etc. Elle mourut le 
28 décembre 1780, victime de la trop grande fougue de son tempéra- 
ment dramatique. 

DURAND (Auguste-Marie), compositeur et éditeur de musique, 
né à Paris le 18 juillet 1830, fut d'abord organiste de diverses pa- 



166 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

roisses. 11 a publié des compositions religieuses, des morceaux d'orgue 
et de piano et diverses pages de style ancien, entre autres sa Chacone, 
qui est encore en vogue. 

DURAND (Emile), professeur et compositeur, né à Saint-Brieuc 
(Côtes-du-Nord) le 16 février 1830, succéda à M. Bazin dans son cours 
d'harmonie du Conservatoire. M. Durand a produit quelques petits 
opéras-comiques et une quantité de jolies mélodies ; Comme à vingt 
ans a eu un succès populaire très accentué. Il a publié un Traité 
d'harmonie et un autre intitulé : Accompagnement de la basse chiffrée. 

DURANTE (François), compositeur de musique religieuse, né le 
15 mars 1684 à Frattamaggiore, près de Naples, étudia avec Gaétano 
Gréco et Scarlatti, et, se pénétrant ensuite des qualités fortes de 
l'école romaine, devint lui-même le chef d'une école qui produisit de 
grands maîtres au dix-huitième siècle. Son œuvre, toute d'église, est 
considérable, et, si ses idées musicales ne brillent pas toujours par 
l'originalité, le développement en est d'une rare perfection et d'une 
ingénieuse richesse. Il mourut le 13 août 175o. 

DUSSEK (Jeax-Louis ou Ladislas), fils d'un organiste éminent de 
Czaslau (Bohème), naquit en cette ville le 9 février 1761. Déjà sa- 
vant dans son art, et ayant publié quelques œuvres, Dussek chercha 
les conseils de Ch.-P.-Em. Bach, et sut en profiter. Menant une vie 
errante dans les cours d'Europe, où son beau talent sur le piano le 
faisait rechercher, il fut enlevé un jour par une grande dame du Nord, 
qui vécut avec lui deux ans dans une retraite absolue. Après quoi, il 
se remit à voyager et se fixa enfin à Paris (1808) comme maître des 
concerts du prince de Talleyrand. Il mourut en cette ville le 20 mars 
1812. Dussek, aussi estimé comme compositeur que comme virtuose, 
fut le premier qui sut chanter sur le piano. Il laisse soixante-seize 
œuvres pour cet instrument. 

DUVERNOY (Hexri-Louis-Charles), pianiste-compositeur, né à Pa- 
ris le 16 novembre 1820, remporta successivement tous les prix au 
Conservatoire et fut attaché comme professeur à cet établissement. 
Il a laissé des œuvres de piano et plusieurs traités de solfège. 

DUVERNOY (Alphonse), pianiste -compositeur, fils de Charles- 
François Duvernoy, chef du pensionnat du Conservatoire, est né à 



DURAND — ELWART. 167 

Paris le 30 août 1842. Il a fait exécuter des fragments symphoniques 
aux concerts Colonne. Son œuvre, la Tempête, a été couronnée au 
concours bisannuel de la Ville de Paris en 1880. 

Son frère cadet, Edmond Duvernoy, pianiste accompagnateur, 
quelque temps attaché comme chanteur au personnel de l'Opéra- 
Comique, a épousé M"^ Frank, aujourd'hui à l'Opéra. 



E 



ELLEVIOU (Jean), célèbre chanteur de l'Opéra-Comique, monta sur 
le théâtre, malgré la vive opposition de sa famille, qui le destinait à la 
médecine. Elle vi ou présenta le curieux phénomène d'une voix de 
basse perdant peu à peu de sa gravité jusqu'à atteindre le registre 
élevé du ténor, au fur et à mesure des progrès accompKs par l'artiste 
dans son art. D'un jeu fm et spirituel, il brilla particulièrement dans 
Gulnare, Adolphe et Clara, le Calife de Bagdad, etc., et plus tard dans 
l'Ami de la maison, Mchard Cœur de Lion, Zémire et Azor et Félix. Il 
quitta la scène en 1813, laissant un nom qui déjà était pris pour 
type d'un certain genre de chanteurs ; car l'on dit un Elleviou comme 
on avait dit une Bugazon. Elleviou était né à Rennes, le 14 juin 1769. 
Il mourut subitement à Paris le 5 mai 1842. 

ELSNER (Joseph), compositeur, né à Grottkau (États prussiens) 
le l^"^ juin 1769, mort en 1854, fut directeur de musique au théâtre 
de Varsovie. En vingt ans, il écrivit vingt-deux ouvrages dramatiques, 
tous en langue polonaise, et des œuvres rehgieuses en grand nombre. 
Il fonda, avec l'aide de la princesse Zamoïska, le Conservatoire de 
Varsovie, en 1821. 

ELWART (Antoine-Amable-Élie), compositeur et professeur, né à 
Paris le 18 novembre 1808, fut nommé par Chérubini professeur 
d'harmonie au Conservatoire en 1840, et exerça cette fonction jus- 
qu'en 1871 . Plus connu par ses écrits sur l'enseignement de la musique 
que par . ses productions dans cet art, Elwart laisse pourtant une 
œuvre considérable dans tous les genres, œuvre peu connue et en 
majeure partie inédite. Sa. Naissance d'Eve, exécutée au Conservatoire 
en 1846, et Ruth et Booz, symphonie vocale, qui contiennent de 
jolies pages, sont les plus appréciées. Parmi ses traités, l'Harmonie 



168 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

musicale présente cette particularité peu commune d'être écrite en 
vers. Elwart est mort à Paris le 14 octobre 1877. 

ÉRARD (Sébastien), célèbre facteur de pianos et de harpes, naquit 
à Strasbourg le 5 avril 1752, et mourut à la Muette, près Paris, le 
o août 1831. Très versé dès sa jeunesse dans la connaissance des arts 
mécaniques et du dessin, Érard s'occupa, dès son arrivée à Paris, en 
1768, des perfectionnements à apporter aux clavecins. Ses premiers 
essais l'ayant fait remarquer de la haute société, la duchesse de 
Villeroy lui offrit ses services. Ce fut chez elle qu'il construisit son 
premier piano, instrument peu connu encore en France, et qui mit le 
comble à sa réputation. Quelque temps après, son frère Jean-Baptiste 
venait à Paris le rejoindre et fondait avec lui celte maison Érard, 
encore au premier rang de nos jours. Le nombre et la nature des 
inventions, perfectionnements, etc., d'Érard est considérable : pianos- 
orgues, transpositeurs, orgues expressifs par le toucher, pianos à 
queue, à simple et à double échappement, etc. Jl fit faire aussi à la 
harpe un progrès immense, en inventant ce qu'il appelait le double 
mouvement. Érard passa en Angleterre les temps troublés de la 
Révolution et y fonda une succursale de la maison de Paris. Revenu 
en France, en 1796, il continua ses travaux avec une infatigable 
ardeur, et l'année qui précéda sa mort (1830) le vit encore occupé à 
l'installation de l'orgue de la chapelle du roi, aux Tuileries. Son 
neveu, Pierre Érard, continua après lui l'œuvre commencée. 



FACCIO (Franco), compositeur dramatique, né à Vérone le 8 mars 
1841, fit représenter son premier ouvrage en 1863, à la Scala de 
Milan. Ameleto, sur un livret de son camarade Boïto, y fut donné, 
en 1871, alors qu'il était chef d'orchestre de ce théâtre depuis trois 
ans. Ces deux opéras, appartenant, dit-on, au genre appelé musique 
de l'avenir, furent assez mal accueillis malgré de réelles beautés. 
M. Faccio, reconnu aujourd'hui comme le premier chef d'orchestre 
de l'Italie, est professeur au Conservatoire de Milan. 

FALCON (Marie-Cornélie), cantatrice célèbre, née à Paris le 
28 janvier 1812, débuta à l'Opéra en 1832, dans Ahce de Robert le 
Diable, d'une façon brillante. Elle créa Gustave III, la Juive en 1833 ; 



ÉRARD — FAURE. 169 

en 1836, Valentine des Huguenots, son triomphe; Stradella, en 1837. 
A cette époque, ayant perdu sa voix, M^^^ Falcon se retira du théâtre. 
On ne l'a pas remplacée. 

FARRENC (Jacques-Hippolyte-Aristide), né à Marseille le 9 avril 
4794, flûtiste et hautboïste compositeur, publia un grand nombre 
d'ouvrages pour la flûte et le hautbois, avec ou sans accompagnement. 
Il s'occupa beaucoup des maîtres anciens et en général de tout ce qui 
concerne l'histoire de la musique et des musiciens. Sa bibliothèque 
était renommée. Il écrivit beaucoup sur la musique et mourut le 
31 janvier 1865. 

FARRENC (Jeanne-Louise Dumont, épouse), femme du précédent, 
née le 31 mai 1804, professeur de piano au Conservatoire, fut un 
compositeur estimé en même temps que pianiste de talent. Sous le 
titre : Trésor des pianistes, elle fit paraître une intéressante publica- 
tion contenant un choix d'œuvres de maîtres depuis le seizième 
siècle jusqu'à nos jours, collection où toutes les indications, styles, 
mouvements, etc., étaient transcrits en notation moderne. Elle laisse 
une œuvre variée et considérable. M™^ Farrenc est morte le 15 sep- 
tembre J875, ayant deux fois remporté le prix Chartier pour la 
musique de chambre. 

FARRENC (Victorine-Louise), fille des précédents, pianiste dis- 
tinguée, se fit entendre dans les concerts avec succès et publia 
quelques compositions. Elle était née le 23 février 1826 et mourut le 
3 janvier 1859. 

FAURE (Jean-Raptiste), né à Moulins le 15 janvier 1830, chanteur 
distingué, est fils d'un pauvre chantre. Souffleur d'orgue, enfant de 
chœur, choriste dès l'enfance la plus tendre, il se fit, pour vivre 
pendant la mue de sa voix, contrebassiste d'un bal de barrière : Au 
Grand Vainqueur, et musicien d'orchestre à l'Odéon. Rentré au 
Conservatoire, il en sortit avec les premiers prix de chant et d'opéra- 
comique en 1851, et débuta à ce théâtre dans Galatée. Haydée, l'Étoile 
du Nord, Joconde surtout, lui valurent des applaudissements ; et ses 
créations dans Quentin Durward et le Pardon de Ploèi'mel le mirent 
tout à fait en relief. Passant alors à l'Opéra en 1861, M. Faure vit 
son talent mûrir, ses succès s'accentuer. Guillaume Tell, la Favorite, 
le rôle de Nevers des Huguenots, qu'il sut mettre au premier rang; 



170 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Nélusko, de l'Africaine, qu'il créa, et enfin Moïse, Bon Juan, Hamlet, 
dans lequel il se révéla comédien accompli en même temps que chan- 
teur de premier ordre, tout lui servit à acquérir une renommée sans 
égale depuis Duprez. La voix de M. Faure, remarquablement belle, 
est merveilleusement servie par un rare talent, une diction parfaite, 
une élégance et une distinction irréprochables. Un seul défaut dans 
l'ensemble : peut-être un peu d'afféterie. Chaque année M. Faure va 
chanter à Londres pendant la saison, et y est aussi goûté qu'à Paris. 

FAURE (Constance-Caroline LEFEBVRE), femme du précédent, fut 
à l'Opéra-Comique, pendant une quinzaine d'années, une Dugazon 
distinguée. Elle y chanta le Pré aux Clercs, Haydée, etc., et créa un 
certain nombre de rôles : Psyché, le Songe d'une nuit d'été, etc. Elle se 
retira du théâtre peu de temps après son mariage. Elle est née à 
Paris le 21 décembre 1828. 

FERRARI (Carlotta), poète et compositeur, née à Lodi le 27 jan- 
vier 1837, fit ses débuts à Milan en 1857 avec Ugo, ouvrage dont elle 
écrivit les paroles et la musique. En 1866, Sofia, à Lodi, Milan et 
Turin, accrut sa réputation, qu'Eleonoi^a d'Arhorea (1871) devait com- 
plètement asseoir. Elle composa cette même année un hymne de cir- 
constance exécuté aux fêtes de Turin. 

FÉTIS (François-Joseph), né à Mons le 25 mars 1784, mort à 
Bruxelles le 26 mars 1871, compositeur, philosophe, historien, di- 
dacticien, théoricien et critique de premier ordre auquel on doit 
les travaux les plus considérables qui aient été faits dans ce siècle 
sur tout ce qui concerne la musique. Sa Biographie universelle des 
musiciens, son Histoire générale de la musique, malheureusement 
inachevée, suffiraient à le rendre illustre, s'il n'avait produit, outre 
ces impérissables monuments, une quantité prodigieuse d'ouvrages 
de toutes sortes, dont la plus grande partie n'a pas été publiée. Tels 
gont sa Restitution du chant romain, sa Philosophie de la musique, et 
un grand nombre de compositions musicales. Parmi les autres ou- 
vrages édités, on cite : la Musique mise à la portée de tout le monde, 
les Curiosités historiques de la musique et de nombreux traités péda- 
gogiques très estimés. 

FIELD (Jean), pianiste-compositeur, élève de Clémenti, d'un style 
plein de sentiment plutôt que de force. Inventeur du genre de pièces 



FAURE — FODOR. 171 

appelées Nocturnes, très imité depuis. Field n'eut quune courte célé- 
brité conquise dans les grandes villes d'Europe. Ses Concertos sont 
estimés. Il était né en 1782 à Dublin, et mourut en 1837. 

FIORAVANTI (Valentin), compositeur et maître de chapelle du 
Vatican, né à Rome en 1770, et mort en 1837, fit représenter une 
cinquantaine d'opéras dans le genre bouffe sur les théâtres d'Italie. 
La Cantatrici Villane et les Virtuosi ambulanti, tirés d'un livret de 
Picard, donnés tous deux à Paris, renferment ses meilleures pages- 
Son fils, Vincent Fioravanti, s'est fait connaître par plusieurs 
opéras en Italie. 

FIS SOT (Henry-Alexis), pianiste, organiste, compositeur, est né à 
Airaisne (Somme) le 24 octobre 1843. A dix-huit ans, il avait achevé 
de brillantes études au Conservatoire et se livrait à l'enseignement. 
Comme virtuose, M. Fissot compte parmi les premiers. Style, qualité 
de son, puissance, mécanisme, charme et élégance sont les caracté- 
ristiques de son talent. Sa musique pour le piano, pleine d'origi- 
nalité et d'une facture parfaite, toujours d'un goût exquis, atteint 
souvent des allures magistrales. 

FLOTOW (Frédéric, comte de), compositeur dramatique, cham- 
bellan et directeur de la musique du grand-duc de Mecklembourg, 
est né à Teutendorf le 27 avril 1812. Il fut élève de Reicha et fit 
ses premiers essais au théâtre du Palais-Royal avec quelques mor- 
ceaux intercalés dans le Comte de Charolais, en 1836. Pierre et Cathe- 
rine, son premier ouvrage de longue haleine, fut ensuite suivi de 
beaucoup d'autres, représentés à Paris, en Allemagne, en Italie et 
en Angleterre. Les plus renommés sont : Martha, qu'il écrivit d'abord 
avec Deldevez et Burgmuller, sous forme de ballet (Lady Henriette), 
l'Ame en peine, l'Ombre, Zilcla, etc. M. de Flotow était depuis 1864 
membre correspondant de l'Institut. Il est mort à Wiesbaden au mois 
de février 1883. 

FODOR (M™e Joséphine MAINVIELLE), cantatrice, fille de Joseph 
FoDOR, violoniste hongrois de talent, naquit à Paris en 1793. Elle 
fit en Russie ses débuts (1810), vint à Paris récolter quelques succès 
dans la Fausse Magie, le Calife de Bagdad, etc., et après un heureux 
voyage en Italie, reparut à Paris au théâtre Italien, où elle brilla 
d'un vif éclat. C'est elle qui, en remplaçant M°^e Ronzi, eut l'honneur 
de relever le rôle de Rosine du Barbier, sifflé à la première repré- 
sentation. 



il2 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

FORKEL (Jean-Nicolas), né le 22 février 1749, à Meeder, près 
Cobourg, mort le 17 mars 1818, à Gœttingue, compositeur médiocre, 
écrivit beaucoup sur la musique. Il fit une Histoire générale de la 
musique, dont la seconde partie surtout, qui a trait au moyen âge, 
est remplie de documents précieux. D'une érudition rare, Forkel, 
préparant une énorme encyclopédie musicale, mit en partition un 
choix d'œuvres célèbres d'Ockegem, de Josquin Desprès, etc. Malheu- 
reusement il ne reste du commencement de cet ouvrage qu'un recueil 
d'épreuves corrigées, les planches ayant été détruites pendant les 
guerres de l'Empire. Ses autres travaux sont considérables. 

FOUQUE (Pierre-Octave), compositeur et critique musical, est 
né le 12 novembre 1844, à Pau. Sa famille le destinant au barreau, 
il suivit dans sa première jeunesse les cours de l'École de droit et 
se fit recevoir avocat. Cependant, après quelques années passées au 
milieu des siens, le goût prononcé qu'il avait toujours manifesté 
pour la musique prit de telles proportions, qu'en 1868 il revint à 
Paris fermement décidé à embrasser la carrière de compositeur. II 
se plaça d'abord sous l'habile direction de Chauvet, le meilleur orga- 
niste de son temps, et celui-ci le fit bientôt admettre (1869) dans 
la classe de composition de M. Ambroise Thomas, au Conservatoire. 
L'année suivante, il prit part au concours de Rome et, n'ayant pas 
réussi, il se livra à la composition et publia quelques mélodies. Parmi 
les plus charmantes on cite : Renouveau, les Rubans^ Sur sa mule, la 
Dernière Rose, etc. ; Echo du soir, valse chantée ; le Réveil des fleurs, 
pour deux voix de femme; les Vendanges, Chant du matin, etc., 
chœurs pour voix d'homme , etc. En 1874, M. Octave Fouque a fait 
exécuter aux Concerts-Danbé un Prélude pour orchestre, lequel a 
été repris plus tard par M. Pasdeloup aux Concerts populaires. 
Collaborateur assidu de la Revue et Gazette musicale et du Ménestrel, 
M. Fouque, qui a écrit aussi dans la République des lettres, a été cri- 
tique musical de l'Avenir national, du Corsaire et de la République 
française. En 1876, M. Fouque a été nommé préposé, puis bibliothé- 
caire adjoint à la bibliothèque du Conservatoire. Il est mort à Pau 
le 22 avril 1883. 

FRANCHOMME (Auguste), violoncelliste-compositeur, né à Lille en 
1809, est un des premiers virtuoses de notre temps. Professeur au 
Conservatoire, ses matinées avec Allard lui ont valu de grands succès. 
Une rare qualité de son, une justesse parfaite, un style sévèrement 
nuancé caractérisent son talent. 



FORKEL — GABRIELLI. 173 

FRANCK (CÉSAR- Auguste), organiste-compositeur, professeur d'or- 
gue au Conservatoire, est né à Liège le 10 décembre 1822. Son œuvre 
consiste surtout en ouvrages religieux ; Ritth, Rédemption, les Béati- 
tudes, oratorios, ont été exécutés. Ruth a particulièrement obtenu du 
succès. 

FRASCHINI (Gaétano), ténor italien, né à Pavie en 1815, célèbre 
dans toute l'Italie; ne se fit entendre à Paris qu'en 1863, où il fut 
acclamé. Son phrasé remarquable, sa voix magnifique, son style 
sobre et correct, lui conquirent l'admiration générale. Il parut dans 
Fidelio avec M'''' Krauss, et dans nombre d'autres ouvrages. Plu- 
sieurs rôles ont été écrits pour lui, entre autres ceux de Catarina 
Cornaro de Donizetti et du Ballo in maschera de Verdi. Il est depuis 
longtemps retiré de la scène. Le théâtre de Pavie porte aujourd'hui 
son nom. 

FRESCOBALDI (Jérôme), organiste célèbre des seizième et dix- 
septième siècles, dont les œuvres eurent une grande influence sur la 
musique de son temps. Il était né à Ferrare et mourut dans la 
seconde moitié du dix-septième siècle. On connaît de lui un grand 
nombre de fugues, de canzoni et de toceata pour l'orgue et divers 
instruments. 

FREZZOLIM (Herml\ie), cantatrice célèbre par l'ampleur de son 
style et par un sentiment dramatique à la fois noble et puissant, est 
née à Orvieto en 1818. Elle débuta à Florence, en 1838, dans la 
Béatrice di Tenda de Bellini ; parcourut toute l'Italie avec un succès 
grandissant ; se fit entendre à Londres, Pétersbourg et Madrid, et y 
fit sensation ; vint enfin à Paris, en 1853, où elle produisit un grand 
effet dans i Puritani, Bon Giovanni, etc. Sa voix malheureusement 
était déjà fatiguée; elle dut quitter la scène en 1855. M°^« Frezzolini 
avait épousé en 1840 le ténor Poggi. 



GABRIELI ou GABRIELLI (André), compositeur et organiste, né à 
Venise au commencement du seizième siècle, mort en 1586. Il composa 
la musique des fêtes données à Henri III, à Venise, lors de son retour 
de Pologne, et un grand nombre d'œuvres pour l'orgue et la voix. 



174 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

GABRIELLI (Jean), neveu du précédent, né à Venise en loo7, mort 
en 1613, organisLe-compositeur de l'école de Monteverde, que ses 
facultés inventives, plus que la science d'écrire, rendirent justement 
célèbre. 

GABRIELLI (Domenico), compositeur et violoncelliste du dix- 
septième siècle, auquel on doit plusieurs opéras : Cleohulo, Gige in 
Lydia, etc. 

GABRIELLI (Catherine), née à Rome en 1730, morte en 1796, 
ainsi surnommée parce que son père était cuisinier du prince Ga- 
brielli, qui se chargea de son éducation, eut pour maîtres Garcia et 
Porpora. Douée dime étendue de voix extraordinaire, vocalisant avec 
facilité, elle brilla surtout dans le chant de bravoure. Fantasque à 
l'excès, elle eut une vie très agitée et excita des passions fameuses. 
On cite d'elle plusieurs reparties aussi mordantes que spirituelles. 

GABRIELLI (Françoise), dite \a.Ferrarese ou la Gubrlellina, pour la 
distinguer de la précédente, fut élève de Sacchini. Elle naquit à 
Ferrare en 1755 et mourut à Venise en 1795. Cantatrice froide, mais 
excellente musicienne, elle s'adonna surtout au genre bouffe. 

GABRIELLI (le comte Rigolas), né à tapies en 1814, compositeur 
des plus médiocres, qui n'en fit pas moins représenter sur diverses 
scènes italiennes, et môme à Paris, vingt-deux opéras et un grand 
nombre de ballets. 

GADE (Niels-Gdillaume), compositeur, maître de la chapelle 
royale de Danemark et directeur de la Société] des concerts de 
Copenhague, est né dans cette ville, le 22 octobre i817. Son ouver- 
ture dVssian, couronnée en 1841, le mit si bien en rehef, qu'il fut 
choisi quelques années après pour remplacer Mendelssohn à la direc- 
tion des concerts du Gewand-Haus de Leipsick. De retour dans son 
pays, Gade, qui ne cessa pas un instant de produire, se vit comblé de 
places et d'honneurs. Son œuvre, qui se compose de symphonies, de 
poèmes et de ballades pour chœurs, soli et orchestre, d'ouvertures, 
de ballets et aussi d'opéras, est d'une facture élégante rappelant celle 
de Mendelssohn avec une saveur Scandinave en plus, mais aussi avec 
la richesse et la variété en moins. EH Kônigstochter (la Fille du roi 
des aulnes) y des ouvertures et quelques symphonies ont été jouées à 
Paris dans nos grands concerts à orchestre. 



GABRIELLI — GARAT. 175 

GALTN (Pierre), né à Samalan (Gers), en 1786, professeur de ma- 
thématiques et penseur distingué, consacra la dernière moitié de sa 
\ie à l'enseignement de la musique par une méthode nouvelle dont 
il était l'inventeur. Il se servait pour cela du méloplaste, portée vide, 
qui rappelait sous plus d'un rapport la main musicale de Gui d'Arezzo, 
et de \di notation en chiffres. Ses travaux, quoique fort ingénieux, 
n'ont pu cependant détrôner l'ancien système, auquel on est tou- 
jours forcé de revenir, à un moment donné, dans l'étude de l'art. 
Pierre Galin, qui eut pour successeurs et alliés Aimé Paris et Emile 
Chevé, mourut le 31 août 1821. 

GALLI (Philippe), chanteur célèbre, né à Rome en 1783, remporta 
ses premiers succès comme ténor en 1804. Une grave maladie ayant 
changé le registre de sa voix, il se fit, en 1812, entendre avec avan- 
tage dans les rôles de basse-taille, et sa renommée fut si considé- 
rable dans ce nouvel emploi, que Rossini écrivit pour lui le rôle de 
Fernando de la Gazza ladra et Maometto. Après de nombreux voyages, 
il fut nommé professeur de chant au Conservatoire de Paris, et mou- 
rut le 3 juin 1853. 

GALLI-MARIÉ (M°><=), fille du baryton :\Iarié, occupa d'abord^ l'em- 
ploi de forte chanteuse à Strasbourg (1859), puis à Toulouse (1860), 
à Lisbonne (1861) et à Rouen (1862), où elle créa la Jeune Bohémienne 
de Balfe. Elle débuta brillamment à l'Opéra-Gomique dans la Servante 
maîtresse, en cette même année, et elle ne cessa depuis lors de tenir le 
premier rang dans ce théâtre. Ses principales créations ont été : les 
Ihyigons de Villars, Lara, Fior d'Aliza, Mignon, Carmen, etc. Depuis 
quelques années, M™« Galli-Marié, qui a quitté l'Opéra-Comique, in- 
terprète avec succès, en province et à l'étranger, quelques-uns de 
ses rôles favoris. 

GARAT (Pierre-Jean), le chanteur le plus étonnant de l'époque de 
la Révolution, naquit à Ustaritz (Basses-Pyrénées) le 25 avril 1764. 
Contrarié par son père dans son goût pour la musique, Garât eut 
beaucoup à lutter, et ne put faire son éducation musicale que con- 
duit par le hasard. Garât ne parut en public qu'en 1794, aux fameux 
concerts Feydeau. Son succès fut immense. Il excellait dans tous les 
genres, depuis la chanson jusqu'aux plus subhmes élans de la tra- 
gédie musicale. A la création du Conservatoire, il y fut appelé l'un des 
premiers pour y enseigner le chant. Ses élèves furent nombreux et cé- 
lèbres ; M°'"\Valbonne, Duret; MM. Roland, Nourrit, Ponchard, Levas- 



176 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

seur, etc., en font foi. On s'accorde à dire que jamais on n'avait ren- 
contré chez un homme autant de quahtés supérieures. Après la perte 
de sa voix, Garât, qui ne pouvait se faire à l'idée de disparaître, es- 
saya encore de fixer l'attention publique par des excentricités à peine 
croyables. N'y pouvant réussir, il mourut de chagrin le .1" mars 1823. 

GARAUDÉ (Alexis de), professeur de chant au Conservatoire de 
Paris, né à Nancy le 21 mars 1779, mort le 23 mars 1852, a pubUé 
de nombreux ouvrages d'enseignement parmi lesquels on remarque 
une Méthode de chant et plusieurs volumes de solfèges. Il composa 
aussi pour les instruments, et fit môme un opéra : la Lyre enchantée^ 
resté inédit. 

GARCIA (Manuel de Popolo, Vicente), célèbre chanteur, com- 
positeur, né à Séville le 22 janvier 1775, était déjà estimé comme 
chef d'orchestre, compositeur et chanteur, à l'âge de dix-sept ans. Il 
fit représenter en Espagne presque tous ses ouvrages et vint à Paris, 
où il débuta en 1808, dans la Grlselda de Paër. Après une courte 
absence en Italie, il revint faire connaître aux Parisiens le Barbier 
de Séville, beaucoup d'autres ouvrages, et fit représenter à l'Opéra 
la Mort du Tasse et Florestan; aux Italiens, il Fazzoletto, trois de ses 
œuvres. Garcia partit alors pour l'Amérique, fut dépouillé par des 
bandits à son retour, et revint à Paris ouvrir son célèbre cours de 
chant. Garcia, excellent chanteur, plein de verve, fut un merveil- 
leux professeur. Comme compositeur, il laissa à désirer. C'est dans 
son monodrame Poeta calculista que se trouve l'air populaire en Es- 
pagne : Yo che son contrehandista. Il mourut à Paris le 2 juin 1832. 
Garcia est le père de deux grandes artistes, M™^* Malibran et Viard'ot. 

GARCIA (Manuel), fils du précédent, fut un excellent professeur 
de chant ; il se fit remarquer par des travaux scientifiques sur les 
registres et les timbres divers de la voix humaine. Il fut professeur 
au Conservatoire de Paris, et publia un Traité complet de l'art du 
chant. Né à Madrid le 17 mars 1803, Manuel Garcia est aujourd'hui 
à Londres. 

GASTINEL (Léon-Gustave-Cyprien), né à Dijon le 15 août 1823, 
premier grand prix de Rome en 1846, composa un grand nombre 
d'ouvragés dans tous les g:enres, qui obtinrent un succès d'estime. 

GAUTIER (Jean-François-Eugène), compositeur, professeur et vio- 
loniste, est né à Paris-Vaugirard le 27 février 1822. Ses ou\Tages les 



GARAUDÉ — GAZZANIGA . \ 77 

plus connus sont Flore et Zéphire (théâtre Lyrique, 1852); le Docteur 
Mirobolant (Opéra-Comique, 1860) ; Schahabaham II (théâtre Lyrique, 
1854). Nommé professeur d'harmonie et d'accompagnement au Conser- 
vatoire, puis à la chaire d'histoire delà musique, E. Gautier fut aussi 
critique musical. Il est mort à Paris le 1" avril 1878. Son dernier 
ouvrage, la Clef d'or^ avait essuyé une chute complète qui hâta pro- 
bablement sa fm. 

GAVEAUX (Pierre), acteur de TOpéra-Comique, et compositeur 
naquit à Béziers (Hérault) en 1761 et mourut près de Paris en 1825. 
Il se destinait d'abord à l'état ecclésiastique, mais son goût pour la 
musique l'emportant, il s'engagea comme ténor au théâtre de Bor- 
deaux. Dès lors, on le vit marcher de succès en succès dans le midi 
de la France, et finalement être appelé à Paris en 1789. Après quel- 
ques essais heureux, Gaveaux devint sociétaire de la Compagnie 
résultant de la fusion des théâtres Feydeau et Favart, et ne quitta 
plus rOpéra-Comique. Gaveaux écrivit une trentaine d'ouvrages pour 
le théâtre Feydeau ; Léonore ou l'Amour conjugal, le meilleur de tous, 
a servi de thème au Fidelîo de Beethoven. 

GAVIMÉS (Pierre), célèbre violoniste, né à Bordeaux vers 1726, 
fut appelé, dès sa jeunesse, le Tartini fraiiçais ip3iT ses contemporains. 
Nommé professeur au Conservatoire, lors de sa fondation, il fut 
considéré comme le chef de l'école française du violon. Il mourut en 
1800, et Gossec prononça son oraison funèbre. Gaviniés composa 
beaucoup pour le violon, et fit même un opéra-comique en trois 
actes : le Prétendu, qui fut représenté avec succès. Ami de Jean- 
Jacques Rousseau, il passe pour avoir pris part à des polémiques 
musicales en sa faveur, mais le fait n'est pas prouvé. 

GAZTAMBIDE, compositeur et directeur de théâtre très renommé 
en Espagne, est né à Tudela (Navarre) le 7 février 1822. Il écrivit en 
vingt-cinq ans une quarantaine de zarzuelas (opéras-comiques), dont 
plusieurs eurent un grand succès [Catalina, TJna Vieja, los Mag- 
giares, etc.), et contribua à fonder le Conservatoire de Madrid, où il 
mourut le 18 mars 1870. 

GAZZANIGA (Joseph), compositeur dramatique et maître de cha- 
pelle de la cathédrale de Crème, né en 1743 à Vérone, mort vers 
1818, reçut des conseils de Porpora, Piccini et Sacchini, et donna 

12* 



178 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

une trentaine d'opéras à l'Italie. Il Sereglio d'Osmanno et il Convitato 
de Pietra paraissent être les plus connus. 

GELIN (Nicolas), célèbre chanteur de l'Opéra, débuta en 1750 à ce 
théâtre. C'est lui qui créa le rôle d'Hidraot dans VAi^mide de Gluck. 
Il mourut en 1810, maire de la ville de Creil. 

GERALDV (Jeax-Aistolxe-Jlst), chanteur et compositeur de ro- 
mances, né de parents français à Francfort-sur-le-Mein, le 9 octobre 
1808, mort à Paris le 27 mars 1869. Meyerbeer lui donna sa célèbre 
mélodie le Moine, dont il fit applaudir toutes les beautés. Élève de 
Garcia, il fit lui-même de nombreux élèves, tant au Conservatoire 
de Bruxelles qu'à Paris. Ses mélodies la Zingara, la Lettre au bon 
Dieu, etc., ont obtenu de vrais succès. 

GEVAERT (François-Auguste), compositeur belge, né à Huysse, 
près d'Audenarde, le 31 juillet 1828, fit son éducation au Conserva- 
toire de Gand et obtint le grand prix de composition musicale. Après 
avoir remporté quelque succès avec une cantate intitulée Belgie et un 
Supei^ flumina Babylonis, sa première œuvre dramatique : Hugues de 
Somerghem, laissa le public froid. La Comédie à la ville fut mieux 
accueillie à Gand et à Bruxelles. Après un voyage en Espagne, 
M. Gevaert vint à Paris, et le Billet de Marguerite, les Lavandières de 
Santarem, au théâtre Lyrique; Quentin Durward, Château-Trompette 
et le Capitaine ^e?2no^, àl'Opéra-Comique, montrèrent toute l'étendue 
de son talent. Aujourd'hui, M. Gevaert, directeur du Conservatoire de 
Bruxelles, s'occupe particulièrement de didactique et d'archéologie 
musicales. Il a publié divers ouvrages très estimés sur ces matières : 
Traité d' orchestration et Histoire et Théorie de la musique de l'antiquité. 

GILLES (Jeax), compositeur de musique religieuse, né à Tarascon 
en 1660 et mort à Toulouse en 1705. Son Bequiem, exécuté à la mort 
de Rameau, est considéré comme un chef-d'œuvre. 

GILLIERS (Jean-Claude), violon de la Comédie française, né à 
Paris en 1667, mort en 1737. La musique qu'il écrivit pour les pièces 
de la Comédie italienne peut être considérée comme un des premiers 
essais de transition entre le vaudeville ancien et ce qui devait être 
plus tard l'opéra-comique. Gilliers écrivit une trentaine d'ouvrages 
de ce genre ; on y remarque Céphale et Procris, le Bouquet du roi, la 
Fille sauvage, etc. 



GELIN — GLUCK. 179 

GIRARD (Narcisse), compositeur, violoniste et chef d'orchestre, 
né à Mantes le 27 janvier 1797, entra au Conservatoire en 1817, sous 
la direction de Baillot. Il dirigea, de 1830 à 1832, l'orchestre des 
Italiens, et celui de rOp6ra-Gomique,de 1837 à 1846. De là, il succéda, 
à l'Opéra en 1846, et à la Société des concerts en 1847, au célèbre 
Habeneck, et fut nommé dix ans plus tard directeur général de la 
musique de l'Académie de musique. Il mourut le 16 janvier 1860. 
Girard a écrit deux petits opéras-comiques : les Deux Voleurs et le 
Conseil des Dix, qui passèrent inaperçus. 

GLINKA (MiCHEL-IvANOViTCH de), compositeur russe, né en 1804 
près de Smolensk, mort à Berhn en 1857. Ses deux opéras : la Vie 
pour le tzar (Ivan Soussanine) et Rousslan et Lioudmila, sont cé- 
lèbres en Russie. Il a aussi composé un grand nombre de mélodies 
et de morceaux divers. 

GLOVER (Howard), musicien et critique anglais, né à Kilburn le 
6 juin 1819, fut très renommé en Angleterre comme violoniste, pia- 
niste accompagnateur, chef d'orchestre, ténor, compositeur et ré- 
dacteur musical du Morning-Post. Il fonda à Londres une Académie 
musicale et dramatique qui obtint de forts beaux résultats. Ses ou- 
vrages : cantates, opérettes, opéras-comiques et même grand opéra, 
furent généralement bien accueillis : the Coquette, Once too often, 
Ruy-Blas, etc. Un voyage qu'il fit à New-York en 1868 lui fut fatal. 
Malgré tous ses efforts, il ne put réussir dans ce pays, et y mourut 
dans la misère, le 28 octobre 187o. 

GLUCK (Christophe), compositeur illustre par la valeur de ses 
ouvrages, et plus encore par la révolution profonde que ceux-ci 
accomplirent dans le domaine de l'art dramatique, naquit à Wei- 
denwang (haut Palatinat) le 2 juillet 1714. Ayant déjà quelques 
connaissances de son art, il se rendit à Vienne en 1736 ; puis à 
Milan, où, son éducation musicale achevée, il fit représenter son 
premier opéra : Artaserse (1741). Cet ouvrage, et six autres qui lui 
succédèrent dans fespace de trois ans, feurent rapidement classé 
au rang des meilleurs maîtres. En 1745, appelé à Londres pour y 
donner deux opéras nouveaux au théâtre d'Haymarket, Gluck eut 
en outre à arranger un pasticcio avec les pages les plus applaudies 
de ses précédents ouvrages. Ce pasticcio ne réussit pas, au grand 
étonnement de fauteur. Mais cette chute fut féconde ; car elle 



180 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

inspira au jeune compositeur ses premières réflexions sur la né- 
cessité de la vérité dans l'expression dramatique ; réflexions qui, 
mûries, coordonnées en système, devaient bientôt le conduire jus- 
qu'aux plus hauts sommets du génie. Dès lors, Gluck abandonna le 
genre italien de son temps. La Scmiramidericonosciuta, Telemaco, la 
Clemenza di Tito, il Triompho di Camillo, où l'on remarque de plus 
en plus les réformes apportées à son style, en témoignent à Vienne 
comme en Italie. Cependant il fallait à Gluck, pour accomplir dans 
son entier l'œuvre commencée, deux choses : un poète qui sût le 
comprendre et un théâtre digne de lui. Le poète (après avoir [essayé 
de Métastase et de quelques autres), il le trouva enfin dans Calsabigi 
et fit avec lui ces partitions immortelles qui s'appellent Alceste, Paris 
et Hélène, Orphée et Eurydice. La scène si ardemment désirée, il vint 
la demander à la France et la trouva à Paris. 11 s'inspira de Racine, 
un autre génie, et le i9 avril 1774 Iphigénie en Aidide affirmait 
d'une façon éclatante, à fOpéra, Faccomplissement de la révolution 
musicale dramatique. Le succès fut tel, qu'immédiatement il lui fallut 
s'occuper d'approprier Alceste et Orphée aux exigences de la scène 
française. Ce fut un délire d'enthousiasme. Pour la première fois les 
répétitions générales furent rendues publiques ; et certaines bou- 
tades de l'auteur, aussi bien que l'apparition d'un art nouveau, les 
rendirent particulièrement intéressantes. Après ces triomphes, Gluck 
devait encore produire deux chefs-d'œuvre : Armide, sur un livret 
de Quinault (1777) et Iphigénie en Tauride (1779). Echo et Narcisse, 
qui leur succéda en 1779, fut la dernière composition du maître. Il 
mourut à Vienne, frappé d'apoplexie, le 15 novembre 1787. 

Une révolution aussi considérable dans l'art dramatique ne pouvait 
s'accomplir sans combats. La lutte fut vive. Le monde artistique se 
partagea en deux camps. On opposa Piccini à Gluck, et la guerre 
des Gluckistcs et des Piccinistes fut aussi, et même plus mémorable 
que celle des Bouffons en 1753. 

Pour bien se rendre compte des innovations de Gluck et de ses 
idées sur l'opéra, il suffira de lire les épîtres dédicatoires qu'il place 
en tête de ses deux partitions d\A.lceste et de Paris et Hélène. Son 
système y est expliqué en entier avec une clarté parfaite. 

GODARD (Bexjamix-Louis-Paul), compositeur et violoniste, né à 
Paris le 18 août 1849, fit d'assez brillantes études au Conservatoire 
et se livra à la composition. Un grand nombre de mélodies originales, 
un Concerto romantique, joué dans les grands concerts symphoniques 



GODARD — GORDIGIANI. 181 

par M"^ Marie Tayau, commencèrent une réputation que devait enfin 
consacrer le Tasse, poème symphonique qui partagea le prix de la 
ville de Paris en 1878, avec le Paradis perdu, de M. Dubois. 

GODDARD (M™« DAvmsoN, née Arabella), pianiste distinguée d'ori- 
gine anglaise, née àSaint-Servan (Ille-et- Vilaine) en 1836, élève de 
Kalkbrenner et de Thalberg, particulièrement renommée en Angle- 
terre, s'est fait entendre avec succès dans toute l'Europe et en Amé- 
rique. Elle a reparu dans les concerts à Paris, en 1877.. 

GODEFROID ( Dieudonné - Joseph - Guillaume - Félix ) , harpiste 
renommé, né à Namur le 24 juillet 1818, a publié plusieurs morceaux 
pour la harpe, et fait représenter un petit opéra : la Harpe d'or, au 
théâtre Lyrique, en 1858, avec un certain succès. 

GOLDMARK (Carl), compositeur allemand, né le 18 mai 1830, à 
Weszthely, a fait entendre avec succès une ouverture de Sacountala; 
une symphonie : la Noce champêtre, et différentes œuvres d'orchestre. 
En 1874, un grand opéra de lui : la Reine de Saba, donné à Vienne, a 
été reçu avec assez de faveur pour être transporté sur d'autres scènes 
allemandes. 

GOMBERT (Nicolas), célèbre compositeur de la première moitié du 
seizième siècle, né à Bruges, fut un des disciples de Josquin Després et 
précurseur, quant au style, de Palestrina. Prêtre et maître de cha- 
pelle de Charles-Quint, son œuvre est extraordinairement fécond, à 
en juger par ce que l'on connaît de lui : motets, chansons, chants sacrés, 
messes, etc., à une ou plusieurs voix. Gombert partagea avec ses 
contemporains, Clément non papa, et Créquillon, le titre de chef 
d'école de la musique de son temps. 

GORDIGIANI (Jean -Baptiste), professeur de chant au Conserva- 
toire de Prague, a fait représenter dans cette ville deux opéras de sa 
composition : Pygmalion et Consuelo, en 1845, mais il cultiva plutôt le 
genre religieux. Il était, né à Mantoue en 1796, et mourut à Prague 
en 1871. 

GORDIGIANI (Louis), frère du précédent, est né à Florence en 1806, 
composa plusieurs opéras qui furent plus ou moins bien accueillis : 
Fausto, gli Aragonesi inlSapoli, I Ciarlatcmi, Una Vendetta corsa, etc.» 
mais se recommanda surtout par ses mélodies pour une et plusieurs 



i82 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

\oix, VInvito, YInnamorato, VEsiilc, qui lui ont valu le surnom de 
Schubert de l'Italie. Il est mort à Florence en 1860. 

GOSSEG (François-Joseph), né à Vergnies (Belgique) le 17 jan- 
vier 1733, fut un des musiciens qui honorent le plus l'art fran- 
çais. Fils de pauvres laboureurs, Gossec se forma seul. A l'âge de 
dix-huit ans, il vint à Paris se perfectionner dans son art, fit ses 
premiers débuts sous l'œil de Rameau, alors en pleine renommée, et 
s'attacha aux réformes à apporter à notre art musical. L'infériorité 
de notre style instrumental surtout le frappa. Pour le développer, il 
composa les premières symphonies connues en France (Haydn écrivit 
aussi sa première la même année, en Allemagne) et les fit goûter 
dans des concerts d'amateurs qu'il créa, et dont il confia la direction 
au fameux chevalier de Saint-Georges (1770). C'est à cette tentative, 
que l'on doit sa célèbre symphonie la Chasse, exhumée en 1882 par 
M. Pasdeloup, symphonie qui servit de modèle à l'ouverture du Jeune 
Henri de Méhul, et fut le premier symptôme de l'enrichissement consi- 
dérable des diverses parties de notre orchestre. En 1773, Gossec con- 
tinua son œuvre en prenant en main le Concert spirituel, et la couronna 
dignement en fondant en 1784 l'École royale de chant, première origine 
do notre Conservatoire. Pendant ce temps le compositeur ne restait 
pas inactif. Outre ses vingt-neuf symphonies, ses quatuor, etc., il 
produisait encore à l'église et au théâtre la célèbre Messe des Morts, 
les Pécheurs, Toinon et Toinette^ le BouUe Béguisement, Thésée et une 
quantité d'autres ouvrages qui mettaient le comble à sa réputation. 
Mais ce qui devait surtout illustrer le nom de Gossec, c'étaient les 
pages grandioses qu'allaient lui inspirer les fêtes nationales de la 
Révolution : le Camp de Grandpré, la Prise de Toulon, ses Hymnes de 
la Fédération, à VÈtre suprême, à l'Humanité, à la Liberté, à l'Egalité, 
et le Serment républicain, une admirable orchestration de VHymne des 
Marseillais, toutes œuvres remplies de souffle et remarquablement 
comprises pour les masses et l'exécution en plein air. En 1795, à la 
fondation du Conservatoire, Gossec en fut nommé inspecteur et colla- 
bora, avec Chérubini et Méhul, aux ouvrages d'enseignement de cet 
étabhssement. Il entra à l'Institut lors de sa formation, travailla sans 
relâche jusqu'en 1815, époque de la suppression du Conservatoire, et 
mourut à Passy le 16 février 1829. 

GOTTSCHALK ( Louis - Moreau ) , pianiste - compositeur , né le 
2 mai 1829 à la Nouvelle-Orléans, mort à Rio de Janeiro le 18 décem- 



GOSSEC — GOUNOD. 183 

bre 1869, voyagea pendaat quelques années >n Europe, où il se fit 
applaudir, et parcourut ensuite avec succès l'Amérique. Ses compo- 
sitions pour le piano : le Siège de Saragosse, la Bamboula, le Bana- 
nier, etc., eurent un moment de vogue. 

GOUDIMEL (Claude), musicien célèbre du seizième siècle, ne en 
Franche-Comté vers 1510, composa d'abord des messes, motets, chants, 
pour les églises catholiques. Affilié plus tard aux réformés de France, 
il mit en musique les Psaumes de Marot et de Théodore de Bèze, qui 
illustrèrent son nom ; il fut massacré à Lyon avec les calvinistes le 
jour de la Saint-Barthélémy (24 août 1572). *^- 

GOUNOD (Charles-François), compositeur français, né à Paris le 
17 juin 1818, reçut de sa mère, excellente musicienne, les première 
notions de son art; fut admis au Conservatoire, où Lesueur, Paër et 
Halévy dirigèrent ses études; en sortit avec le grand prix de Rome 
en 1839, et partit pour l'ItaHe. D'un esprit mystique et porté vers les 
idées religieuses, M. Gounodse livra d'abord à l'étude de la musique 
sacrée. Il fit exécuter à Vienue (1843) une messe pour voix seule; de 
retour à Paris, il dirigea la musique de l'église des Missions étran- 
gères, et alla même jusqu'à revêtir l'habit ecclésiastique. En 1851, à 
l'Opéra, Sappho vint annoncer avec éclat le retour du compositeur à la 
vie mondaine, et révéler tout d'un coup ses puissantes facultés dra- 
matiques. Trois ans après, la ISonne sanglante fut représentée (1854). 
Ces deux ouvrages, malgré de réelles et vigoureuses beautés, n'eurent 
que quelques représentations. Dans un genre tout différent, le Médecin 
malgré lui fit, en 1858, une heureuse apparition au théâtre Lyrique 
et y fut bientôt suivi de Faust, le plus grand succès musical du siècle 
(19 mars 1859). C'est de ce drame lyrique, en effet, que date l'im- 
mense célébrité de M. Gounod. Faust a été traduit dans toutes les 
langues, a été acclamé sur toutes les scènes des deux mondes. Un 
pareil succès est sans précédent dans le domaine de la musique. 
Faust fait aujourd'hui partie du répertoire de l'Opéra. Après Faust 
vinrent successivement Philémon et Baucis, œuvre charmante (théâtre 
Lyrique, 1860); la Reine de Sàba (Opéra, 1862); Mireille (théâtre Ly- 
rique, 1864);, la Colombe, petite œuvre un peu mièvre (Opéra-Comi- 
que, 1866); Roméo et Juliette (théâtre Lyrique, 1867). Pendant la guerre, 
M. Gounod se rendit à Londres, où il composa Polyeucte, opéra qui, 
après de longues vicissitudes, finit par être représenté à l'Académie de 
musique en 1879. Entre temps, il avait donné à l'Opéra-Comique Cinq- 



184 PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

Mars (1877) et préparait le Tribut de Zamora, qui fut exécuté à l'Opéra 
en 1881. Malgré le succès de ces derniers ouvrages, on ne peut s'em- 
pêcher de reconnaître que depuis Roméo et Juliette le public a fait 
moins bon accueil au grand compositeur. Dans les autres genres, 
M. Gounod a publié plusieurs recueils de mélodies^ dont quelques-unes 
{lu Sérénade, le Soir, etc.) sont devenues célèbres, et un nombre consi- 
dérable d'œuvres religieuses, des duos, trios, quatuor, cantates, parmi 
lesquelles il faut citer G allia ; des chœurs, des symphonies, etc., etc. 
— M. Gounod a succédé, en 1866, à Clapisson comme membre de 
l'Institut. 

GOUVY (Théodore), compositeur distingué, né le 2 juillet 1819, 
à GofTontaine, près Saarbrûck, de parents français, a fait à Paris, à 
Berlin et en Italie son éducation musicale. Son œuvre, considérable, 
quoique peu connu, est presque tout instrumental. D'une facture 
estimable, sans grande originalité, M. Gouvy se recommande par une 
allure classique, d'un agréable sentiment. On a exécuté plusieurs de 
ses symphonies aux concerts populaires. 

GRAND VAL (Marie-Félicie-Clémexce de REISET, comtesse de), 
née à la Tour-du-Bois (Sarthe) le 21 janvier 1830, compositeur, com- 
mença ses études avec M. de Flotow, et les continua avec M. C. Saint- 
Saëns. Elle a donné sur diverses scènes et sous des pseudonymes 
quelques petits opéras-comiques : le Sou de Lise, les Fiancés de Rosa, 
la Pénitente, etc. Un poème lyrique, la Forêt; unStahat, des Esquisses 
symphoniques, et plusieurs autres pages orchestrales, dénotent chez 
M™^ de Grandval des qualités de premier ordre. 

GRAS(JuLiE-AiMÉE-JosÈPHE DORUS, femme), cantatrice distinguée, 
née à A'alenciennes le 7 septembre 1804, se fit entendre avec succès 
dans les concerts dès Tàge de quatorze ans, ce qui lui valut d'être 
envoyée au Conservatoire de Paris aux frais de sa ville natale. En 
1825, en tournée de concert, elle fut engagée à Bruxelles comme 
première chanteuse et y fut bien accueillie. En 1830, appelée à Paris, 
elle débuta à l'Opéra dans le Comte Ory et succéda bientôt aux em- 
plois de M™^ Damoreau (1835). Elle créa alors Thérésina du Philtre, 
Alice àQRohert le Diable, etc. Mais à l'arrivée de M™"^ Stolz, M°»« Dorus- 
Gras fut l'objet de telles tracasseries, qu'elle dut quitter l'Opéra pour 
n'y plus rentrer. M"^ Dorus-Gras s'est fait entendre dans les princi- 
pales villes de France, de Belgique et d'Angleterre. M. Gras, qu'elle 
épousa en 1833, était premier violon à l'Opéra. 



GOUVY — GRÉGOIRE LE GRAND. 185 

GRASSARI (M"" GÉRARD, dite), née à Tongres (Belgique), vers 
1793, chanteuse de talent, occupa à l'Opéra une situation brillante de 
1816 à 1828. Ses principales créations, dans les Dieux rivaux, Stratonice, 
Aladin, etc., furent très remarquées. Elle a disparu depuis. 

GRASSINI (Joséphine), célèbre cantatrice italienne, née à Varèse 
(Lombardie) en 1773, morte à Milan en 1850, débuta à Milan en 1794, 
dans VArtaserse de Zingarelli, et parcourut avec un succès croissant 
toute l'Italie, jusqu'au jour où le premier consul, charmé par son 
talent, l'emmena à Paris. Elle parut dans la grande fête nationale 
donnée au Champ de Mars le 22 juillet 1800, et partit pour Berlin après 
avoir chanté deux fois à l'Opéra. Rappelée en 1804 par l'empereur, 
elle fut attachée aux théâtres de la cour, où elle brilla jusqu'en 1815. 

GRAUN (Charles-Henri), maître de chapelle de Frédéric II, roi 
de Prusse, et compositeur, né en 1701 à Wahrenbrûck, se distingua 
comme ténor à l'Opéra de Brunswick, et y donna en 1726 Polydore, 
son premier opéra. Passé au service de Frédéric II, il fut spécialement 
chargé par ce prince de former, pour sa cour, une troupe d'opéra, et 
de composer le fonds des ouvrages qui devaient y être représentés. Ses 
opéras, au nombre de trente-trois, furent très appréciés, particulière- 
ment par le roi. Parmi ses meilleures partitions, on cite la Musique 
funèbre pour les funérailles de Frederick-Guillaume et la Mort de 
Jésus. Graun mourut à BerUn en 1759. 

Son frère, Jean-Gottlieb Graun, né aussi à Wahrenbrûck en 1698, 
et mort en 1771, fut chef d'orchestre du roi de Prusse. Son œuvre, 
particulièrenient instrumental, est peu connu. 

GRAZIANI (Frangesco), chanteur itahen, né à Fermo (Etats- 
Romains) le 26 avril 1829, posséda une des plus belles voix de bary- 
ton de son temps. De 1854 à 1861, cet artiste demeura attaché à 
notre théâtre Italien l'hiver et à celui de Londres l'été. Rigoletto fut 
un de ses plus grands triomphes. 

GRAZIANI (LoDOvico), frère du précédent, ténor distingué, né en 
■1823, aussi à Fermo, s'est fait spécialement remarquer comme inter- 
prète brillant des œuvres de Verdi, dans les différentes villes où il 
s'est fait entendre. 

GRÉGOIRE I", dit le Grand, pape du sixième siècle, compléta les 
réformes du chant liturgique commencées par son prédécesseur Ain- 



180 PETITE E.NXYCLOPÉDTE MUSICALE. 

broise; établit Icplain-chant sur ses bases définitives ; enfin, rassembla 
sous le titre dWntiphonnrhis cento, demeuré encore aujourd'hui le 
type le plus pur de ce qu'on appelle le chant grégorien, ses propres 
chants, ceux d'Ambroise, de Paulin, etc. 

" GRÉTRV (Axdré-Er.xest-Modeste), né à Liège le 8 février 174!, 
fut destiné dès l'enfance à la carrière musicale, par son père, pauvre 
musicien à la collégiale de Saint-Denis. D'abord rétif aux enseigne- 
ments de l'art, le jeune Grétry ne montrait aucune disposition, lors- 
qu'une troupe italienne de passage vint réveiller ses facultés encore 
endormies, en lui révélant les beautés des opéras de Pergolèse. 
Le changement fut si rapide, que dès lors, négligeant les études 
sérieuses, il ne songea plus qu'à se livrer à la composition. De là une 
gêne, une ignorance dans fart décrire, dont Grétry, malgré toute sa 
verve créatrice, devait se ressentir toute sa vie. Cependant une Messe 
qu'il fit exécuter décida les chanoines à l'envoyer à Rome en 1759. 
C'est dans cette ville qu'il s'essaya pour la première fois au théâtre, 
avec un intermède : le Vendcmiatrice, qui eut quelque succès. La lec- 
ture de Rose et Colas de Monsigny acheva de lui montrer la voie dans 
laquelle il devait marcher : celle de l'opéra-comique français. 11 
partit alors pour Genève (1767) afin d'essayer d'obtenir un livret de 
Voltaire, et, ne pouvant l'obtenir, il se rendit à Paris. Là, après avoir 
vainement tenté de faire représenter les Mariages Samnites, il fut 
plus heureux avec le Hiiron de Marmontel (1768), et à partir de ce 
moment ce fut, pour le jeune compositeur, une série continue de 
succès. Le Tableau parlant, les Deux Avares, Zémir et Azor, la 
Fausse Magie, V Amant jaloux, le Jugement de Midas, l'Epreuve 
villageoise, Richard Cœur de lion, etc., etc., en tout vingt et un 
ouvrages, se succédèrent dans une période de seize années, rendant 
Grétry à jamais célèbre. A cette époque pourtant, sa renommée eut à 
soutenir un violent assaut. La musique de Méhul et de Chérubini, 
mieux écrite, d'une harmonie plus corsée, d'allure plus énergique, fit 
paraître pâles les naïfs accents de Grétry. Celui-ci voulut en vain 
s'élever à ces hauteurs, avec Pierre le Grand, Lisheth, Guillaume 
Tell, etc., mais la faiblesse de son éducation première l'empêchant 
d'y parvenir, Grétry fut presque abandonné, pendant les années de 
la Révolution. Ce fut Elleviou qui, en 1801, lui rendit sa vogue pre- 
mière, vogue qui dure encore de nos jours. Outre ses opéras, dont le 
nombre s'élève à soixante environ, Grétry a écrit encore quelques 
morceaux symphoniques, et plusieurs ouvrages d'église. Son Essai 



GRÉTRY — GUADAGNI. 187 

sw' la musique, où se révèle toute la naïve vanité du maître, est un 
ouvrage des plus curieux. Comblé d'honneurs durant sa vie, Grétry, 
qui avait acquis l'Ermitage de J.-J. Rousseau à Montmorency, y mou- 
rut le 24 septembre 1813. Ses funérailles furent magnifiques. 

GRISAR (Albert), compositeur, né à Anvers le 20 décembre 1808, 
mort à Asnières' le io juin 1869, embrassa la carrière musicale, mal- 
gré le vœu de sa famille, qui le destinait au commerce. Après avoir 
reçu quelques conseils de Reicha, il travailla sans relâche, et 
s'essaya d'abord dans quelques petites productions mélodiques et 
dramatiques sans grande importance. Une romance : la Folle, com- 
mença à le faire remarquer, mais ce ne fut qu'après les succès obtenus 
par rEaii merveilleuse, Gilles ravisseur, les Porcherons, que sa réputation 
fut à jamais consacrée. Il donna ensuite Bonsoir, monsieur Pantalon, 
le Chien du jardinier, la Chatte merveilleuse, etc., avec non moins de 
succès, et laissa un certain nombre d'ouvrages en portefeuille. 

GRISART (Charles), riche amateur, a fait représenter sur plusieurs 
petites scènes quelques opérettes : Mcmnon ou la Sagesse humaine, 
la Quenouille de verre, les Trois Margot, etc. Il est né vers 1840, et est 
élève de M. Léo Delibes. 

GRISI (Giulia), cantatrice italienne, née à Milan le 28 juillet 1811, 
morte à Berlin le 25 novembre 1869, obtint ses premiers succès sur 
les scènes d'Ilalic. Elle vint à Paris en 1832, s'y fit entendre d'abord 
dans Sémiramide et, continuant à perfectionner son talent, attei- 
gnit bientôt aux premiers rangs. Plusieurs opéras furent écrits 
pour elle, parmi lesquels I Puritani. M^^^ Grisi tint les premiers 
rôles pendant une quinzaine d'années à Paris et en Angleterre, et fit 
ensuite des tournées en Amérique et en Espagne. Elle avait épousé en 
1836 le comte Gérard de Melcy ; le mariage rompu judiciairement, 
elle se remaria avec son camarade, le ténor Mario, marquis de Candia. 

GRISI (Judith), sœur de la précédente, née à Milan en 1802, morte 
en 1840 près de Crémone, chanta avec succès sur diverses scènes 
italiennes. Belhni écrivit pour elle le rôle de Roméo dans I Capideti. 

GUADAGNI (Gaétan), célèbre contralliste, né à Lodi vers 1725, 
mort à Padoue en 1797, chanta à Paris au Concert spirituel, et à 
Versailles en 1754. De retour en Italie, il excita l'admiration dans 
Telemaco, et à Vienne dans Orfeo, rôles écrits pour lui par Gluck. Il 



188 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

se rendit ensuite en Allemagne, où il se fit également applaudir, -et 
amassa de grandes richesses. 

GUARNERI, nom d'une famille de luthiers célèbres de Crémone 
au dix-septième siècle, dont le chef, Akdré, fut élève d'Amati. Le plus 
renommé de tous, Joseph-Antoine Gcarneri ou Gdarnerius, fabriqua, 
vers le milieu de sa carrière, d'excellents instruments pouvant riva- 
liser avec ceux de Stradivarius. 

GUASCO (Carlo), ténor italien, né à Soléro (Piémont) le 13 mars 
1813, mort dans cette ville le 13 décembre 1876, obtint en Italie, et 
surtout à Milan, de grands succès. C'est lui qui créa 1 Lombardi, 
Maria dl Rohan, Ernanl et Attila de Verdi, et quelques autres rôles. 

GUERRERO (François), célèbre compositeur et maître de chapelle, 
né à Béja (Portugal) en 1528, mort à Séville en 1600. Son œuvTe, 
entièrement rchgieux, a été pubhé dans différentes villes d'Europe. 
Les exemplaires en sont très rares. Guerrero fit, à l'âge de soixante ans, 
un voyage à Jérusalem, qui excita l'admiration de ses contemporains. 

GUEYMARD (Paulixe LAUTERS, épouse), cantatrice distinguée, 
naquit à Bruxelles le 1" décembre 1834, et étudia d'abord la pein- 
ture, puis la musique, et entra au Conservatoire de Bruxelles, d'où 
elle sortit avec un premier prix de chant. En iSoo, elle débuta à Paris, 
au théâtre LjTique, sous le nom de Deligxe-Lauters, et s'y fît applau- 
dir dans le Billet de Marguerite et quelques autres ouvrages. En 1856, 
elle entra à l'Opéra, et s'y montra brillamment dans le Trouvère. 
Mariée en secondes noces avec M. Gueymard, elle parut sous ce nom 
dans les divers rôles du répertoire, et créa en outre la Reine de Saba, 
la Magicienne, Roland à Roncevaux, Bon Carlos, Hamlet, etc. Ses 
triomphes principaux furent dans les Huguenots et le Prophète. 

GUEYMARD ( X. ), mari de la précédente, fort ténor qui, depuis 1848 
jusqu'en 1868, tint les principaux rôles à l'Opéra, était né à Chap- 
ponay (Isère). Il est mort à Saint-Fargeau, près de Corbeil, au mois 
de juillet 1880. 

GUGLIELMI (Pierre), célèbre compositeur itaUen, né en 1727 à 
Massa-Carrara, mort à Rome en 1804, fut l'émule de Cimarosa et de 
Paisiello. Moins connu en France que ces derniers, sa renommée 
égala pourtant la leur, et tous trois ils furent sans rivaux de leur 



GUARNERI — GUILMANT. 189 

temps. D'un tempérament ardent, Guglielmi rechercha toujours la 
lutte, sous quelque forme qu'elle se présentât, et c'est à cet amour 
du combat qu'il dut ses plus grands triomphes. Dans son œuvre, 
comprenant près de quatre-vingts opéras, des oratorios, des mor- 
ceaux religieux et autres, I Due Gemelli, I Viiujgiatori^ la Serva inna- 
morata (jouée à Paris), la Bidone, Dehora e Sisai^i, etc., sont les plus 
célèbres. 

GUIDO, ou GUI d'AREZZO, moine de Pomposo, naquit à Arczzo vers 
la fin du dixième siècle. On lui attribua pendant longtemps un nom- 
bre considérable d'inventions ou d'innovations qui ne furent pas de 
son fait, entre autres Yinvention de la gamme. Gui a seulement inventé 
une méthode pratique pour l'enseignement de la musique, méthode 
qu'il apphqua dans son école et qui fut bientôt suivie partout. Cette 
méthode consistait à trouver les intonations à l'aide d'un monocorde 
sur la table duquel étaient marquées les lettres représentant les notes 
de la gamme. Un chevalet mobile placé sur les lettres allongeait ou 
raccourcissait la partie vibrante, et celle-ci, pincée, donnait l'intona- 
tion demandée. Gui joignait à ce procédé un moyen mnémonique 
consistant à apprendre par cœur un certain chant et à lui rapporter 
tous les autres. Celui qu'il avait choisi et qui est resté célèbre, 
car c'est de ce chant que nous viennent les noms modernes des six 
premières notes de la gamme, était YHymne de Samt Jean-Baptiste : 

Ut queant Iaxis resonare fibris 
Mira, gestorum /«muli tuorum, 
Solve polliiti lah'n reatum, 
Sancte Joannes, 

OÙ chaque syllabe soulignée correspond à un son différent, et donne 
la série : lit ré mi fa sol la, marchant par degrés conjoints. Les pro- 
cédés de Gui sont expliqués en détail dans son Micrologue, dans son 
Antiphonaire et dans sa Lettre au moine Michel. 

GUILMANT (FÉLIX- Alexaîxdre), né à Boulogne-sur-Mer le 12 mars 
1837, l'un des meilleurs organistes de notre époque, est élève de son 
père et de M. Lcmmens. Maître de chapelle de Saint-Nicolas à Bou- 
logne, en 1857, M. Guilmant se fit remarquer aux inaugurations des 
nouvelles grandes orgues de diverses églises et particulièrement à 
Paris, à Saint-Sulpice et à Notre-Dame. En 1871, à la mort du 
regretté Ghauvet, il fut appelé à lui succéder à la Trinité, et depuis 

13 



190 PETITE EN'CYCLOPÉDIE MUSICALE. 

lors il n'a plus quitté Paris. Chaque année, M. Guilmant donne auTro- 
cadéro des séances d'orgues très intéressantes, où il se fait remar- 
quer par une connaissance profonde des styles anciens et modernes 
et par une habileté rare dans le maniement de son instrument. 

GUIRAUD (Ernest), compositeur français, né à la Nouvelle -Orléans 
le 23 juin 1837, fit représenter en 1852 son premier opéra : le Roi 
DauJcZ, dans cette ville, et vint ensuite se f^er à Paris. Fils d'un grand 
prix de Rome en musique, M. Jean-Baptiste Guiraud, il remporta lui- 
même le grand prix en 1859. A son retour de Rome, l'Opéra-Comique 
lui joua deux actes qui reçurent bon accueil : Sylvie (1864) et le 
Kohold (1870). En 1869, le théâtre Lyrique avait donné En prison; 
TAthénée donna en iS12 Madame Turlupin; l'Opéra, le ballet Gretna- 
Green (1873), et TOpéra-Comique enfm, Piccolino en 1876. Tous ces 
ouvrages obtinrent un succès mérité. Pendant ce temps M. Guiraud 
ne négligea pas la musique symphonique. Les concerts Pasdeloup et 
Colonne ont souvent exécuté ses remarquables suites d'orchestre, et 
compositions d'un style élevé et plein de couleur, qui font aujourd'hui 
partie du répertoire. Le dernier ouvrage de M. Guiraud : Galante 
Aventure, n'a remporté qu'un demi-succès en 1882 à l'Opéra-Comique. 

GUNG'L (Joseph), compositeur de danses et de marches, dont les 
œuvres sont populaires en Allemagne, est né en 1810 à Zsambeck 
(Hongrie). 

Sa fille, Virginie Gung'l, a débuté à Berlin, en 1872, dans la Flûte 
enchantée. ' - 



H 



HABENECK (Fraxçois-Axtoixe), né à Mézières le 1" juin 1781, 
mort le 8 février 1849, à Paris, fut le plus éminent chef d'orchestre 
de son temps. Premier prix de violon en 1804, il entra à l'Opéra, où 
bientôt il remplaça Kreutzer dans l'emploi de premier violon-solo. 
En 1806, la réputation d'Habeneck comme chef d'orchestre était faite. 
Aux concerts d'école du Conserva^toire, où l'usage voulait que les 
premiers prix de chaque année dirigeassent l'orchestre à tour de rôle, 
une exception fut faite en sa faveur à cause de son 'évidente supériorité, 
et il resta seul directeur jusqu'en 1815. C'est dans ces concerts et 
dans ceux de l'Opéra qu'il commença à révéler Beethoven à la France. 



GUIRAUD — HAENDEL. 191 

Enfin, en 1828, il mit le comble à sa renommée en contribuant à 
fonder la Société des concerts du Conservatoire, en la dirigeant et lui 
imprimant ce cachet de haute supériorité et cette grandeur, qui la 
rendent encore aujourd'hui unique au monde. Habeneck fut directeur 
de l'Opéra de 1821 à 1824. A cette date, la forme d'administration 
de l'Académie de musique ayant subi de grands changements, il en 
resta le chef d^orchestre et occupa ce poste jusqu'en 1846. 

HAENDEL (Frédéric-Georges), compositeur illustre. Allemand d'ori- 
gine, de naissance et de style, et dont la gloire pourtant est vivement 
revendiquée par l'Angleterre, par la seule raison qu'il passa dans ce 
pays les plus nombreuses et les plus fécondes années de sa vie. Fils 
d'un chirurgien de Halle (Saxe), Haendel, né en cette ville le 23 fé- 
vrier 1685, eut à déployer tout d'abord une énergie et une ténacité 
bien rares chez un enfant, pour résister à la volonté de son père, qui 
voulait faire de lui un magistrat, et pour se livrer au goût passionné 
qui l'entraînait vers la musique. Aidé d'un domestique, il parvint à 
placer dans les combles de la maison paternelle, à l'insu de sa fa- 
mille, une vieille épinette ; et là, pendant la nuit, seul, sans autre guide 
que son instinct, il s'exerça sur cet instrument. A-huit ans, il jouait 
suffisamment bien pour qu'un jour, à la cour du duc de Saxe-Wei- 
semfels, s'étant mis à improviser sur l'orgue, ce seigneur fût frappé 
des qualités originales de son jeu. Le duc intercéda auprès du père, et 
dès lors Haendel put s'abandonner librement à la vocation qui l'entraî- 
nait irrésistiblement. Son premier maître, à Halle, fut l'éminent orga- 
niste Lachau, qui lui apprit le contrepoint et la fugue. H demeura entre 
ses mains jusqu'à l'âge de treize ans, et pendant ce temps acquit assez 
de connaissance en latin pour pouvoir composer pour l'Église. De dix 
à treize ans, il produisit régulièrement un motet par semaine, et ces 
motets furent chantés à l'église principale de Halle, jusqu'à son départ 
pour Berhn, en 1696. Là, Haendel, mal accueilli par Bononcini, mais 
en revanche protégé par Ariosti, tous deux directeurs de l'Opéra, fut 
bien vite remarqué par l'électeur, qui lui offrit de renvoyer à ses 
frais en Italie pour parfaire son éducation musicale; mais le jeune 
maître ne crut pas devoir accepter. Il retourna à Halle, où il assista 
aux derniers moments de son père (1697), et se rendit immédiate- 
ment après à Leipsick; puis de là à Hambourg, en 1703. Hambourg 
possédait à cette époque le meilleur Opéra de l'Allemagne, grâce au 
génie de Reinhard Keiser. Haendel y entra d'abord comme second 
violon, puis comme directeur au clavecin, en remplacement de Keiser, 



192 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

obligé de se cacher, pour se soustraire à ses créanciers. Il fit preuve, 
dans ce second emploi, d'une habileté qui excita Tadmiration générale. 
Dès son arrivée à Hambourg, Haendel s'était lié intimement avec 
Télémann et Mattheson. Une rivalité d'un instant entre ce dernier 
et Haendel, dans l'occupation du clavecin directeur, faillit amener 
une. catastrophe. Les deux artistes se battirent avec acharnement 
et, sans un bouton d'habit en métal, sur lequel se brisa Tépée de- 
Mattheson, c'en était fait de la vie d'Haendel. Quelques jours après, les 
deux rivaux se réconcilièrent, et depuis demeurèrent meilleurs amis 
que jamais (1097). Pendant cette période, Haendel ne cessait de pro- 
duire, tant comme organiste de premier ordre que comme composi- 
teur, en écrivant des airs, des cantates, pour les instruments et 
l'Église, d'un style encore incorrect il est vrai, mais plein d'originalité. 
Le 8 janvier 1705, il donna son premier opéra : Almira, reine de Cas- 
tille, et le 25 février de la môme année, Néron ; ces deux ouvrages 
furent bien accueillis. Ensuite, il se rendit en Italie, où il écrivit plu- 
sieurs pièces religieuses [Laudate, la Résurrection, etc.); revint à 
Hambourg y donner Florinda et Daphné, et repartit pour Florence^ 
afin d'y composer et d'y donner Rodrigo; le tout dans la même année 
(1708). En 1709, Agrip-pina obtint vingt-sept représentations de suite 
à Venise, nombre énorme pour l'époque ; puis vinrent il Triomfo del 
Tempo, à Rome, et Aci, Galatea e Polyfemo, à Naples (1710). Après^ 
ces voyages, Haendel revint à Hanovre, où l'élégance de style de 
Stéfani, alors en vogue, exerça l'influence la plus heureuse sur 
celui du compositeur allemand, et lui donna toute sa puissance. Ce 
fut pour Haendel une sorte de seconde manière, plus sobre et 
d'un goût plus sur que la précédente. Stéfani se retirant, Haendel 
lui succéda comme maître de chapelle de l'électeur de Hanovre et 
obtint de suite un congé pour visiter l'Angleterre. Il arriva à Londres 
en décembre 1710, écrivit en quatorze jours, pour le théâtre de Hay- 
market, Riiuddo, qui fut donné le 24 février suivant, avec un succès 
immense, et repartit pour Hanovre. Après un séjour de neuf mois 
dans cette ville, pendant lequel il composa les célèbres Douze Duos à 
la princesse Charlotte, Haendel obtint de l'électeur de retourner à 
Londres pour quelque temps. Il y arriva en janvier 1712, et le 6 février y 
faisait exécuter son Ode for the Queen Aniie's Birth day ; en décembre 
son Pastor fldo; en juillet 1713, un Te Deum et un Jubilate, et en 
décembre son Teseo. Le succès de ces ouvrages avait fait oublier à 
Haendel ses engagements envers l'électeur. Aussi, lorsque ce prince 
prit possession du trône d'Angleterre sous le nom de Georges I", en 



HAENDEL. 193 

(714, éloigna-t-il Haendel de la cour. L'amitié du baron de Kilmaii- 
segge, chambellan du roi, les efforts du violoniste Geminiani, et sur- 
tout la grande beauté des pièces symphoniques exécutées dans une 
fête donnée sur la Tamise, pièces connues depuis soùs le titre de 
Water Music, en 1716, eurent enfin raison de l'irritation du roi. Haen- 
del rentra en grâce, et son traitement fut doublé. Il se fixa dès lors 
en Angleterre. Tantôt chez le comte de Burlington, qui lui avait offert 
une hospitalité princière; tantôt chez le duc de Chandos, dont il était 
devenu le maître de chapelle à des conditions magnifiques ; tantôt 
dans des soirées, à Saint -Paul, partout Tillustre maître ne cessa 
d'enthousiasmer des auditeurs choisis, par la puissance de ses aspira- 
tions dans tous les genres, ainsi que par son talent d'organiste. 
Vingt grandes antiennes pour voix et instruments, une pastorale 
entièrement nouvelle sur Acis et Galatée, deux Te Beum, plusieurs 
concertos pour hautbois, de nombreuses j)ièce5 de clavecin, et enfin 
Esther^ le premier oratorio qui ait été composé sur des paroles 
anglaises, datent de cette époque (1718-1720). (En 1717, Haendel avait 
accompagné à Hanovre le prince de Galles et y avait écrit sa Passion.) 
En 1720, la haute noblesse anglaise forma une association patronnée 
par le roi, dans le but de monter à Londres un opéra italien dans de 
bonnes conditions. Haendel fut chargé d'en recruter les chanteurs, et 
il devint, en peu de temps, Tàme de l'entreprise. Son Radamisto y fut 
représenté l'un des premiers. Malheureusement le caractère violent 
du grand musicien, et en même temps certaines intrigues de théâtre, 
vinrent jeter le trouble dans l'association. La noblesse se partagea en 
deux camps, l'un pour, l'autre contre Haendel. On lui suscita des rivaux, 
€t il dut faire, avec Bononcini et Ariosti qu'on lui opposait, un opéra en 
■collaboration pour prouver sa supériorité [Miizio Scevola, 1721). Dans 
des conditions si déplorables l'association devait fatalement sombrer. 
Elle dura pourtant jusqu'en 1828, période pendant laquelle Haendel fit 
jouer douze opéras nouveaux. Haendel s'associant alors avec Heideg- 
ger, pour continuer à se produire, ses adversaires montèrent une 
entreprise rivale. H lutta courageusement, produisant encore cinq 
opéras ( 1 729-1 733) . Resté seul directeur ( 1 734) , il voulut continuer quand 
même, et donna encore deux ouvrages. Mais il dut céder enfin Hay- 
market à ses concurrents de l'aristocratie, et se réfugia avec sa troupe 
à leur ancien local, le théâtre de Lincoln's Inn Fieds; puis ensuite à 
Covent-Garden, où il essaya de se relever avec l'opéra anglais. Haendel, 
-ayant alors à lutter contre des rivaux comme Porpora, Farinelli, etc., 
lut contraint d'abandonner la partie, et ces deux dernières tenta- 



194 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tives ruinèrent complètement ses affaires. Il perdit totalement dans 
ces diverses entreprises, en l'espace de huit ans, les sommes consi- 
dérables qu'il devait à ses premiers succès. De telles fatigues et 
de si grands soucis devaient exercer une influence néfaste sur le com- 
positeur. Ses opéras, achevés à la hâte^ furent trouvés inférieurs aux 
premiers, sa santé s'altéra. De 1736 à 1740, reposé et guéri, il donna 
encore huit opéras en anglais. Ce furent les derniers. Haendel se con- 
sacra dès lors exclusivement à la musique religieuse et instrumentale. 
Une ère nouvelle commença pour lui. Ses oratorios lui eurent vite 
reconquis la gloire et la fortune. De 1740 à 1750 (époque à laquelle 
le grand maître devint aveugle), il composa ces chefs-d'œuvre impé- 
rissables qui s'appellent : le Messie, Samson, Judas Machabée, etc., en 
tout quinze oratorios dont le dernier est Jephté; de plus, un grand 
nombre de pièces instrumentales. Le succès fut d'autant plus grand 
pour Haendel, qu'il choisissait pour ses auditions les époques où le 
puritanisme religieux anglais interdisait les représentations théâ- 
trales, et qu'usant de son immense talent sur l'orgue, il agrémen- 
tait chaque oratorio d'un concerto en harmonie avec rou\Tage prin- 
cipal. C'est à la gloire qu'il recueillit durant ces dernières années 
que le grand maître dut d'être surnommé à juste titre le Père de 
VOratorio. Après avoir vainement essayé de recouvrer la \iie, Haendel 
chargea son élève Smith de le remplacer dans la direction de ses 
auditions annuelles et il s'éteignit à Londres, le 14 avril 1759. Ses 
funérailles furent magnifiques, et il fut enterré à Westminster. Cha- 
que année on célèbre à Londres, par d'immenses festivals, l'anniver- 
saire de sa mort. 

Haendel composait avec une rapidité prodigieuse ; le Messie fut ccril 
en vingt-quatre jours, et certains opéras, en quinze. On comprend à 
peine comment il put se montrer aussi fécond au miheu d'une vie si 
remplie d'occupations et de soucis. Son style est large, clair, sain, 
d'allures toujours grandioses; et si la variété n'en est pas la qualité 
dominante, en revanche possède-t-il au plus haut point cette unité 
de conception sans laquelle il n'y a pas d'œuvres vraiment magis- 
trales. Quant à son instrumentation, d'une sobriété extrême, elle 
atteint pourtant dans sa simplicité aux sommets les plus élevés de la 
puissance expressive. Un amateur distingué, M. V. Schœlcher, 
député, a publié, durant ses années d'exil, une intéressante Vie 
d'Eaendel. De plus, ce dilettante a rassemblé à force de soins, non 
seulement l'œmTe complet d'Haendel, mais toutes les éditions de 
tous les pays de cet œuvre, et tout ce qui a été écrit sur lui. Cette 



HAENDEL — HALÉ\T. " 195 

collection unique a été offerte par M. Schœlcher à la Bibliothèque du 
Conservatoire de Paris. 

HAINL (Georges-François), violoncelliste et chef d'orchestre, né à 
Issoire (Puy-de-Dôme) le 19 ^novembre] 1807, entra au Conservatoire 
en 1829, où il remporta le premier prix de violoncelle en 1830. Durant 
plusieurs années il voyagea en Belgique, en Hollande, en France, etc., 
en donnant des concerts, et accepta la place de premier chef d'or- 
chestre au grand théâtre de Lyon en 1840. En 1863, il fut appelé à 
Paris, pour y tenir le même emploi à l'Opéra, et fut nommé peu de 
temps après chef d'orchestre de la Société des concerts. Il n'occupa 
ce dernier poste que trois ans. Excellent batteur de mesure, mais 
musicien médiocre, Georges Hainl ne put s'élever à la hauteur des 
importantes et multiples fonctions qu'il avait à remplir; à l'Opéra on 
fut obligé de lui adjoindre un directeur de la musique. Il est mort 
à Paris le 2 juin 1873, laissant quelques productions assez inconnues 
pour le violoncelle, et une petite brochure : De la musique à Lyon 
de iliS jusqu'en 1852. 

HALÉVY (Jacques-François-Fromental-Élie), compositeur drama- 
tique français, est né à Paris le 27 mai 1799. Admis au Conservatoire 
en 1809, il eut successivement pour maîtres Cazot, Lambert, Berton 
et Ghérubini, et obtint le premier grand prix de Rome en 1819. De 
son séjour en Italie Halévy rapporta, en 1822, la partition d'un opéra 
et de grands ouvrages de musique classique. Ses efforts eurent alors 
pour but de se produire au théâtre. Après de vaines tentatives pour 
faire représenter les Bohémiens, Pijgmalion et les Deux Pavillons à 
l'Opéra et à l'Opéra-Gomique, il réussit enfin à faire jouer l'Artisan 
au théâtre Fcydeau, un acte qui n'obtint qu'un médiocre succès (1827). 
Le Roi et. le Batelier, pièce de circonstance pour la fête de Charles X, 
lui succéda en 1828. En 1829, le théâtre Itahen donna Clari, trois 
actes qui annonçaient les qualités que devait montrer plus tard l'émi- 
nent compositeur. La même année, l'Opéra-Comique donna le Dilet- 
tante d'Avignon; l'année suivante, Manon Lescaut, grand ballet, fut 
donné à l'Opéra. En i83i, la Langue mimca/e, à l'Opéra-Comique, n'ob- 
tint qu'un succès d'estime; en revanche, en 1832, la Tentation, ballet- 
opéra, fut fortement applaudi. Hérold en mourant avait laissé un opéra 
à peine commencé, intitulé Ludovic. Halévy fut chargé de le terminer 
par la direction de l'Opéra-Comique (1834). Il est resté au répertoire. 
Enfin, en 1835, parut à l'Opéra l'ouvrage qui devait porter le plus 



196 . PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

haut la renommée du jeune compositeur : la Juive. Six mois après, 
l'Opéra-Comique remportait un nouveau succès avec l'Éclair^ dans un 
genre tout différent. La célébrité d'Halévy était désormais assise. 
Seize opéras se succédèrent alors presque sans interruption sur nos 
trois grandes scènes lyriques. Parmi les plus remarquables se trou- 
vent Guido c Glnevra (Opéra, 1838), la Reine de Chypre (Opéra, 1841), 
Charles VI (Opéra, 1843), les Mousquetaires de la reine (Opéra-Comi- 
que, 1816), le Val d'Andorre (Opéra- Comique , 1848), la Fée aux 
Roses (Opéra-Comique, 1849), Jaguarita (théâtre Lyrique, 18oo), la 
Magicienne (Opéra, 1857), etc., etc. 

Halévy se distingua dans l'enseignement de la musique. Dès 1816, 
il fut nommé professeur de solfège au Conservatoire; en 1827, pro- 
fesseur d'harmonie et d'accompagnement; enfin, en 1833, il succédait 
à Fétis, comme professeur de composition pour le contrepoint et la 
fugue. Au nombre des élèves qu'il a formés, on cite : MM. Gounod, 
Victor Massé, Deldevez, Bazin, E. Gautier, etc. Son traité : Leçons 
de lecture musicale^ destiné à l'enseignement élémentaire et adopté 
dans les écoles primaires de l'État, lui fait le plus grand honneur. 
Halévy s'est aussi fait un nom comme littérateur. Nommé membre 
de l'Institut après la mort de Reicha en 1836, il devint, en 1854, 
secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts. Les éloges qu'il 
eut à prononcer se recommandent par Félégance du style, ainsi que 
par la netteté du sens critique. Ses écrits ont été rassemblés sous le 
titre de Souvenirs et Portraits. Halévy est mort à Nice le 17 mars 1862. 

HALLSTRCEM (Ivar), compositeur suédois, très populaire dans 
son pays. En fait d'ouvrages importants, on connaît de lui quatre 
opéras : Hertigmagnus, la Fiancée du gnome, la Montagnarde enlevée 
et les Wikings. Les trois derniers surtout ont eu du succès à l'Opéra 
de Scholtikof. 

HARTMANN (Jean), compositeur allemand, né à Hambourg dans 
la première moitié du dix-huitième siècle, mort à Copenhague en 
1791, composa plusieurs opéras, sur des paroles danoises. Il est l'au- 
teur de l'air national et populaire danois : le Roi Christian est au haut 
du grand mât, que Meyerbeer a si bien traité dans un des entr'actes 
de Struensée. 

HARTMANN (Jean-Pierre-Emile), petit-fils du précédent, né à 
Copenhague le 14 mai 1805, devint fonctionnaire public, tout en 



HALLSTROEM — HASSE. 197 

poursuivant ses études musicales. On connaît de lui cinq opéras 
joués avec succès : le Corbeau ou l'Epreuve du frère, les Cors d'or, les 
Corsaires, Linden Kirsten, la Fille du roi des aulnes; des symphonies^ 
des chansons originales devenues populaires, des concertos, etc. 

HARTOG (Edouard de), compositeur et professeur, né à Amsterdam 
en 1826, a donné à Paris, au théâtre Lyrique, le Mariage de Bon Lope 
(1865); aux Fantaisies-Parisiennes, TAmoifr mouillé, qui fut bientôt 
retiré et porté à Bruxelles au théâtre du même nom, sous le titre de 
l'Amour et son Hôte. M. de Hartog a publié diverses œuvres instru- 
mentales et vocales qui, dit-on, sont remarquables. 

HASSE (Jean-Adolphe-Pierre), compositeur célèbre, surnommé il 
Sassone par les Itahens, né à Bergdorf, près Hambourg, le 25 mars 1699, 
mort à Venise le 28 décembre 1783. Hasse, avant de se livrer à la 
composition, commença par être chanteur. Engagé pour la première 
fois à Dresde comme ténor, en 1718, il passa de là à Brunswick, en 
1722, où il brilla par sa belle voix et par son talent sur le clavecin. Il 
y fit aussi son premier opéra : Antigone, qui eut quelques succès, quoi- 
qu'on y reconnût facilement une complète ignorance de l'art d'écrire. 
Hasse partit pour Naples, où il reçut des conseils de Porpora, puis de 
Scarlatti. Une sérénade pour un riche banquier, qui lui fut com- 
mandée (1725), et qu'il eut le bonheur de réussir, le mit en lumière. 
On lui demanda alors un opéra : il fit Sésostrate, qui obtint un cha- 
leureux accueil (1726). Sa réputation fut faite. Les Italiens ne l'appe- 
lèrent plus que il caro Sassone. Hasse marcha dès lors de succès en 
succès. Toujours chantant, toujours composant, il parcourut l'Italie 
et l'Allemagne, fut même appelé en Angleterre par les adversaires 
de Haendel, mais n'y fit qu'un court séjour. Hasse, malgré la 
faiblesse de ses connaissances musicales, sut plaire partout où il 
passa : aux Italiens, par une harmonie plus nourrie que la leur; aux 
Allemands, par une facilité mélodique qu'il devait à l'Italie. Peu 
de compositeurs furent aussi féconds ; peu obtinrent une réputation 
plus grande ; mais peu aussi furent plus vite oubliés. Hasse fut nommé 
à Venise directeur du Conservatoire des Incurables en 1727. En 1731, 
il s'établit à Dresde, comme maître de chapelle du roi de Pologne. 
Il perdit sa voix en 1755, et quitta la Saxe, après la guerre de 
Sept ans, pour aller s'éteindre à Venise. Il avait épousé, en 1730, 
Faustina Bordoni, célèbre cantatrice, pour laquelle il écrivit toujours 
un rôle dans chacun de ses opéras. Son œuvre est colossal. 11 com- 



198 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

prend une centaine d'opéras, une quantité immense de musique reli- 
gieuse, de cantates, de sérénades, de pièces pour le clavecin et les 
autres instruments. Parmi ses meilleurs opéras on remarque Arta- 
serse, Allessandro nelle Indie, Fintermède Pyrame et Tisbe, etc. 

HAYDN (François-Joseph), compositeur illustre, surnommé avec 
raison le Père de la symphonie, car ce fut lui qui lui donna la pureté 
de forme qu'elle a toujours conservée depuis, naquit à Rohrau (fron- 
tières d'Autriche et de Hongrie), le 31 mars 1732, et mourut à Vienne 
(Autriche) le 31 mai 1809. Son père, à la fois charron, juge du pays, 
sacristain et organiste, jouait en outre de la harpe, avait une fort 
belle voix de ténor, et aimait beaucoup la musique; sa mère, ancienne 
cuisinière, chantait aussi, et le dimanche la famille se récréait dans 
de petits concerts intimes. Dès l'âge de cinq ans, le petit Joseph, ne 
pouvant faire encore sa partie, se contentait de battre la mesure avec 
un bout de bois; et il s'acquittait de ce soin avec un entrain et une 
perfection tels, qu'un parent nommé Franck, maître d'école de Haim- 
bourg et bon musicien, en fut frappé, et proposa de se charger de l'édu- 
cation de l'enfant. Les commencements furent rudes; Haydn raconte lui- 
même qu'il reçut alors plus de taloches que de bons morceaux. Mais ses 
progrès furent si rapides, que, trois ans après son arrivée à Haimbourg, 
il charmait Reuter, maître de chapelle de la cathédrale de Vienne, à 
tel point que celui-ci l'emmenait avec lui et le faisait entrer au, chœur 
de son église ( Saint-Étienne). Haydn ne négligea rien pour s'in- 
struire pendant les loisirs étendus que lui laissa son service, mais les 
moyens manquaient. A treize ans il fît pourtant sa première messe et 
la montra à Reuter. Celui-ci, se moquant, lui dit d'apprendre' à écrire 
avant de composer. Haydn se le tint pour dit. H résolut dès lors d'ap- 
prendre seul ce qu'il ne pouvait se faire enseigner, faute d'argent. 
H se procura à grand'peine le (xradus ad Parnassim de Fux et le 
Parfait Maître de chapelle de Mattheson, et ces deux ouvrages furent 
ses seuls guides jusqu'à sa seizième année. L'âge était venu pour Haydn 
d'abandonner la maîtrise, mais, on ne sait trop pourquoi, Reuter le 
mit brutalement à la porte, prenant pour prétexte une espièglerie. 
Sans argent, sans asile, presque sans vêtements, Haydn pourtant 
eut la bonne fortune de rencontrer un pauvre perruquier nommé 
Keller, admirateur de sa belle voix, qui lui offrit asile dans son gale- 
tas. Haydn continua ses travaux, et peu à peu sa situation tendit à 
s'améliorer. H trouva quelques leçons, joua du violon dans les églises. 
Métastase, qui habitait la même maison, le mit en relation avec Por- 



HAYDN. 199 

pora, dont il se fit le laquais volontaire pour en obtenir quelques 
conseils. Après bien des \icissitudes encore, le nom du jeune compo- 
siteur finit par être connu, sans qu'il le sût lui-même. De hauts per- 
sonnages s'intéressèrent à lui : il réussit à faire représenter un opéra- 
comique, le Biable boiteux, qui fut bien accueilli; enfin, composant 
toujours sans relâche, il parvint à occuper l'emploi de second maître de 
chapelle du comte de Murtzin. Ce fut chez ce seigneur, en 1759, que 
Haydn écrivit sa première symphonie. Le vieux comte Esterhazy, 
mélomane passionné, assistait à l'exécution. Il en fut si charmé, qu'il 
prit le jeune maître à son service. C'en fut fait alors des mauvais 
jours pour Haydn. Second maître de chapelle jusqu'à la mort de 
Werner le titulaire, premier ensuite, sa vie s'écoula dans le travail 
et le calme. H ne quitta la maison Esterhazy qu'à l'âge de soixante- 
deux ans, se retira dans un faubourg de" Vienne : Gumpendorf, et là 
termina paisiblement ses jours. Haydn se maria par reconnaissance. 
Dès que sa vie fut assurée, il épousa Anne Keller, la fille de celui qui 
l'avait secouru dans sa détresse. Cette union ne fut pas heureuse; 
Haydn dut se séparer de sa femme. Eu 1791, Haydn, qui avait toujours 
refusé de s'éloigner d'Eisenstadt, accepta d'avantageuses conditions 
qui lui étaient off'ertes à Londres. H y resta une année, qui fut pour 
lui une série de triomphes. En 1793 il dut y revenir, et ses succès 
furent encore plus considérables. On le combla, d'honneurs, de pré- 
sents et d'argent. A chacun de ses voyages il écrivit six de ses douze 
grandes symphonies. En 1798, il termina son principal oratorio : la 
Création, et en 1801 il eut achevé les Saisons. A part quelques qua- 
tuor, ce furent les derniers ouvrages de ce grand musicien. Les Sept 
Paroles du Christ, qui sont aussi célèbres que les précédents, sont 
antérieures ; elles furent composés pour un chanoine de Cadix en 
1783. La vie uniforme, méthodique, de Haydn lui permit d'être extra- 
ordinairement fécond, tout en restant soigneux et respectueux à 
l'extrême de la forme musicale. Rien d'aventuré chez lui, pas un défaut 
de proportions. Chaque chose y est à sa place et a sa valeur. Son 
style, simple, élégant, rempli de bonhomie, ne vise pas à l'originalité, 
il coule doucement comme une source limpide. Aussi, si Haydn n'est 
pas l'inventeur de la symphonie, en est-il bien le digne père; car c'est 
à ses soins qu'elle doit ces proportions harmonieuses, cette élégance 
de forme, qui la recommandent encore de" nos jours à tous les vrais 
musiciens. Un génie aussi pondéré devait se montrer. rebelle aux 
exagérations pathétiques de la scène, comme aux conceptions sévères 
et mystiques. Haydn, en effet, ne se montre supérieur, ni dans ses 



200 PETITE E.NXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

opéras, ni dans sa musique religieuse. Le sentiment dramatique" et 
Textase lui font défaut. Quoique ses ouvrages, en ces deux genres, 
contiennent de grandes beautés, une douceur caractéristique, un cer- 
tain sentiment misonnaUe, percent quand même, et en paralysent 
l'essor. L'œuvre de Haydn est immense. H ne comprend pas moins 
de cent vingt-cinq symphonies, cent soixante-trois morceaux pour le 
baryton (instrument à cordes), vingt-quatre opéras, quatre oratorios, 
quatre-vingt-trois quatuor et un nombre considérable de pièces pour 
la voix, le clavecin et les instruments; soit en tout emivon huit cents 
compositions' de tout ordre et de toute grandeur ! 

HAYDN (Jean-Michel), frère du précédent, compositeur religieux, 
né le 14 septembre 1737, à Rohrau, mort à Salzbourg le 10 août 1806. 
A l'exemple de Joseph, et sans plus de ressources, Michel Haydn se 
forma seul. Sa voix d'enfant, remarquablement belle, ne comprenait 
pas moins de trois octaves. Après s'être fait connaître comme chan- 
teur, Thabileté qu'il avait acquise par le travail sur l'orgue, et dans 
l'art d'écrire, le fit nommer, en 1763, maître de chapelle de Gros- 
wardein (Hongrie). En 1768, il remplit la même fonction auprès de 
l'évèque de Salzbourg; puis, en 1801, chez le prince Esterhazy. Son 
œuvre, presque exclusivement religieux, est considérable, d'une bonne 
facture, mais sans grande originalité. Michel Haydn ne laissa publier 
aucun de ses ouvrages durant sa vie. 

HELLER (Stéphen), pianiste et l'un des meilleurs compositeurs con- 
temporains pour le piano, est né à Pesth (Hongrie) le 15 mai 1814. 
Il reçut des conseils de Brauer, de Cibulka, de C. Czerny et commença, 
à treize ans, à parcourir l'Allemagne en donnant des concerts. A 
Augsbourg, où il se fixa d'abord, Chelard le perfectionna dans la com- 
position et bientôt il fut patronné par R. Schuraann. Stéphen Relier 
se rendit ensuite à Paris, et continua à composer. Ses œuvres, géné- 
ralement difficiles, marquées au coin de la fantaisie et de la passion, 
ont toutes un caractère personnel, qui leur assure une place dis- 
tinguée dans l'histoire de l'art. Ses arabesques, valses, tarentelles, son 
cajyrice symphonique , son scherzo fantastique, les Promenades d'un 
solitaire, les 2suits blanches, etc., etc., sont de premier ordre. 

HENRION (Paul), compositeur de romances, né à Paris le 20 juil- 
let 1819, fut très populaire vers 1840. Ses romances les plus connues 
sont : la Manola, Moine et Bandit, les Vingt Sous de Périnette, les Mules 
du Basque, etc. 



HAYDN — nÉROLD. . 201 

HERMANN-LÉON (Léonard HERMANN, dit), chanteur et comédien 
distingué, né le 23 juillet 1814, mort à Paris le 3 novembre 1858, 
débuta en 1836 au théâtre de Versailles, chanta sur plusieurs scènes 
de province et fut engagé à l'Opéra-Comique en 1844, où il débuta bril- 
lamment dans les Quatre Fils Aymon de Balte. Les principaux rôles qu'il 
créa avec succès par la suite se trouvent dans les Mousquetaires de 
la reine, Ne touchez pas à la reine, Haydée, les Torcherons, le Caïd, 
Gihhy la Cornemuse, Gilles ravisseur et Falstaff. 

HÉROLD (Louis-Joseph-Ferdinand), célèbre compositeur drama- 
tique, fils de François-Joseph Hérold, musicien distingué, est né à 
Paris le 28 janvier 1791 ; il y mourut le 18 janvier 1833. Hérold entra 
au Conservatoire en 1806, dans la classe de piano d'Adam, et en 
obtint le premier prix en 1810. Catel lui enseigna l'harmonie; Méhul, 
en 1811, la composition, et en 1812 il remporta le premier grand 
prix de Rome. Le voyage d'Italie profita beaucoup à Hérold et lui 
donna la fièvre de produire. Avant son retour en France, fin 1815, 
il parvint à faire jouer à Naples, son premier opéra : la Gioventu di 
Enrico quinto, qui obtint quelques succès. A Paris, Boïeldieu, qui s'in- 
téressait à lui, l'associa à la composition d'un'opéra decirconstance : 
Charles de France^ et cet ouvrage, bien accueilli, valut à Hérold le livret 
des Rosières, œuvre qui fut représentée à l'Opéra-Comique vers la fin 
de i816, quelques mois après le premier. Le succès fut considérable, 
et suivi de près par celui de la Clochette. Cependant Hérold espérait 
toujours qu'un bon poème lui permettrait de mettre enfin en lumière 
ses facultés brillantes. Ne voyant rien venir, il fit, en attendant, le Pre- 
mier Venu (1818), refit les Troqueurs, précédemment mis en musique 
par Dauvergne (1819); l'Amour platonique, retiré par les auteurs.avant 
la représentation ; l'Auteur mort et vivant, mais ces ouvrages, froids ou 
sans intérêt, étaient peu faits pour favoriser une renommée nais- 
sante. Hérold se découragea. Il se fit pianiste accompagnateur au 
théâtre italien, et garda le silence pendant trois ans. En 1823, le 
succès du Muletier, à l'Opéra-Comique, lui rendit sa première ardeur. 
H composa successivement Lasthénie (Opéra, 1823), Vendôme en 
Espagne, avec Auber, le Roi René et le Lapin blanc (1824). Ces ouvra- 
ges, il faut le reconnaître, ne sont pas des meilleurs; le compositeur 
y a trop sacrifié au goût du jour. En 1826, enfin, avec Marie, à l'Opéra- 
Comique, Hérold retrouva son génie propre. Le succès fut éclatant. 
Malheureusement les occupations d'Hérold à ce moment ne lui per- 
mirent pas de profiter de cet instant favorable. Depuis deux ans, il 



202 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

était devenu chef des chœurs aux Italiens; en 1827, chef de chant à 
rOpéra; il dut se borner à la composition de quelques ballets : Astol- 
phe et Joconde (1827), la Somnambule (1827), Lydie (1828), la Belle au 
bois dormant (1828), et fit aussi la musique d'un drame intitulé Misso- 
longhi, qui fut joué à l'Odéon. En 1829, l'Illusion, opéra-comique ; en 
1830, Emmeline, opéra, passèrent presque inaperçus, mais Héroldprit 
une éclatante revanche avec Zampa, le 3 mai 1831, et compta dès lors 
parmi les grands maîtres du théâtre. Peu de temps après, il collabora 
à la Marquise de Brinvilliers, opéra, avec d'autres musiciens ; improvisa 
en quelques jours la Médecine sans médecin, et donna enfin son der- 
nier chef-d'œuvre : le Pré aux Clercs, le 15 décembre 1832, à l'Opéra- 
Comique. La maladie de poitrine qui le minait depuis longtemps 
l'emporta l'année suivante. On connaît encore d'Hérold un grand 
nombre de compositions pour le piano : sonates, caprices, rondeaux^ 
fantaisies, etc., qui sont fort appréciés. 

HERVÉ (Floruiond RONGER, dit), compositeur et auteur dramati- 
que, chanteur, comédien, organiste et chef d'orchestre, est né à Hou- 
dain (Pas-de-Calais) le 30 juin 1823. Il fit ses études musicales à la 
maîtrise de Saint-Roch, fut organiste de plusieurs églises, et aban- 
donna le genre religieux pour le théâtre en 1848. Sa première pochade 
a pojir titre Bon Quichotte et Sancho Pcmça. Hervé est le créateur de 
Vopérette et de l'insanité musicale. Sous le titre de Folies concertantes 
(depuis Folies nouvelles), il ouvrit un petit théâtre au boulevard du 
Temple, et sut le rendre attrayant, grâce à une activité peu commune. 
De là, il passa sur les autres petites scènes, occupanttous les emplois 
qu'on voulut, bien lui confier. De tous ses ouvrages, plus que légers, 
mais où éclate à chaque pas une verve affolée, le Compositeur toqué, 
l'Œil crevé et le Petit Faust sont les plus réussis. 

HERZ (Henri), pianiste, cnmpositeur et facteur de pianos, est né à 
Vienne (Autriche) ,1e 6 janvier 1803. Entré au Conservatoire de Paris 
en 1816, il y obtint peu de temps après le premier prix de piano. Le 
succès des œuvres de Herz, pour le piano, fut colossal jusqu'en 1830 
environ; depuis, elles ont été de plus en plus abandonnées. Il par- 
courut successivement la France, la Hollande, l'Allemagne, l'Angle- 
terre et l'Amérique, en donnant des concerts, et revint définitivement 
à Paris en 1851. Sa manufacture de pianos est aujourd'hui l'une des 
trois premières de France. Parmi ses œuvres, ses concertos et ses 
études sont encore estimés de nos jours. 



BERVÉ — HIMMEL. 203 

HIGNARD (Jean-Louis- Aristide), compositeur, né à Nantes en 1822, 
entra au Conservatoire en 1845, et remporta le second grand prix de 
Rome en ISoO. M. Hignard fit ses débuts à Nantes avec un opéra- 
comique intitulé le Yisionnaire (1851). Depuis, il a fait jouer à Paris 
le Colin-maillard et les Compagnons de la marjolaine, V Auberge des 
Ardennes, au théâtre Lyrique ; aux Bouffes, M. de Chimpanzé, le Nou- 
veau Pourceaugnac, etc. 

HILLER (Ferdinand), compositeur et pianiste, né à Francfort-sur- 
le-Mein le 24 octobre 1811, vint à Paris en 1828, et y fit connaître 
quelques grandes œuvres symphoniques dans un concert donné au 
Conservatoire en 1830. Avec Liszt, Kalkbrenner et d'autres pia- 
nistes; dans des séances classiques avec Baillot, il eut un grand 
succès, comme virtuose. De retour en Allemagne, son bel oratorio : 
la Destruction de Jérusalem, obtint un grand succès et fut joué depuis 
dans toute l'Europe. Directeur des concerts du Gewand Haus à 
Leipsick (1842) ; de ceux de Dresde les deux années suivantes; direc- 
teur de musique à Dusseldorf, fondateur et directeur du Conserva- 
toire de Cologne (1850), F. Hiller s'est fixé dans cette ville, qu'il n'a 
jamais quittée depuis que pour donner les concerts qu'il a dirigés lui- 
même soit à Paris, en Allemagne et en Hollande. Son œuvre, qui 
comprend des opéras, des oratorios, cantates, symphonies, musique 
de chambre, de piano et de chant, est considérable et estimé. Hiller 
est un des rares musiciens allemands qui aiment et défendent l'art, 
les musiciens et le goût français. 

HIMMEL (Frédéric-Henri), maître de chapelle du roi -de Prusse, né 
le 20 novembre 1765 àTreuenbrietzen (Brandebourg), estmort. à Berlin 
le 8 janvier 1814. Son oratorio Isacco, sur des paroles de Métastase, 
le mit en tel honneur près de Frédéric-Guillaume, que celui-ci le 
nomma compositeur de sa chambre, avec une pension pour se per- 
fectionner en Italie pendant deux ans ; il reçut le litre de maître de 
chapelle avant son retour. Pendant son voyage il fit représenter en 
Italie il Primo Navigatore et Semiramide. Dans un autre voyage à 
Stockholm et à Pétersbourg, il donna dans cette dernière ville Ales- 
sandro, qui lui valut auprès de l'empereur un grand succès d'honneur 
et d'argent. Himmel est un des compositeurs qui ont le plus réussi dans 
le nord de l'Europe. Son œuvre comprend huit opéras, plusieurs can- 
tates, de la musique instrumentale et vocale ; Isacco, Alessandro, un 
Te Deum et une cantate funèbre passent pour ses meilleurs ouvrages. 



204 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

HOFFMANN (Ernest- Théodore -Wilhelm), compositeur, peintre, 
poète, romancier, caricaturiste célèbre, né à Kœnigsberg le 24 jan- 
vier 1776, est mort à Berlin le 24 juillet 1822. Il eut une vie très agitée 
et n'apprit sérieusement la musique que fort tard. Son œuvre musical, 
quoique varié, ne présente pas d'intérêt. Hoffmann se montra supé- 
rieur dans ses écrits sur la musique et sur les musiciens. Mais 
c'est surtout par ses fantaisies littéraires, par ses Contes, aujour- 
d'hui fameux, qu'il mérite de prendre rang parmi les auteurs 
originaux de son temps. 

HOFFMANN (Heinrich), compositeur allemand, né le 13 jan- 
vier 1842 à Berlin, a donné avec succès dans cette ville son opéra- 
comique Cartouche. En 1873, une Suite hongroise pour orchestre le 
mit en faveur. S3iChanso7î du chcunpagne (chœur d'hommes et orches- 
tre) et son Chant des Nomes (chœur de femmes et orchestre), sa sym- 
phonie de Fritiof, sa légende de la Belle Méliisine, sont dignes de 
remarque. Le style de ce compositeur tient à la fois de celui de Men- 
delssohn, de Brahms et de Wagner. 

HOLMES (Augusta), pianiste distinguée etcompositeur de talent, 
née en Irlande vers 1850, s'est produite plusieurs fois comme compo- 
siteur dans les grands concerts de Paris. Ceux du Châtelet ont donné 
d'elle avec succès Héro et Léandre (1874) et un Andante pastoral 
(1877). Les concerts populaires ont exécuté ses Argonautes (1881). 
M^^^ Holmes a composé aussi deux opéras : Astarté et Lancelot du Lac, 
qui n'ont pas encore été joués. 

HUCBALDE, moine de Saint- Amand, diocèse de Tournai ; né vers 
840, mort vers 930. Il dirigea en France plusieurs écoles célèbres de 
musique, et écrivit un traité de cet art: MusicaEnchiriadis, très clair 
pour son temps, dans lequel, tout en suivant les principes des Grecs, 
il expose un système de notation nouveau dont il est probablement 
l'inventeur. Ce, traité est un document précieux pour l'histoire de la 
musique. 

HUERTA Y CATURLA (Troité-FrAxAçois), célèbre guitariste né à 
Orihuela, près Cadix, le 8 juin 1803, prit part au soulèvement mili- 
taire de Ricgo en 1820 et, pour ce fait, fut forcé de se réfugier en 
France. Se trouvant sans ressources, il songea à tirer parti de son 
talent extraordinaire sur la guitare et réussit au-delà de toute espé- 



HOFFMANN — INDY. 205 

rance. En France, en Amérique, en Belgique, en Orient, etc., partout 
où il passa, il excita un enthousiasme indescriptible. On attribue à 
Huerta le fameux chant national espagnol : l'Hymne de Riego. 

HUMMEL (Jean-Népomugène), célèbre compositeur et pianiste, né 
à Presbourg le 14 novembre 1778, mort le 17 octobre 1837 à Weimar. 
Il avait sept ans, lorsque Mozart, à Vienne, fut assez frappé de son 
talent précoce pour le prendre comme élève. A neuf ans, il commença 
à parcourir l'Allemagne, le Danemark et l'Ecosse avec son père, ses 
succès s'accentuant de jour en jour. Après avoir passé deux ans à 
Edimbourg, où il publia son premier ouvrage (dédié à la reine d'An- 
gleterre), il visita la Hollande et revint à Vienne. Là, il étudia la 
composition avec Albrechtsberger et Salieri (1793). En 1803, il entra 
au service du prince Esterhazy et composa pour le théâtre de Vienne 
des opéras et des ballets, qui obtinrent du succès. En 1806, déjà 
célèbre dans une grande partie de l'Europe, Hummel était cependant 
encore inconnu en France. Chérubini l'y révéla en faisant exécuter 
aux concours du Conservatoire sa Grande Fantaisie (œuvre 18). Il 
quitta le prince Esterhazy en 1811 ; devint maître de chapelle du roi 
de Wurtemberg en 1816; occupa les mêmes fonctions près du duc 
de Saxe-Weimar en 1820; puis, après avoir parcouru brillamment 
îa Russie, la Hollande, la Belgique, il arriva en France. Paris lui 
fit un accueil enthousiaste. Après ce dernier succès, il retourna à 
Weimar. Plus tard, Hummel voulut recommencer ses voyages, mais 
î'àge était venu, son talent était devenu moins sûr ; ceux qu'il avait 
naguère enthousiasmés ne montrèrent plus qu'indifférence. Comme 
pianiste, Hummel eut la gloire de fonder une école allemande nou- 
•velle, correcte et essentiellement expressive. Comme improvisateur, 
il excita l'admiration générale. Comme compositeur, il suffira de dire 
que, sans Beethoven, dont il fut tour à tour le rival et l'ami, il eût 
occupé le premier rang de son temps pour la musique instrumen- 
tale. Ses œuvres les plus remarquables sont : le septuor *(op. 74), 
le quintette (op. 87), le concerto (op. 85), une sonate à quatre mains 
{op. 92), etc. 



14 



206 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 



INDY (Paul-Marie-Théodore-Yincem d'), compositeur, né à Paris 
le 27 mars iSol, entra dans la classe d'orgue du Conservatoire en 1874 
et en sortit en i876 après avoir obtenu quelques récompenses. Il a 
fait entendre dans les grands concerts symphoniques de Paris, avec 
quelque succès, les ouvertures des Piccolomini et d'Antoine et Cléo- 
pûtre; une chanson espagnole avec chœur, la Chevauchée du Cid. 
M. d'Indy a donné en décembre 1881 un petit opéra-comique : Atten- 
dez-moi sous l'orme, qui n'a pas obtenu de succès. 

ISAAK (Henri), célèbre compositeur allemand du quinzième siècle, 
qui fut maître de chapelle de Saint-Jean à Florence, sous Laurent de 
Médicis (le Magnifique), puis remplit les mêmes fonctions auprès de 
l'empereur Maximilien l'^'". Son oeuvre^ presque tout religieux [messes, 
motets, chants et chansons à une et plusieurs voix), est colossal et des 
plus remarquables. 

ISMAËL (Jean-Vital-Ismael JAMMES, dit), chanteur dramatique, 
né à Agen le 28 avril 1827, d'une famille peu aisée, se fit courageu- 
sement chanteur ambulant afin de gagner les grandes villes, où il 
pût tirer parti de sa magnifique voix de baryton et acquérir les con_ 
naissances nécessaires à la carrière dramatique. Seul, il avait appris 
à lire et à écrire ; seul aussi il apprit la musique. Une dure pratique 
lui enseigna peu à peu la science du comédien et du chanteur. Cho- 
riste d'abord, puis second et enfin premier sujet, il prit possession 
successivement des petits et des grands rôles du répertoire sur des 
scènes infimes de province. A Bordeaux il obtint ses premiers grands 
succès ; dès lors il ne quitta plus les grandes villes. Sa renommée 
grandissante parvint enfin jusqu'à Paris. Il y débuta, au théâtre 
Lyrique, en 1863, en créant les Pêcheurs de perles, de Bizet. Rigoletto 
le mit tout à fait en faveur peu de temps après. Alors commença 
pour M. Ismaël une série brillante de succès. Ses créations dans 
Cardillac, la Fiancée d'Ahydos^ les Joyeuses Commères de Windsor, 
Mireille, Macbeth et quelques autres rôles, firent ressortir à la fois 
l'ampleur et la souplesse de son talent. Passant à l'Opéra-Comique 
en 1871, le Roi l'a dit, le Florentin, Gilles et Gilottin, qu'il créa, 
accrurent encore sa réputation. Malheureusement, vers 1875, la 
perte de sa voix l'obligea à quitter le théâtre. Il avait succédé à Obin 



INDY — ISOUARD. 207 

comme professeur d'opéra au Conservatoire, il conserva cette classe 
jusqu'en 1877. 

ISOUARD (NicoLo), connu sous le nom de NICOLO, compositeur 
dramatique, né à Malte en 1775, mort à Paris en 1818, fut destiné 
au commerce par son père ; et ce fut dans les rares loisirs que lui 
laissaient les maisons de banque dans lesquelles il se trouva suc- 
cessivement placé, qu'il parvint à faire son éducation musicale. 
Lorsqu'il se sentit suffisamment préparé, Isouard résista à sa famille, 
abandonna le commerce et se livra entièrement à l'art. C'est à Flo- 
rence, en 1794, qu'il donna son premier opéra : Avviso ai maritati^ qui 
ne réussit pas. Artaserse, à Livourne, fut plus heureux et lui valut 
la place d'organiste de Saint-Jean de Jérusalem, à Malte, puis celle 
de maître de chapelle de l'ordre. Celui-ci dissous, Nicolo composa 
divers ouvrages pour le théâtre qui venait de s'établir dans la ville, 
Plus tard, après la capitulation, le général Vaubois l'emmena à Paris, 
et là, il se lia avec Kreutzer, qui lui fut très dévoué. Grâce à cette 
amitié, Nicolo put, l'année même de son arrivée (1799), donner le 
Tonnelier à l'Opéra-Comique. Cet ouvrage passa inaperçu. La Statuo 
ou la Femme avare (1800;, le Baiser et la Quittance (avec Méhul, KreuU 
zer et Boïeldieu), le Petit Page ou la Prison d'État (avec Kreutzer, 
1800), VImpromptu de campagne, au même théâtre (1801) ; Flaminius 
à Corinthe, à l'Opéra (1801), ne furent guère plus heureux. Ce ne fut 
qu'avec Michel- Ange (1802), les Confidences et le Médecin turc (1803), 
Léonce ou le Fils adoptif et l'Intrigue aux fenêtres (1805), que le succès 
commença à s'affirmer pour Nicolo. Dès lors, il tint le haut du pavé 
à rOpéra-Comiquc. De 1805 à 1811, il y fit jouer quatorze ouvrages 
nouveaux, parmi lesquels on remarque les Rendez-vous bourgeois 
(1807), l'Intrigue au sérail (1809), Cendrillon- [iSiO], etc. Cependant 
Boïeldieu, revenant de Pétersbourg, allait être pour Nicolo un rival 
redoutable. 11 le fut en effet; mais en même temps il lui fut utile en 
l'obligeant à chercher autre chose que des succès faciles. Ses ouvrages 
furent plus soignés, son style s'éleva. C'est à cette influence excitante 
que l'on doit les belles partitions de Joconde et de Jeannot et Colin, 
données en 1814. Malheureusement, à partir de cette époque, Nicolo 
se livra à une vie de plaisir et d'excès qui le mena rapidement au 
tombeau. Son dernier ouvrage: Aladin ou la Lampe merveilleuse, qu'il 
laissa inachevé, fut terminé par Benincori et donné en 1822. On 
connaît de Nicolo trente-neuf opéras et quelques morceaux religieu:ç 
et autres. 



208 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

IVRY (Paul-Xâvier-Désiré, marquis de RICHARD d), amateur et 
compositeur, né à Beaune le 4 février 1829, écrivit plusieurs parti- 
tions sans pouvoir arriver à les faire représenter à Paris. La dernière 
en date: les Amants de Vérone, a été enfin exécutée au théâtre de la 
Gaîté, en 1881, sous la signature Richard Yrvid. Elle n'a pas obtenu 
de succès. 



JACOBY (Georges), violoniste et compositeur, né à Berlin en 1840, 
obtint péniblement le premier prix de violon au Conservatoire de 
Paris (1861) et fit partie de l'orchestre de l'Opéra vers la même époque. 
En 1866, il dirigea l'orchestre des Bouffes-Parisiens, et en 1870 alla 
se fixer à Londres, où il dirigea l'orchestre de l'Alhambra. M. Jacoby 
a fait représenter à Londres et aux Bouffes de Paris quelques petits 
ouvrages sans grand intérêt. 

JACOTIN, musicien belge, né vers le milieu du quinzième siècle, 
mort en 1528, fut un des compositeurs renommés de son temps. 
Contemporain de Josquin Desprès, si son style a moins de hardiesse, 
son harmonie est plus nourrie. Il passa presque toute sa vie à la 
collégiale d'Anvers, où il avait été reçu chanteur en 1479. Son œuvi'e 
se compose de messes et de chansons à une ou plusieurs voix. 

JACQUARD (LÉ0N-J£A>"), violoncelliste distingué, est né à Paris le 
3 novembre 1826. Il remporta le premier prix de violoncelle au Con- 
servatoire en 1 844 ; fonda avec MM. Armingaud, Mas et Sabatier, 
l'une des meilleures sociétés de musique de chambre de Paris, en 
1855. M. Jacquard fait partie de l'orchestre de l'Opéra et est membre 
de la Société des concerts. En 1877, il a remplacé au Conservatoire 
M. Chevillard dans sa classe de violoncelle. M. Jacquard a publié 
plusieurs morceaux pour son instrument. 

JADIN (Louis-Emmanuel), compositeur dramatique, né à Versailles 
le 21 septembre 1768, mort à Paris le U a\Til 1853. Page de la musi- 
que du roi sous Louis XVI, claveciniste au thécàtre de Monsieur (1789- 
1792) ; il fit partie ensuite de la musique de la garde nationale, com- 
posa beaucoup pour elle et écrivit un grand nombre de chants 
patriotiques et de morceaux pour les fêtes nationales de la Révolution. 



IVRY — JANNEQUIN. 209 

Nommé professeur au Conservatoire en 1795, il fut en outre, chef 
d'orchestre du théâtre MoHère. En 1814, la Restauration le fit gou- 
verneur de la musique du roi; il garda cette place jusqu'en 1830. 
Jadin jouait bien de plusieurs instruments, et passa pour l'un des 
meilleurs accompagnateurs de son temps. Ses œuvres sont considéra- 
bles, assez bien écrites, mais sans originalité. Ses opéras, représentés 
au théâtre des Jeunes Artistes, Montansier, de Monsieur, des Amis 
de la Patrie, Favart, Feydeau, à l'Académie royale de musique, sont 
au nombre de trente-neuf [Amélie de Montfort, les Talismans j le 
Héros de la Durance ou Agricol Viala, le Coin du feu, l'Apothéose du 
jeune Barra, l'Heureux Stratagème, etc., etc.). Parmi ses chants patrio- 
tiques on remarque : Ennemis des tyrans et Citoyens, /eyez-Dows, chœurs 
avec orchestre. On compte encore de Jadin un grand nombre d'ou- 
vrages de musique de chambre et plusieurs morceaux militaires. 

JADIN (Hyacinthe), frère du précédent, pianiste éminent et pro- 
fesseur au Conservatoire, n'a laissé que de la musique de chambre 
et de piano, qui fut très estimée. Il était né à Versailles en 1769 et 
mourut en 1802. 

JAELL (Alfred), pianiste distingué et compositeur, est né le 
5 mars 1832 à Trieste. En 1843, il commença à voyager en se faisant 
entendre dans des concerts, et parcourut ainsi toute l'Europe et 
l'Amérique. Son jeu est classique, élégant et doux. M. Jaëll a com- 
posé près de deux cents morceaux pour le piano, dont plusieurs 
méritent l'estime des connaisseurs. 

JAELL (Marie TRAUTTMAN), épouse du précédent, est d'origine 
alsacienne. Premier prix de piano du Conservatoire en 1 862, M'^^ Marie 
Trauttman épousa M. Jaëll en 1864. Son talent, plus original que 
celui de son mari, contraste singuUèrement avec lui : il est plein de 
fougue, de puissance et d'éclatante fantaisie. W^^ Jaëll a composé 
un Concerto pour piano avec orchestre, des suites de valses, etc. 

JANNEQUIN (Clément), musicien célèbre du seizième siècle, né 
vers la fin du quinzième, fut probablement maître de musique dans 
une égUse en France. Ses œuvres, dont on ne connaît que des frag- 
ments, annoncentun génie supérieur, une originalité rare. A l'exemple 
de Goudimel, on suppose que, catholique d'abord, il passa au pro- 
testantisme, car ses premiers ouvrages ne sont que messes et motets, 



210 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tati lis que les suivants se composent de chansons françaises et de la 
musique des Psaumes de Marot. Parmi ces derniers chants, il faut 
citer : le Caquet des femmes, le Chant des oiseaux et la Bataille de 
Marignan, d'une admirable allure descriptive. Choron en donna en 
1828 une audition qui produisit un effet saisissant. Durant ces 
dernières années, M. Bourgault-Ducoudray a donné à la salle Herz 
des auditions de la Bataille de Marignan avec non moins de succès. 



JÉLIOTTE (Pierre), chanteur français, né aux environs de Tofte 
louse en 1711, mort à Paris en 1782. D'abord chantre à la cathédrale 
de Toulouse, où il figurait comme haute-contre (ténor aigu), Jéliotte 
dut à sa remarquable voix et à son talent d'être appelé à l'Opéra de 
Paris en 1733. Il s'en retira en 1755 avec une pension. Jéliotte, excel- 
lent musicien, abusait pourtant des fioritures dans son chant; mais 
il était dramatique et plein d'expression. Il savait jouer d'un grand 
nombre d'instruments et composa plusieurs ouvrages, parmi lesquels 
un ballet; Zélisler, qui eut du succès. 

JENSEN (Adolphe), compositeur, né à Kœnigsberg le 12 jan- 
vier 1837, mort le 23 janvier 1879. Il reçut les conseils d'Ehlert et 
de Marpurg et voyagea en Russie et en Allemagne, où ses leçons furent 
très recherchées. M. Jensen a beaucoup produit. On cite de lui comme 
remarquables les Fèlerins d'Emmaùs, pour orchestre ; Erotikon, pour 
le piano, ainsi que la Fantaisie-Stùckej une grande sonate en fa dièse' 
mineuK, etc. 

JOAGHI.M (Joseph), l'un des premiers violonistes de rAUemagne, 
est né à Kjtse (Hongrie) le 28 juin 1831. A douze ans, son talent, 
déjà considérable, étonnait les artistes de Leipsick , et la part qu'il 
prit aux concerts du Gewand-Haus durant les années suivantes lui valut 
des succès croissants. En 1830, après un court voyage à Paris, Joa- 
chim accepta la place de maître de concerts à Weimar, puis celle de 
directeur de la chapelle du roi de Hanovre en 1854. Depuis 1869 il est 
à Berlin, où il dirige l'Académie de musique. Chaque année cet artiste 
donne durant un mois des concerts à Londres, qui sont pour lui 
autant de triomphes. Son jeu se recommande parun sentiment élevé, 
un style irréprochable, une rare qualité de son, une dextérité pro- 
digieuse, qui lui permet de se jouer des plus grandes difficultés de 
S. Bach, Corelli et autres; enfin, par une grande variété dans l'ex- 



JÉLIOTTE — JONCIÈRES. 211 

pression. Joachim se livre aussi à la composition, et plusieurs de ses 
morceaux ont été très applaudis. 

JOMELLT (Nicolas) ,compositeur célèbre, surnommé le Gluck de l'Italie, 
naquit à Aversa le 11 septembre 1714 et y mourut le 28 août 1774. Ses 
premières productions, quelques ballets, furent médiocres ; les cantates 
qui suivirent annoncèrent plus de valeur; son premier opéra : l'Errore 
amoroso, qui fut favorablement accueilli, le décida à suivre avec ardeur 
la carrière du théâtre. A partir de cette date, soit à Rome, soit à 
Bologne, à Naples, à Vienne ou à Venise, les succès de Jomelli s'ac- 
centuèrent chaque jour. A Venise, Eumene lui valut la place de di- 
recteur du Conservatoire des Filles pauvres. Artaserse, à Rome, le fit 
nommer second maître de chapelle de Saint-Pierre du Vatican (1749). 
En 1754, il alla à Stuttgard comme maître de chapelle de la Cour et 
modifia sa manière sous Tinfluence allemande Cette transformation, 
heureuse pour l'art, fut fatale au compositeur. De retour en Italie en 
1772, les Italiens, qui l'avaient oubUé, trouvèrent sa musique trop 
tourmentée, et Armida, Demofoonte et Iflgenia^ malgré leurs grandes 
beautés, n'obtinrent aucun succès. Jomelli s'en attrista à tel point, 
que ce chagrin abrégea sa vie. En dehors de son originalité propre, 
Jomelli est aussi un novateur ; il varia la coupe uniforme de l'air italien , 
et donna au récitatif obligé une justesse d'expression inconnue avant 
lui. 

Parmi ses plus belles œuvres on remarque Merope, Eumene, Achille 
in Sciro, Didone, Demofoonte, Armida, etc., et aussi son dernier 
Miserere et quelques autres compositions religieuses. 

JONAS (Emile), compositeur bouffe, né à Paris le 5 mars 1827, 
entra au Conservatoire en 1841, obtint le premier prix d'harmonie 
en 1847 et le second grand prix de Rome en 1849. Dans son œuvre 
léger, les Petits Prodiges et le Canard à trois becs sont les plus con- 
nus. M. Jonas a été nommé professeur de solfège au Conservatoire 
en 1847. 

JONCIÈRES (Félix-Ludger, dit Vigtorin), compositeur et critique 
musical, né à Paris le 12 avril 1839, ne fit qu'une courte apparition 
au Conservatoire, dans la classe de contrepoint et fugue de M. Leborne, 
et se mit à travailler seul. Son premier ouvrage important fut Sarda- 
napale, opéra en trois actes, dans lequel M'^« Nilsson débuta au 
théâtre Lyrique (1867). L'ouvrage n'obtint pas de succès. Il en fut 
de même du Dernier Jour dePompéi, opéra en quatre actes, au môme 



212 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

théâtre (1869). M. Joncières fut plus heureux lors de la réorganisation 
du théâtre Lyrique à la Gaîté. Un grand opéra en cinq actes, qu'il 
donna pour la réouverture: Blmitri, annonça des progrès sensibles 
et un commencement d'originalité qui fut très apprécié des artistes 
et de la critique. M. Joncières est depuis plusieurs années critique 
musical du journal la Liberté. 

JOURXET (Françoise), chanteuse fameuse de l'Opéra, commença 
au théâtre de Lyon sa carrière dramatique. Elle y obtint de grands 
succès. Engagée à l'Opéra de Paris en 1705, elle s'y fit peu à peu 
apprécier et finit par conquérir la première place, situation qu'elle 
tint dignement quinze années durant. Elle avait débuté dans la Mort 
d'Alcide, fit des créations aussi nombreuses que remarquables, et 
quitta le théâtre en 1720. Ses triomphes furent les rôles d'Isis, de 
Thétis et d'Iphigénie. 

JULIEN (Louis- Antoine), compositeur de danses, très populaire à 
Paris et à Londres, naquit à Sisteron (Basses-Alpes) le 23 avril 1812 
et mourut fou, le 14 mars d860, à Paris. Petite flûte dès l'enfance, 
dans le régiment où servait son père, Juhen entra au Conservatoire 
en 1833: mais, au lieu de devoirs d'harmonie ou de contrepoint, il 
n'apportait jamais que contredanses, valses ou galops. A ce jeu, maî- 
tres et élève devaient se lasser. Un beau jour, Julien ne revint plus. Il 
venait de monter pour la saison d'été des concerts de contredanses au 
Jardin Turc (1836). Tout Paris y courut. Malheureusement l'entreprise 
était onéreuse ; elle ne put se maintenir. Julien pensa que Londres 
serait plus productif: il s'y établit en 1838. Énergique, d'une activité 
prodigieuse, il produisit pour son orchestre des milliers d'œu\Tes 
mal faites, mais entraînantes. Ses concerts-promenades réussirent. Et 
pendant vingt ans il les dirigea, choisissant les meilleurs artistes 
(Vieuxtemps, Sivori, M™« Pleyel, etc., figurèrent dans ses concerts) et 
les conduisant avec lui dans toute l'Angleterre. Il les mena même jus- 
qu'en Amérique et y trouva la fortune. Le démon d'être musicien 
sérieux perdit Julien. Il voulut faire représenter de lui un grand opéra 
en cinq actes. Il y parvint, mais à force d'argent. Cette folie lui coûta 
i6 000 livres sterhng. Ruiné, Julien recommença avec courage et 
réussit d'abord ; mais, la malechance s'acharnant sur lui, il succomba. 
Épuisé par tant de luttes, poursuivi par ses créanciers, sa raison 
s'altéra : il se frappa de deux coups de couteau et mourut peu de 
temps après. 



JOURNET — KASTNER. 213 



K 



KALKBRENXER (Chrétien), compositeur et écrivain sur la mu- 
sique, né à Minder (Hanovre) le 22 septembre 1755, mort à Paris le 
10 août 1806. Choriste à l'opéra de Cassel de 1772 à 1784, Kalkbren- 
ner eut à lutter contre la mauvaise fortune. Il allait abandonner sa 
carrière lorsqu'il fut nommé maître de chapelle de la reine de Prusse 
en 1788. En 1790, il remplit le même emploi au service du prince 
Henri de Prusse à Rheinsberg, et là il écrivit plusieurs opéras 
français : la Veuve du Malabar, Démocrite, la Femme et le Secret, etc. 
Après un voyage en Italie, il revint en 1799 avec l'armée française 
à Paris, et obtint la place de chef du chant à l'Opéra. Il la garda 
jusqu'à sa mort. Dans son œuvre on remarque un Chant funèbre pour 
la mort du général Hoche (Opéra, 1797], la Descente des Français en 
Angleterre (Opéra, 1798) et un grand ouvrage : (Enone, opéra en 
cinq actes, qui allait être joué, lorsque la mort frappa son auteur. 

KALKBRENNER (Frédéric-Guillaume), fils du précédent, compo- 
siteur, pianiste et professeur, naquit à Cassel en 1784 et mourut à 
Enghien en 1849. Il entra à Paris au Conservatoire en 1798, obtint 
le premier prix de piano et celui d'harmonie en 1801. Après quel- 
ques voyages pendant lesquels il se fit entendre avec succès, Kalk- 
bienner se fixa en Angleterre, où il fut classé au premier rang comme 
virtuose et comme professeur. Il y resta dix ans. En 1824, il s'associa 
avec Camille Pleyel et fonda la manufacture de pianos, aujourd'hui si 
renommée. Chef d'une véritable école de piano, Kalkbrenner a fourni 
de nombreux élèves, parmi lesquels il faut citer M^^^ Pleyel. Le talent 
particuher de ce virtuose consistait dans l'emploi simple des doigts, 
sans aucun mouvement des bras, ce qui donnait à son jeu une éga- 
lité, une indépendance parfaites. Ses compositions sont nombreuses 
et estimées. 

KASTNER (Jean-Georges), compositeur et écrivain sur la musique, 
théoricien et savant distingué, naquit à Strasbourg le 9 mars 1811 
et mourut à Paris le 19 décembre 1867. La vie de cet homme du plus 
haut mérite se résume dans ses travaux. Georges Kastner s'attacha 
à tout ce qui touche de près ou de loin à l'art musical et écrivit sur 
chaque matière de remarquables traités. Il jouait de tous les instru- 



214 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

ments et parlait un grand nombre de langues. Aussi, aux points de vue 
littéraire, philosophique, historique, théorique, critique, son œuvre 
est-il considérable. Sous le rapport de la production musicale, il 
ne l'est pas moins. Une pareille somme de travail accompli tient du 
prodige. Kastner a laissé neuf opéras, quinze grandes pièces sym- 
phoniques et un grand nombre de compositions vocales et instru- 
mentales ; comme écrivain, vingt-trois traités ou ouvrages : Traité 
d'instrumentation, Grammaire musicale, Traité de composition, la Danse 
des morts, la Harpe d'Éole et la Musique comique, les Cris de Paris, les 
Sirè7ies, Parémiologie musicale, etc., etc., et une Encyclopédie de la 
musique, malheureusement inachevée. 

KEISER (Reinhard), célèbre compositeur allemand, né en 1673, 
près de Weissenfels, mort à Copenhague le 12 septembre 1739, illus- 
tra le théâtre de Hambourg; et l'on s'accorde à reconnaître, chez ses 
compatriotes, qu'il fut le premier des musiciens de son temps. Haendel 
et Hasse lui durent en partie leurs mérites. Extraordinairement 
fécond, Keiser eut une facture à lui, une harmonie et une orchestra- 
tion personnelles. Sur cent vingt opéras ou oratorios qu'il écrivit, on 
n'en connaît guère que soixante-seize, le reste ayant été détruit par 
l'incendie de la bibliothèque de Copenhague. 

KIEL (Frédéric), compositeur allemand, né à Puderbach le 7 oc- 
tobre 1821, membre de l'Académie de Berlin et professeur au Con- 
servatoire de cette ville, est le continuateur du genre de Mendels- 
sohn. Dans son œuvre considérable on cite un Christus, oratorio, et 
un Requiem, comme pouvant être comparés pour la beauté au Paulus 
de Mendelssohn. L'œuvre de M. Kiel est presque exclusivement re- 
ligieux. 

KOWALSKI (Henri), pianiste-compositeur, né à Paris en 1841, 
est auteur de Gilles de Bretagjie, rei^réseaié en 1877 sans succès ; d'une 
Marche hongroise, pastiche banal de la Marche de Racockzi, et de 
quelques autres morceaux pour le piano. 

KRAUSS (MaRie-Gabrielle), cantatrice, née à Vienne (Autriche) le 
23 mars 1842, débuta brillamment à l'Opéra impérial de cette ville 
en 1860, dans Guillaume Tell; puis parut ensuite dans le Prophète, 
Robert- le Diable, la Flûte enchantée, le Freyschutz, le Tannhauser, 
Don Juun, Lohengrin, les Huguenots, le Vaisseau fantôme, la Dame 
blanche, Cosi fan tutte, Lcdla-Roukh, Fidelio, Ernani, etc., c'est-à-dire 



KEISER — KREUTZER. 215 

dans les plus grands rôles du répertoire contemporain, avec un succès 
toujours croissant. M. Bagier, l'ayant entendue à Vienne, l'engagea 
pour le théâtre italien de Paris, où elle débuta dans il Trovatore et 
Lucrezia Borgia. L'accueil fut chaleureux ; mais il fallait à la grande 
musicienne un cadre plus en rapport avec ses qualités de style, 
avec ses moyens exceptionnels d'expression dramatique, pour se 
révéler complètement. Paradis et Péi i et la Vie d'une rose, de Schu- 
mann, donnés en audition aux Italiens, lui fournirent l'occasion cher- 
chée. A partir de ce moment, sa réputation fut à jamais consacrée. 
Aussi, après la guerre, lors de l'inauguration de la nouvelle salle de 
l'Opéra, M"« Krauss fit-elle partie de l'élite choisie pour prendre part 
à cette solennité (5 janvier 1875). Depuis lors elle n'a pas quitté 
l'Opéra, où ses créations dans Jeanne d'Arc, le Tribut de Zamor a, etc., 
Tont placée au premier rang des cantatrices de notre temps. 

' KREBS (Mary), pianiste remarquable née à Dresde le 5 décem- 
bre 1851, d'une famille de musiciens, s'est fait entendre avec grand 
succès en Allemagne et à TCnion musicale de Londres. 

KREUTZER (Rodolphe), violoniste et compositeur, né à Versailles 
le 16 novembre 1766, mort à Genève le 6 janvier 1831. Doué de dispo- 
sitions peu communes pour la musique, il suppléa à l'instruction 
classique par un instinct d'une rare justesse, une verve aussi en- 
traînante qu'intarissable. Protégé par Marie-Antoinette, il put faire 
entendre de bonne heure ses premières productions dramatiques à 
la cour, et acquérir ainsi l'expérience, sinon la science nécessaire. 
On cite de lui pour le théâtre; Jeanne d'Arc (1790), Paul et Virginie 
eiLodoîska (1791), à l'Opéra-Comique ; le Congrès des rois, avec plu- 
sieurs autres musiciens, et le Siège de Lille (1793), la Journée du 
10 Août ou la Chute du dernier tyran (1795), On respire (après le 
9 thermidor), etc. On voit par ce résumé que R. Kreutzer sut habile- 
ment se plier à tous les régimes. Professeur de violon au Conser- 
vatoire dès sa fondation, cet artiste devint chef d'orchestre de 
rOpéra en 1817. 

KREUTZER (Léon-Charles-Fr/VNÇOIs), neveu du précédent, né à 
Paris le 23 septembre 1817, mort à Vichy le 6 octobre 1868, fut un 
compositeur sérieux de musique instrumentale et vocale et un écri- 
vain remarquable sur les choses de son art. D'un naturel bizarre et 
sauvage, il ne fit pas d'efforts pour se produire, aussi son œuvre est- 



216 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

il peu connu. Ses travaux critiques dans VTJnion, la ileiwe et Gazette 
musicale, etc., ont plutôt attiré l'attention. 

KREUTZER (Go> radin), compositeur allemand, né le 22 novem- 
bre 1782 à Moesskirch (grand-duché de Bade), mort à Riga le 14 dé- 
cembre 1849. Ses meilleurs ouvrages sont Libussa, Cordélia, la Mon- 
tagnarde et le Dissipateur. 

KUHLAU (Frédéric), compositeur, né à Uelzen le 11 septembre 1786, 
mort à Copenhague le 12 mars 1832, passa presque toute sa vie 
en Danemark, où il fut très goûté. Ses opéras : Rœverhergen, Elisa, 
Elverhoe, etc., où il sut habilement encadrer un grand nombre d'airs 
populaires danois, lui valurent le titre de grand compositeur danois, 
quoiqu'il fût Allemand. Cependant, malgré ses succès au théâtre, c'est 
surtout par ses œuvres pour la flûte que ce compositeur est particu- 
lièrement estimé. 

KUHNAU (Jean), savant érudit du dix-septième siècle, fut aussi un 
muscien distingué. Il naquit à Geysing (Saxe) en 1667 et mourut à 
Leipsick en 1722. Élève d'Albricci pour la musique, il commença ses 
études à Dresde et les termina à Leipsick, où il se fixa. L'étendue de 
ses connaissances, aussi bien que la dignité de son caractère, le fit 
appeler à plusieurs postes importants, entre autres, à la direction de 
la musique de l'Université de cette ville (1700). Ses pièces de clave- 
cin et particulièrement ses sonates {Clavier-Ubung, Clavier-Frùchten^ 
Sonatcn^ etc.) sont encore aujourd'hui tenues en haute estime, et 
plusieurs d'entre elles figurent dans les recueils consacrés aux 
maîtres du clavecin. 

KULLAK (Théodore), pianiste virtuose, compositeur et professeur, 
né à Krotoczin (Posen) en 1818, mort en 1882, élève de Taubert, 
Dehn, Czerny et Sechter, se fit applaudir en Europe dans les concerts 
et vint se fixer à Berlin, où il fonda plusieurs écoles de musique, 
entre autres la nouvelle Académie de musique de cette ville (185o). 

KUXZEN (Frédéric-Louis-Émile), fils et petit-fils de musiciens dis- 
tingués, naquit à Lubeck en 1761 et mourut à Copenhague en 1819 . 
Directeur de la musique au théâtre de Francfort, puis à celui de 
Prague, il obtint la même fonction à Copenhague et y passa les 
vingt-deux dernières années de sa vie. Ses meilleurs ouvrages dra- 
matiques sont Holger le Danois (Copenhague, 1790), les Vendangeurs 
(Prague, 1793), Drageduckken, etc. On remarque aussi de lui V Alléluia 



KREUTZER — LABARRE. 2 1 7 

de la Création de Baggesen, une ouverture à grand orchestre et plu- 
sieurs fantaisies. 

KURPINSKI (Charles), compositeur polonais, né en 178o à Wlosza- 
kowice (de Posen), très célèbre dans son pays, est un de ceux qui, 
avec Kamienski et Elsner, ont le plus fait pour le développement 
de l'art musical polonais, et l'ont enrichi d'une véritable école 
d'opéra national. D'abord violon dans un bon orchestre de Gal- 
licie, Kurpinski devint second, puis premier chef d'orchestre au 
théâtre de Varsovie (1825). Ses ouvrages joués, depuis 1811, obtinrent 
pour la plupart un succès d'enthousiasme. On ne sait pas au juste 
leur nombre. Jadwiga paraît être le plus célèbre. Kurpinski fut 
nommé maître de chapelle de la cour de Varsovie en 1823 et se retira 
en 1841. 11 a laissé, outre ses opéras, un grand nombre de mor- 
ceaux pour les instruments et la voix et fut le fondateur d'un journal 
de musique à Varsovie. 



LABARRE (Théodore), compositeur et harpiste célèbre, né à Paris 
le 5 mars 180o, mort en cette ville le 9 mars 1870, entra au Con- 
servatoire en 1817 ; y reçut des leçons de Dourlen, d'Eler et de Fétis, 
et remporta en 1823 le second grand prix de Rome. Habile dès l'en- 
fance sur la harpe, il alla se fixer en Angleterre, où ses succès le 
classèrent au premier rang. De 1847 à 1849, étant revenu à Paris, 
il succéda à Girard comme chef d'orchestre de l'Opéra -Comique. 
En décembre 1851, Napoléon .111 le nomma directeur de sa musique 
particulière. Labarre composa pour le théâtre. Il donna d'abord 
les Deux Familles (Ventadour, 1831) ; puis l'Aspirant de Marine 
(1834); la Révolte au sérail (Opéra, 1833); le Ménétrier ou les Deux 
Buchesses (Opéra-Comique, 1845) ; Jomta ou les Boucaniers, ballet 
(Opéra, 1853); laFonti, ballet (Opéra, 1855); Pantagruel, opéra qui 
ne fut joué qu'une fois, l'empereur l'ayant fait interdire (1855); 
Graziosa, ballet (Opéra, 1861), et enfin le Roi d'Yvetot, ballet (Opéra, 
1865J. (Ce dernier ouvrage aurait, dit-on, pour véritable auteur le 
prince Richard de Metternich.) De tous ces opéras aucun n'a dé- 
passé la médiocrité. Dans ses compositions pour la harpe, qui sont 
au moins d'une centaine, Labarre a mieux réussi. Cet artiste suc- 
céda en 1867 à M. Prumier, i comme professeur de harpe, au Gon- 



218 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

servatoire. Plusieurs de ses romances ont joui d'une certaine vogue : 
la Jeune Fille aux yeux noirs, le Contrebandier, la Tartane, Cora, etc. 

LABLACHE (Louis), chanteur fameux du théâtre Italien, naquit à 
Naples le 6 décembre 1794 et y mourut le 23 janvier 1858. Reniar- 
quablement doué et possédant une voix de basse chantante aussi 
étendue que magnifique, Lablache ne fit pourtant pas prévoir, dès 
son jeune âge, ce qu'il devait devenir plus tard. Ennemi fougueux 
de toute discipline, il eut grand'peine à achever ses études musicales. 
Fort heureusement pour lui, il se maria de bonne heure (à dix-huit 
ans),, et sa femme exerça sur lui l'influence la plus salutaire. Elle 
l'excita à l'étude, orna son esprit, débarrassa peu à peu d'habi- 
tudes mauvaises sa prononciation et ses manières ; en un mot, elle 
sut en faire un parfait homme du monde, en même temps qu'un ar- 
tiste de haut mérite. C'est en 1812 que Lablache débuta au théâtre 
de San-Cariino de Naples, dans la Molinara de Fioraventi, comme 
buffo napoletano. 11 alla ensuite à Messine remplir le même emploi, 
puis à Palerme, comme basse chantante. Le rôle de Dandini de la 
Cenerentola de Rossini, qu'il joua à la Scala de Milan en 1817, com- 
mença l'ère de ses brillants succès. Mercadante écrivit pour lui Elisa 
e Claudio, et dès lors, à Turin, à Venise, à Vienne, etc., il échpsa 
tous ses rivaux ; sa renommée se répandit dans toute l'Europe. La- 
blache vint à Paris en 1830, et, si l'on excepte quelques voyages, s'y fit 
applaudir chaque hiver jusqu'en 1852. L'été il allait à Londres, où ses 
succès n'étaient pas moins grands. La Russie voulut à son tour admirer 
le grand artiste; il partit pour Pétersbourg en 1852, et en revint 
après une série de nouveaux triomphes. Quatre ans plus tard, la ma- 
ladie qui devait l'emporter l'obligea à des soins; malheureuse- 
ment, malgré les eaux, les remèdes et la bienfaisante influence de 
l'air natal, il succomba. Lablache avait une belle tête, intelligente et 
fière, était de haute stature et avait dans son allure une suprême dis- 
tinction. Ses rôles les plus brillants furent dans Semiramide, Zaira, 
Matrimonio segreto, Gazza ladra, Anna Bolena,Norma, Elisir d'amore. 
Bon Pasquale, Bon Giovanni, etc., etc. Il est inhumé à Maisons-Laf- 
fitte, où il avait une propriété. 

LACHNER (François), maître de chapelle du roi de Bavière, est 
né le 2 avril 1803 à Rain (haute Bavière). D'une grande érudition 
musicale, d'un tempérament artistique très caractérisé, possédant à 
fond les connaissances des ressources de l'art, Franz Lachner fut 



LABLACHE — LACOME-d'esTALENX. 2 1 9 

d'abord organiste à Vienne, puis directeur de musique au théâtre de 
la Porte Cari nthie. En 1834, il devint maître de chapelle du duc de 
Bade, à Mannheim, et en 1835, fut appelé par le roi de Bavière pour 
occuper la même fonction à Munich. Les œuvres de Lachner les plus 
remarquables sont ses Symphonies, ses Suites d'orchestre, dont plu- 
sieurs ont été exécutées avec succès à Paris aux Concerts populaires ; 
Alida, Catherine Cornaro et Benveniito Cellini, opéras ; de nombreux 
morceaux de musique de chambre et de piano ; des Messes, etc. Le 
style de F. Lachner est élevé et original, sa facture correcte, la 
nature de ses idées toujours distinguée. — Ses frères Ignace et Vin- 
cent sont des musiciens fort estimés. 

LACOMBE (Louis BROUILLON), pianiste et compositeur, est né à 
Bourges (Cher) le 26 novembre 1818. Premier prix de piano du 
Conservatoire en 1831, M. Lacombe parcourut la France et FAUe- 
magne en donnant des concerts et se perfectionnant dans son art. 
Czerny lui enseigna le style classique, Sechter et Seyfried, l'harmo- 
nie, le contrepoint et la fugue. De retour à Paris en 1842, M. La- 
combe se livra à la composition. Parmi ses œuvres les plus connues 
on remarque : Deux Nocturnes, Larmes et Sourires, Douze Lieders, les 
Harmonies de la nature. Six Fables de La Fontaine mises en musi- 
que, etc. — M. Lacombe a donné au théâtre Lyrique un acte inti- 
tulé la Madone (1861). 

LACOMBE (Paul), compositeur, né à Carcassonne en 1837, a pro- 
duit un assez grand nombre de pièces pour l'orchestre, le piano et 
pour divers instruments, pièces qui ont été favorablement accueillies 
à Paris dans les concerts. L'Association artistique a donné en 1875 
son premier essai pour orchestre, une Pastorale, dont la facture est 
estimable et qui a obtenu un certain succès. 

LACOME-D'ESTALENX (Paul-Jean- Jacques), compositeur, né au 
Houga (Gers), le 4 mars 1838, donna d'abord de petites opérettes : 
l'Epicier par amour, J'veux mon peignoir, En Espagne. En 1873, la Dot 
mal placée fut favorablement accueillie à l'Athénée. Puis vinrent 
successivement le Mouton enrage, aux Bouffes-Parisiens (1873); Am- 
phitryon, à la salle Taitbout (1874); Jeanne, Jeannette et Jeanneton, 
aux Folies-Dramatiques (1876), et enfin le Beau Nicolas, au môme 
théâtre (1881) ouvrages toujours bien reçus du public, et où se re- 
marque un talent aimable et facile, ainsi qu'une profusion de détails 



220 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

aussi ingénieux que charmants. M. Lacôme a de plus publié des 
recueils de Mélodies espagnoles. Ses Échos d'Espagne, avec M. Puig y 
Absubide, sont pleins d'intérêt. Son œuvre comprend encore différents 
morceaux pour la \oix et les instruments. M. Lacôme a écril de 
nombreux articles dans les journaux de musique. 

LÀFONT (Charles-Philippe), violoniste célèbre, né à Paris le 
\" décembre 1781, mort par accident près de Bagnères de Bigorre, 
\e 14 août 1839, commença dès l'âge de onze ans à jouer avec 
succès dans les concerts. Il parcourut à plusieurs reprises les prin- 
cipales villes d'Europe et se mesura à Milan avec Paganini. En 1815, 
il fut nommé premier violon de la musique de la chambre du roi et 
reçut le titre d'accompagnateur de la duchesse de Berry. Son jeu 
était charmant et délicat, plutôt qu'énergique ; sa justesse, irrépro- 
chable. Il a écrit un certain nombre d'œuvrespour son instrument et 
deux ouvrages dramatiques : la Rivalité villageoise (sous un pseudo- 
nyme) et l'Ermitage. 

L.\GRANGE (Anna-Caroline de), célèbre cantatrice, née à Paris le 
24 juillet 1825, cultiva d'abord le piano, puis étudia le chant succes- 
sivement avec Bordogni, Mandacini, et Lamperti. Douée d'une voix 
remarquable et d'une rare facilité de vocalisation, elle débuta en 
1842 dans la Chiara de Rosemherg, de L. Ricci, à Yarèse. Depuis 
lors, elle n'a cessé de paraître sur les principales scènes d'Italie, 
avec un succès enthousiaste, dans le répertoire itahen. En 1848, elle 
•se montra à Paris dans Othello, à l'Opéra ; froidement accueillie, elle 
partit pour Vienne, Berlin, Pétersbourg, l'Amérique et l'Espagne et y 
retrouva ses premiers succès. 

LAJARTE (Théodore-Edouard DUFAURE de), compositeur drama- 
tique, musicologue, bibliothécaire de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, 
né à Bordeaux le 10 juillet 1826. Élève du Conservatoire, où il resta 
cinq ans dans la classe de Leborne (contre-point, fugue et haute 
composition), il fit ses débuts dans l'art dramatique par le Secret 
de ronde Yincent, au théâtre Lyrique (1855). Ensuite, M. de Lajarte 
donna le Duel du Commandeur, Mam'zelle Pénélope (repris à l'Opéra- 
Comique), le Neveu de Gulliver, opéra-ballet en trois actes; à l'Athé- 
née, la Farce de maître Villon, une fantaisie en langue rabelai- 
sienne, avec musique d'allure rétrospective ; à l'Opéra-Comique, 
M. de Floridor, un acte avec divertissement (1880). On lui doit encore 



LAFONT — LALO. 221 

beaucoup de morceaux pourles musiques militaires, entre autres une 
Messe militaire exécutée à Saint-Roch (1867); l'Orphéon de l'armée^ six 
chœurs dédiés au maréchal Niel. Secrétaire du jury du fameux con- 
cours des musiques européennes (1807) ; auteur du Catalogue anec- 
dotique et historique de la Bibliothèque musicale de l'Opéra, et d'un re- 
cueil à' Airs à danser depuis Lulli jusqu'à Méhul, M. de Lajarte a eu, 
le premier, l'idée de réduire au piano les Chefs-d'œuvre classiques de 
l'opéra français, et en a déjà fait paraître quatorze. II s'occupa de 
la reconstitution musicale des anciens ballets : à l'Opéra-Gomique 
(1877), le ballet archaïque, introduit dans Cendrillon à sa reprise ; 
le ballet des Indes galantes^ de Rameau, au ministère de l'instruction 
publique (1878), un divertissement genre Directoire, à la présidence 
<ic la Chambre (1879). En 1883, M. de Lajarte a obtenu un franc suc- 
cès à rOpéra-Comique avec un ouvrage en deux actes : le Portrait. 

LALANDE (Michel-Richard de), compositeur et surintendant de 
la musique de Louis XIV et de Louis XV, naquit à Paris le 15 dé- 
cembre 1637 et mourut le 18 juin 1726. Il fut un des meilleurs auteurs 
de musique d'église de son temps, et il a publié, aux frais du roi, 
soixante motets dont le style plein d'imagination étonna les ama- 
teurs. 

LALO (Edouard), violoniste et compositeur, né à Lille vers 1830, 
l'un des musiciens les plus distingués de la jeune école française, 
fit ses études musicales au Conservatoire de cette ville, et se 
produisit d'abord dans des concerts de musique de chambre avec 
MM. Jacquard, Armingaud, etc. Le goût public n'étant pas à cette 
époque ce qu'il est aujourd'hui, grâce aux grands concerts sympho- 
niques, les premières œuvres de M. Lalo ne réussirent pas. Cepen- 
dant le succès des concerts populaires, ceux qu'avait obtenus 
M. Carvalho avec le théâtre Lyrique, rendirent l'espoir au compo- 
siteur. Il prit part au concours du théâtre Lyrique, en 1867, avec 
Fiesque, partition des plus remarquables, qui, sans obtenir le prix, 
fut citée parmi les meilleures, et fit exécuter ensuite, aux Concerts 
populaires, à l'Association artistique, à la Société des concerts, plu- 
sieurs œuvres symphoniques de premier ordre. Le Bivertissementpour 
orchestre^ le Concerto pour violon^ la Symphonie espagnole, le Concerto 
pour violoncelle^ l'ouverture du Mi d'Ys, etc. Toutes ces pages révè- 
lent en effet une habileté hors ligne, une distinction exquise, et, ce 
qui est plus, un tempérament franchement personnel. Aujourd'hui, 

15 



222 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

M. Lalo est enfin parvenu à se faire ouvrir les portes de l'Opéra. On 
vient d'y donner Namouna (1882), ballet d'une originalité si grande, 
qu'aux yeux de certains elle semble toucher à la bizarrerie, mais qui 
n'en est pas moins une œuvre vigoureuse. M. Lalo a publié en outre 
plusieurs morceaux de musique de chambre, et quelques mélodies, 
morceaux de haut goût et d'une saveur toute spéciale. 

LAMBERT (Michel), musicien et fameux maître de chant, né à Vi- 
vonne (Poitou) en IGiO, mort à Paris en 1696. La réputation de cet 
artiste fut si considérable, que son nom était devenu le qualificatif 
^'excellence. On disait wn iawî6er« pour désigner un artiste hors ligne. 
Cependant, quoique fort en faveur à la cour, quoiqu'il ne pût satis- 
faire à toutes les demandes de leçons [qui lui étaient adressées par 
le plus haut monde, il ne paraît pas que Lambert ait mené une exis- 
tence fortunée. Il était assez peu ordonné d'ailleurs dans sa conduite, 
et safemme, dit-on, en mourut de chagrin. Quoi qu'il en soit, vers la 
moitié de sa vie, il se rangea. De grands seigneurs lui vinrent en 
aide et Louis XÏV lui accorda l'une des places de maître de la mu- 
sique de sa chambre. Lambert, dont Lulli épousa la fille Madeleine, 
est le seul musicien auquel cet Italien, jaloux d'ordinaire, témoigna 
quelque déférence. Après la mort de Lambert, ses airs furent réunis 
et publiés sous ce titre : Airs et Dialogues, à une, deux, trois, quatre 
et cinq voix, composez par feu M. Lambert, maître de la musique de la 
chambre du Roi. On a aussi d'autres recueils. Lambert surchargeait 
sa musique d'ornements, mais il exécutait ses broderies avec un art 
si admirable, que cette habileté lui valut en partie son étonnante 
réputation. 

LAMBILLOTTE (le P. Louis), jésuite, né à Charleroile 27 mars 1797, 
mort à Vaugirard le 25 février 1855, composa un grand nombre de 
morceaux pour l'église, d'un style vulgaire et d'une facture détes- 
table. Il écrivit aussi plusieurs traités ayant la prétention de réformer 
le chant grégorien, et n'a réussi, en somme, qu'à l'altérer davantage. 

LAMOUREUX (Charles), violoniste et chef d'orchestre, est né le 
28 septembre 1834. Premier prix de violon du Conservatoire en 1854-, 
M. Lamoureux entra bientôt à l'orchestre de l'Opéra, puis à celui de la 
Société des concerts. Devenu second chef d'orchestre de l'éminente so- 
ciété , il se proposa d'organiser en France de grandes auditions publiques 
des chefs-d'œuvre des maîtres anciens, encore presque inconnus aux 



LAMBERT — LARUETTE. 223 

masses. Après avoir étudié en Allemagne et en Angleterre les moyens 
à mettre en pratique pour atteindre son but, M. Lamoureux revint 
à Paris fonder la Société d'harmonie sacrée et donna au Cirque d'été 
d'admirables auditions du Messie d'Haendel et de la Passion de 
S. Bach pendant l'hiver 1873-1874 ; il continua la saison suivante avec 
Judas Machabée, Gallia de M. Gounod et Eve de M. Massenet. Le 
succès fut prodigieux et fit le plus grand honneur à l'éminent chef 
d'orchestre, dont il révéla à la fois les qualités de musicien et d'orga- 
nisateur. En 1875, M. Lamoureux fut chargé de diriger à Rouen les 
fêtes du centenaire de Boïeldieu. En 1876, il fut appelé par M. Car- 
valho à la direction de l'orchestre de l'Opéra-Comique, mais, un dés- 
accord étant survenu, il donna sa démission. Nommé à l'Opéra, en 
1877, en remplacement de M. Deldevez, M. Lamoureux s'en retira 
également quelque temps après. Au commencement de l'hiver 1881- 
1882, il fonda la Société des nouveaux concerts. 

LANDINO (François), surnommé Francesco Cieco, parce qu'il était de- 
venu aveugle dès l'enfance, et aussi Francesco degli Organi, à cause de 
son talent sur l'orgue, célèbre musicien et poète, né à Florence vers 
1325, mort en cette ville en 1390. Francesco degli Organi, qui avait 
appris seul la musique, jouait d'un grand nombre d'instruments. Le 
roi de Chypre le couronna de lauriers aux fêtes qui lui furent offertes 
à Venise, en 1364, par le doge Laurent Celsi. 

LA NUX (Paul VÉRONGE de), compositeur, né le 29 juin 1853. Pre- 
mier prix de fugue au Conservatoire en 1872 ; second grand prix de 
Rome en 1874 ; deuxième premier grand prix en 1876, M. Paul de la 
Nux a fait connaître dans les grands concerts quelques compositions 
qui ont été bien accueillies. 

LARUE (Pierre, ou Pierchon de), célèbre musicien du quinzième et 
du seizième siècle, né en Picardie, fut élève d'Ockeghem, resta long- 
temps attaché à la chapelle de Marie de Bourgogne et fut plus tard 
le musicien favori de Marguerite d'Autriche. Il composa un grand 
nombre de morceaux pour l'église et des chansons. On cite les messes 
Beatœ Virgini; Sex toni ut, fa; l'Homme armé, etc. 

LARUETTE (Jean-Louis), acteur et compositeur dramatique, na- 
quit à Toulouse le 27 mars 1731 et y mourut en janvier 1792. Chan- 
teur sans voix, l'aspect vieillot, mais acteur excellent, Laruette sut 



224 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tirer un fort bon parti de ses défauts et de cette qualité dans les rô- 
les de père ou de tuteur à l'Opéra-Comique. Il resta à ce théâtre de 
1752 à 1762, et à la Comédie italienne jusqu'en 1779. Ensuite il 
quitta la scène. Sa femme, M™e Yillette-Laruette, obtint aussi de 
grands succès sur ces deux théâtres. 

LASSUS (Orland, ou Roland de), illustre compositeur belge, né à 
Mons (Hainaut) en 1520, mort à Munich en 1594, fut emmené vers 
l'âge de douze ans à Milan, puis en Sicile, par Ferdinand de Gonzague, 
général de Charles-Quint. A dix-huit ans, Constantin Castriotto le con- 
duisit à Naples, où il s'attacha au marquis de la Terza. Trois ans plus 
tard il se rendit à Rome et devint bientôt maître de chapelle de Saint- 
Jean de Latran. Quelques années après il revint à Mons, brusquement 
rappelé par la nouvelle de la fin prochaine de ses parents. Ne les 
trouvant plus, il alla s'établir deux ans à Anvers, où il vécut dans la 
société des hommes les plus distingués par leur rang ou leur savoir. De 
là il fut appelé à Munich, en 1557, comme maître de la musique de la 
chambre du duc Albert de Bavière, et en 1562 fut nommé maître de 
la chapelle de la cour. Cette chapelle était, à cette époque, la meil- 
leure et la plus importante de l'Europe ; elle ne comprenait pas moins 
de quatre-vingt-douze exécutants choisis. Disposant de pareilles res- 
sources, le génie de Lassus put se développer à l'aise. Il écrivit pour 
elle ses plus belles et plus importantes compositions : les Psaumes 
de la Pénitence, le Magnificat^ etc. Sa renommée devint universelle ; et, 
coïncidence bizarre, pendant que l'Italie décernait à Palestrina, son 
illustre contemporain, le titre de Prince des musiciens, l'Allemagne, 
l'Angleterre et la France gratifiaient Lassus du même titre. Les sou- 
verains grands ou petits, le recherchèrent et le comblèrent d'honneurs 
et de témoignages d'estime de toutes sortes. L'empereur Maximilien 
l'anoblit, lui et sa famille ; le pape le fit chevalier de Saint-Pierre à 
l'éperon d'or, etc. En 1571, Lassus vint à Paris. Charles IX fut si 
charmé par ses talents, qu'il lui fit offrir la direction de sa chapelle 
avec un traitement magnifique. Après de longues hésitations, Lassus 
allait se rendre à son nouveau poste, lorsqu'il apprit à Francfort la 
mort du roi. Il revint alors en hâte à Munich, où il reprit ses fonctions, 
à la grande joie du prince, qui le combla de bienfaits et fit même un 
panégyrique en son honneur. En 1587, Lassus sentit les premières 
atteintes de la fatigue. Il demanda au prince Guillaume V, succes- 
seur du duc Albert, quelques mois de repos annuel. La requête fut 
accordée, moyennant suppression de la moitié du traitement. Cette 



LASSUS — LAYS. 225 

condition parut si dure au compositeur, qu'il préféra continuer 
exactement son service. Cette résolution lui fut fatale. Quelque 
temps après ses facultés s'altérèrent et il tomba dans une démence 
mélancolique qui le conduisit au tombeau. Le style de Lassus est 
grave, simple et d'une élégante originalité. Inférieur à Palestrina, au 
point de vue de la facture , il le surpassa dans l'expression mélo- 
dique. Le nombre de ses œuvres tient du prodige ; il s'élève à plus de 
deux mille connues, parmi lesquelles les chefs-d'œuvre se rencontrent 
à chaque pas. Aucun musicien du seizième siècle, Palestrina lui-même 
compris, n'eut de plus retentissante renommée, et ne vécut plus 
longtemps dans la mémoire de tous ; aucun n'eut ses œuvres re- 
produites par un nombre d'éditions aussi considérable. 

LAURENT DE RILLÉ (François-Anatole), compositeur, né à Or- 
léans en 1828, s'est occupé spécialement de la musique populaire. 
Nommé inspecteur de chant dans les écoles, sous l'Empire, il écrivit 
un grand nombre de chœurs orphéoniques dont plusieurs, comme les 
Martyrs aux Arènes, la Noce de village, le Chant des travailleurs, la 
Metraite, les Buveurs, etc., sont devenus populaires. M. Laurent de 
Rillé a fait aussi plusieurs Messes, quelques mélodies : l'Ange gar- 
dien, les Cloches du soir, etc., et plusieurs opérettes : Trilhy,Bel- 
Boul, le Sultan Mysapouf, etc. 

LAYS (François), chanteur, né à la Barthe-de-Nestès (village de 
Gascogne) le 14 février 1758, mort à Ingrandc (Maine-et-Loire) le 
30 mars 1831, se destinait à l'état ecclésiastique, lorsqu'une lettre de 
cachet, occasionnée par la réputation de sa belle voix de ténor grave, 
vint le tirer de sa solitude et le jeter sur les planches de l'Opéra. Il 
y débuta en 1779 dans un air de Berton père : Sous les lois de l'hymen, 
et fut acclamé. Le Seigneur bienfaisant, écrit spécialement pour lui, 
lui assura le succès. Attaché aux Concerts de la Reine (1780-1791) et 
au Concert spirituel, il vit grandir de jour en jour sa réputation, que 
Panurge (écrit par Grétry pour lui), la Caravane et Anacréon vinrent 
porter au comble. Il ne quitta le théâtre qu'en 1822. Lays fut profes- 
seur de chant au Conservatoire de 1795 à 1799. En 1819, il reprit ses 
fonctions à TÉcole royale de chant et de déclamation jusqu'eft 1826. 
Ce chanteur fut un ardent révolutionnaire, et à ce titre eut à subir 
quelques persécutions de l'Opéra. Il y répondit par une brochure 
ayant pour titre : Lays, artiste du théâtre des Arts, à ses concitoyens 
(1793). 



226 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

LEBORNE (Aimé-Ambroise- Simon), compositeur et professeur, né 
le 29 décembre 1797, à Bruxelles, mort à Paris le 1" avril 1866, 
entra au Conservatoire en 1811, étudia la composition avec Chéru- 
bini, remporta en 1818 le second grand prix de Rome, et le premier 
deux ans après. Répétiteur de solfège en 1816 et professeur en 1820, 
M. Leborne remplaça Reicha comme professeur de composition au 
Conservatoire en 1836. Cet artiste a donné à TOpéra-Comique le 
Camp du drap d'or, avec Batton et Rifaut (1828); au théâtre de la 
Bourse, Cinq ans d'entr'acte (1833) et Lequel? (1838). Son enseigne- 
ment était renommé. 

LEBRUN (Louis-Sébastie>), compositeur et chanteur, né à Paris le 
10 décembre 1764, mort dans cette ville le 27 juin 1829, entra dès 
l'âge de sept ans à la maîtrise de Notre-Dame, pour n'en sortir que 
douze ans après comme maître de chapelle de Saint-Germain l'Auxer- 
rois. Doué d'une assez jolie voix de ténor, Lebrun débuta à l'Opéra 
en 1787, dans Œdipe à Colone. Non seulement ce début fut d'une fai- 
blesse marquée, mais déplus, au bout de quelque temps, on reconnut 
que jamais cet artiste ne dépasserait la médiocrité. Lebrun essaya 
alors du théâtre Feydeau ; il ne réussit pas davantage. Il rentra fina- 
lement comme double à l'Opéra. Comme compositeur, assez mau- 
vais musicien, mais avant du charme dans la mélodie, il eut plus 
de bonheur. Des ouvrages nombreux qu'il donna sur diverses scènes, 
plusieurs réussirent à souhait, ce sont : l'Art d'aimer ou l'Amour au 
village (théâtre Montansier, 1780) ; l'Astronome (théâtre Feydeau, 
1798); Marceliin (théâtre Feydeau, 1800) ; le Rossignol (Opéra, 1810). 
Ce dernier ouvrage, qui a obtenu un succès qui s'est toujours re- 
nouvelé jusqu'à ces dernières années, fut pour le flûtiste Tulou l'occa- 
sion d'une victoire éclatante sur son rival Drouet. En interprétant 
avec une admirable virtuosité et une finesse exceptionnelle de senti- 
ment les airs de flûte destinés à imiter, ou plutôt à figurer le chant 
du rossignol, Tulou faisait éclater â chaque représentation la supé- 
riorité de son talent, et remportait chaque soir de véritables 
triomphes. Ajoutons qu'il fut pour beaucoup dans la longue réussite 
de cet opéra. 

LEGLAIR (Jean-Marie), suvnommé l'Aiiié, violoniste célèbre et com- 
positeur, né à Lyon en 1697, mort assassiné à Paris en 1764, fut 
d'abord danseur et maître de ballets avant de se livrer à la musique. 
Leclair exerça une heureuse influence sur l'école française, et fut l'un 
des premiers à employer la double corde, qu'il mit en vogue. On con- 



LEBORNE — LEFÉBURE-WÉLY. 227 

naît de lui un certain nombre de morceaux de musique de chambre 
et un opéra : Glaucus et Scylla, qui fut joué en 1747. 

LECOCQ (Alexandre-Charles), compositeur dramatique, né à Paris 
le 3 juin 1834, fut admis au Conservatoire en 1849, y obtint quelques 
récompenses et le quitta en 1854 pour se livrer à l'enseignement et 
à la composition. M. Lecocq, doué d'un aimable tempérament mu- 
sical, n'eût pas demandé mieux que de se livrer à l'art sérieux. Mais 
il lui fallait gagner sa vie ; l'opérette était plus abordable que l'opéra, 
rapportait tout de suite et peut-être davantage. Il s'y consacra par né- 
cessité d'abord et, le succès l'entraînant, il se laissa aller au courant. 
Après quelques essais peu importants, le Docteur Miracle entre 
autres (1857), opérette mise au concours, et dont le prix avait été 
partagé entre Georges Bizet et lui, M. Lecocq donna à l'Athénée 
en 1868 Meur de thé, qui eut un éclat retentissant. Cet ouvrage char- 
mant, et peut-être le meilleur qui soit sorti de la plume du jeune com- 
positeur, le mit en situation de lutter avec avantage contre les rois 
du genre, MM. Offenbach et Hervé. Depuis ce temps M. Lecocq n'a 
cessé de produire et de récolter succès sur succès. Dans le nombre 
considérable d'ouvrages donnés par lui sur différents théâtres, voici 
les plus dignes de remarque : les Cent Vierges (Variétés, 1872) ; la 
Fille de Madame Angot, qui eut i^\as de quatre cents représentations 
consécutives (Folies-Dramatiques, 1873) ; Giroflé-Girofla (Renaissance, 
1874) ; la Petite Mariée (Renaissance, 1875) ; le Petit Duc (Renaissance, 
1878) ; le Cœur et la Main (Nouveautés, 1882). Plusieurs de ces ouvrages 
avaient obtenu du succès à Bruxelles avant d'être donnés à Paris. Le 
style de M. Lecocq est gai, chatoyant, spirituel, et ne tombe jamais 
dans le débraillé malsain de ses rivaux. 

LEDUC (Alphonse), pianiste, compositeur et éditeur de musique, 
est né à Nantes le 9 mars 1804, et mourut à Paris le 17 juin 1868. 
Leduc joua en virtuose du piano, du basson, de la flûte et de la gui- 
tare. Ses compositions, dont le nombre est considérable (treize cents 
environ), se rattachent presque toutes à l'enseignement : Méthodes , 
Études, Bibliothèque du jeune pianiste. Sa maison d'édition, fondée de- 
puis 1841, est des plus prospères. 

LEFÉBURE-WÉLY ( Louis-James- Alfred ) , organiste et compo- 
siteur, né à Paris le 13 novembre 1817, fut nommé organiste de l'église 
Saint-Roch en 1832 et entra la même année au Conservatoire. Il y 
remporta le premier prix de fugue et de piano en 1835. En 1847, cet 



228 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

artiste quitta l'orgue de Saint-Roch pour celui de la Madeleine et se 
fit à cette époque une réputation populaire d'improvisateur. Médiocre 
et d un goût mal épuré sur le grand orgue, M. Lefébure-W'ély avait 
en revanche un talent remarquable sur Tharmonium. On a de lui 
une centaine d'œuvres pour le piano, dont plusieurs ont obtenu un 
moment de vogue (les Cloches du monastère, etc.), plusieurs autres 
compositions pour l'orgue et les instruments, et même un opéra- 
comique les Recruteurs, qui a été donné en 1861. Il est mort à Paris 
le 1^' janvier 1870. 

LEFEBVRE (Charles-Edouard), compositeur, né à Paris le 19 juin 
1843, remporta le grand prix de Rome en 1870. On a donné de lui 
dans les grands concerts des Pièces symphoniques (Châtelet, 1875); 
Dalila (Société nationale de musique, 1876), etc., etc. Son drame ly- 
rique Judith a été joué avec succès à Bruxelles en 1881. On compte 
encore de ce compositeur six poésies mises en musique, un qua- 
tuor^ etc. 

LEFÈVRE (Jean-Xavier), clarinettiste distingué de l'Opéra, profes- 
seur au Conservatoire dès sa fondation (1795), naquit à Lausanne en 
1763 et mourut en 1829. 

LEFÈVRE (Victor-Gustave), compositeur et professeur, directeur de 
l'École de musique religieuse de Paris, est né à Provins le 2 juin 1 83 1 . Il 
fit ses études musicales avec le professeur Maleden; épousa en 1863 la 
fille aînée de Niedermeyer, et devint peu de temps après directeur 
de l'école fondée en 1853 par son beau-père. En 1872 il organisa la 
Société de chant classique sans accompagnement, et la produisit 
chaque année dans des concerts pleins d'intérêt. On connaît de 
M. Lefèvre un grand nombre de compositions très estimées. 

LEFORT (Jules), chanteur de concert et professeur, a publié plu- 
sieurs traités : De l'émission de la voix; Méthode de chant; Bu rôle de 
la prononciation dans l'émission vocale. 

LEGOUIX (Isidore-Edouard), compositeur, né à Paris le 1^' avril 
1834. Premier prix d'harmonie du Conservatoire et mentionné au 
concours de Rome de 1860. M. Legouix a fait représenter quelques 
opérettes dont les noms suivent : Un Othello, Malbrough s'en va-t'en 
(luerre (avec MM. Jouas, Bizet et Delibes), les Dernières GriséUes, le 
Lion de Saint-Marc, le Vengeur, etc. 



LEFEBVRE — LEMOINE. 229 

LEJEUNE (Claude), dit Claudia Le jeune ou simplement Claudin, cé- 
lèbre musicien, né à Valenciennes vers le milieu du seizième siècle, 
mort au commencement du dix-septième, fut compositeur de la 
chambre des rois Henri III et Henri IV. D'une science moins con- 
sommée que les Goudimel, Lassus, Jannequin et autres, sa musique 
se recommande par l'élégance et le goût, plutôt que par la pureté de 
la forme et du style, Claude Lejeune avait embrassé le protestantisme ; 
il mit en musique les Psaumes de Marot et composa un grand 
nombre de morceaux religieux et profanes. Son Dodecachorde passe 
pour son meilleur ouvrage. 

LE MAURE (Catherine-Nicolle), célèbre chanteuse de l'Opéra, née 
en 1703, morte en 1783, y débuta en 1721 dans le prologue de 
Phaéton, et le quitta en 173c. La voix de cette artiste était remarqua- 
blement belle, son chant expressif et pénétrant ; aussi était-elle très 
séduisante, quoiqu'elle ne fût pas jolie. D'un caractère fantasque au- 
tant qu'arrogant, elle ne fit durant sa carrière que quitter l'Opéra 
et y rentrer, s'attirant par ses boutades plus d'un fâcheux désagré- 
ment. 

LEMMENS (Jacques-Nicolas), professeur d'orgue au Conservatoire 
de Bruxelles, né le 3 janvier 1823 à Zoerle-Parwys (province d'An- 
vers), occupe cette fonction depuis 1849 et s'y est distingué en rele- 
vant l'enseignement de l'orgue, très inférieur à ce Conservatoire 
avant sa nomination. Sa femme, M™^ Lemmens-Scherington, s'est 
fait en Angleterre une brillante réputation comme chanteuse. 

LEMOINE (Antoine-Marcel), guitariste, né à Paris en 1763, mort 
en 1817, a fondé à Paris une maison d'édition de musique aujour- 
d'hui la plus ancienne. 

LEMOINE (Henri), quatrième fils du précédent et musicien dis- 
tingué, a continué le commerce de son père et a publié plusieurs 
ouvrages d'enseignement : Méthode pratique pour le piano ; Tmtté 
d'harmonie pratique; Solfèges élémentaires, etc. 

Lemoine (Achille), son fils, s'est occupé d'enseignement et a publié 
quelques morceaux. Le premier, il a commencé la vulgarisation 
des chefs-d'œuvre classiques en publiant le Fanthéon des pianistes^ 
édition à bon marché, et a été suivi dans cette voie par MM. Enoch 
et Peters, en Allemagne. 



230 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

LENEPVEU (Charles-Ferdinand), compositeur, né à Rouen le 4 oc- 
tobre 4840, fut destiné par sa famille au barreau. Mais se sentant 
invinciblement attiré vers la musique, tout en suivant à Paris les 
cours de la Faculté, il reçut d'excellentes leçons de M. Augustin Sa- 
vard. Son premier essai un peu important eut lieu à Gaen. Une can- 
tate avait été mise au concours, M. Lenepveu obtint le prix et l'œuvre 
fut exécutée en 1862, à la satisfaction générale. Peu de temps après 
M. Lenepveu entrait au Conservatoire dans la classe de composition 
de M. Ambroise Thomas, et, en outre, recevait les précieux conseils 
de son ami Alexis Chauvet, le premier organiste de son temps. Deux 
ans après il obtenait le premier grand prix de Rome avec la cantate 
Renaud dans les jardins d'Armide et partait pour l'Italie. Durant son 
séjour à Rome, M. Lenepveu écrivit deux ouvrages pour des concours 
ouverts, l'un à Bordeaux, l'autre à Paris, par le ministre des beaux-arts. 
Il fut couronné des deux côtés : à Bordeaux, avec son Requiem qui 
exécuté dans cette ville, puis à Paris aux Concerts populaires et à la 
Société des concerts, obtint partout un succès éclatant; à Paris, avec 
le Florentin, opéra-comique en trois actes, dont la représentation fut 
retardée par la guerre et n'eut lieu qu'en 1874. De même que le Re- 
quiem, le Florentin fut bien accueilli. Depuis ce temps M. Lenepveu a 
publié différents morceaux pour la voix et le piano. Ne pouvant 
arriver à forcer les portes de l'Opéra français, M. Lenepveu a été 
donner à Londres, au théâtre de Govent-Garden (juin 1882), ayant 
M™^ Pattiet Nicolini pour interprètes, FeZ/eda, grand opéra en quatre 
actes, qui a mis en lumière des beautés de premier ordre. Les com- 
positions de cet éminent artiste se recommandent par des qualités 
de style et de forme peu communes, par un profond sentiment 
dramatique, par une richesse d'idées et de facture qui le placent aux 
premiers rangs de la jeune école française. Au nombre de ses mélo- 
dies on remarque particulièrement : le Poète mourant, la Jeune 
Captive, Lamenta, une scène d'Hernani, etc. M. Lenepveu est profes- 
seur d'harmonie au Conservatoire. 

LEO (Léojnard), compositeur célèbre, l'un des fondateurs de l'école 
de Naples du dix-huitième siècle, est né en 1694 dans la province de 
Lecce (royaume de Naples) et mourut en 1746. Attaché au Conser- 
vatoire de la Pieta de'Turchini, puis à celui de Santo Onofrio, il fut, 
en 1716, nommé organiste de la chapelle royale, et ensuite maître de 
chapelle de l'église de Santa Maria délia Solitaria. Sofonishe, donné 
en 1715, fut son premier opéra sérieux ; parmi les autres, qui sont au 



LENEPVEU — LESUEUR. 231 

nombre de quarante-six, on cite : Demofoonte et l'Olympiade, comme 
renfermant les plus grandes beautés. Dans sa musique d'église, pleine 
de majesté et de sentiment élevé, on remarque particulièrement un Mi- 
serere, un. Ave Maris Stella et unCredo de la plus haute valeur. Léo jouait 
du violoncelle en virtuose et mit en vogue cet instrument en Italie. 

LÉONARD (Hubert), violoniste et professeur de violon au Conser- 
vatoire de Bruxelles, est né à Bellaire (province de Liège) le 7 avril 
1819. Il fit ses études au Conservatoire de Paris et fît pendant quel- 
que temps partie de l'orchestre de l'Opéra. Ensuite il parcourut avec 
succès les principales villes d'Europe en donnant des concerts. 
Nommé en 1849 au Conservatoire de Bruxelles, il y resta jusqu'à ces 
dernières années, et il vint se fixer à Paris, où il se consacra à l'en- 
seignement. Il a publié divers traités de son instrument. 

LESAGE, l'un des meilleurs acteurs de l'Opéra-Comique, où il joua 
les trial pendant trente aps, de 1789 à 1819. 

LESUflUR (Jean-François), compositeur et écrivain sur la musique, 
naquit le 15 février 1760 à Drucal-Plessiel,près d'Abbeville, et mourut 
à Paris le 6 octobre 1837. Il fut d'abord attaché à diverses paroisses 
de province et de la capitale, avant de remparter au concours la 
place de maître de musique à la cathédrale de Paris (1786). Là, il 
décida l'archevêque à établir dans cette église un orchestre complet 
pour les fêtes solennelles; et il put alors réaliser ses vues sur le rôle 
dramatique et descriptif que devait jouer, selon lui, la musique sacrée. 
L'exécution des motets de Lesueur fit une sensation profonde. Pendant 
deux ans la foule se pressa à la cathédrale pour entendre ses auditions 
grandioses Malheureusement, ces innovations avaient suscité à Le- 
sueurbeaucoup d'ennemis. Il fut vigoureusement attaqué dans des pam- 
phlets et, malgré une brillante défense, il fut vaincu. Un jour on 
profita de son absence pour rétablir l'ancien ordre de choses. Il 
donna sa démission. Lors de la fondation du Conservatoire, Lesueur 
en avait été nommé Tun des inspecteurs. Des discussions d'intérêt le 
brouillèrent avec cet étabhssement. On échangea des écrits injurieux 
de part et d'autre ; Lesueur dut encore se retirer et tomba dans une 
détresse profonde (1802). En 1804, Paisiello ayant désigné Lesueur 
pour lui succéder comme maître de chapelle de Bonaparte , sa si- 
tuation devint tout d'un coup meilleure. Depuis lors, les succès et les 
honneurs lui arrivèrent de tous côtés, et cet artiste qui, avait passé 
quarante années dans des luttes trop souvent malheureuses, réussit 



^32 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

au-delà de toute espérance durant les trente dernières années de sa 
vie. Outre ses .1/65565, demeurées célèbres, Lesueur produisit un certain 
nombre d'opéras, qui presque tous eurent du succès. La Caverne, les 
Bardes sont les plus remarquables. 

LEVASSEUR (Nigolas-Prosper), chanteur éminent de l'Opéra, né 
à Bresle (Oisel le 9 mars 1791, mort à Paris le 7 décembre 1871, fit 
ses études au Conservatoire avec Garât; débuta à l'Opéra dans la 
Caverne en 1813; remporta un éclatant succès, malheureusement sans 
lendemain. Les rôles du répertoire ne convenant pas au talent et à la 
voix de ce chanteur, il partit pour Londres en 1816. De retour l'année 
suivante, il rentra à l'Opéra. Pendant un congé, il chanta brillamment 
à Milan Marguerite d'Anjou de Meyerbeer. Le bruit de son succès se 
répandit jusqu'à Paris. Dès lors, sa situation fut conquise : soit aux 
Italiens durant six ans, soit à l'Opéra, le succès lui demeura fidèle. 
Ses meilleurs rôles furent ses créations dans le Siège de Corinthe, le 
Comte Ory, Guillaume Tell, le Dieu et la Buyadére, le Philtre, Robert 
le Diable, le Serment, la Juive, les Huguenots, la Favorite, etc., et enfin 
dans le Prophète (1852), qui fut son adieu au théâtre. Nommé en 1841 
professeur de déclamation lyrique au Conservatoire, il fit de brillants 
élèves, parmi lesquels on compte : MM. Obin, Caron, Bosquin, De- 
voyod, etc. ; M™^^ Rosine Bloch, Juliette Borghese, Mauduit, etc. 

LIMNANDER DE NIECWENHOYE (Arma_\d), compositeur, né à 
Gand le 22 mai 1814, fonda à Mahnes la Réunion hTique, pour la- 
quelle il écrivit un grand nombre de chœurs : les Gueux de mer, le 
Départ de pasteurs, etc., dont la plupart eurent du succès. Après 
avoir étudié la composition avec Fétis, M. Limnander se fixa à Paris, 
où il fit représentera l'Opéra-Comique les Monténégrins (1849), qui 
réussirent complètement. Les autres ouvrages qu'il donna par la 
suite obtinrent moins de succès. 

LIND (Jexxy;, célèbre cantatrice, est née à Stockholm le 6 octo- 
bre 1821, et y chanta d'abord dans le Freijschutz, Robert le Diable, la 
Vestale, etc., avec succès. En 1841, pour se perfectionner dans son art, 
elle vint à Paris se mettre entre les mains de Manuel Garcia ; obtint 
une audition à l'Opéra, mais, n'y réussissant pas, jura de ne jamais 
revenir en France. Elle chanta alors en Allemagne, en Angleterre, 
en Amérique, excitant partout sur son passage des transports d'en- 
thousiasme. L'Amérique seule lui rapporta 3 millions. Elle s'est de- 



LEVASSEUR — LISZT. 233 

puis fixée à Londres, où elle a retrouvé la même admiration pour son 
talent en chantant dans les concerts. M^^^ jenny Lind a épousé en 
Amérique M. Otto Goldsmith, compositeur. 

LINDPAINTNER (Pierre-Joseph), maître de chapelle du roi de 
Wurtemberg, né à Coblentz le 8 décembre 1791, mort à Nonnenhorn, 
sur le lac de Constance, le 21 août 1856, fut envoyé à Munich par 
l'électeur de Trêves, puis en Itahe, pour y parfaire son éducation mu- 
sicale. La place de maître de chapelle du roi de Wurtemberg lui fut 
offerte en 1819, et il demeura à Stuttgard jusqu'en 1855, époque où 
il alla diriger à Londres les concerts de la Société philharmonique. 
Son œuvre comprend une trentaine d'opéras. Démophon, le Vampire, 
la Génoise ^ la Rosière, le Pouvoir de la Chanson, etc., figurent parmi 
les meilleurs. On connaît aussi de lui des oratorios d'une bonne fac- 
ture, de la musique instrumentale et des recueils de chansonnettes 
qui sont devenus populaires. 

LIPÏNSKY (Charles), violoniste célèbre, né à Radzin (Pologne) en 
4790, mort à Ourlow en 1861, dirigea l'orchestre de Lemberg, de 
1812 à 1814; puis se mit à parcourir l'Europe en donnant des con- 
certs. Ses succès allaient croissant, lorsqu'un jour, la renommée de 
Paganini parut devoir en arrêter la marche. Lipinsky partit alors 
pour l'Italie, en donnant des concerts en chemin ; rejoignit le grand 
artiste et se fit reconnaître par lui pour un émule redoutable. Quel- 
ques jours après, ils jouaient ensemble dans les concerts des sym- 
phonies concertantes, et y brillaient également tous deux. En 1839, 
Lipinsky se fixa à Dresde comme premier maître des concerts de la 
cour et ne quitta cette fonction que peu de temps avant sa mort. 
Comme compositeur, son œuvre ne comprend que des morceaux 
pour son instrument. 

LISZT (Fraxz), pianiste, compositeur et écrivain, né à Rœding 
(Hongrie) le 22 octobre 1811, le virtuose le plus prodigieux peut- 
être de notre temps, commença son éducation musicale chez le prince 
Esterhazy, sous la direction de son père. Il se fit entendre pour la 
première fois en public à l'âge de neuf ans, en exécutant déjà d'une 
façon remarquable le concerto en mi bémol de Ries ; puis son père 
le mit entre les mains de Czerny, à Vienne. Dix-huit mois après, il 
donna son premier concert et se rendit à Paris (1823), où il causa 
l'admiration générale. Liszt se mit alors à parcourir l'Europe, et 



234f PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

partout où il passa il excita un enthousiasme indescriptible. De pa- 
reils succès d'ailleurs ne s'obtenaient pas sans travail. Chaque jour 
Liszt, contraint par son père, devait jouer douze fugues de Bach, et 
les transposer dans le premier ton venu. Ce dur exercice ne comptait 
pas encore pour l'infatigable artiste. Comme il le dit lui-même, il ne 
travaillait qu'ensuite, et, de plus, se livrait avec ardeur à la composi- 
tion. A la mort de son père, malgré tout son chagrin, Liszt enfin se 
sentit libre. Mais il n'en eut que plus d'ardeur, et voulut tenir les 
promesses de son jeune âge. Ses voyages furent sans nombre. 
Nommé maître de chapelle à Weimar, il prit définitivement pos- 
session de son poste en 1849, et eut le talent de rendre célèbres en 
peu de temps la chapelle et le théâtre de cette ville. On y entendit 
pour la première fois Tannhaùser et Lohengrin, grâce à ses soins, 
et Wagner lui dut en partie ses premiers succès. La vie de Liszt a 
été très agitée. Toujours à la recherche de l'extrême en toute chose, 
il avait une mobilité de sentiment extraordinaire et parfois même 
fatigante. Tour à tour mystique et mondain, il passe aujourd'hui 
pour avoir poussé la dévotion jusqu'à recevoir les ordres. En tout 
cas, sa vie ne se ressent guère de cette incarnation nouvelle, si tant 
est qu'elle existe véritablement. Quoi qu'il en soit, Rome est aujour- 
d'hui sa résidence habituelle. Comme virtuose du piano, Liszt n'a 
pas eu d'égal; comme compositeur, d'une fécondité exceptionnelle et 
d'une hardiesse allant jusqu'à la témérité, il pêche parfois par le 
goût ; l'amour de la difficulté vaincue l'emporte sur le culte du vrai 
beau : son œuvre est tourmentée, affolée ; on la dirait presque sans 
lignes ; et la douceur chez lui n'est jamais qu'un prélude. Cependant, 
il a produit des pages d'une admirable grandeur : ses rapsodies, 
ses valses f ses fardaisies et une de ses messes sont d'une rare beauté: 
beauté sauvage, étrange, il est vrai, mais qui s'impose. Comme écri- 
vain, Liszt a publié quelques écrits, parmi lesquels on cite : Lohen- 
grin et Tannhaùser, de R. Wagiïcr; F. Chopin; Des Bohémiens et de 
leur musique en Hongrie^ etc. 

LITOLFF (Hexri), compositeur et pianiste, né à Londres en 1818, 
reçut des leçons de Moschelès et, vers 1838, se fit entendre à Paris 
dans des concerts où il obtint quelques succès. Il joua ensuite à 
Bruxelles, et le duc de Looz fut si frappé de son talent, qu'il l'em- 
mena dans une de ses terres. Litolfîy écrivit son premier concerto- 
symphonie, et le fit exécuter à Bruxelles aux applaudissements du pu- 
blic. Après cela, Litolff disparut pour reparaître en 1844 d'une façon 



LITOLFF — LODER. 235 

brillante, et pour s'éclipser de nouveau quelque temps après. Il est 
impossible de suivre cet artiste dans les mille péripéties d'une vie 
extraordinairement tourmentée. Partout où il va, et il va partout en 
Europe, il rencontre le succès comme pianiste, comme compositeur, 
comme chef d'orchestre. Et pourtant, dans chacun de ses ouvrages, 
malgré les beautés les plus réelles, malgré une originalité ty- 
pique et colorée, malgré une rare divination des ressources de 
l'orchestre, on sent confusément comme un léger défaut dans les 
proportions, une nervosité exaspérée, qui rappelle — et qui a peut- 
être pour cause — l'incohérence d'une vie jetée un peu à tous 
les vents. Tantôt en haut de l'échelle, tantôt en bas, Litolff passa ainsi 
près d'une trentaine de ses plus belles années. Pendant la dernière 
vingtaine, depuis qu'il est en France, il ne cessa de lutter, et il lutte 
encore aujourd'hui pour conquérir la place que ses talents lui méri- 
tent au théâtre, sans pouvoir y parvenir. Sans parler de ses superbes 
ouvertures de Robespierre et des Girondins^ ni de ses ouvrages repré- 
sentés à l'étranger; sans même s'occuper de la Boîte de Pandore, de 
la Belle au bois dormant, de la Fiancée du roi de Garbe, productions 
inférieures que la nécessité a arrachées à sa plume, on ne peut 
oubher qu'il est l'auteur de cette partition élégante et charmante 
qui s'appelle Héloïse et Abélard. En 1882, Litolff a fait exécuter au 
cirque des Champs-Elysées le Chant des Guelfes, page symphonique 
d'un grand effet, et un concerto, avec un succès brillant. Il a en 
outre en portefeuille plusieurs opéras qui mériteraient de voir le 
jour. Parmi les compositions de moins longue haleine publiées par 
lui, citons : Sur le Danube, l'Invitation à la tarentelle, Divertissement 
fantastique et plusieurs mélodies vocales. 

LOGATELLl (Pierre), célèbre violoniste-compositeur, né à Ber- 
game en 1693, mort en 1764, reçut des leçons de GoreUi, et, après 
de nombreux voyages, établit un concert public à Amsterdam, où il 
se fixa. A un rare talent d'exécution, Locatelli joignit un génie in- 
ventif et une hardiesse de pensée qui lui font une place à part dans 
l'histoire du violon. Ses Caprices énigmatiques sont des merveilles 
d'ingéniosité d'une difficulté inouïe. A côté de c^a, ses sonates, ses 
concertos, ÏArte del violino, fourmillent de beautés élégantes et d'une 
grâce pleine de charme. A sa mort, la Société d'amateurs d'Amster- 
dam prit le deuil. 

LODER (Edvs^ard-James), compositeur et chef d'orchestre anglais, 
né en 1813 à Bath, mort à Londres le 5 avril 1865, acheva tardive- 



236 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

ment ses études musicales avec Ferdinand Ries. En 1834, il fit jouer, 
pour l'inauguration du théâtre du Lycéum, Noiirjnhad, opéra qui an- 
nonce un tempérament musical. Puis il écrivit encore le Dé de la 
Mort, les Danseurs de nuit, son meilleur ouvrage, et Raymond et 
Agnès. Il fut chef d'orchestre de Princesse Théâtre à Londres, et oc- 
cupa le même emploi à Manchester. 

LOGIER (Jean-BeRx\ard), compositeur, inventeur du chiro-plaste, est 
né à Cassel en 1777, et mourut à Dublin en 1846. Le chiroplaste était 
un instrument destiné à corriger les positions vicieuses de la main 
dans l'étude du piano. Cette machine, assez compliquée, eut un mo- 
ment de grande vogue en Allemagne et en Angleterre. Kalkbrenner et 
un grand nombre de professeurs l'employèrent et en firent les plus 
grands éloges. Cependant, Kalkbrenner lui-même ne la trouva pas 
parfaite, car il la remplaça plus tard par le Guide-mains, appareil qui, 
comme celui qui l'avait précédé, n'est plus en usage aujourd'hui. Lo- 
gier est aussi finventeur d'un système d'enseignement qui porte son 
nom et qui est assez ingénieux. Il a laissé quelques compositions 
pour le piano. 

LOLLI (Antoine), violoniste célèbre, né à Bergame en 1728, mort 
en Sicile en 1802, fit ses études sans maître ; ce qui explique peut- 
être que, s'il fut un virtuose remarquable, sa science comme musicien 
laissa à désirer. LoUi par<.*ourut les principales villes d'Europe et 
rencontra partout le succès. 

LORET (Clément), organiste et compositeur, professeur à l'École 
de musique religieuse de Paris, est né à Termonde (Belgique) en 
1833. Premier prix d'orgue du Conservatoire de Bruxelles en 1853, 
M. Loret, vint à Paris en 1855, et fut organiste de diverses paroisses. 
Nommé en 1857 à l'École de Niedermayer, il s'est fait connaître bien- 
tôt comme compositeur. Son œuvre consiste en morceaux pour orgue 
ou harmonium, et comprend aussi des transcriptions pourorgue seul, 
de concertos de Haendel pour l'orgue et l'orchestre. 

LOTTI (Antoine), compositeur célèbre de l'École de Venise, né en 
1667, mort en 1740, a laissé une vingtaine d'opéras remarquables, 
mais manquant de la vivacité nécessaire au style dramatique. Dans 
la musique d'église et dans ses madrigaux, duos, trios, etc., il s'élève 
à la hauteur des plus grands maîtres. On cite parmi ses pages les 



LOGIER — LULLI. 237 

plus remarquables : In iina siepe omhrosa et Spirito de Bio, madrigali; 
nn Benedictus Domimis Deus Israël, un Miserere à quatre voix, etc. 

LUCGA (Pauline), chanteuse distinguée, née à Vienne, le 26 avril 
4841, a chanté, avec beaucoup de succès, à Berlin, les grands rôles 
•du répertoire d'opéra. Tragédienne en même temps que cantatrice, 
€lle atteindrait à la perfection, si parfois l'exagération des effets dra- 
matiques ne venait légèrement déparer ce remarquable ensemble. 
Meyerbeer aurait écrit pour elle le rôle de Selika de l'Africaine. 

LULLI (Jean-Baptiste), compositeur illustre, considéré à tort 
•comme inventeur de l'opéra français, naquit à Florence en 1633 et 
mourut à Paris en 1687. Il fut conduit à Paris par le chevalier de 
<Guise, qui le présenta à M^^" de Montpensier, désireuse d'avoir près 
d'elle un petit Italien. La princesse le reçut et le plaça dans ses 
cuisines comme marmiton ! Lulli avait alors treize ans ; il n'était pas 
•encore bon musicien, mais, passionné pour cet art, il employait ses 
loisirs à jouer sur un mauvais violon. Le hasard voulut qu'un jour 
le comte de Nogent l'entendît ; frappé de ses dispositions, il en parla 
à la princesse et obtint qu'on lui donnât des maîtres. Dès lors, l'en- 
fant échangea sa situation culinaire contre celle d'élève des sieurs Mé- 
Ini, Gigault et Roberdet, organistes de Saint-Nicolas des Champs. 
Peu de temps après, il était admis parmi les musiciens ordinaires de 
M"'' de Montpensier. Cette histoire, son jeune talent, l'originalité des 
airs qu'il composait, attirèrent bientôt sur lui l'attention générale. 
Malheureusement, dans les airs qu'il jouait, il s'en trouva un qui 
^tait loin de célébrer les louanges de la princesse. Lulli fut immé- 
diatement chassé, mais ne perdit pas courage. Grâce à ses talents, 
il parvint à entrer dans la grande bande des violons du roi; sut 
plaire à ce monarque tellement, qu'à l'âge de dix-neuf ans (1652), il 
se vit nommé par lui inspecteur général de ses violons, avec une 
nouvelle bande d'élite, dite 'petits violons, placée sous sa direction. 
Ce fut pour ces petits violons, devenus bientôt les meilleurs de France, 
que Lulli écrivit ses symphonies , sortes d'ouvertures entremêlées 
•d'airs de danse, il se mit ensuite à composer des ballets, des mascarades, 
où le roi lui-même figurait. Parmi ces divertissements, on cite rAlcidione, 
le Ballet des Arts, l'Amour déguisé, etc., comme étant les plus remar- 
quables. Puis il composa la musique des pièces de Molière : la Frin- 
cesse d'Élide, l'Amour médecin, le Bourgeois gentilhomme, M, de Pour- 
ceaugnac, etc., et dansa lui-même, au début, dans plusieurs de ces 

16 



238 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

divertissements. La faveur de Lulli auprès de Louis XIV fut portée au 
comble par le succès toujours renaissant de sa musique. Le roi ne 
voulant pas en entendre d'autre, Lulli ne négligea aucune occasion 
de produire dans tous les genres. On ne saurait énumérer ici les 
grâces, gratifications, brevets, etc., de toutes sortes qu'il obtint de ce 
monarque. Il alla même jusqu'à lui arracher l'autorisation d'établir à 
Paris une Académie royale de musique, autrement dit, un théâtre 
d'opéra, malgré les lettres patentes qui concédaient ce privilège à 
Perrin et à ses successeurs (1672). A cette date commence pour Lulli 
l'ère de ses plus glorieux succès. Son activité tint du prodige. Seul, 
on le vit être à la fois directeur, administrateur, maître de musique 
et de ballets, régisseur, metteur en scène, décorateur et machiniste 
de son théâtre ; de plus, il eut à former lui-même chanteurs, dan- 
seurs et musiciens ; enfm, au miheu de ces travaux accablants, il sut 
trouver encore le temps et la force d'écrire dix-neuf opéras (presque 
tous des chefs-d'œuvre) et de les représenter dans une période de 
quinze années ! Lulli, d'ailleurs, trouva en Quinault, son poète, un 
puissant secours. Quinault faisait plusieurs canevas, les présentait 
au choix du roi, et de suite le compositeur se mettait à l'œuvre, 
avant même que le poète eût terminé ses vers. Les opéras de Lulli 
furent joués pendant près d'un siècle. Les plus célèbres sont Alcesie, 
Thésée, joué le dernier en 1778 ; Pi^oserpine, Orphée, Amadis, Ar- 
mide, etc. Dans sa musique religieuse, on remarque un Yeni Creator, 
un Miserere, un De profundis, un Te Deum, etc. Lulli porta le titre de 
surintendant de la musique du roi. Chez ce grand artiste, malheu- 
reusement, la noblesse du caractère ne répondit pas à l'élévation 
du génie. LuUi, servile et bas avec les grands, devenait despote, 
insolent et brutal avec ceux qui ne pouvaient lui résister. D'une 
jalousie haineuse contre tout talent pouvant lui porter ombrage, il 
se montra ingrat envers ses meilleurs amis. Cambert, Dernier, La- 
louette, Mohère, La Fontaine, et un grand nombre d'autres moins 
connus avec lesquels il agit indignement, sont là pour l'attester. 

LUTHER (Martin), réformateur illustre, né le 10 novembre 1484 à 
Eisleben (Saxe), mort en cette ville le 18 février 1546, ne fut pas seule- 
ment un théologien fameux, doublé d'un philosophe, il fut aussi musi- 
cien et poète. Sans être savant dans les choses de la musique, il la con- 
naissait assez cependant pour pouvoir la cultiver et même composer 
dans le style simple. Luther avait plus que de l'amour pour cet art ; 
il le tenait en profonde estime et il le croyait nécessaire au dévelop- 



LUTHER — MABELLINI. 239 

pement des facultés morales de l'homme. Il s'exprime ainsi dans ses 
lettres : « La musique gouverne le monde ; elle rend les hommes 
meilleurs... La jeunesse doit être élevée dans cet art divin... il est 
nécessaire dans les écoles, et je ne considère pas comme un institu- 
teur celui qui ne sait pas chanter. » Luther réforma le chant d'église 
de deux manières : en traduisant en langage moderne les hymnes 
qui lui parurent dignes d'être conservés avec quelques modifications ; 
en composant des chants nouveaux. Ces derniers aussi sont de deux 
sortes : les récits en prose, dont les mélopées rappellent celles du 
plain-chant; les cantiques versifiés, dans lesquels les rythmes et 
le sentiment mélodique moderne se dessinent davantage. On n'est 
pas d'accord sur le nombre des chants qui doivent être attribués 
à Luther, parmi ceux que l'on exécute encore aujourd'hui dans les 
temples protestants. Meyerbeer s'est servi, avec une habileté rare, 
d'un de ces cantiques célèbres, connu sous le nom de Cantique de 
Luther, dans les Huguenots. Mendelssohn l'a aussi employé dans la 
Ré formation-symphonie. Ce cantique commence par ces mots : Ein 
feste Burg ist unser Gott. 

LYSBERG (Charles-Samuel BOVY, dit) pianiste et compositeur, 
professeur au Conservatoire de Genève, est né dans cette ville le 
l»'" mars 1821 et est mort le 15 février 1873. Après avoir commencé 
ses études musicales dans sa ville natale, Lysberg les acheva à Paris, 
où il reçut des conseils de Chopin et de Liszt. Ses Études de salon^ 
Nocturnes, Romances sans paroles, Barcarolles, Caprices ^ etc. y obtinrent 
de véritables succès. 



M 



MABELLINI (Théodule), compositeur et maître de chapelle de la 
cour de Toscane, est né à Pistori en 1817. Après avoir reçu des 
leçons de Mercadante, il donna, avec succès, au théâtre Alfieri, en 
1836, son premier opéra : Matilda a Toledo ;ipms il composa successi- 
vement : Rolla, Ginevra degli Almieri (Turin, 1840-1841) ; il Conte 
de Savayna (Florence, 1843) ; I Veneziani a Constantinopoli (Rome, 
1844) ; Maria di Francia (Florence, 1846) ; des cantates, des mor- 
ceaux religieux, etc. Parmi ceux-ci, ses Responsori comptent comme 
l'un de ses meilleurs ouvrages. Mabellini est aujourd'hui chef d'or- 
chestre de la Pergola, à Florence. 



240 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

MACFARREN (Georges-Alexandre), compositeur, professeur et écri- 
vain anglais sur la musique, est né à Londres le 2 mars 1813. Profes- 
seur d'harmonie à l'Académie royale de musique de Londres en 1834, 
il fonda la Société des British Musicians, et l'inaugura par l'exécution 
de sa symphonie en famineur. M. Macfarren donna ensuite au théâtre 
plusieurs ouvrages dont les plus saillants sont : l'Opéra du diable 
(1838), WRoi Charles II [iS^l], Robin-Hood (1860). Il écrivit aussi plu- 
sieurs cantates remarquables et des oratorios, parmi lesquels on cite 
Saint-Jean Baptiate et Joseph. Aveugle depuis l'âge de vingt-cinq ans, 
cet artiste de mérite n'en est pas moins l'un des compositeurs les 
plus actifs de l'Angleterre. 11 a publié plusieurs notices biographiques, 
quelques traités et des recueils de vieilles chansons anglaises qui sont 
des plus intéressants. 

MAELZEL (Jeax-Népomecèxe), mécanicien, né àRatisbonne en 1772, 
mort en Amérique en 1838, inventeur d'un instrument mécanique, 
appelé Vanharmonicon. Ce fut lui qui perfectionna le métronome, pré- 
cédemment inventé par Winckel,en graduant, selon les divisions de 
la seconde, la tige du balancier de l'instrument. 

MAGNUS (Magnus DEUTZ, dit), pianiste-compositeur,'élève cou- 
ronné du Conservatoire de Bruxelles, s'est fait entendre dans les 
concerts et depuis quelques années fait la critique musicale du journal 
le Télégraphe. M. Magnus a publié un grand nombre de morceaux 
pour le piano. Il est né à Bruxelles en 1828. 

MAILLART (Louis AIMÉ, dit), compositeur dramatique, né à Mont- 
pellier en 1817, mort à Moulins en 1871, fit;ses études musicales au 
Conservatoire. Il y obtint le premier prix de fugue en 1838; le pre- 
mier grand prix de Rome lui fut décerné en 1841. On a donné de 
lui, à Paris, plusieurs opéras qui ont été favorablement accueilhs : 
Gastibelza (Opéra national, 1847), le Moulin des tilleuls (Opéra natio- 
nal, 1849) ; la Croix de Marie (Opéra-Comique, 1852) ; les Dragons de 
Yillars, qui, avec Gastibelza, sont les plus renommés (théâtre Ly- 
rique, J8o6); les Pêeheurs de Catane (théâtre Lyrique, 1860); Lara 
(Opéra-Comique, 1864). 

MAJORANO (Gaétan), plus connu sous le nom de CAFARELLI, cé- 
lèbre sopraniste, naquit à Bari (États napolitains] en 1703 et mourut 



MACFARREN — MALIBRAN. 241 

en 1793 à San Dorato. 11 tira son surnom de son premier maître : Caf- 
faro : on le plaça ensuite chez Porpora, afin qu'il pût se perfectionner 
dans l'art du chant. Cafarelli débuta en 1724 dans un rôle de femme à 
Rome, et excita un véritable enthousiasme. En 1728, il prit possession 
des rôles de primo iiomo qui lui valurent des succès nombreux. Sa 
renommée fit bientôt grand bruit dans toute l'Italie. Partout où il 
se fit entendre, il remporta les mêmes triomphes. En 1750, il vint 
à Paris aux Concerts spirituels, mais, ne se trouvant pas assez payé, 
repartit mécontent pour l'Italie. Cafarelli amassa de grandes ri- 
chesses, acheta le duché de San Dorato et s'y fit construire un 
somptueux tombeau. 



MALIBRAN (Marie-Félicité GARCIA, épouse), née le 24 mars 1808 
à Paris, morte le 23 septembre 1836, la plus célèbre cantatrice de 
son temps, fut d'une précocité extraordinaire. A l'âge de cinq ans, 
jouant un rôle d'enfant dans VAgnese de Paër, elle s'essayait déjà à 
chanter le rôle principal. A onze ans, efie avait appris à parler cou- 
ramment l'italien, l'espagnol, l'anglais et l'allemand ; solfiait à mer- 
veille et savait assez de piano pour jouer le clavecin bien tempéré de 
S. Bach. Elle avait acquis ces connaissances un peu partout, pendant 
les voyages incessants de sa famille. Son père, célèbre professeur de 
chant, lui enseigna les secrets de son art, lorsqu'elle eut atteint l'âge 
de quinze ans. Elle en avait dix-huit lorsqu'elle fit sa première appa- 
rition sur la scène, dans Rosine du Barbier de Séville, au théâtre du 
Roi à Londres, remplaçant à brûle-pourpoint M"« Pasta, indisposée. 
Son succès fut si grand pourtant, qu'on l'engagea sur-lé-champ pour 
le reste de la saison. M"« Garcia se rendit l'année suivante avec son 
père à New-York, où celui-ci devait diriger le théâtre. Là son talent 
s'aff'ermit; et dans Otello, Romeo, Tancrede, etc., l'Amante astuto eila 
Figlia dell' aria (deux opéras que son père avait écrits pour elle), elle 
excita un véritable enthousiasme. C'est là qu'elle épousa M. Malibran, 
négociant français que des afi'aires embarrassée^ menèrent bientôt à la 
faillite. Cette union ne devait pas être heureuse. En 1827, M"'» Malibran 
revenait en France, et elle se faisait applaudir l'année suivante, aux 
Italiens, dans la Gazza ladra, la Cenerentola eiOtello. ALondres, en 1829, 
elle eut à lutter avec M^^« Sontag, et revint la même année à Paris, avec 
cette éminente chanteuse, recueillir de nouveaux succès. A partir de 
cette époque, ce fut pour M""** Malibran une suite non interrompue de 
triomphes. Partout où elle passait, son immense talent lui valait des 



242 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

sommes énormes et des succès sans précédenls. A Lucques, on dé- 
tela les chevaux de sa voiture ; à Venise, des fanfares annoncèrent 
son arrivée, et la foule était si grande, que la cantatrice dut se réfu- 
gier dans une église pour se soustraire à des ovations trop chaleu- 
reuses. En 1836, après avoir enfin obtenu un jugement prononçant 
la nullité de son mariage, M™^ Mahbran épousa M. de Bériot, le célèbre 
violoniste. Malheureusement, quelques mois après cette seconde 
union, une chute de cheval enlevait la grande cantatrice à l'art et 
à ses triomphes. Elle avait alors vingt-huit ans. M™^ Malibran dut 
moins à la beauté de sa voix qu'à une étendue prodigieuse de cet 
organe, jointe à une faciUté de vocalisation extraordinaire, les grands 
succès qui Faccueillirent. Mais ce qui la distingua surtout entre toutes, 
ce qui la rendit incontestablement supérieure, ce furent ses élans 
inattendus, son génie de l'expression vraie, et cette prodigieuse variété 
d'allures qui lui permit de s'élever, sous mille aspects divers, jusqu'aux 
plus hauts degrés du sublime. 

MARA (Gertrude-Elisabeth SCHMAELÏNG, épouse), cantatrice al- 
lemande, née à Cassel en 1749, morte à Revel (Livonie) en 1833, eut 
une enfance assez malheureuse. Après cinq années d'études à l'École 
de chant de Hiller à Leipsick, elle entra au service de la cour de 
Frédéric IF, roi de Prusse, et y remporta de grands succès. Un habile 
violoncelliste de l'orchestre ayant su toucher son cœur, M"« Schmae- 
ling l'épousa et devint madame Mara. Elle quitta ensuite la cour de 
Prusse pour parcourir l'Allemagne, puis la France, où elle rivahsa 
avec M™« Todi. Ses plus grands succès furent obtenus en Angleterre, 
particulièrement dans l'oratorio. Après plusieurs autres voyages , 
M°^« Mara se fit entendre à Pétersbourg et finalement se fixa à 
Moscou. Cependant l'âge était venu, amenant avec lui l'affaiblisse- 
ment des facultés ; M°^« Mara, qui avait été dépouillée toute sa vie, 
même par son mari, voulut mettre plus d'ordre dans ses affaires ; 
malheureusement il était trop tard. Après un dernier et désas- 
treux essai en Angleterre, elle se retira à Revel, où, grâce à quel- 
ques amis, elle termina paisiblement ses jours. Le talent de cette 
cantatrice, sa voix d'une rare étendue et d'une remarquable sou- 
plesse, ses qualités de musicienne accomplie, la placèrent au pre- 
mier rang des artistes de son temps. Cependant, elle demeura tou- 
jours sans grâce à la scène, et ne se montra vraiment supérieure 
que dans les concerts, et spécialement dans le style large de l'ora- 
torio. 



MARA — MARCHESI. 243 

MARCELLO (Benoît), noble vénitien, magistrat, poète, littérateur 
et compositeur, naquit à Venise le 24 juillet 1686 et mourut à Bres- 
cia le 24 juillet 1739. Cet homme de génie, aussi remarquable par 
les services qu'il rendit à sa patrie que par ses talents de poète 
et de musicien, reçut d'abord une éducation solide dans la maison 
paternelle, et fut plus tard l'élève de Gasparini pour le contre- 
point. Travailleur infatigable, tempérament prime-sautier, il éprouvait 
quelque peine à se plier aux exigences des étroites règles qui gou- 
vernaient l'art de son époque; son imagination ardente l'entraî- 
nait souvent au-delà des limites tracées. Mais ses fautes — si toute- 
fois fautes il y a — furent toujours contre-balancées par des traits si 
hardis, des accents si puissants, que l'art, en somme, n'eut rien à y 
perdre. Marcello emprunta beaucoup aux intonations juives d'Orient 
ou d'Espagne ; les formes dont il se servit ne furent pas toutes de 
lui, comme on l'a cru; mais, malgré cela, il n'en reste pas moins, par 
la richesse de la pensée, la variété dans les procédés, par une pro- 
fondeur de sentiment admirable, l'un des chefs de cette belle école 
italienne à qui l'on doit l'art expressif de notre époque. L'œuvre mu- 
sical connu de Marcello se compose de Concerti per instromenti, de 
Canzoni, de Missœ, de Pastorales^ de Brama per musica, d'oratorios et 
des [ameux Psaumes de David, qui passent à juste titre pour son chef- 
d'œuvre. Marcello se maria secrètement, et voici dans quelles conditions 
romanesques. Des jeunes filles du peuple passaient en chantant dans 
une gondole sur le grand canal. La voix de l'une d'elles frappa le 
grand musicien. Vouloir connaître la chanteuse, lavoir, et reconnaître 
que la beauté des traits répondait à celle de la voix, fut l'affaire d'un 
instant. Bientôt après Rosana Scalp, devenait son élève; plus tard, elle 
fut son épouse. Marcello, dans sa jeunesse, aima le monde et les 
honneurs. En 1726, assistant au service divin à l'église des Saints- 
Apôtres, une pierre sépulcrale sur laquelle il se trouvait s'écroula, 
et quoiqu'il ne se fût fait aucun mal, il vit dans cet accident un 
avertissement du ciel. Marcello quitta dès lofS le monde et ses amis 
même, vécut dans la solitude et abandonna presque complètement la 
musique. Cependant il écrivit encore, sur un sujet religieux il est vrai, 
l'une de ses plus belles pages : il Triomfo délia poesia e délia miisica. 

MARCHESI (Louis), célèbre sopraniste, né à Milan en 1755 et mort 
en cette ville en 1829, se fit entendre avec un succès éclatant et non 
interrompu, dans les rôles de femme, sur les principales scènes de 
l'Europe, de 1774 à 1806. Il obtint ses triomphes les plus enthousiastes 



244 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

avec le rondeau : Mia speranza^ io per vorrei, de Sarti, et dans l'air 
de Blanchi : Se piangi e peni. 

MARCHETTI (Filippo), compositeur dramatique, né à Bolognola le 
26 février 1831, donna son premier opéra :la Gentile da Varcmo, au 
théâtre National de Turin, en 1856, avec assez de succès pour que 
ses compositions fussent dès lors bien accueillies sur toutes les scènes- 
d'ItaUe. Ses meilleurs ouvrages sont Giuletta e Romeo et surtout Euy- 
Blas, qui a fait le tour de l'Italie avec un succès qui ne s'est pas- 
démenti. 

MARCHISIO (Barbara et Carj.otta), chanteuses distinguées, nées^ 
toutes deux à Turin, la première en 1834, la seconde en 1836, em- 
brassèrent la carrière du théâtre. Après avoir remporté ensemble 
de grands succès sur les principales scènes de l'Italie, Barbara comme 
contralto, Garlotta comme soprano, elles furent appelées à Paris en> 
1860 pour y chanter à l'Opéra Sémiramis, dont la traduction fran- 
çaise avait été faite pour elles. Leurs succès furent très grands, maiS' 
pourtant ne firent pas oublier ceux de la Malibran et de la Sontag 
dans les mêmes rôles. 

MARÉCHAL (Charles-Hexri), compositeur, né à Paris le 22 jan- 
vier 1842, entra au Conservatoire en 1866. En 1870, il remporta le 
premier grand prix de Rome en même temps que M. Ch. Lefebvre. 
M. Maréchal a donné à TOpéra-Comique les Amoureux de Catherine 
(1876) et la Taverne des Trabans (1881). Il est, en outre, l'auteur des 
deux johs morceaux intercalés dans VAmi Fritz, de MM. Erckmann 
et Chatrian, et de quelques mélodies. 

MARENZIO (Luc), compositeur de madrigaux, né vers 1550 à Coc- 
caglia, mort en 1599 à Rome, est considéré comme l'un des plus- 
grands musiciens du seizième siècle. Élève de Jean Contini, maître 
de chapelle de Brescia, il entra d'abord au service du roi de Pologne. 
Le climat de ce pays ayant altéré sa santé et sa voix, qu'il avait très 
belle, il revint en Italie. Successivement maître de chapelle des car- 
dinaux d'Esté et Aldobrandini, il fut agrégé au collège des Chape- 
lains-chantres de la chapelle pontificale en 1595. 

MARIANI (AjN'Gelo), compositeur et chef d'orchestre, né à Ravenne 
le 11 octobre 1822 et mort à Gênes le 13 juin 1873, reçut quelques 
conseils de Rossini et composa divers ouvrages (un Requiem, la Fi- 



MARCUETÏI — MARSCUNER. 245 

danzata del guerriero et Gli Esuli, cantates ; des ouvertures, etc.). 
D'abord chef d'orchestre à Messine, puis à Copenhague, à Gênes et 
enfin à Bologne, il se conquit bien vite une réputation méritée dans 
cette fonction. Il dirigea, dans ces dernières années, les grandes exé- 
cutions de V Africaine, d'Aïda, de Lohengrin et du Tannhauser, qui 
eurent un si grand succès en Italie. 

MARIO (Giuseppe), comte de GANDIA, ténor, né à Gaghari vers 1812, 
débuta à Paris à l'Opéra, en 1838, dans Robert le Diable et chanta, en 
1840, VElisire d'amore aux Italiens. Sa réputation se fit à Dublin, où 
il chanta, en 1842, avec Lablache, Grisi, Tamburini, etc. Il revint en- 
suite à Paris, et resta environ vingt-six ans attaché au théâtre Ita- 
lien, chantant à Londres pendant l'été. En 1849, cet artiste fit un 
voyage en Russie et, en 1854, partit pour l'Amérique. Ses succès 
furent très grands partout. En 1862, M. Mario voulut rentrer à 
rOpéra; il y parut dans les Huguenots, mais, cet essai ne lui ayant pas 
réussi, il s'empressa de revenir à la salle Yentadour. M. Mario chanta 
les principaux ouvrages de Rossini, Donizetti et Bellini; Don Giovanni 
de Mozart et plusieurs opéras de Verdi. Il a épousé la célèbre canta- 
trice Giulia Grisi. Aujourd'hui, retiré du théâtre depuis 1869, il est 
attaché, dit-on, à l'administration des beaux-arts à Rome. 

MARMONTEL (Antoine-François), compositeur et professeur de 
piano, est né à Glermont-Ferrand le 18 janvier 1816. Admis au Con- 
servatoire en 1827, il fut, à diverses reprises, lauréat de cet étabhs- 
sement et en sortit en 1827 pour se livrer à l'enseignement du 
piano. Nommé, en 1847, professeur de solfège, puis professeur de 
piano l'année suivante, M. Marmontel a formé un grand nombre 
d'élèves, dont quelques-uns sont devenus célèbres. Il a publié une 
centaine de morceaux pour le piano. 

MARMONTEL (Émile-Antoine-Louis), compositeur et professeur , 
fils du précédent, est né à Paris le 24 novembre 1830. Premier prix 
de solfège, de piano et d'harmonie du Conservatoire, mentionné au 
concours de Rome en 1873, M. Marmontel fils est aujourd'hui profes- 
seur de solfège au Conservatoire et chef du chant à l'Opéra. Il a 
publié diverses compositions. 

MARSCHNER (Henri), compositeur dramatique, né le 16 août 1795 
à Zittau, mort le 15 décembre 1861, fut tourmenté, dès son jeune 
âge, par le désir d'écrire des pensées musicales, et, tout en apprc- 



246 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

nant petit à petit les éléments de son art, il s'attaquait déjà à tous 
les genres, essayant de deviner ce qu'il n'avait pas appris. C'est ainsi 
que, vers l'âge de quinze ans, il écrivit la partition d'un ballet : la 
Fière Paysanne , pour une troupe de passage, sans avoir aucunes no- 
tions d'instrumentation. L'orchestre, naturellement, fut contraint de 
s'arrêter au bout de quelques mesures. On plaisanta le jeune auteur, 
qui en fit une grave maladie. Cependant, tout en continuant de s'in- 
struire, recevant des conseils de tous, tantôt d'Héring, de Toma- 
schek, de Weber, de Schiclit, de Beethoven même, Marschner 
composait toujours. Il donnait, outre le ballet ci-dessus cité, sept opé- 
ras : la Montagne de Klffhaus, Saiclar, le Prince de Hambourg, la Belle 
Ella, etc.), sans pouvoir obtenir un succès sérieux. Enfin le Vampire 
fît son apparition au théâtre de Leipsick (1828) : le compositeur fut 
acclamé. L'année suivante, le Templier et la Juive obtinrent le même 
succès; puis ce fut le tour de Hans Heiling (1832). Ces trois opéras 
sont les meilleurs ouvrages de Marschner. Il en fit d'autres plus 
tard; mais ils réussirent moins bien. En 1823, il avait pris, avec We- 
ber et Morlacchi, la direction de la musique de l'Opéra allemand et 
italien de Dresde ; plus tard il fut nommé maître de chapelle du roi 
de Hanovre de 1830 à 1849. Marschner s'était marié, en 1826, avec 
Marianne Wohlbruck, cantatrice distinguée, avec laquelle il voyagea 
beaucoup en Allemagne. Outre ses opéras, ce compositeur a laissé des 
œuvres dans tous les genres, œuvres parmi lesquelles on remarque ses 
morceaux pour le piano et quelques mélodies. 

MARTIN (Jean-Blaise), célèbre chanteur de l'Opéra-Comique, né à 
Paris le 24 février 1768, mort à la Roncièire, près Lyon, le 28 octo- 
bre 1837, a donné son nom à l'emploi qu'il occupait à ce théâtre. Dès 
l'enfance, la voix du jeune Martin, très belle, lui permit de chanter 
dans de petits concerts de société. Ayant profité de l'époque de la 
mue, qui lui laissait des loisirs, pour apprendre le violon, il acquit 
bien vite une grande habileté sur cet instrument et ne cessa d'en 
jouer sa vie durant. Sa voix, une fois formée, se trouvant être un ba- 
ryton d'une rare étendue, parlant des notes les plus graves de la 
basse pour monter jusqu'aux sons élevés du ténor, Martin voulut 
s'essayer au théâtre. Mais, sa voix ne semblant pas assez puissante pour 
l'Opéra, il chanta d'abord dans des concerts donnés à l'hôtel BuUion, 
et, s'y étant fait remarquer, il fut engagé au théâtre de Monsieur. 
Son début eut lieu en 1788, dans le Marquis de Tulipano, de Paisiello : 
le succès en fut des plus brillants. Bientôt le Nouveau Don Quichotte 



MARTIN — MARTINI. 247 

et les Visitandines tinrent commencer sa réputation. La Comédie 
italienne chercha alors à se l'attacher. En 1794 il entra à ce théâtre, 
et, avec M™" Dugazon et Saint-Aubin, Elleviou, etc., forma cet en- 
semble charmant qui fut célèbre dans toute l'Europe. Martin excella 
dans les opéras suivants : Gulnare, Zoraîme et Zulnai\ Maison à ven- 
dre, Trente et Quarante, etc., et plus tard, après la retraite d'EUeviou, 
l'Irato, Ma Tante Aurore, les Maris Garçons, Jean de Paris, le Nouveau 
Seigneur de village, Joconde, Jeannot et Colin, le Petit Chaperon rouge^ 
les Voitures versées, le Concert interrompu, où il jouait un solo de vio- 
lon, etc., etc. Martin se retira du théâtre en 1823. Il fut professeur de 
chant au Conservatoire. 

MARTINI (Le P. Jean-Baptiste), moine cordelier, compositeur et 
savant musicien, né à Bologne le 25 avril 1706, mort le 3 octobre 1784, 
fonda à Bologne une célèbre école de composition, selon les tradi- 
tions de l'école romaine, et forma un grand nombre d'élèves distin- 
gués, parmi lesquels Mattei, Sarti, Zanotti, etc. Il était si estimé pour 
son érudition et son caractère, qu'il fut souvent pris comme arbitre 
dans les questions d'art en litige entre les musiciens de son temps, et 
comme juge dans les concours. Ses messes et motets en style con- 
certant sont estimés. 

MARTINI (Jean-Paul-Égide SCHWARTZENDORF, dit), compositeur, 
né à Freistadtle 1" septembre 1741, mort à Paris le 10 février 1816, 
sortant de l'Université de Fribourg en Brisgau et se trouvant sans 
ressources, résolut de tirer parti de ses connaissances en musique. 
Une plume qu'il jeta au vent décida de la direction de ses pas. 11 par- 
tit pour la France et s'arrêta à Nancy, où ses connaissances de l'or- 
gue le firent accueillir chez un facteur du nom de Dupont. Là, il ap- 
prit le français et reprit ses études musicales pendant ses loisirs. A 
cette époque, pour diverses raisons, il crut devoir changer de nom. 
On le connut, dès lors, sous celui de Martini il Tedesco, et il fut atta- 
ché à la cour de Lorraine. Le prince Stanislas mort en 1764, Mar- 
tini partit pour Paris et s'y fît connaître en remportant le prix dans 
un concours avec une marche militaire. Le duc de Choiseul le nomma 
officier à la suite dans les hussards de Chamboran, véritable sinécure 
qui lui permit de se livrer, sans soucis, à des travaux de composition 
jusqu'en 1771. 11 publia alors un grand nombre de morceaux mili- 
taires, de symphonies, de la musique de chambre, etc., et enfin donna 
son premier opéra : l'Amoureux de quinze ans, au théâtre Italien, avec 



248 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

un brillant succès. Martini fut ensuite directeur de la musique du prince 
de Condé, puis du comte d'Artois, et acheta la survivance de la charge 
de surintendant de la musique du roi. Lorsqu'on ou\Tit le théâtre de 
Monsieur, il y fut nommé directeur de la musique. Au 10 août 1792, 
perdant tous ses emplois, il partit pour Lyon. En 1796, nommé in- 
specteur du Conservatoire, il garda cette place jusqu'en 1812. Après 
la Restauration, le roi lui rendit la charge dont il avait acheté la sur- 
vivance sous Louis XVI. En 1816, il fit exécuter un Requiem pour 
l'anniversaire de la mort de ce roi. Ce fut son dernier ouvrage. D'une 
science musicale imparfaite, Martini se distingua par le charme, 
la naïveté et un sentiment touchant. Sa musique d'église est estimable; 
mais elle doit céder le pas à ses opéras, parmi lesquels on remarque 
r Amoureux de quinze ans, le Droit du seigneur, Henri IV ou la Bataille 
d'Ivry, etc. Enfin, c'est surtout par ses romances que ce compositeur 
est demeuré célèbre ; Plaisir d'amour, encore aujourd'hui, est à bon 
droit populaire. Martini est le premier qui ait publié en France des 
morceaux détachés avec l'accompagnement de piano. On se bornait, 
avant lui, à une basse, chiffrée ou non. 

MASIM (François), compositeur de romances italien, né à Florence 
le 16 juillet 1804, mort à Paris le 20 août 1863, passa presque toute sa 
vie en France. On remarque, parmi ses meilleures mélodies : il La- 
menta, Chanson bretonne. Ton Image, etc. 

MASSÉ (Félix-Marie-Victor), compositeur dramatique, né à Lo- 
rient le 7 mars 1822, entra au Conservatoire en 1834, y obtint les pre- 
miers prix de piano (1838j, d'harmonie et d'accompagnement (1840), 
de contrepoint et fugue (1843). Le premier grand prix de Rome lui 
fut décerné en 1844. A son retour, il se fit remarquer par des mélo- 
dies sur les ùrientales de Victor Hugo, et débuta au théâtre avec 
la Chanteuse voilée (1852), un acte qui fut bien accueilli à l'Opéra- 
Comique. Galatée suivit de près, au même théâtre; puis vinrent les 
Noees de Jeannette (1853), la Fiancée du diable (1854), Miss Fauvette et 
les Saisons (1855), toujours à l'Opéra-Comique. Au théâtre Lyrique : 
la Reine Topaze (1856); le Cousin de Marivaux, au théâtre de Bade 
(1857) ; les Chaises à porteurs (Opéra-Comique, 1858) ; la Fée Carahosse 
(théâtre Lyrique, 1859) ; la Mule de Pedro (Opéra, 1863); Fior d'Aliza 
(Opéra-Comique, ,1866); le Fils du 6r/g'ac?«er (Opéra-Comique, 1867), 
enfin, Paul et Virginie (théâtre Lyrique, 1876). Dans cette série, la 
Chanteuse voilée, les Noces de Jeannette, Galatée, la Reine Topaze et 



MASINI — MASSENET. 249 

Paul et Virginie sont comptés comme les meilleurs. M. Victor Massé a 
encore publié des recueils de Chants bretons, du Soir, d'Autrefois, qui 
contiennent de jolies mélodies. Le genre de M. Victor Massé est le 
demi-caractère. Son œuvre, sans être sérieux, n'est pas absolument 
léger; la clarté le distingue, et, si l'originalité n'y domine pas, au 
moins est-il toujours d'une bonne facture et d'une grande entente 
scénique. M. Victor Massé est professeur de composition au Conser- 
vatoire depuis 1866 et chef des chœurs à l'Opéra depuis 1860. 

MASSENET (Jules-Émile-Frédéric), compositeur, est né le 12 mai 
1842 à Montaud (Loire). Admis au Conservatoire en 1852, il obtint 
en 1859 le premier prix de piano. En 1 863, il recevait le premier prix de 
fugue et remportait le premier grand prix de Rome avec une cantate 
intitulée David Rizzio. A son retour il fit exécuter au Casino une graude 
<]euvre symphonique : Poinpeia, qui fut bien accueillie; aux concerts 
des Champs-Elysées, deux fantaisies pour orchestre (1866). L'année 
suivante, M. Pasdeloup donna aux Concerts populaires sa première 
Suite d'orchestre, et F Opéra-Comique la Grand'tante, un acte joli- 
ment troussé. Jusqu'en 1871, le jeune artiste sembla rester silencieux. 
Pourtant il publia le Poème d'Avril, le Poème du Souvenir, les Chants 
intimes, etc., pages colorées et charmantes, pleines de sentiment et 
d'humour, qui furent bien vite appréciées. En 1871, les Scènes hon- 
groises firent leur première apparition aux Concerts populaires; Bon 
César de Bazan fut joué l'année suivante à T Opéra-Comique. Cet ou- 
vrage, trop hâtivement et peut-être trop légèrement conçu, n'obtint 
que peu de succès. En revanche, avec Marie-Magdeleineei les Erynnies 
(Odéon, 1873), aveajÈue (Société de l'harmonie sacrée, 1875), M. Mas- 
senet retrouva sa vraie voie; l'accueil le plus chaleureux répondit 
à ses efforts. Enfin l'Opéra lui ouvrit ses portes. En 1877, il y donna 
le Roi de Lahore, opéra en quatre actes magistralement traité, et il 
est juste de dire ici en passant que si le succès de cet ouvrage n'a 
pas été plus considérable, il faut en accuser le Uvret plutôt que la 
musique. En 1881, M. Massenet a encore donné à Bruxelles un autre 
opéra ; Hérodiade, avec un éclat retentissant. A l'heure présente, l'ou- 
verture de Phèdre, la Vierge, les Scènes dramatiques et pittoresques, 
d'autres Suites d'orchestre, les Scènes de bal, plusieurs mélodies et 
quelques productions légères, complètent ce que l'on connaît des 
œuvres de M. Massenet. D'une facture irréprochable, évitant toujours 
la banalité, elles indiquent chez le jeune et éminent compositeur une 
facilité prodigieuse à s'assimiler les styles les plus divers, une science 



250 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

admirable de l'orchestre, une habileté de main incomparable, un 
goût distingué et comme un peu féminin ; enfin une élégante re- 
cherche de l'effet qui, n'étant pas exagérée, conduit l'esprit aux im- 
pressions les plus heureuses. 

MATHIAS (Georges-Amédée-Sainclair), compositeur et professeur 
de piano, né à Paris le 14 octobre 1826, entra au Conservatoire en 
1837, mais n'y demeura qu'une année. Après avoir travaillé le piano 
avec Kalkbrenner pendant quatre ans, il rentra dans cet établisse- 
ment pour y étudier la composition. En 1859, M. Malhias donna de 
grands concerts qui mirent en relief son talent de symphoniste. Son 
ouverture d'Hamlet, le Camp des Bohémiens, sa première Symphonie, 
obtinrent un grand et légitime succès. Ses autres ouvrages se compo- 
sent de concertos, de sonates et de pièces détachées parmi lesquelles 
on remarque les Esquisses d'après Gœthe, qui ont été souvent jouée> 
dans les concerts. M. Mathias a succédé à Laurent comme professeur 
de piano au Conservatoire et a formé d'excellents élèves. 

MATTHESON (Jean), compositeur et célèbre écrivain sur la mu- 
sique, né à Hambourg le 28 septembre 1681, mort dans cette ville le 
17 avril 1764, fit des études très étendues en lettres, en sciences 
et en musique. 11 donna son premier opéra : les Pléiades, à dix-huit 
ans. Ami et compagnon de Haendel, il reconnut bientôt qu'il ne pou- 
vait lutter avec ce génie au point de vue de la composition. Il choisit 
alors une autre voie, et s'occupa plus spécialement d'histoire, de 
critique, de théorie, de polémique musicale, etc. Ses travaux en ce 
genre sont considérables. C'est à lui que l'on doit la majeure 
partie des renseignements que l'on possède sur la vie de Haendel. 
Quant à ses compositions musicales, on en ignore la valeur ; il n'en 
reste aucune trace. 

MAYR (Jean-Simon), compositeur, né le 14 juin 1763 à Mendorf 
(Bavière), mort à Bergame le 2 décembre 1845, jouait sur le piano, 
dès l'âge de dix ans, les morceaux les plus difficiles de Bach. En 
1788 il vint à Bergame pour achever son éducation musicale, reçut 
les conseils de quelques maîtres, et, grâce à une facilité exception- 
nelle, put acquérir seul, par d'utiles lectures, les connaissances qui 
lui manquaient. H débuta comme compositeur dans le genre reli- 
gieux. Jacob a Labajio fugiens (1791), Sisara (1793), Tobiœ Matrimonium 
(1794), oratorios, obtinrent un tel succès, que leur auteur aurait vrai-^ 



MATHIAS— - MÉHUL. 251 

serablablement continué dans cette voie, si la mort du chanoine Pe- 
senti, son protecteur, ne l'avait obligé à chercher un art plus lucratif. 
Il se mit dès lors à composer pour le théâtre, et sa fécondité fut telle, 
qu'en l'espace de vingt années il ne produisit pas moins de soixante- 
dix-sept opéras ou cantates, qui presque tous furent bien accueillis. 
Simon Mayr n'eut pourtant pas de génie, mais son talent résumait 
si complètement Fart de son temps, qu'il devait forcément plaire. 
L'arrivée de Rossini, en révolutionnant le théâtre, marqua la fm 
de sa carrière. Simon Mayr n'écrivit plus pour la scène (1814). Dès 
1802, il était devenu maître de chapelle de Sainte-Marie Majeure; en 
1805 il avait été appelé à diriger le nouvel institut musical de Ber- 
game. Depuis il refusa toutes les propositions qui lui furent faites du 
dehors, quelque avantageuses qu'elles fussent, et vécut paisible en se 
livrant à l'enseignement et à la composition religieuse. Simon Mayr 
forma de bons élèves, au nombre desquels il faut compter Donizetti. 

MAZZUCATO (Albert), compositeur, professeur et écrivain sur la 
musique, naquit à Udine le 28 juillet 1813 et mourut en cette ville 
le 31 décembre 1877. Il donna son premier opéra: les Fidanzata di 
Lammermoor, à Padoue, avec quelque succès. Parmi ceux qui sui- 
virent, Ui Esmeralda seule fut bien accueillie à Mantoue, Udine et 
Milan. Nommé professeur de chant au Conservatoire de jeunes filles 
de Milan en 1839, puis d'une classe de composition en 1851, il devint 
directeur de cet établissement en 1872. Comme écrivain, Mazzucato 
fut rédacteur en chef de la Gazette musicale de Milan et du Journal de 
la Société des quatuor, qui remplaça un instant le premier ; il colla- 
bora à la Scena; en un mot, il fut un des premiers critiques de l'Italie. 
Mazzucato a laissé aussi quelques traités. 

MÉHUL (ÉTiENNE-NicoLAs), l'uu des plus grands compositeurs fran- 
çais de la fin du dix-huitième siècle, naquit à Givet le 22 juin 1763 
et mourut à Paris le 18 octobre 1817. Fils d'un cuisinier, sans autre 
maître qu'un organiste aveugle, dans une ville dénuée de tout élé- 
ment artistique, le jeune Méhul trouva cependant moyen de montrer 
de si grandes dispositions pour la musique, qu'on lui confia l'orgue 
des Récollets à l'âge de dix ans. En 1775, l'éminent organiste Hanser, 
se trouvant pour quelques années à l'abbaye de Lavaldieu près de 
Givet, Méhul devint son élève. Il passa ainsi trois ans, à la fin des- 
quels, entraîné par les conseils d'un colonel mélomane que le hasard 
lui avait fait rencontrer, il partit pour Paris. A peine arrivé, il cher- 



252 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

cha un maître habile et choisit Edelmann. Au milieu des passions 
vives qu'excitait à Paris la guerre des Gluckistes et des Piccinistes, 
Méhul eut bientôt compris que la seule voie à suivre était celle du 
théâtre. 11 commença à s'essayer alors sur une ode de J.-B. Rousseau 
avec quelque succès (1782), et composa ensuite trois opéras pour se 
faire la main : Psyché, Anacréoîi, Lausus et Lydie. Lorsqu'il se sentit 
suffisamment préparé, il voulut faire représenter à l'Opéra Alonso et 
Cora, mais, n'y pouvant parvenir, il se retourna vers l'Opéra-Comique 
et y remporta un premier et beau succès avec Euphrosine et Coradin 
(1790). Ce succès hâta l'apparition d' Alonso et Cora à l'Opéra, ou- 
vrage qui fut suivi de près par Stratonice, l'une des plus remar- 
quables partitions du maître. Horatius Codes, le Jeune Sage et le Vieux 
Fou, Boria, Phrosine et Mélidor, la Caverne, qui parurent ensuite sans 
réussir, malgré certaines qualités de premier ordre, furent suivis 
du Jeune Henri à l'Opéra-Comique (1797). Malheureusement la pièce 
avait pour héros Henri IV, un roy pour les uns, un tyran pour les 
autres. La salle se partagea en deux camps et fit tant de tapage 
dès les premières scènes, qu'on fut obligé de baisser le rideau. En 
revanche, l'ouverture fut redemandée trois fois avec un égal enthou- 
siasme des deux parts. 11 devint d'usage, dès lors, de l'exécuter 
chaque soir comme intermède. Tirnoléon, sur la tragédie de Chénier; 
Ariodant, Adrien, Épicure avec Chérubini, joués par la suite, ne tin- 
rent pas longtemps la scène. Toute cette musique était trop sévère, 
avait des formes trop grandioses pour un public dont le goût n'était pas 
encore formé. Méhul le sentit et voulut changer sa manière, la rendre 
plus légère. 11 y réussit avec VIrato, mais fut moins heureux avec Vue 
Folie, le Trésor supposé, Joanna, l'Heureux malgré lui, Héléna et Gabrielle 
d'Estrées. Cependant avec Uthal, drame ossianique,il retrouva sa gran- 
deur, et les Aveugles de Tolède, d'un genre tout opposé, lui valurent des 
applaudissements. Enfin il donna son chef-d'œuvre : Joseph (17 fé- 
vrier 1807). Cet ouvrage, demeuré célèbre, méritait le plus chaleureux 
accueil. Il ne l'obtint pas. Tant d.e froideur affecta péniblement Méhul; 
.sa santé, déjà ébranlée, s'altéra tout à fait. 11 écrivit bien encore deux 
ballets : le Retour d'Ulysse et Persée et Andromède ; deux opéras-comi- 
ques : le Prince troubadour et la Journée aux aventures; fit exécuter ses 
symphonies au Conservatoire : il ne retrouva pas le succès. Le souffle 
n'y était plus. Méhul fut grand entre les musiciens de son temps par 
la majesté de sa pensée, par une richesse neuve et puissante de l'or- 
chestration, par un charme profond dans l'expression des sentiments; 
malheureusement, des développements un peu lourds et l'abus de 



MÉHUL — MENDELSSOHN-BARTHOLDY. 253 

certaines formules déparèrent parfois ce bel ensemble. Méhul s'occupa 
beaucoup de l'organisation du Conservatoire (1795) et en fut l'un des 
inspecteurs. Il composa pour les fêtes républicaines un grand nombre 
d'hymnes et de chants patriotiques, entre autres le Chant du départ, 
le Chant de victoire^ le Chant du retour et la Chanson de Roland, qui 
sont restés célèbres. 

MEILLET (Auguste-AlphOxNse-Edmond), chanteur et comédien dis- 
tingué, né à Nevers le 7 avril 1828, mort à Veules (Seine-Inférieure) 
le 31 août 1871, débuta à l'Opéra dans l'Ame en peine ClSoO; ; fit une 
courte apparition à l'Opéra-Gomique, et se fixa enfin au théâtre Ly- 
rique, où il trouva le succès. Les rôles principaux qu'il créa ou joua 
sont : Bonsoir, voisin, le Médecin malgré lui, Jaguarita, Richard Cœur de 
lion, Ma Tante Aurore, les Noces de Figaro, le Val d'Andorre, etc. 

MEMBRÉE (Edmond), compositeur, né à Valenciennes le 14 novem- 
bre 1820, mort à Domont en septembre 1882, fut envoyé à Paris en 
1834 aux frais de sa ville natale pour perfectionner son éducation 
musicale, entra au Conservatoire; puis se livra à l'enseignement et 
à la composition. Une mélodie : Page, écuyer, capitaine, qui fut po- 
pulaire, attirant sur lui l'attention, M. Membrée voulut s'essayer au 
théâtre. Après avoir longtemps attendu, il parvint à faire repré- 
senter en 1874, à l'Opéra, l'Esclave, qui était reçu à ce théâtre depuis 
1852, et à l'Opéra populaire (Ghâtelet), les Parias. M. Membrée a eu en 
outre deux petits ouvrages représentés, l'un à l'Opéra, François Vil- 
lon (1857) ; le second, la Fille de l'orfèvre, à Bade (1863). 

MENDELSSOHxN-BARTHOLDY (Jacques-Louis-Féijx), célèbre com- 
positeur, né à Hambourg le 5 février 1809, mort à Leipsick le 4 no- 
vembre 1847, était fils d'un riche banquier gui vint s'établir à Ber- 
lin avec toute sa famille en 1812. Là, le jeune Féhx fut confié, pour 
la musique, aux soins de Zelter, qui le garda longtemps dans son 
école. D'une vive intelligence, d'une adresse peu commune dans 
tous les exercices du corps, à seize ans le jeune Félix eut terminé des 
études très étendues et se montra en même temps un cavalier ac- 
comph. Son talent sur le piano avait été formé à Berlin par Berger ; 
puis, dans un premier voyage à Paris en 1816, par M"'^ Bigot. A 
douze ans, il charmait le grand Goethe ; à quinze, il intéressait Ché- 
rubini et en recevait des conseils; à dix-sept, il composait des 
sonates, des quatuor, des lieder d'une bonne facture et donnait un 

17 



254 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

opéra en deux actes : les Noces de Gamache. Le jeune musicien pou- 
vait maintenant courir le monde. Sa réputation était établie autour 
de lui, il lui fallait la sanction de l'étranger. Il partit en 1825. 
A Londres, en Allemagne, en Italie, où il se lia avec Berlioz, il 
obtint de grands succès comme virtuose et comme compositeur. A 
Paris (1831-1832), son talent reçut le meilleur accueil, mais ses com- 
positions furent moins bien comprises et les efforts qu'il fit pour se 
produire au théâtre n'eurent pas de résultat. Mendelssohn garda de 
ce demi-échec une sorte de dépit contre la France et le manifesta 
en toute occasion. Ce fut à tort, car aucune des rares tentatives 
qu'il fit en ce genre ne réussit. En 1833, Mendelssohn fut désigné 
pour diriger le Festival de Dusseldorf. Il s'acquitta de ces fonc- 
tions avec un tel talent, qu'on le nomma sur-le-champ directeur de 
la musique de la ville, et là, avec son ami et collaborateur le poète 
ïmmermann, il chercha à donner une grande extension au théâtre 
en le montant par actions. L'entreprise ne réussissant pas, les deux 
amis se séparèrent (1835), et Mendelssohn se retira à Leipsick. C'est 
dans cette ville, ainsi qu'à Londres, où il se rendait presque chaque 
année, que le grand musicien eut ses plus beaux triomphes. Quand il 
parut pour la première fois au Gewandhaus comme directeur de ce con- 
cert, la salle tout entière se leva pour l'acclamer. Ce fut Justice, car 
les services qu'il rendit à l'art, à Leipsick, furent considérables. En 
récompense, le roi de Saxe le nomma son maître de chapelle honoraire 
€t l'Université lui conféra le titre de docteur es philosophie et beaux- 
arts (1836). Mendelssohn alla ensuite à Berlin, comme directeur de la 
musique du roi de Prusse; mais, malgré les honneurs que devait lui 
attirer une si haute situation, il ne put se décidera se fixer dans cette 
ville et revint à Leipsick. Dans un voyage qu'il fit pendant l'été avec 
sa famille (1847), la mort inattendue d'une sœur adorée vint le plon- 
ger dans un chagrin si profond, que sa santé s'altéra sans qu'il y prit 
garde. De retour à Leipsick, une première attaque le frappa le 9 oc- 
tobre, et fut bientôt suivie d'une seconde; à la troisième il succomba. 
Mendelssohn fut le descendant direct de ces hommes de génie qui 
s'appelèrent Bach, Haendel, Mozart, Haydn, Gluck et Beethoven.il tint 
de chacun d'eux une part de sa personnalité, et, sans s'élever à leur 
hauteur, les résuma de façon à se faire de l'ensemble affaibli de leur 
génie un caractère propre d'une allure plus moderne. Aussi, ce qui 
distingue sa musique, est-ce moins l'originalité des idées qu'une cer- 
taine coloration générale, pleine de sentiment et de grâce, qui se re- 
trouve partout mêlée aux moindres phrases avec une suprême habi- 



MENDELSSOnN-BARTHOLBY — MÉREAUX. 255 

leté. Sans doute on peut lui reprocher de ne jamais savoir finir, de 
craindre la banalité au point d'éviter avec trop de soin la cadence. Mais 
ces défauts sont si légers, comparés à l'ensemble des qualités ; le 
compositeur sait, d'ailleurs, en tirer des effets si charmants et si in- 
attendus, qu'il faut bien se montrer indulgent à leur égard. L'œuvre 
de Mendelssohn, le théâtre mis à part, se montre supérieur dans tous 
les genres. Gomme musique symphonique, on remarque : la Sympho- 
nie-cantate, l'Écossaise et la Romaine; l'ouverture de la Grotte de Fing al; 
un concerto pour violon (op. 64), un autre pour le piano (op. 23), etc. 
Comme compositions pour voix et orchestre : Paulus, Elle, le Songe 
d'une nuit d'été, Antigone, AthaliCy Festgesang an die Kimstler, des 
Psaumes, etc. Enfin, presque toute sa musique de chambre ; celle de 
piano {Romances sans paroles), etc., des chœurs, enfin des lieder en 
nombre considérable. 



MERGADANTE (S AVERio), compositeur italien, né àAltamura le 47 sep- 
tembre 1793, mort à Naples le 17 décembre 1870, fit son éducation mu- 
sicale au Collège royal de musique de Saint-Sébastien, à Naples, sous 
la direction de Zingarelli. Une cantate intitulée Bel Fondo fut son 
premier début au théâtre. Depuis lors, sans grande originalité, écri- 
vant trop rapidement, Mercadante produisit une quantité d'ouvrages 
médiocres qui obtinrent plus ou moins de succès. On cite comme les 
meilleurs : Elisa e Claudio, Didone, Donna Caritea, I Giuramento, le 
Bue illustre Rivale. I Briganti, qui fut joué à Paris en 1836, n'eut pas 
de succès. En 1833, Mercadante avait été nommé maître de chapelle 
de la cathédrale de Novare. 

MÉREAUX (Jean-Amédée LE FROID de), connu sous le nom 
(ÏAmédée Méreaux, professeur et écrivain sur la musique, né à Paris 
en 1803, mort en J874, après avoir reçu une solide éducation musi- 
cale, donna des concerts, puis se retira à Rouen , où il se livra à 
l'enseignement. On compte parmi ses élèves M"" Tardieu de Mal- 
leville, Aloys Klein, Dautresme, etc. Amédée Méreaux, outre un 
grand nombre de morceaux pour le piano, publia un important ou- 
vrage : les Clavecinistes de 1637 à 1790, et collabora comme critique à 
plusieurs journaux, entre autres, au Journal de Rouen. Son grand- 
père, Jean-Nicolas de Méreaux, était compositeur et avait donné, de 
1775 à 1793, à la Comédie italienne, plusieurs ouvrages. Son père, 
Joseph-Nicolas de Méreaux, musicien distingué, fut désigné pour tenir 



256 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

l'orgue dressé au Champ de Mars pour la première fête de la Fédé- 
ration. 

MERKLIN (Joseph), lacleur d'orgues, né le 17 janvier 1819, a con- 
struit un grand nombre d'instruments importants en France, en 
Belgique, en Espagne, etc. 

MERMET (Auguste), compositeur, né vers 181o, a donné à l'Opéra 
le Roi David (1846), Roland à Roncevaux (1864) et Jeanne d' Arc (1876), 
ouvrages plus que médiocres. 

MERULLO (Claude), organiste et musicien célèbre du seizième 
siècle, dont le véritable nom est Merlotti, naquit à Corregio en 1533 
et mourut à Parme en 1604. Il fut imprimeur de musique à Venise 
en 1566 et quitta cette profession pour entrer comme organiste au 
service du duc de Parme en 1584. Claude Merullo se distingua dans 
le genre madrigalesque et enrichit l'art musical de formes nouvelles. 

MÉTRA (Jules-Louis-Olivier), compositeur et chef d'orchestre, né 
à Reims le 2 juin 1830, s'est livré presque exclusivement à la compo- 
sition de la musique de danse. Parmi ses valses les plus populaires 
on compte le Tour du monde, la Vague, les Roses, etc. 11 est, en outre, 
l'auteur de quelques opérettes données aux Folies-Bergère et d'un 
ballet intitulé Yedda, représenté à l'Opéra en 1879. 

MEYERBEER (Giacomo), illustre compositeur dramatique, né à 
Berhn le 23 septembre 1791, mort à Paris le 2 mai 1864, s'appelait 
réellement Jacques Liehmann Béer et appartenait à une famille opu- 
lente et avantageusement connue dans les sciences et les arts. Il était 
encore dans la première enfance lorsqu'un ami de sa famille, du 
nom de Meyer, lui laissa par testament toute sa fortune, à la condi- 
tion expresse d'ajouter le nom de Meyer à celui de Beei\ C'est ainsi 
que le jeune Béer s'appela Meyerheer [Giacomo n'est que la traduction 
italienne du nom de Jacques). Dès l'âge de neuf ans, le jeune Meyer- 
heer fut l'un des pianistes les plus habiles de Berlin et se produisit 
avec succès dans les concerts. Il se mit ensuite à la composition 
sous la direction d'Anselme W'eber, mais, ce professeur lui paraissant 
insuffisant, il entra dans l'école que l'abbé Vogler, le plus savant 
musicien de l'Allemagne, dirigeait à Darmstadt, et y acquit en 
deux ans des connaissances aussi sérieuses qu'étendues. A vingt 
ans, Meyerbeer donna son premier ouvrage : Dieu et la Nature, 



MERKLIN — MEYERBEER. 257 

€t cet oratorio lui valut d'être nommé compositeur de la cour. Il 
partit alors avec son maître pour parcourir l'Allemagne, continuant 
de s'instruire et produisant chemin faisant. Son premier opéra : la 
Fille de Jephté, fut donné à Munich en 1813. C'était presque encore 
un oratorio ; il ne réussit pas à la scène. En revanche, le jeune ar- 
tiste fit merveilles comme virtuose à Vienne vers la fin de la même 
année, et ses Amours de Thécelinde y furent si bien accueillis, qu'on 
lui confia immédiatement Abimeleck ou les Deux Califes, dont le succès 
fut moins heureux. Ici se termine ce que l'on peut appeler la pre- 
mière manière deMeyerbeer, manière un peu guindée, tout empreinte 
encore des travaux de l'école et que l'Italie allait bientôt transformer. 
Ce fut à Venise, où il s'était rendu sur les conseils de Saliéri, que 
s'opéra cette modification profonde. Là, Meyerbeer s'enthousiasma 
pour un art que précédemment il méprisait ; il en comprit toutes les 
ressources au point de vue vocal et produisit sous cette influence 
Romilda e Costanza (Padoue, 1818), Semiramide riconosciuta (Turin, 
1819), Eduardo e Cristina et Emma de Resburgo (Venise, 1820), Mar- 
gherita d'Anjou (Milan, 1820), l'Esule di Granata (Milan, 1822) et Al- 
manzor, opéra non terminé pour cause de maladie. L'année suivante 
fut employée par Meyerbeer à rétablir sa santé; à écrire à Berlin 
la Porte de Brandebourg ; enfin, à conférer avec l'auteur de Frey- 
schutz, son ami, sur la voie nouvelle dans laquelle il était entré et 
qui était généralement l'objet des critiques de l'école allemande. Ces 
discussions intimes ne furent pas sans fruit pour Meyerbeer, car de 
ce moment date la fin de sa seconde manière. Il Crociato , donné à 
son retour en Italie (Venise, 1824), et qui obtint rapidement un suc- 
cès immense, dans les principales villes d'Europe, marqua la transi- 
tion. La forme est bien encore italienne dans cet opéra, mais le génie 
propre du compositeur s'y montre davantage : l'influence de la scène 
française va bientôt le dégager entièrementr En 1826, appelé à Paris 
pour les représentations de son Crociato, Meyerbeer ne le vit point 
sans étonnement ne réussir qu'à demi. Les nouvelles exigences du 
milieu dans lequel il se trouvait, les triomphes de Rossini lui 
donnèrent alors sérieusement à réfléchir. Pendant six ans il se re- 
cueiUit. Mais aussi, quand il reparut, en 1830, ce fut avec un chef- 
d'œuvre : Robert le Diable. Sa véritable voie était enfin trouvée , et 
dès lors il allait y marcher avec assurance. Les Huguenots (1836), 
te Prophète (1849), l'Africaine, qui ne fut jouée qu'après sa mort, 
en 1863, y marquèrent autant de glorieuses étapes. 
Pendant la période de treize années qui s'écoula entre l'apparition 



258 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

des Huguenots et celle du Prophète, Meyerbeer fut appelé à Ber- 
lin, par le roi de Prusse, pour y diriger sa chapelle. Là, il com- 
posa une quantité de psaumes, de cantates religieuses, de morceaux 
de différents genres et, de plus, donna trois ouvrages importants : 
la Festa nella corte di Ferrara, cantate avec tableaux (1843), le Camp 
de Silésie (1844) et enfin Struensée, chef-d'œuvre parfait d'une rare 
puissance dramatique, composé pour un drame posthume de son frère, 
Michel Béer (1846). Dans la même année, il écrivit encore sa première 
Marche aux flambeaux [Fackeltanz). Après le succès du Frophète, qui 
l'appela à Paris, Meyerbeer retourna à Berlin. Il y composa la Marche 
des archers bavarois et un Hymne de fête pour l'anniversaire du mariage 
du roi de Prusse. Après ces grands travaux, l'altération de sa santé 
l'obligea au repos. Il reparut cependant à Paris en 1854, mais cette 
fois pour prendre possession de la scène de l'Opéra-Gomique avec 
l'Étoile du Nord, puis, en 1859, avec le Pardon de Ploèrmel, ouvrages 
puissants qui réussirent tous deux avec éclat. Dans le principe, l'Étoile 
du Nord ne devait être qu'une adaptation française du Camp de Silésie ; 
mais, entraîné par son sujet, l'illustre maître y fit de tels change- 
ments, qu'il ne resta plus dans l'ouvrage donné en France que cinq 
ou six morceaux de la partition primitive. L'œuvre de Meyerbeer se 
complète par un nombre considérable de pièces écrites dans tous les 
genres, parmi lesquelles on remarque : trois grandes marches aux 
flambeaux, la Schiller-March, la Marche du couronnement, plusieurs 
chœurs détachés avec ou sans accompagnement, des cantates reli- 
gieuses et autres, le Génie de la Musique à la tombe de Beethoven, etc., 
et une quantité de mélodies : le Moine, le Poète mourant, Suleika, 
le Délire, etc. 

Meyerbeer occupe dans l'art dramatique une place unique qu'il 
doit à son seul génie. Tout est neuf, tout est invention chez cet 
homme immense : idées, combinaisons, facture, orchestre ; et lors- 
que, avec une puissance et une variété merveilleuses, il a élargi les 
cadres anciens, multiplié les moyens d'expression, créé des carac- 
tères typiques, il sait encore, avec une science admirable des progres- 
sions, s'élever à des hauteurs que personne avant lui n'avait jamais 
atteintes. 

MICHOT (Pierre-Jules), ténor distingué, naquit à Lyon en 1832. 
Il vint à Paris à l'âge de vingt ans et fit ses premiers débuts dans 
un café-concert. Des études suivies ayant développé eon talent et les 
qualités natives de sa voix, il fut engagé au théâtre Lyrique en 1857, 



MICHOT — MINGOTTI. 259 

et y débuta avec succès dans Richard Cœur de lion, Robin des BoiSy 
ôhéron, Euryanthe, la Perle du Brésil, la Harpe d'or, la Fée Carabosse^ 
qu'il créa ensuite; les reprises de Gastibelza, de VEnlèvement au sérail 
le mirent bientôt au premier rang. Il fut appelé à l'Opéra pour y suc- 
céder à Roger (1860). A ce théâtre, la Favorite, Lucie de Lammermoor, 
les Huguenots, le Trouvère, Pierre de Médicis, Alceste, et surtout la 
Muette, lui valurent de légitimes succès. En 1864, il revint au théâtre 
Lyrique pour y chanter Mireille^ Faust, Roméo et Juliette, la Flûte en- 
chantée, Don Juan, Martha, etc., avec un talent encore plus admiré. 
En 1867 enfin, il alla se faire applaudir à Marseille. Après les guerres 
de 1870-1871, M. Michot, accusé d'avoir pris part aux événements de 
la Commune, vit se fermer devant lui les portes de nos grandes 
scènes lyriques. Il parvint cependant à reprendre la scène avec 
succès à Marseille en 1875, et à Paris l'année suivante. Depuis cette 
époque il n'a plus chanté que dans les concerts. 

MILANOLLO (Maria-Teresa et Maria), violonistes distinguées, na- 
quirent toutes deux à Savigliano, la première, le 28 août 1827, la 
seconde, le 19 juin 1832. Teresa manifesta dès l'âge de quatre ans 
un goût si passionné pour le violon, que son père, musicien pauvre 
et chargé d'enfants, crut pourtant devoir lui faire apprendre 
cet instrument, dans la crainte de la voir tomber malade. Elle n'avait 
pas sept ans lorsqu'elle se fit entendre pour la première fois à 
Turin. Son succès fut tel, que son père la mena à Paris et la mit entre 
les mains de Lafont. Cet éminent violoniste la fit jouer plusieurs 
fois à rOpéra-Comique, puis elle commença ses voyages. Lorsque 
sa sœur Maria, dont elle avait été l'unique professeur, fut âgée de 
six ans, elle la fit entendre avec elle ; et dès lors les deux sœurs par- 
coururent ensemble l'Europe, donnant un nombre considérable de 
concerts. En 1840, Teresa prit quelques leçons d'Habeneck, et celui- 
ci la fit entendre à la Société des concerts, où elle obtint un prodi- 
gieux succès. Maria mourut le 21 octobre 1848; Teresa a épousé 
M. Parmentier, officier distingué, musicologue et compositeur. Elle 
a composé plusieurs morceaux dans divers genres. 

MINGOTTI (Régine VALENTINI, épouse), cantatrice célèbre, née à 
Naples en 1728, morte à Neubourg en 1807, fut confiée par son mari, 
directeur de l'Opéra de Dresde, aux soins de Porpora, qui lui apprit 
rapidement à chanter. Attachée d'abord au théâtre de l'Électeur, ses 
succès furent tels, qu'elle éclipsa bientôt la célèbre FaustineBordoni. 



260 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Elle chanta ensuite à Naples, Munich, Madrid, Paris, Londres, etc., 
avec un éclat soutenu. L'Olyînpiade de Galuppi était l'un de ses 
meilleurs rôles. 

MONDONVILLE (Jean-Joseph CASSANEA de), violoniste et compo- 
siteur, né à Narbonne en 1711, mort à Belleville-Paris en 1772, se 
fit connaître par des motets, différentes pièces de musique de cham- 
bre et par des opéras, dont les plus renommés sont le Carnaval du 
Parnasse (1749) ; Titon et Aurore (1753) et Daphnis et Alcimadure en 
patois languedocien (1754). Très intrigant et vivement protégé à 
la cour, Mondonville eut en M°^« de Pompadour un soutien puissant. 
ATépoque de Id^guerre des Bouffons {\lo^), la, favorite s'étant prononcée 
pour la musique française, ce fut Mondonville qui fut choisi pour en 
être le champion. Pour soutenir ce combat, il écrivit Titon et Aurore. 
On ne sait trop ce qui se serait passé si toutes les précautions n'a- 
vaient été prises à l'avance pour assurer la victoire à la musique fran- 
çaise. Le jour de la première représentation, tout le parterre fut 
occupé par les gendarmes de la maison du roi, défenseurs des Fran- 
çais ; de telle sorte qu'il ne resta plus pour le coin de la reine, tenant 
pour les Bouffons, que les corridors du théâtre. Dans de pareilles 
conditions, la victoire était vraiment trop facile. Pourtant les Bouffons 
furent renvoyés le lendemain. 

MONIUSZKO (Stanislas), célèbre compositeur polonais, né à Lit- 
thauen (Lithuanie) le 5 mai 1820, mort à Varsovie le 4 juin 1872, fut, 
dès son jeune âge, encouragé par sa famille à suivre son penchant 
pour la musique. Successivement élève de Niemecwicz, d'Auguste 
Freyer, de Stefanowicz dans sa patrie; puis de Rungenhagen, à 
Berlin (1837-1840) : ses études terminées, il vint se fixer à Wilna, 
où il se fit rapidement un nom. Moniuszko parcourut ensuite l'Eu- 
rope, se liant d'amitié avec l'élite des artistes de tous les pays, et 
remportant, chemin faisant, de grands succès comme virtuose. A son 
retour en Pologne, ce fut à. Varsovie qu'il établit sa résidence, don- 
nant successivement au théâtre de cette ville : Halka, son premier 
opéra et aussi le plus remarquable (1846); Laterza, opéra bouffe; 
le Nouveau Don Quichotte, opéra bouffe; le Château mystérieux, la 
Comtesse, Betty, les Bohémiens, et enfin le Varia, sur le sujet de Ca- 
simir Delavigne. Il fit exécuter aussi un nombre considérable de 
poèmes symphoniques et de cantates {Dziady, sur le célèbre poème 
d'Adam Mickiewicz, traduit en français sous le titre les Aïeux ou 



MONDONVILLE — MONSIGNY. 261 

les Fantômes, Tirnik ou le Barde, le Chant de la sainte Vierge^ Un 
Conte, etc.), plusieurs Messes et quatre Litanies. Enfin, ce qui mit le 
comble à sa renommée, ce furent ses Mélodies populair es, dioni le nom- 
bre s'élève à plus d'une centaine. Ces chants naïfs, simples et tout 
empreints de saveur slave : le Cosaque, le Fiancé, l'Hirondelle, le 
Chant de la forêt, etc., sont aujourd'hui si répandus en Pologne, 
qu'on les confond souvent avec les antiques mélopées qui les ont 
inspirées. 

MONPOU(Hippolyte), compositeur dramatique, né à Paris le 12 jan- 
vier 1804, mort à Orléans le 10 août d841, fut élève de Choron et 
demeura longtemps dans son école comme accompagnateur-répéti- 
teur. Après la fermeture de l'école de Choron, Monpou, dont l'éduca- 
tion musicale était peu solide, se livra à la composition des romances 
et obtint, avec elles, un succès de popularité très accentué. L'Anda- 
louse, Sara la baigneuse, le Fou de Tolède, etc., ont été chantées par- 
tout. Plus tard, il se risqua à la scène et aborda l'Opéra-Comique avec 
les Deux Reines (1835), petit acte où se trouve l'air connu : Adieu, 
mon beau namrc. Le succès en fut considérable. Il donna ensuite le 
Luthier de Vienne (1836); Piquillo (1837); Un Conte d'autrefois ei le 
Flanteur (1839); enfin la Chaste Suzanne, à la Renaissance, vers la fin 
de la même année. 

MONSIGNY (Pierre-Alexandre), compositeur dramatique, né le 
17 octobre 1729 àFauquemberg (Pas-de-Calais), mort à Paris le 14 jan- 
vier 1817, entra d'abord dans les finances afin de subvenir aux be- 
soins de sa famille ; fut maître d'hôtel du duc d'Orléans durant une 
trentaine d'années, et pendant longtemps ne s'occupa de musique que 
comme amateur. Il jouait très bien du violon, mais là s'arrêtaient, 
ou à peu près, ses connaissances musicales. Une audition de la Ser- 
vante maîtresse, de Pergolèse, en 175?, lui donna tout à coup un vif 
désir d'écrire pour le théâtre. Il prit un maître de composition 
nommé Gianotti, et cinq mois après il écrivait les Aveux indiscrets, 
qui furent représentés au théâtre de la Foire en 1759. L'année sui- 
vante, la verve du Maître en droit et du Cadi dupé, donnés au même 
théâtre, lui attira la collaboration de Sedaine. Il fit avec lui plusieurs 
ouvrages, entre autres : On ne s'avise jamais de tout (1761). Monsigny 
écrivit ensuite le Roi et leFermier (1762); Rose et Colas [il ^i); Aline, 
reine de Golconde (1766) ; l'Ile sonnante (1768); le Déserteur (1769); le 
Faucon (1772); la Belle Arsène (1775); le Rendez-vous bien employé 



262 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

(1776); Félix ou l'Enfant trouvé (1777), et n'obtint que des succès. 
Hase et Colas et le Déserteur sont restés justement célèbres. Monsigny 
ayant perdu ses places et sa fortune pendant la Révolution, les ac- 
teurs de rOpéra-Gomique lui firent une pension. Il succéda à Grétry 
à l'Institut. 

MONTAUBRY (Achille-Félix), ténor, né à Niort le 12 novembre 
1826, chanta longtemps en province et à l'étranger avec succès. Entré 
à rOpéra-Comique en 1858, il y resta dix ans, pendant lesquels il 
créa le Koman d'Elvire,la Circassienne, Lalla-Roukhj Lara, etc., et in- 
terpréta avec brio les rôles du répertoire. M. Montaubry dut à sa 
voix, plus qu'à son talent et à sa distinction, la vogue dont il jouit 
durant quelques années. 

MONTEVERDE (Claude), illustre compositeur, né à Crémone en 
1568, mort en 1643 à Venise, fut maître de chapelle du duc de Man- 
toue en 1603, et occupa le même emploi à l'église Saint-Marc de 
Venise de 1613 jusqu'à sa mort. Monteverde fut un des grands inven- 
teurs de l'art musical. Il posa les bases de la tonalité moderne et de 
l'expression dans la musique ; développa de toutes les richesses de 
son génie le drame musical, qui venait de naître ; créa le duo scéni- 
que, imagina des rythmes, des formes de récitatif, trouva des modu- 
lations nouvelles; inventa les accompagnements à notes répétées 
(d'où nous est venu le trémolo) ; enfin, se montra d'une hardiessepres 
que téméraire dans la plupart de ses ouvrages. Ferrari et Manelli 
ayant ouvert pour la première fois un théâtre public, en 1637, à 
Venise (jusqu'alors les représentations théâtrales en musique avaient 
lieu dans l'intérieur des palais et étaient réservées aux grands), 
Monteverde l'alimenta de ses œuvres. Il fit de même pour le théâtre 
San-Mose ouvert quelque temps après. L'œuvre de ce grand artiste 
n'est pas très volumineux, mais il est caractéristique. Ses ou\Tages 
les plus célèbres sont Orfeo, Ariana, Délie Ingrate, ballet; Proserpina 
rapita, VAdone, le Nozze d'Enea con Lavinia, l'Incorronazione de Pop- 
péea; des cantates, des intermèdes, des madrigaux, etc. Monteverde fut 
comblé d'honneurs durant sa vie et l'éclat de ses succès retentit pen- 
dant longtemps dans toute l'Italie. 

MONTIGNY (Fan^jy-Marcelixe-Carolixe REMAURY, épouse), pia- 
niste distinguée, née à Pamiers le 22 janvier 1843, obtint plusieurs 
récompenses au Conservatoire et se produisit ensuite en public. Elle 
compte parmi les meilleurs virtuoses français par la netteté de son 



MONTAUBRY — MOSCHELÈS. 263 

jeu et l'allure classique de son talent. M'^^ Montigny s'est fait enten- 
dre a\ec beaucoup de succès dans les grands concerts à orchestre 
de Paris et de l'étranger. 

MOREL (Auguste-François), compositeur, né à Marseille le 26 no- 
vembre 1809, fit tout seul son éducation musicale. Il avait plus de 
\ingt-cinq ans, lorsque, parvenu enfin à vaincre l'obstination de sa 
famille, il put se livrer entièrement à l'art. Apprécié d'abord par ses 
romances, puis par sa musique de chambre (couronnée à deux repri- 
ses par l'Tnstitut) et aussi par sa musique symphonique, M. Morel a 
de plus abordé le théâtre. En 1860, le Grand Théâtre de Marseille 
donna avec succès son Jugement de Dieu. Directeur du Conservatoire 
de Marseille de 1852 à 187.3, M. Morel s'est efforcé de développer 
l'ensemble de l'enseignement dans cet établissement. 

MORLACCHI (François), compositeur célèbre, né le 14 juin 1784 à 
Pérouse, mort le 28 octobre 1851 àinspruck. Élève deZingarelli et de 
Mattei, Morlacchi commença à se produire comme compositeur vers 
1805. Quelques morceaux religieux et une farce intitulée il Poeta in 
campagna le mirent en évidence (1807), et il Ritratto compléta sa 
réputation. Le succès d'un de ses opéras, les Banaïdes (Rome, 1810), 
lui valut la place à vie de directeur du théâtre de Dresde. Au contact 
de l'Allemagne, le talent de Morlacchi se compléta. Il écrivait avec une 
prodigieuse rapidité et continua toujours de composer ainsi; cepen- 
dant, à dater de cette époque, on remarqua dans ses ouvrages plus 
de force et de valeur réelle. L'œuvre de Morlacchi comprend vingt- 
quatre opéras, plusieurs oratorios et morceaux pour l'église, des can- 
tates, etc. On cite comme ses meilleurs ouvrages : il Poeta in campa- 
gna, les Banaïdes, Raoul de Créqui, Gianni di Parigi, il Colombo, etc.; 
une Passion^ un Requiem, etc., etc. 

MOSCHELÈS (Ignace), pianiste et compositeur, né à Prague le 
30 mai 1794, mort à Leipsick le 10 mars 1870, fut l'un des artistes 
d'élite à qui l'on doit l'école moderne du piano. Élève de Denis Weber, 
directeur du Conservatoire de Prague, Moschelès partit pour Vienne 
après avoir obtenu quelques succès dans sa ville natale ; et là, reçut 
les conseils de Saliéri et d'Albrechtsberger. Ses études terminées, 
il parcourut l'Europe de la façon la plus brillante. Son talent était 
éminemment classique, et il excellait à varier son style suivant les 
maîtres et les différentes époques. Il donna ainsi, seul, à Londres, 
des soirées où il passa en revue les chefs-d'œuvre des différents âges 



264 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

et remporta de véritables triomphes. Aux qualités brillantes du vir- 
tuose, Moschelès joignit celles de l'improvisateur hors hgne. Ses 
compositions pour le piano sont aussi nombreuses que remarquables. 

MOSKOWA (Joseph-Napoléon NEY, prlxce de la), né à Paris le 8 mai 
1803, mort à Saint-Germain en Laye le 25 juillet 1857, fils aîné du 
maréchal Ney, cultiva la musique pendant toute sa vie. Archéologue 
distingué, il contribua à faire connaître en France les maîtres des 
seizième et dix-septième siècles. L'Opéra-Gomique a représenté de lui 
le Cent-Suisse (1840) et Yvoiine (1855). 

MOSONYI (Michel BRAND, dit), compositeur hongrois, né à Bol- 
dogasszoug (Hongrie) le 4 septembre 1814, mort à Pesth le 31 oc- 
tobre 1870, eut une existence assez obscure comme musicien jus- 
qu'au jour où il se révéla avec une puissante originalité nationale 
dans une pièce intitulée la Vie de la Puszta. On ne le connaissait en- 
core que sous son nom de Michel Brand. Il publia depuis, sous le 
pseudonyme deMosonyi,le Souvenir de Kazinczy, le Monde enfantin et 
des Études pour le perfectionnement de la musique hongroise, etc., etc. 
Mosonyi donna au théâtre de Buda-Pesth en 1861 ki Belle Icka, œuvre 
intéressante qui fut peu remarquée. On le compte parmi les hommes 
dont le talent a le plus servi au développement de l'art musical hon- 
grois. Dans son œuvre on cite encore une grande composition sym- 
phonique, une ouverture où se trouvent le chant national Szozat et 
un morceau d'orchestre intitulé le Triomphe et le Deuil du Honved. 

MOUTON (Jean), musicien célèbre, né vers le milieu du quinzième 
siècle, mort en 1522, fut chantre à la cour des rois Louis XII et 
François P*", et passe pour avoir été l'élève de Josquin Desprès. Son 
œuvre, presque tout religieux, se compose de motets, psaumes, 
messes, à une ou plusieurs voix; il faut y ajouter quelques chansons. 
Il fut chanoine de Thérouane et de Saint-Quentin. 

T MOZART (Jean-Ghrysostome-Wolfgang-Théophile, dit Wolfgang- 
Amédée), compositeur illustre, naquit à Salzbourg le 27 janvier 1756 
et mourut à Vienne le 5 décembre 1791. Fils d'un musicien distingué 
{Jean-Georges-Léopold Mozart, violoniste éminent, compositeur, profes- 
seur, etc., second maître de chapelle du prince-évêque de Salzbourg), 
Wolfgang Mozart fut l'organisation musicale la plus précoce, la plus 
riche, la plus extraordinaire par ses perfections qu'on ait jamais vue. 
Dès l'âge de trois ans il montra un goût passionné pour la musique. 



MOSKOWA — MOZART. 265 

A quatre ans, il jouait déjà du clavecin avec beaucoup de sentiment 
et composait de petits morceaux que son père écrivait. A six ans, à 
Munich, il exécuta, avec un talent sûr, un concerto difficile de Wagen- 
seil devant l'électeur. A sept ans, il sut assez le violon, instrument 
qu'il avait appris seul à l'insu de son père, pour faire à première 
vue sa partie dans un ensemble. A huit ans, il joua dans un même 
concert deux concertos, l'un de piano, l'autre de violon, et impro- 
visa sur des thèmes donnés. 

Mozart était parti en 1763 pour une longue tournée de concerts 
avec sa famille ; Augsbourg; Mannheim, Mayence, etc., l'applaudirent 
tour à tour. A Paris, il fut présenté à la cour ; grâce à la protection 
de Grimm, il joua devant la famille royale, et reçut d'elle d'écla- 
tants témoignages d'admiration. Il en fut de même à Londres de- 
vant le roi Georges III (1764); à la Haye, devant la princesse d'Orange 
(1765); à Vienne, devant l'empereur Joseph II (1768), et dans un grand 
nombre d'autres villes. Ce fut à Vienne que Mozart écrivit son pre- 
mier opéra: la Finta simplice, en trois actes, partition de cinq cent 
cinquante-huit pages, sur un mot échappé à l'empereur ; mais l'envie 
et le mauvais vouloir en empêchèrent la représentation . Bastien et 
Bastienne suivit, la même année ; Mozart n'avait alors que douze ans. 
De 1769 à 1772, il parcourut l'ItaUe, soulevant partout des trans- 
ports d'enthousiasme. Voici d'ailleurs le programme d'un de ses 
concerts : deux symphonies écrites par lui ; un concerto de clavecin 
au choix à livre ouvert ; une sonate aussi au choix transposée ad li- 
bitum; un air composé et chanté par lui en s'accompagnant au piano 
sur des paroles données pendant la séance ; une sonate et une fugue 
improvisées sur un thème donné; réalisation immédiate, au piano, 
d'une symphonie d'après la seule partie du premier violon ! L'enfant 
prodige fut comblé d'honneurs de toutes sortes ; les plus grands ar- 
tistes s'inclinèrent devant lui, on lui décerna des médailles ; les aca- 
démies lui ouvrirent leurs portes ; les poètes célébrèrent son nom. A 
Rome (1770), deux auditions lui suffirent pour écrire de mémoire le 
Miserere d'Allegri, dont il était interdit de prendre copie. A Milan, la 
même année, il donna avec un succès éclatant son Mithridate, et en 
1771 la cantate dramatique Ascanio in Alla. Puis vinrent successi- 
vement il Sogno de Scipione (Salzbourg, 1772); Lucio Silla (Milan, 
1772) ; la Finta Giardiniera (Munich, 1774) et ilRe Pastore (Salzbourg, 
1775); ouvrages qui, tous, obtinrent l'accueil Je plus chaleureux. 
Cependant, si Mozart avait trouvé la renommée pendant cette glo- 
rieuse période, il s'en fallait de beaucoup qu'il eût en même temps 



266 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

rencontré la fortune. Son père, trompé, exploité, n'avait trouvé 
dans ses voyages que la ruine la plus complète; et lui, l'auteur 
de tant de travaux, l'objet de tant de succès, il se voyait, à lâge 
d'homme, privé de ressources, et descendant peu à peu jusqu'à la 
misère. Il retourna à Munich, à Mannheim, à Paris même, où il eut la 
douleur de perdre sa mère (1778), cherchant une situation qui lui 
permît de gagner son pain. 11 ne la trouva point. Découragé enfin, il 
revint à Salzbourg occuper la place'd'organiste à la cour; place qui le 
tenait dans une entière dépendance, et le mettait au rang de la do- 
mesticité du prince-évêque (1779). Il avait alors vingt-trois ans! 

En 1780, Idomeneo, qui lui fut demandé pour le théâtre de Munich, 
vint lui rendre l'énergie. Moins de trois mois après l'ouvrage était 
représenté et accueilli avec un enthousiasme indescriptible (1781). 
Mozart quitta alors l'humihante condition qu'il occupait auprès de 
Févêque; Joseph II lui commanda par ostentation — car il n'aimait 
que la musique italienne — l'Enlèvement au sérail (Vienne, 1782) et 
le Directeur de spectacles (Schœnbrunn, 1786), et le gratifia d'une pen- 
sion de 800 florins avec le titre de compositeur de la cour. Mozart 
fut tellement touché par cette générosité, qu'il refusa par la suite les 
offres très avantageuses qui lui furent faites de différents côtés, entre 
autres par Frédéric-Guillaume II de Prusse, et ne voulut jamais quitter 
son bon empereur. L'illustre maître pourtant s'était marié et avait 
des enfants. Gomme il n'avait que sa pension, il était obligé pour 
vivre de composer des contredanses, des valses, etc., que l'on jouait 
dans les bals et les soirées. Le poète d'Aponte, bien en cour, le tira 
de cette pénible situation. Il écrivit, sur la demande et les indica- 
tions de Mozart, le livret des Noces de Figaro. La première représen- 
tation eut lieu à Vienne avec un succès inouï ;1786). Don Juan, écrit 
ensuite pour le théâtre de Prague sur un poème du même d'Aponte 
et donné l'année suivante dans cette ville, reçut un accueil plus glo- 
rieux encore. On le déclara, ajuste titre, le chef-d'œuvre des chefs- 
d'œuvre et l'enthousiasme éclata en transports délirants. Mozart re- 
vint à Vienne en 1788, et s'y livra pendant deux ans à la composition 
instrumentale et vocale avec une fiévreuse activité. Il sentait déjà les 
atteintes de la maladie de poitrine qui devait l'emporter, et l'idée d'une 
mort prochaine semblait le pousser à accélérer ses travaux. Il donna 
cependant à cette époque le charmant o-pévd^Cosifan tutte (Vienne, 1790) 
et se mit à écrire laFlûte enchantée, pour sauver de la faillite un nommé 
Schikaneder, acteur et directeur de théâtre, qui le trahit ensuite indi- 
gnement. Un peu avant cette époque Mozart avait reçu, d'une façon 



MOZART — MURSKA. 267 

mystérieuse, la commande de son fameux Requiem. Il y travaillait 
déjà avec ardeur, lorsque la Clémence de Titus lui fut demandée à bref 
délai pour le théâtre de Prague. Mozart accepta cette nouvelle tâche, 
malgré le délabrement complet de sa santé, et, avec l'aide de son 
élève Sussmayer, qui se chargea des récitatifs, il put être prêt 
pour l'époque fixée. La Clémence de Titus, composée en dix-huit jours, 
fut représentée à Prague le 6 septembre 1791 avec un succès écla- 
tant. De retour à Vienne, Mozart termina rapidement la Flûte en- 
chantée, qui fut donnée le 30 septembre suivant avec un retentissement 
sans pareil, et se remit avec ardeur à son Requiem. Malheureusement 
ces travaux accablants avaient achevé d'épuiser ce qui restait de forces 
à ce grand génie. Dans sa surexcitation mentale, son Requiem lui ap- 
paraissait comme une œuvre commandée par la puissance divine. Il 
s'imaginait le faire pour lui, et voulait y consacrer jusqu'à son dernier 
souffle. Malgré ses efforts, pourtant, il ne put l'achever. La mort ne 
lui en laissa pas le temps. Vers la fin de novembre, il tomba pour 
ne plus se relever. Par une ironie du sort, à ce moment lui vinrent 
de tous côtés les propositions les plus séduisantes. Mozart en eut 
connaissance, et la suprême douleur qu'il éprouvait de se voir ainsi 
mourir dans la force de l'âge et en pleine possession de son génie, 
en fut encore augmentée. Ce fut Sussmayer qui, sur les indications 
de Mozart, termina le Requiem. 

Le génie de Mozart est le plus pur et le plus complet qui ait jamais 
illustré les fastes de la musique. D'une nature essentiellement ori- 
ginale et personnelle, il est assez puissant et son envergure est assez 
large pour embrasser à la fois tous les genres dans une infinie va- 
riété, et pour leur fournir à chacun des chefs-d'œuvre. La fécondité 
de Mozart tient du prodige, eu égard à la courte durée de son 
existence. Le nombre de ses œuvres terminées s'élève à six cent 
vingt-quatre, et celui de ses ouvrages incomplets ou demeurés ma- 
nuscrits en la possession de diverses personnes, à deux cent quatre- 
vingt-quatorze ; ce qui porte le total des œuvres connues à neuf cent 
vingt. 

MURIS (Jean de), célèbre écrivain du quatorzième siècle surlamu- 
sique, originaire de Normandie. Son traité intitulé Spéculum musicœ 
est le plus considérable de ses ouvrages. 

MURSKA (Ilma de), cantatrice allemande, née en Croatie vers i836, 
élève de M™^ Marchesi, a débuté en 1862 au théâtre de la Pergola à 



268 PETITE E^XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Florence et chanté ensuite à Barcelone, Hambourg et Pesth. Elle a 
obtenu ses principaux succès sur les théâtres de Berlin et de Vienne, 
dans les grands rôles du répertoire, en 1864. 

ML'SARD (Philippe), chef d'orchestre et compositeur de musique 
de danse, né vers 1792, mort à Auteuil en 1839, eut des débuts 
difficiles et commença par jouer du cor et du violon dans les bals 
de barrière, à Paris. Sous la Restauration il alla à Londres, s'y fit 
remarquer aux bals de la cour, et sa réputation alla croissant jus- 
qu'en 1830. Peu de temps après cette époque, il revint à Paris et 
dirigea d'abord les bals masqués des Variétés. Il prit ensuite la 
direction de l'orchestre dans un établissement qui porta le titre de 
Concert-Musard, puis passa au Jardin turc, à la salle Saint-Honoré, à 
la salle Vivienne, aux bals masqués de l'Opéra-Comique et enfin à 
ceux de l'Opéra. C'est dans cette dernière salle qu'il atteignit l'apogée 
de sa réputation, par des effets de sonorité poussés à l'extrême, et par 
des excentricités musicales. Non sans talent, il était surtout plein 
de verve, et quelques-uns de ses quadrilles sont assez bien écrits. 
Parmi ceux-ci l'on cite les Échos, le Tourbillon, la Foudre, etc. 

MUZIO {Ema>"uele), chef d'orchestre et compositeur dramatique, 
né à Zibello (duché de Parme) le 2o août 1825, est élève de Verdi et 
s'est attaché spécialement à la réduction des opéras de ce maître. Il 
a écrit aussi quelques ouvrages dramatiques : Giovanna la Pazza, 
Claudia, le Bue Régine, la Sorrentina, puis s'est consacré entièrement 
à la carrière de chef d'orchestre. Il a rempli cet emploi à New- 
York, au Caire, à Paris (au théâtre Italien) et dans plusieurs villes 
d'Italie et d'Espagne, avec talent et habileté. 



N 



NADAUD (Gustave), chansonnier français, né à Roubaix le 20 fé- 
vrier 1820, est à la fois poète, compositeur et chanteur. Nadaud est 
avec Darcier l'un des plus estimables chansonniers de genre, de 
l'époque contemporaine. Ses chansons, pleines de goût, de sentiment, 
ou spirituellement troussées, sont généralement d'une jolie tournure 
mélodique. Les plus connues sont : le Voyage aérien, Pandore ou les 
Deux Gendarmes, le Nid abandonné, Carcassonne^ Profession de foiX'OU- 
vant servir à plusieurs candidats, Chauvin, etc., etc. 



MUSARD — NERUDA. 269 

NA.?^TIER-DIDIÉE (Gonstance-Betzy-Rosabella NANTIER, épouse 
DIDIÉE), née à Saint-Denis (île Bourbon) le 16 novembre 1831, 
morte à Madrid le 3 décembre 1867, fut admise au Conservatoire de 
Paris en 1845. Élève de Duprez, elle obtint en 1849 un premier prix 
d'opéra et débuta au théâtre Carignan de Turin dans la Vestale de 
Mercadante. Cette cantatrice parut avec succès sur les principales 
scènes de France et d'Amérique dans les rôles du répertoire italien, 
chanta plusieurs années à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Madrid 
et à Paris. C'est à Madrid qu'elle a obtenu ses plus nombreux succès. 

NAUDIN (Emile), chanteur italien, né à Parme le 23 octobre 1823, . 
débuta au théâtre de Crémone et parcourut ensuite l'Italie, où il 
chanta avec succès le répertoire italien. En 1862, il entra à Paris au 
théâtre Italien et y parut dans Lucia di Lammermoor , Rigoletto, Cosi 
fan tutte, etc. Une clause du testament de Meyerbeer concernant 
l'Africaine était que M. Naudin serait engagé à l'Opéra pour y rem- 
plir le rôle de Vasco de Gama. Cet artiste y figura avec succès ; ensuite 
il reprit la carrière italienne. M. Naudin, qui s'est fait entendre sur 
les principales grandes scènes d'Europe, a été partout applaudi. Il 
doit ses succès plus à sa voix qu'à ses qualités de comédien. 

NAUMANN (Jean-Amédée), compositeur renommé, né à Blasewitz, 
près Dresde, le 17 août 1741, mort en ce lieu le 31 octobre 1801, 
demeura longtemps dans une situation précaire en Italie, où il reçut 
des leçons de Tarlini. Une partition qu'il envoya à la cour de Saxe 
pour se faire connaître, après la guerre austro-prussienne, le fit ap- 
peler à Dresde avec le titre de compositeur de la chambre, auquel il 
réunit bientôt celui de maître de chapelle. Naumann retourna par la 
suite deux fois en Italie et y donna plusieurs ouvrages : Achille in 
Sciro^ Solimano, l'Isola disabitata, etc., qui eurent du succès. Il écri- 
vit ensuite pour la Suède : Amphion, Cora, Gustave Wasa; pour le 
Danemark : Orphée ; pour la Prusse : Medea, etc., etc. De tous ses 
ouvrages, excellents comme style et comme facture, mais peu origi- 
naux, le plus estimé est un Pater noster sur la paraphrase de 
Klopstock. 

NERUDA (Wilhelmine, épouse NORMANN), violoniste distinguée, 
née à Brûnn (Moravie), se fit entendre en public dès l'âge de sept 
ans, et commença sa première tournée artistique l'année suivante, 
en compagnie de son frère et de sa sœur aînée , avec lesquels 
elle jouait des trios. Elle parcourut ainsi l'Allemagne, la Belgique, 

18 



^70 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

la Hollande, l'Angleterre et la Russie. Son frère étant mort dans 
ce dernier pays, la famille Neruda, inépuisable en musiciens, le rem- 
plaça par un autre frère et une petite sœur. Leur succès à tous fut 
éclatant. Pendant dix années, la famille Neruda vint se faire applau- 
dir en Russie. En 1862, >pi^ AVilhelmine, accompagnée seulement de 
sa sœur Maria, passa par Leipsick, Copenhague, et arriva à Stock- 
holm, oii le roi la nomma virtuose de sa chambre. Elle épousa peu 
de temps après M. Louis >'ormann, maître de la chapelle royale. 
^Ime ^ormann-Xeruda vint deux fois à Paris (en 1867 et 1878) et se 
fit entendre aux concerts populaires avec un grand succès. Elle passe 
■aujourd'hui une grande partie de l'année à Londres, où elle est atta- 
chée aux concerts populaires de cette ville. 

XEUKOMM (Sigismond), compositeur distingué, né le iO avril 1778 
à Salzbourg, mort à Paris le 3 avril 18o8. Élève de Michel, puis de 
.loseph Haydn, il se rendit en Russie en 1806 pour y diriger la musique 
de l'opéra allemand, mais une grave maladie l'obligea à renoncer à 
cette fonction. Après la campagne de 1809, Neukomm vint à Paris et 
s'y lia avec les hommes les plus distingués de cette époque. En 1812, 
il remplaça Dussek comme pianiste attaché à la maison de Talley- 
rand ; accompagna ce personnage politique au congrès de Vienne, et 
fit exécuter dans cette ville, en présence des souverains réunis, le 
Bequiem qu'il avait composé à la mémoire de Louis XVI. En 1816, 
accompagnant le duc de Luxembourg, ambassadeur, à Rio de Janeiro, 
il fut nommé, par le roi dom Pedro, maître de sa chapelle. Après la 
Révolution, il revint à Paris. Musicien très estimé dans les capitales 
de l'Europe, Neukomm fit exécuter à Berlin, en 1832, son oratorio 
la Loi de rAjicicn Testament, voyagea presque toute sa vie, et com- 
posa, malgré ses fréquents déplacements, une quantité d'ouvrages 
d'un bon style dont le nombre s'élève à sept cent quarante-trois. Son 
neveu Edmond Neukomm a écrit divers ouvrages sur la musique. 

NIBELLE (Adolphe-Axdré), compositeur, né à Gien (Loiret), fut 
admis au Conservatoire en 1844; y remporta les premiers prix d'har- 
monie (1850) et étudia la composition avec Halé^y. M. libelle a donné 
quelques opérettes : le Loup-Garoii, les Quatre Cents Femnws d'Ali- 
Baha, etc., et écrit plusieurs mélodies : les Heures miisieales, Chants 
des aïeux, etc. 

?sICOLAÏ (Otto), pianiste, chef d'orchestre et compositeur, né à 
Kœnigsberg le 9 juin 1810, mort le H mai 1849, étudia plusieurs 



NEUKOMM — MLSSON. 271 

années en Italie, et fui nommé chef d'orchestre de l'Opéra de Vienne 
en 1839. Un an après, il partit pour Trieste et y donna Enrico II, qui 
fut bientôt suivi de il Templarîo (Turin, 1840); d'Odoardoe Gîldippa 
et de il Proscrifto (Milan, 1841). Ensuite il reprit sa place à Vienne. 
Nommé chef d'orchestre à Berlin en 1848, il y donna l'année sui- 
vante les Joyeuses Commères de Windsor, son meilleur ouvrage, dont 
l'ouverture est aujourd'hui populaire. 

MEDERMEYER (Louis), compositeur et professeur, né à Nyon 
(Suisse) le 27 avril 1802, mort à Paris le 14 mars 1861. Élève de 
Moschelès, pour le piano; de Fœrster, Fioraventi et Zingarelli, pour 
la composition, il fit représenter à Naples son premier ouvrage : il Rco 
per amore, puis retourna en Suisse. Là, il se livra à l'enseignement 
du piano et composa divers chants sur des paroles de Lamartine, 
entre autres le Lac, si universellement connu aujourd'hui. En 1823, il 
vint à Paris et l'influence de Rossini lui fit ouvrir les portes des théâ- 
tres. 11 y donna aux Itahens, en 1828, Casa nel bosco, puis plus tard à 
l'Opéra, Stradella (1836); Marie Stuart (1844); /a Fronde (1853). Nie- 
dermeyer rétablit à Paris, quelque temps après, l'École de musique 
religieuse autrefois fondée par Choron, et publia, avec M. d'Ortigue. 
une Méthode d'accompagnement du plain-chant. Parmi ses mélodies, 
on cite, outre le Lac, l'Isolement, la Mer, Oceano nox, etc. 

MEMANN (Albert), ténor allemand, né à Erxleben en 1831, chanta 
d'abord dans les chœurs et s'éleva peu à peu jusqu'à se faire une 
grande réputation dans les grands rôles des répertoires allemand el 
français. Il excelle surtout dans les opéras de Richard Wagner ; à 
tel point, que ce compositeur ne voulait pas d'autres interprètes pour 
ses grands rôles de ténor. C'est ainsi qu'il a paru à Paris dans Tann- 
huuser (1861) et a participé aux grandes exécutions de Bayreuth 
(1876). 

MLSSON (Christixe), cantatrice distinguée, née à Hussaby (Suède) 
le 3 août 1843, fille de pauvres laboureurs, fut remarquée un jour 
par un grand seigneur qui fut frappé de son intelligence et de la 
beauté de sa voix. 11 se chargea de son éducation et lui fit donner 
des leçons de chant à Stockholm. La jeune fille se perfectionna à 
Paris entre les mains de M. AVartel, et, en 1864, elle débuta avec un 
grand succès au théâtre Lyrique dans Violetta. Martha, Don Juan, 
Sardanapale, les Bleuets ne lui furent pas moins favorables. Enfin, 
elle fut engagée à l'Opéra pour y créer le rôle d'Ophélie iVHamlct, qui 



272 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

fut son triomphe. Depuis, M'^® Nilsson a chanté à Londres, Moscou, 
Saint-Pétersbourg et a fait aussi son tour d'Amérique, où elle a ré- 
colté des sommes énormes. D'une voix de soprano suraigu au tim- 
bre de cristal, d'une justesse absolue, M^^** Nilsson possède un talent 
d'allure toute Scandinave, d'une perfection froide et bizarre, dont 
l'étrangeté même concourt, avec les qualités spéciales de la voix, à 
produire chez ses auditeurs d'indicibles émotions. 

NORBLIN (Louis-Pierre-Martin), violoncelliste très distingué, né à 
Varsovie le 2 décembre 1781, mort au château de Connantre (Marne) le 
14 juillet 1854, fils de Jean-Pierre-Norblin de La Gourdaine, Français, 
peintre du roi de Pologne, entra au Conservatoire de Paris en 1798 
et y obtint le premier prix de violoncelle en 1804. Attaché à Torches- 
Ire des Italiens en 1809, puis comme violoncelle solo à celui de l'Opéra, 
de 1811 à 1841, Norbhn fut nommé professeur au Conservatoire en 
1826, et y enseigna le violoncelle pendant vingt ans. D'un talent très 
remarquable et excellent musicien, Norblin aida beaucoup Habeneck 
dans la fondation de la Société des concerts du Conservatoire. 

NOURRIT (Louis), ténor, né à MontpeUier le 4 août 1780, mort, 
près de Paris, le 23 septembre 1831, débuta à l'Opéra avec succès en 
1805 dans Armide. En 1812, il succéda à Lainez comme chef d'emploi, 
et occupa ce poste jusqu'en 1826. Ses meilleurs rôles furent dans 
Orphée, la Caravane, le Devin du village, Aladin ou la Lampe merveil- 
leuse, etc. 

NOURRIT (Adolphe), ténor célèbre, fils du précédent, naquit à 
Montpellier le 3 mars 1802 et mourut le 8 mars 1839 à Naples. Des- 
tiné par sa famille à la carrière commerciale, Nourrit ne put com- 
mencer à travailler sérieusement sa voix que fort tard et à l'insu 
de son père. Ce fut Garcia qui lui enseigna l'art du chant. Sa 
tâche accomplie, il s'en ouvrit au père, le suppliant de ne pas 
contrarier davantage la vocation de son fils. Le père Nourrit céda, 
non sans peine; et le 1" septembre 182i, Adolphe Nourrit parut 
pour la première fois à l'Opéra dans Iphigénie en Tauride. Le pubhc 
l'accueillit avec faveur. Adolphe Nourrit ressemblait beaucoup à son 
père : même organe, même figure, même prestance. Seulement, au- 
tant le père était froid, autant le fils se montrait plein de chaleur et 
d'expression dramatique. Malgré cette différence, on n'en écrivit pas 
moins pour eux les Deux Salem, opéra où leur ressemblance était 
mise enjeu jusqu'à l'illusion (1824). La première création importante 



NORBLIN — OBIN. 273 

de Nourrit fut le rôle de Néoclès, dans le Siège de Corinthe. Il y réus- 
sit à souhait, et ce premier grand succès, dans un genre de musique 
nouveau pour lui, l'excita à hâter le complet assouplissement de sa 
voix. Sans atteindre à une absolue perfection sous ce rapport, il fit 
pourtant de tels progrès, qu'il n'eut plus à redouter de rival. D'ail- 
leurs la noblesse de sa diction, son habileté exceptionnelle dans 
l'emploi des notes de tète, la coloration puissante et variée de son 
expression dramatique le distinguaient déjà entre tous. Il s'éleva 
plus haut encore : Moïse, le Comte Ory, la Muette, le Philtre, Guil- 
laume Tell, Robert le Diable, la Juive, les Huguenots, opéras où il fit 
ses plus admirables créations après la retraite de son père, sont là 
pour l'attester. Il était depuis seize ans sur la brèche, sans faiblir ja- 
mais, lorsque l'administration de l'Opéra songea à lui adjoindre Du- 
prez. Le coup fut rude pour Nourrit. Il ne le put supporter et démis- 
sionna. Sa représentation d'adieu fut un véritable triomphe (1" avril 
1837). Chacun voulut une dernière fois saluer en lui non seulement 
le grand artiste, mais aussi le citoyen dont le patriotisme était connu 
de tous. Cependant, à partir de ce jour, l'état mental de Nourrit 
s'altéra. S'imaginant que son talent avait baissé, tous les applaudis- 
sements lui parurent dérisoires. A Marseille, où il chanta quelque 
temps après (car il ne pouvait se passer de la scène), un enrouement 
subit le prit dans la Juive; ce malheureux accident acheva de le 
plonger dans le désespoir. A Lyon, à Florence, à Rome et à Naples, 
pourtant, de nouveaux succès l'accueillirent, mais ces triomphes 
lurent vains pour lui : il n'y croyait plus ! Un matin, sa femme le 
trouva étendu sans vie dans la cour de l'hôtel Barbaja ; il s'était 
tué en tombant du haut d'une terrasse. Ses restes furent ramenés 
à Paris, où le Conservatoire et l'Opéra lui firent de pompeuses 
funérailles. 







OBIN (Louis-Henri), chanteur français, né à Ascq (Nord) le 4 août 
1820, fit ses études musicales au Conservatoire de Lille et à celui de 
Paris. Il débuta à l'Opéra, en 1844, dans Othello et quitta ce théâtre 
peu de temps après. En 1850, il fit une brillante rentrée en créant 
l'Enfant prodigue d'Auber, et parut avec succès dans Moïse, le Dieu et 
la Bayadère, Don Juan, etc. Ses principales créations furent dans les 
Vêpres Siciliennes, Pantagruel, l'Africaine et Don Carlos. Excellent 



274 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

comédien et d'une souplesse de talent rare, M. Obin a pu aborder 
des rôles de caractère tout opposé, avec un égal succès. En 1870, il 
succéda à Levasseur dans la classe de déclamation lyrique du Con- 
servatoire; se démit de ses fonctions en 1873, et les reprit en 1877. 

OBREGHT (Jacqles), musicien fameux, né vers 1430 à Utrecht, 
mort vers 1507 à Anvers, fut maître de chapelle à Utrecht en 1465, 
et occupa le môme emploi à Notre-Dame d'Anvers en 1491. Sa répu- 
tation était si grande, que des musiciens, des chapelles entières, ve- 
naient de tous côtés le consulter et se faire entendre de lui. Presque 
toujours malade et pourtant composant sans cesse, il trouva encore 
le moyen de faire d'excellents élèves. Érasme fut de ce nombre. Il 
produisait avec une telle rapidité, qu'une nuit lui suffisait pour com- 
poser dans toutes ses parties une messe d'une irréprochable facture. 
Son œuvre comprend des messes, des motets en assez grand nombre, 
ainsi que des chansons profanes, dont les plus connues sont : Mon 
pèi'e m'a donné un mari, Va vitement, Tant que notre argent durera , 
J'ay pris amours, etc., etc. 

OFFENBACH (Jacob, dit Jacques), compositeur dramatique, né à 
Cologne en 1819, mort à Paris en 1880. Il arriva à Paris en 1842, et 
chercha à s'y faire un nom comme virtuose sur le violoncelle. Malgré 
ses hautes prétentions au style et à la pureté classique, son talent 
médiocre et une éducation musicale trop sommaire ne lui permirent 
pas d'atteindre aux succès. Il changea alors totalement d'allures. 
M. Hervé venait alors d'inaugurer le règne de l'opérette, Offenbach 
le suivit dans cette voie et y remporta bien vite une série de victoires, 
dues à la facilité de son inspiration et à sa verve endiablée. L'inter- 
prète de Beethoven se fit racleur de bastringues ; et ce que l'art élevé 
n'avait pu lui offrir, il le demanda aux mauvaises ivresses, à la tri- 
vialité, aux effets grossiers. Le genre malsain créé par Hervé devint 
son idéal. Il chercha à le développer, et malheureusement n'y réussit 
que trop. En 1847, Offenbach arriva à être chef d'orchestre du Théâ- 
tre-Français. Il publiait de temps à autre de petits airs sur des paro- 
dies grotesques des fables de La Fontaine : le Corbeau, la Cigale et 
la Fourmi, etc., furent un instant populaires. En 1855, il ouvrit aux 
Champs-Elysées le petit théâtre des Bouffes-Parisiens, qu'il transporta 
à l'automne aux galeries Choiseul, où il est encore; et là, se fit avec 
ses opérettes une sorte de renommée qui devait, hélas ! se prolonger 
longtemps. Les Deux Aveugles, Orphée aux Enfers, la Chanson de For- 



OBRECHT — ONSLOW. 275 

tunio, le Mariage aux lanternes, etc., ses premiers et, il faut le dire 
aussi, ses meilleurs ouvrages, datent de cette époque et obtinrent de 
longs succès. En 1866, Offenbach abandonna la direction de son 
théâtre. Il donna alors sur différentes scènes la Belle Hélène, la Grande- 
Duchesse de Gérolstein, le Château à Toto, etc. De 1872 à 1876, il dirigea 
le théâtre delà Gaîté et écrivit pour cette scène une féerie, le Voyage 
dans la lune. Cependant, malgré tous ces triomphes, Offenbach am- 
bitionnait des succès plus artistiques sur des scènes plus élevées. 
Hélas! le Papillon à l'Opéra ; Barkoiif, Robinson Crusoé, Vert-Vert, 
Fantasio à l'Opéra-Comique , tombèrent à plat. Offenbach a écrit 
quatre-vingt-huit ouvTages. Le dernier, les Contes d'Hoffmann, qu'il a 
laissé^ inachevé, a été terminé par M. Guiraud et donné à l'Opéra- 
Comique en 1881, avec un véritable succès. 

OKEGHEM (Jeax), musicien illustre du quinzième siècle, dont la 
naissance et la mort sont à peu près inconnues, fut chantre et cha- 
pelain des rois Charles VII, Louis XE et Charles VIII et trésorier de 
Saint-Martin de Tours. Il perfectionna l'art d'écrire pour les voix, se 
distingua dans les contrepoints conditionnels, inventa la forme ap- 
pelée cano7i, à peine essayée avant lui ; composa, selon Tusage de ses 
devanciers, mais avec une harmonie plus correcte et une science plus 
grande, des messes où l'une des parties chantait un air populaire 
pendant que les autres accompagnaient sur les textes sacrés. Okeghem 
est un des grands musiciens qui aient le plus influencé l'art de son 
temps, non seulement par ses productions musicales, mais aussi par 
son enseignement. Josquin Desprès, Antoine Brumel, Pierre de La 
Rue, etc., furent ses illustres élèves. Ses messes : Ad omnem tonum. 
Au travail suis, Pour quelque peine, Ecce ancilla Domini, et ses motets : 
Ma bouche rit, Malheur me bat. Petite Camusette, Presque transi, etc., 
sont demeurés célèbres. 

ONSLOW (Georges), compositeur, né à Clermont (Puy-de-Dôme) 
le 27 juillet 1784, mort en cette ville le 3 octobre 1852, second fils 
d'un lord de ce nom et d'une dame de Bourdeilles, reçut l'éducation 
d'un riche gentilhomme et n'apprit la musique qu'en amateur. Cet 
art, d'ailleurs, le laissait froid. Un jour, ce que n'avaient pu faire ni 
Beethoven ni Mozart, l'ouverture de Stratonice, de Méhul, l'accomplit. 
Ce fut une révélation ; Onslow devint fou de la musique et n'eut point 
de cesse qu'il n'en ait écrit. Il jouait passablement du violoncelle; il 
fit de la musique de chambre, et quelques conseils de Reicha achevé- 



270 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

rent de lui donner les notions suffisantes. Son nom se répandit. Il 
écrivit des symphonies qui furent jouées au Conservatoire; il s'aven- 
tura' même jusqu'au théâtre, et l'Alcade de la Vega, le Colporteur, le 
Duc de Guise firent leur apparition à la salle Feydeau. Sou œuvre, 
qui comprend soixante et dix ouvrages : quatuor, quintettes, etc., 
est aujourd'hui tombé dans l'oubli. 

ORTIGUE (Joseph-Louis d'), écrivain sur la musique, né à Cavaiilon 
(Vaucluse) le 22 mai 1802, mort à Paris le 20 novembre 1866, prit 
part, comme critique musical, à la rédaction de plusieurs journaux : 
le Mémorial catholique, l'Ave?ïir, Gazette ei France musicale, le Temps, 
le National, le Journal des Débats, la Maîtrise (avec ISiedermayer), 
Journal des Maîtrises (avec Félix Clément), etc. 11 a écrit aussi plu- 
sieurs ouvrages, parmi lesquels un Dictionnaire liturgique, historique 
et théorique du plain-chant et de la musique d'église dans le moyen âge 
et les temps modernes, et un Traité théorique et pratique de l'accompa- 
gnement du plain-chant, avec Niedermayer, etc., etc. 

ORTOLAN (Eugène), compositeur, né à Paris le 1" avril 1824, a 
donné au théâtre Lyrique, en 1835, Lisette, et aux Bouffes-Parisiens, 
la Momie de Roscow en 1857. Il a fait encore exécuter à Versailles, en 
1867, un oratorio intitulé Tobie. 



PACINI (GiovAîVNi), compositeur dramatique, connu sous le nom de 
Pacini di Roma, est né à Catane le 17 février 1796 et mourut à Pescia 
le 6 décembre 1867. Il fit son éducation musicale sous la direction 
de Thomas Marchcsi et de Mattei, et composa à dix-sept ans son pre- 
mier ouvrage: Annetta e Lucindo, qui fut joué à Venise avec succès. 
Pacini fut d'une fécondité remarquable. Dans le cours de sa vie, il fit 
représenter soixante et onze opéras, qui, pour la plupart, furent bien 
accueilhs, et en possédait encore une quinzaine en portefeuille. Mal- 
heureusement , malgré les nombreuses qualités de ces ouvrages, 
ceux-ci manquent d'originalité et ne sont, quant au style, que des 
imitations de Rossini, de Mercadante, de Bellini, qui furent tous trois 
ses amis. Ses opéras réputés les plus remarquables sont : Adélaïde e 
Comingio (Milan, 1818) et l'Ultimo Giorno di Pompeia (Naples, 1825); 
ce dernier a été représenté à Paris quelques années après. 



ORTIGUE — PAGANINI. 277 

PAËR (Ferdinand), compositeur dramatique célèbre, naquit à Parme 
le J^' juin 1771 et mourut le 3 mai 1839. Paër apprit la musique en se 
jouant, et ses études ne furent jamais très sérieuses. A seize ans, il fit 
son premier opéra : la Locanda de' Vagabondi (Parme, 1789), qui fut 
bien accueilli. Plus de vingt-cinq autres lui succédèrent sur les princi- 
pales scènes d'Italie, jusqu'à son voyage à Vienne, et n'obtinrent pas 
moins de succès : IDue Sardi (Venise, 179G), Grnse/<ia (Parme, 1796), etc. 
A Vienne, la musique de Mozart, qu'il fut à même d'entendre, mo- 
difia son style: CamîUa (Vienne, 1801); il Sargîno (Dresde, 1803), etc. 
Nommé maître de chapelle à Dresde en 1801, Paër mit encore plus 
de soin à ses ouvrages. A Tépoque de l'occupation de Dresde par l'ar- 
mée française (1806), Napoléon, ayant entendu l'Achille, en fut si sa- 
tisfait, qu'il tint à s'attacher son auteur. Paër vint à Paris; mais 
cette ville ne lui fut point profitable. De compositeur, il passa cour- 
tisan et ne s'occupa plus que de s'attirer des faveurs. Lui, qui en dix- 
sept ans avait fait représenter trente-six ouvrages, ne produisit plus 
que de loin en loin. On en compte huit seulement pendant l'espace 
de vingt-huit années : Agnese (Parme, 1811); le Maître de chapelle 
(Paris, 1824), etc., etc. Paër fut directeur de la musique du théâtre 
Italien de 1812 à 1827, sous les différentes administrations qui se suc- 
cédèrent pendant cette période. 

PAGANINI (Nicolas), illustre virtuose violoniste, né à Gènes le 18 fé- 
vrier 1784, mort à Nice le 27 mai 1840. Fils d'un pauvre facteur du 
port de Gènes, brutal et violent, mais aimant la musique, il joua du 
violon dès l'âge de six ans. Deux ans plus tard, il écrivit sa première 
sonate. Son maître, Giacomo Costa, l'obligeant chaque dimanche à 
jouer à l'église un concerto nouveau, son talent grandit rapidement. 
A neuf ans, il exécuta, dans un concert, des variations de sa compo- 
sition sur l'air de la Carmagnole. Il obtint un grand succès et com 
mença, dès lors, à voyager avec son père. De retour à Gênes, il se mit 
à travailler seul, avec une énergie et une ténacité remarquables ; 
cherchant les difficultés, les effets nouveaux, réalisant tout ce qui 
avait' été fait de plus ardu avant lui, et y ajoutant tous les casse-cou 
que son imagination pouvait lui fournir. Ce fut par ces efforts prodi- 
gieux et solitaires que se forma ce talent qui n'a jamais eu d'égal et 
qui n'en aura jamais, car il n'a pas laissé de tradition. Talent de vir- 
tuose merveilleux plutôt que de musicien, fait de tours de force, 
d'adresse, de rapidité vertigineuse, de sonorités étranges, diverses, 
opposées; talent qui éblouissait, fascinait, véritable feu d'artifice 



278 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

d'effets inusités et foudroyants, mais auquel manquait le charme pro- 
fond, la nuance délicate et sentie qui émeut, enfin cette indéfinissable 
expression, indice d'un sentiment complet de la poésie et de l'art. 
Aussi Paganini joua-t-il toujours de préférence sa propre musique, 
faite de difficultés entassées les unes sur les autres, musique que lui 
seul pouvait jouer, car il ne la communiquait jamais. Il se sentait infé- 
rieur dans celle des autres et particulièrement dans le genre classi- 
que. Habile à tirer parti des moindres détails pour s'en faire un élé- 
ment de succès, il sut exploiter jusqu'aux accidents. Un jour, au 
milieu d'un morceau, sa chanterelle vint à casser; Paganini, sans s'ar- 
rêter, continua sur les trois autres cordes et acheva le morceau aux 
acclamations de son auditoire. Dès lors, il étudia ce tour de force, et, 
depuis, on le vit souvent casser successivement trois de ses cordes'et 
ne plus jouer que sur la quatrième. — A quinze ans, Paganini, lassé 
des mauvais traitements que lui faisait subir son père, quitta la mai- 
son paternelle, et parcourut l'Europe en véritable triomphateur; ga- 
gnant des sommes considérables, qu'il perdait ensuite au jeu, car il 
avait cette passion poussée à l'extrême. Une fois, il joua jusqu'à son 
violon ; les transes qu'il éprouva furent si poignantes, paraît-il, qu'à 
partir de ce moment il jura de neplus jouer et tint parole. L'envie et la 
calomnie s'acharnèrent longtemps sur ce virtuose de génie. On lui re- 
procha d'être rapace et sans cœur, d'avoir commis des actions infa- 
mantes et jusqu'à des crimes. Les attaques furent si violentes, qu'il 
dut recourir à la presse pour se défendre. Rien de tout cela n'avait 
de fondement. Orgueilleux à l'excès, fantasque, Paganini eut parfois 
des torts de caractère ; mais il sut compatir au malheur, et il parut 
souvent dans les concerts de bienfaisance. Prodigue de sa santé et de 
ses forces, il fut emporté par une phthisie laryngée, dont le climat 
de Nice ne put arrêter les progrès. A sa mort, l'archevêque de Nice 
lui refusa la sépulture, et il ne fallut pas moins de cinq ans pour 
obtenir des autorités religieuses la permission d'inhumer ses restes 
dans un petit village du duché de Parme. — Dans la crainte d'être co- 
pié, ou imité, Paganini écrivit rarement ses œuvres ; aussi n'en 
reste-t-il qu'un petit nombre. Les plus connues sont la Clochette, le 
Mouvement perpétuel, les Sorcières, et des variations sur l'air d'I taiiti 
palpiti, sur le Carnaval de Venise, etc., etc. 

PAISIELLO (Jean), compositeur dramatique célèbre, né à Tarente 
le 9 mai 1741, mort le 5 juin 1816 à Naples, fit son éducation musicale 
au Conservatoire de San-Onofrio, à Naples. La Pupilla et il Mondo a 



PAISIELLO — PALESTRINA. 279 

rovescio, joués au théâtre Marsigli de Bologne, furent ses premiers es- 
sais à la scène et commencèrent sa réputation. Après avoir donné 
successivement quelques autres ouvrages dans différentes villes ita- 
liennes, il augmenta singulièrement sa célébrité avec il Marchese di 
Tulipano, à Rome, opéra qui fit bientôt le tour de l'Europe. L'Idolo 
Cinese, à Naples, acheva de le placer au premier rang, et le Bue Com- 
tesse^ ainsi que la Bifatta di Bario (Rome, 1876), lui valurent de tous 
côtés d'avantageuses propositions. Entre toutes, il choisit Saint- 
Pétersbourg. Là, il composa la Serva Padrojia, il Barbiere di Siviglia^ 
la lYmefii, etc., opéras d'une facture plus riche, que l'auteur appelait 
sa seconde manière, et dont la série se termine par il Re Teodoro, ou- 
vrage donné en passant par Vienne, à son retour en Italie, huit ans 
après son départ. Paisiello se fixa à Naples et y resta treize ans, pen- 
dant lesquels il donna la Molinara, Wtna, I Zingari in Fiera, etc., 
qui commencèrent sa troisième manière. En 4802, le premier consul 
appela Paisiello à Paris, pour diriger sa chapelle. Outre les mor- 
ceaux religieux qu'il composa pour sa nouvelle fonction, ce compo- 
siteur écrivit Proserpine (1803), qui ne réussit pas. S'apercevant, à 
cette époque, des atteintes que l'âge apportait à son talent, il quitta 
Paris, se rendit à Naples et y reprit ses fonctions à la Cour. Le der- 
nier ouvrage qu'il y donna fut I Pitagorici. Le nombre des opéras de 
Paisiello s'élève à plus de cent, et ses autres compositions impor- 
tantes, à un nombre égal. 

PALADILHE (Emile), compositeur, est né à Montpellier le 3 juin 
1844, fit de brillantes études au Conservatoire et remporta le premier 
grand prix de Rome en 1860. En 1872 il a donné avec succès à 
rOpéra-Comique le Passant et en 1875, au même théâtre, l'Amour 
africain. M. Paladilhe a publié plusieurs recueils de mélodies d'une 
jolie couleur et a transcrit pour chant et piano, sous le titre de Man- 
dolinata, un charmant air populaire italien aujourd'hui fredonné 
partout. 

PALESTRINA (Giovanni PIERLUIGI, surnommé DA), parce qu'il 
naquit en cette ville (campagne de Rome) vers 1524, mourut à 
Rome en 1594. Palestrina, maître illustre dont les travaux ont mar- 
qué dans la renaissance de l'art musical, vint à Rome vers 1540, et 
fit partie, avec Jean Animuccia, Etienne Rettini et autres, de la pre- 
mière école musicale fondée à Rome par Goudimel. En 1551, il fut 
nommé maître des enfants de chœur de la chapelle Giulia et fut le 



280 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

premier auquel on ait donné le titre de maître de chapelle. Son pre- 
mier recueil de messes, dédié au pape Jules 111, le fit nommer par ce 
pontife maître de la chapelle pontificale, malgré la faiblesse de sa 
voix, et en dépit des règlements en \igueur, ce qui le fit mal venir 
de ses collègues. Quelques mois plus tard, le pape Paul IV ayant 
décidé que la chapelle pontificale n'aurait plus de chantres mariés, 
Palestrina et deux autres chantres, mariés comme lui, furent bru- 
talement chassés et se trouvèrent sans ressources. Le grand musi- 
cien accepta alors d'être maître de chapelle à Saint-Jean de Latran 
et y demeura jusqu'en 1561. Ce fut pour cette éghse qu'ilcomposa 
ses Improperii, dont la célébrité devait bientôt lui procurer l'hon- 
neur de réformer le chant de l'Église. Depuis le treizième siècle 
l'usage s'était peu à peu établi, dans les pays chrétiens, de com- 
poser les Messes à plusieurs voix sur un chant quelconque : fort 
souvent un air populaire aux paroles Hcencieuses. La première partie 
était occupée par le thème avec ses paroles, tandis que les autres 
chantaient le texte sacré sur un contrepoint plus ou moins habile- 
ment dessiné. Le Concile de Trente, ayant reconnu qu'il y avait là 
abus et même scandale, résolut d'interdire dans les églises tout mor- 
ceau composé sur des paroles profanes, ou sur des sujets différents 
entremêlés. Or, le répertoire ordinaire n'était généralement composé 
que d'ouvrages de cette sorte ; il fallait ou en créer un nouveau, ou 
supprimer la musique et revenir à l'ancien /'awa^-èourdon. Palestrina fut 
désigné pour essayer de réaliser la réforme nécessaire. Sa respon- 
sabilité était grande, car ce n'était pas moins que l'avenir de l'art qui 
était enjeu sur cette question. Le célèbre maître sut se montrer à la 
hauteur de sa mission. Il présenta trois messes à six voix, que l'on exé- 
cuta chez le cardinal Vitelozzi. Elles furent acceptées sur l'heure, et la 
troisième particulièrement fut déclarée un chef-d'œuvre. Dès lors il fut 
décidé que la musique serait conservée à la chapelle pontificale ainsi 
que dans toutes les églises de la chrétienté. Outre cela, les messes de 
Jean Pierluigi de Palestrina furent indiquées comme modèles. Cette 
révolution ne devait pas être la seule accomplie par le génie du maître. 
Celle-ci ne touchait qu'à la forme, il restait à faire encore une autre 
révolution dans le fond. Jusqu'à cette époque les musiciens, même les 
plus grands, avaient écrit sur des paroles données, sans trop se 
soucier du caractère propre à celles-ci. Il est facile de le reconnaître 
d'après ce qui vient d'être dit plus haut. Non seulement on ne se 
doutait pas alors de ce que nous nommons auiouvd'hmï expression, 
mais le sens musical, l'alliance du caractère de la musique avec celui 



PALESTRINA — PAPE. 281 

(les paroles étaient chose inconnue. Palestrina est le premier qui ait 
compris la nécessité d'imprimer à la musique un caractère en rap- 
port avec sa destination. Cet art nouveau, il en fut le créateur. 11 dé- 
blaya peu à peu le style de TÉglise du fatras de subtilités qui l'étouf- 
fait, élagua l'ornementation inutile, élargit la pensée, et ainsi donna 
naissance au caractère musical. La fameuse Messe du pape Marcel est 
un bel et typique exemple de cette seconde réforme de l'art. Un 
sentiment de douceur grave y est répandu , une largeur inusitée y 
apparaît dans les combinaisons harmoniques ; les voix y chantent 
merveilleusement, en s'appuyant bien sur le sens des paroles. Aussi 
cette messe admirable demeurera-t-elle dans l'histoire de l'art comme 
un des plus beaux monuments de la pensée humaine. De Saint-Jean 
de Latran, Palestrina passa en 1561 à Sainte-Marie Majeure avec les 
mêmes fonctions. Il y resta jusqu'en i371 et entra alors à la chapelle 
de Saint-Pierre du Vatican. Dans le même temps il devint directeur 
de la musique de l'Oratoire, ainsi que de l'École de contrepoint 
fondée par Nanini. Le pape Grégoire XIII le chargea de la revision 
de tout le chant du Graduel et de l'Antiphonaire romain. Mais la mort 
ne laissa pas au grand artiste le temps d'achever cet énorme travail . 
Palestrina lutta pendant toute sa vie contre le besoin et mourut dans 
la misère. 

PANSERON (Auguste-Mathieu), compositeur et professeur, né à 
Paris le 26 avril 1796, mort le 29 juillet 1859, entra au Conservatoire 
en 1804, y obtint successivement les premiers prix de solfège, d'har- 
monie et de composition, et remporta le premier grand prix de 
Rome en 1813. Après de longs voyages en Europe, il revint à Paris 
en 1818, et fut nommé professeur de chant au Conservatoire en 1824. 
Panseron a donné à la scène deux petits ouvrages: la Grille du parc 
(théâtre Feydeau, 1820) et l'Ecole de Rome (Odéon, 1827), mais c'est 
surtout à ses romances : Malvina, Au revoir, Louise, J'attends encore, 
la Fête de la Madone, etc., et à ses ouvrages didactiques : A B C 
musical, Solfège d'artiste, Solfège de pianiste, etc., Méthode de vocali- 
sation, etc., qu'il doit sa réputation. 

PAPE (Jean-Henri), facteur de pianos, né en Souabe en 1787 et 
mort à Asnières en 1875, vint à Paris en 1811 et dirigea pendant 
plusieurs années les ateliers de M. Pleyel. En 1815, il fonda lui-même 
une manufacture de pianos, et se distingua par quelques perfection- 
nements qui lui valurent des récompenses. 



282 PETITE EN'CYCLOPÉDIE MUSICALE. 

PASCAL (Prosper), compositeur et critique musical, né vers 1825, 
a donné les ouvrages suivants au théâtre : le Roman de la rose (théâtre 
Lyrique, 1854) ; la Nuit aux gondoles (théâtre Lyrique, 1861) ; le Ca- 
baret des Amours (Opéra-Comique, 1862). Il est l'auteur de la traduc- 
tion française de V Enlèvement au sérail^ donné au théâtre Lyrique en 
1859, et a participé comme critique musical à la création du Ménestrel^ 
du Cowrier du Dimanche, etc. 

PASDELOUP (Jules-Étienne), chef d'orchestre français, fondateur 
des Concerts populaires de musique classique, naquit à Paris le 1 5 sep- 
tembre 1819, et entra au Conservatoire en 1829. Après avoir rem- 
porté plusieurs récompenses, dont un premier prix de piano en 1833, 
il devint répétiteur de solfège dans cet établissement (1841) ; de 
clavier (1847); professeur agrégé de la classe d'ensemble vocal 
(1855). M. Pasdeloup s'était d'abord fait entendre dans les concerts 
lorsque, après la révolution de 1848, il fut nommé gouverneur du 
château de Saint-Cloud. Il ne garda que peu de temps ces fonctions. 
En 1851, il fonda la Société des jeunes artistes du Conservatoire, qui 
donna ses concerts à la salle Herz ; plus tard il organisa au Cirque 
d'hiver les Concerts populaires de musique classique, qui donnèrent 
leur première matinée le dimanche 27 octobre 1861, aux acclamations 
enthousiastes d'environ quatre mille personnes. En 1866, il adjoignit 
à ces séances des concerts permanents avec orgue. Cette nouvelle en- 
treprise ne dura qu'une saison. En 1868, M. Pasdeloup prit en main 
la direction du théâtre Lyrique. Il y donna de fort belles représen- 
tations de Rienzi, d'Iphigénie en Tauride, etc., mais des frais trop 
considérables l'obligèrent à se retirer avant l'achèvement de la se- 
conde année. M. Pasdeloup a rendu d'éminents services à l'art mu- 
sical. Avec les Concerts populaires, concerts qu'il dirige encore aujour- 
d'hui avec une habileté remarquable, il a rendu accessibles à tous 
les chefs-d'œuvre symphoniques de toutes les écoles ; il a élevé la 
moyenne du goût public ; enfin, ce qui est d'un intérêt plus grand 
encore, il a puissamment contribué à la fondation de la jeune école 
symphonique française. C'est en effet grâce à ses efforts que MM. Bi- 
zet, Saint-Saëns, Massenet, Guiraud, Lalo, Bourgault-Ducoudray, 
Lenepveu, etc., ont pu mettre en lumière leurs belles productions 
orchestrales. M. Pasdeloup d'ailleurs n'a pas manqué d'imitateurs. 
Sans compter Paris, qui possède aujourd'hui cinq entreprises du 
même genre, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Marseille, etc., en France; 
Londres, Turin, Bruxelles^ Madrid, Moscou, etc., etc., à l'étranger. 



PASCAL — PEDROTTI. S'^S 

ont aussi leurs concerts populaires. Et tous ont vu le succès répondre 
à leurs efforts. 

PASTA (Judith NÉGRÏ, épouse), célèbre cantatrice, née à Como en 
J798, morte en 1865 près de cette ville, se produisit pendant long- 
temps sur diverses scènes sans arriver au succès. Sa réputation ne 
commença guère qu'en 1819 à Venise, puis s'accentua l'année sui- 
vante à Milan. En 1821, elle fut engagée à Paris au théâtre Italien et 
y fit une grande impression dans Tancrediy Otello, Nina, Camilla et 
Medea. A Londres, en 1824, Besdemona lui valut un éclatant succès. 
En 1827 elle retourna en Italie, où elle parut de la façon la plus bril- 
lante sur plusieurs scènes. Pacini écrivit pour elle sa Niobe; Bellini 
la Somnanbula et Norma. Après plusieurs voyages en Italie, à Paris, 
à Londres et à Saint-Pétersbourg, M°^« Pasta se retira du théâtre vers 
1841. Excellente comédienne, douée d'un sentiment dramatique aussi 
puissant que varié, M™^ Pasta fut moins brillante sous le rapport de 
la souplesse de la voix. 

PATTI { Adelin a-Marie -Je aînne), cantatrice renommée, née à Madrid 
le 8 avril 1843, appartient à une famille d'artistes. Ses dispositions 
pour le chant s'étant manifestées de très bonne heure, ellefit à l'âge de 
sept ans sa première tournée artistique en Amérique et y obtint un 
succès colossal. Sa famille lui fit faire ensuite des études suivies sous 
la direction de M. Maurice Strakosch, son beau-frère, et en 1859 elle 
débuta d'une façon brillante à New-York dans Lucia dl Lammermoor. 
Appelée au théâtre de Covent-Garden à Londres en 1861, sa répu- 
tation s'affermit et en 1862 elle fut engagée à Paris au théâtre Ita- 
lien, dont elle devint bientôt Fétoile. Elle y resta attachée jusqu'en 
1870, tout en se faisant entendre à Londres pendant la saison d'été. 
A Paris elle interprétait le répertoire italien, à Londres le répertoire 
français. Après un long séjour en Amérique et à Londres, M™*^ Patti 
a fait plusieurs réapparitions à Paris, à l'Opéra et au théâtre de la 
Gaîté. Depuis elle a repris ses voyages et a créé avec succès, à Lon- 
dres, en 1882, la Velléda de M. Ch. Lenepveu. M'^^ Patti avait épousé 
à Paris, en 1868, le marquis de Caux. 

PEDROTTI (Carlo), chef d'orchestre et compositeur dramatique, 
né à Vérone le 12 novembre 1817, a donne en Italie plusieurs opéras 
parmi lesquels on remarque Tutti in maschera (Vérone, 1856) et 
Guerra in quatro (Milan, 1861). Le premier de ces opéras a été tra- 



284 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

duit et représenté à Paris à l'Athénée avec succès, sous le titre les 
Masques. 

PÉLISSIER (M'i'^), chanteuse célèbre, née en 1707, morte en 1749, 
débuta à l'Opéra en 1722. D'une grande beauté, douée d'une voix 
magnifique qu'elle maniait avec talent, M^^* PeHssier fit à l'Opéra un 
grand nombre de créations importantes : Pyrame et Thishé, Orion, Hip- 
polyte et Aride, les Grâces, les Sens, Castor et Pollux, Zaïde, etc. Elle 
fut la rivale de la célèbre Le Maure, et ses aventures firent jadis 
beaucoup de bruit. • , . 

PENGO (Rosixa), cantatrice italienne fort distinguée, naquit à 
Naples en 1830 et débuta dans le nord de l'Europe, à Copenhague et 
à Stockholm, chanta à Berlin et se rendit à Constantinople. De là, elle 
revint en Italie et se fit applaudir avec un succès croissant à Florence, 
Trieste, Naples et enfin à Madrid, où elle eut de véritables triomphes. 
Engagée à Paris, aux Italiens, en 1855, elle y produisit une grande 
sensation par sa remarquable beauté, sa voix de soprano bien tim- 
brée et la souplesse de son talent de comédienne. Excellente dans le 
genre bouffe autant que dans le sérieux, elle brilla longtemps dans 
Norma, Don [Giovanni, Un Ballo in maschera, il Trovatore, il Matri- 
monio segreto, Don Pasquale, Semiramide, etc. 

PERGOLÈSE (Jean-Baptiste PERGOLESI, dit), célèbre compositeur 
italien, né à Jesi (Etats-Romains) le 3 janvier 1710, mort àPouzzoles 
(États napolitains) le 16 mars 1736, fit des études musicales à Naples, 
au Conservatoire des Pauvres de Jésus-Ghrist , sous la direction de 
Gaétano Gréco. Ge fut en jouant du violon (qu'il avait appris seul) de- 
vant Dominique Matteis, que le jeune Pergolôse manifesta ses grandes 
dispositions pour la musique. L'éminent violoniste fut tellement frappé 
des effets originaux que le jeune artiste savait tirer de son instrument, 
qu'il le prit en affection et lui donna des leçons. Après la mort de 
Gréco, Pergolèse étudia avec Durante, puis avec Féo. Il était encore 
au Conservatoire lorsqu'il donna son premier ouvrage : San Guglielmo 
d'Aquitania (1731) ; lequel fut suivi de près par la Salliistia : tous deux 
furent bien accueillis. L'Amor fa l'uomo cieco et Recimero, en re- 
vanche, ne réussirent pas, et il fallut au jeune maître le grand succès 
de sa célèbre Messe à dix voix, à deux chœurs et à deux orchestres, pour 
relever son courage. Après avoir écrit une autre messe non moins 
belle, mais moins connue, il se remit à écrire pour le théâtre et donna 



PÉLISSIER — PERRIN. 283 . 

sa fameuse Serva Padrona, dont la célébrité s'est continuée jusqu'à 
nous. Moins heureux avec il Maestro di musica, il Geloso schernito, lo 
Frate innamorato, il Prigionier superbo, Adriano in Siria, Zivietta Tra- 
colo et la Contadina astuta, il retrouva un instant la chance avec Fla- 
minio pour la reperdre bientôt avec VOlympiade. La beauté de tous 
ces ouvrages ne fut appréciée qu'après la mort de Pergolèse, et, chose 
bizarre, l'enthousiasme qu'ils excitèrent fut au moins aussi chaleureux 
que les chutes avaient été glaciales. La Serva padrona, il Maestro di 
musica furent souvent repris en Allemagne et en France ; l'Olym- 
piade obtint aussi à ses reprises de longs succès. Après l'Olympiade, 
Pergolèse écrivit encore un remarquable Salve regina et un Stabat 
mater, son chef-d'œuvre. Ces productions furent les dernières. Une 
maladie de poitrine, occasionnée par des excès, enleva en peu de 
temps l'illustre maître. 

PERRIN (Pierre, connu sous le nom de rA66é), fondateur de l'opéra 
français, naquit à Lyon vers 1620 et mourut en 1675 à Paris. L'abbé 
Perrin, qui porta le petit collet, mais ne fut jamais prêtre, fut un poète 
médiocre, mais un homme industrieux. Ayant eu l'occasion d'assister 
aux divertissements que Ton donnait chez Gaston d'Orléans, et d'en- 
tendre chez la reine les troupes italiennes qui venaient la distraire 
en chantant leurs opéras, il eut la pensée d'organiser à Paris des 
spectacles de même genre, mais conçus dans le goût français. Pour 
arriver à ses fins, il fit lui-même un livret coupé selon ses idées et 
chargea Robert Cambert d'en composer la musique. Ce premier essai 
d'opéra, intitulé : la Pastorale, comédie en musique, fut joué à Issy, 
chez un sieur De la Haye, maître d'hôtel de la reine (1 659). Le succès en 
fut tellement retentissant, que le roi lui-même voulut l'entendre. La 
troupe se rendit alors à Vincennes afin de la représenter devant lui. 
Encouragés par un si beau début, Perrin et Cambert se remirent à 
l'œuvre, et ils allaient donner V Ariane lorsque la mort de Mazarin 
vint tout empêcher. Perrin, cependant, n'en continua pas moins de 
s'occuper de ces projets. Le 28 juin 1669, il obtenait de Louis XIV, 
par lettres patentes, le privilège d'ouvrir un théâtre nouveau portant 
le nom d'Académie des opéras, trouvait un bailleur de fonds, faisait 
construire une salle sur l'emplacement du jeu de paume, dit de la 
Bouteille; réunissait chœurs, orchestre et chanteurs ; et le 19 mars 1671 
Pomone, opéra en cinq actes et un prologue, faisait sa première appa- 
rition avec un succès si considérable, que pendant huit mois tout 
Paris s'y porta et que les bénéfices s'élevèrent à 120000 Kvres. Mal- 

19 



286 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

heureusement pour Perrin, ses associés révincèrent ; Lulli, à son 
tour, s'empara du privilège de ceux-ci au mois de mars 1672, et il 
en fit depuis ce que chacun sait. Quant au pauvre Perrin, dépossédé, 
il mourut dans la misère. 

PERSIAM (Fan-ny JâCCHINARDI, épouse), cantatrice célèbre, née 
à Rome le 4 octobre 1812 et morte à Neuilly-sur-Seine le 3 mai 1867, 
débuta à Livourne dans Francesca da Rimini, en 1832. Son succès fut 
si éclatant qu'elle fut appelée immédiatement après à Padoue, à Ve- 
nise, à Milan, à Rome, à Naples, où Donizelti écrivit pour elle Luciadi 
Lammcrmoor, à Gênes, à Pise, etc. En 1837, elle se fit entendre à 
Paris, aux Italiens, et demeura attachée à ce théâtre jusqu'en 1849, 
époque à laquelle elle perdit sa voix. Comme cantatrice dramatique, 
^ime Persiani fut l'un des derniers beaux talents de Tancienne et re- 
marquable école itaUenne. L'émission de sa voix et la pureté de ses 
vocalises étaient d'une rare perfection. 

PESSARD (Émile-Louis-Fortcné), compositeur dramatique, né à 
Montmartre-Paris le 29 mai 1843, remporta le premier prix d'har- 
monie au Conservatoire et le grand prix de Rome en 1866. Après 
son voyage d'Italie, il donna avec succès la Cruche cassée à TOpéra- 
Comique, et en 1878 le Char, au même théâtre. Quelque temps après, 
le théâtre Lyrique, reconstitué à la salle Yentadour, donna de lui le 
Capitaine Fracasse, et l'ouvrage fut bien accueilli. On connaît encore 
de M. Emile Pessard les Joyeusetés de bonne compagnie, petit recueil de 
mélodies d'un sentiment piquant, et plusieurs autres compositions 
de genres divers. 

PETRELLA (Enrico), compositeur italien, né à Palerme le 10 dé- 
cembre 1813, mort à Gênes le 7 avril 1877, commença son éducation 
musicale à Naples, où il eut entre autres maîtres Rellini et Zinga- 
relli. Ses études étaient loin d'être achevées lorsqu'à seize ans l'oc- 
casion se présenta pour lui de se produire à la scène. Malgré son 
ignorance, malgré Topposition absolue de Zingarelh, le jeune homme 
préféra quitter le Conservatoire et accepta les propositions qui lui 
furent faites. Il Diavolo color di rosa parut au théâtre de la Fenice 
vers 1830, et, malheureusement pour son auteur, il eut quelque suc- 
cès. Petrella abandonna dès lors toute étude pour se livrer complè- 
tement à la composition. Doué d'un sentiment mélodique très déve- 
loppé, d'un instinct de la scène des plus remarquables, ces qualités 



PERSIANI ■— PHILIDOR. 287 

suffirent à le rendre rapidement populaire. Il composa \'ingt-trois 
opéras en l'espace de quarante-quatre ans, et, dans le nombre, on 
peut compter beaucoup de succès. Ses ouvrages les meilleurs sont 
le Precautioni, Jone, Giovanna di Napoli et Bianca Orsini. 

PÉTROW (Ossip), chanteur russe du théâtre impérial de Saint-Pé- 
tersbourg, né en 1807, mort en 1878, dont la célébrité fut immense 
en Russie et qui remporta ses plus beaux triomphes dans la Vie 
pour le czar de Glinka, chanta aussi le répertoire italien dans le même 
temps que Rubini et Negri. 

PFEIFFER (Georges-Jean), pianiste et compositeur, né le 12 dé- 
cembre 1835, est le fils deM°^^ Clara Pfeiffer, pianiste distinguée, et 
petit-neveu du facteur de pianos de ce nom. M. Georges Pfeiffer a 
obtenu comme virtuose de beaux succès dans les concerts, et plu- 
sieurs de ses compositions ont été couronnées. Son quintette (op. 41) 
a obtenu le prix Chartier, décerné par l'Académie des beaux-arts, et la 
Société des compositeurs de musique lui en a attribué un autre, pour 
une sonate à deux pianos. Plusieurs de ces œuvres symphoniques 
ont été favorablement accueilhes. Une suite de scènes lyriques, inti- 
tulée Agar, a remporté un réel succès. 

PHILIDOR (François-André DANICAN, dit), compositeur drama- 
tique célèbre et l'un des plus habiles joueurs d'échecs qui ait jamais 
existé, appartenait à une famille de musiciens dont chacun des mem- 
bres depuis 1 659 avait fait partie de la musique du roi. La dynastie des 
Danicaiî (Philidor n'est qu'un surnom qui s'est perpétué) ne compta 
pas moins de treize musiciens, parmi lesquels André Philidor, dit 
l'Aîné, garde de la bibliothèque de la cour, et celui dont il s'agit ici, 
furent les plus célèbres. François-André Danican Philidor naquit à 
Dreux le 7 septembre 1726 et mourut à Londres le 31 août 1795. Il fit 
son éducation musicale à Versailles dans les pages de la musique du 
roi. C'est là aussi qu'il apprit le jeu des échecs, jeu auquel il s'adonna 
avec une telle passion, que, jusqu'en 1754, il en délaissa complètement 
la musique. Un Lauda Jérusalem, exécuté vers cette date à Versailles, 
annonça son retour vers l'art, et cependant, son premier opéra-co- 
mique. Biaise le savetier, ne fut donné au théâtre de la foire Saint- 
Laurent qu'en 1759, et fut immédiatement suivi de l'Euitre et les Plai- 
deurs . Biaise le savetier ïui bien accueilli; mais le Soldat magicien (1760) 
et le Jardinier et son Seigneur (1761) consacrèrent surtout la réputation 



288 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

de Philidor. Dès lors ses succès allèrent grandissant; et à juste titre, 
caria facture de sa musique était bien supérieure à celle que l'on em- 
ployait alors ; en môme temps l'originalité spirituelle de ses idées le 
plaçait au premier rang des compositeurs d'opéras-comiques. Phi- 
lidor fit ainsi représenter sur diverses scènes vingt-six opéras. Le 
Sorcier, le Maréchal ferrant, Tom Jones sont demeurés célèbres et 
passent pour ses chefs-d'œuvre. 

PHILIPOT (Jules), pianiste, professeur et compositeur, né à Paris 
le 24 janvier 1824, fut admis au Conservatoire en 1839 et y remporta 
le premier prix de piano en 1844. Lors du triple concours organisé 
en 1867 pour les ouvrages destinés à l'Opéra, à l'Opéra-Comique 
ou au théâtre Lyrique, M. Philipot obtint le prix de ce dernier 
concours avec sa partition du Magnifique. Cet ouvrage fut représenté 
à la Gaîté en 1876. 

PHILIPPE DE MONS, ou DE MONTE, musicien fameux du Hainaut, 
né vers 1522 et encore vivant en 1603, fut, après Roland de Lassus, le 
plus célèbre des musiciens belges, dont la pléiade illustra l'art musi- 
cal depuis le quatorzième jusqu'au dix-septième siècle. Ses madri- 
gaux, et surtout ses motets, sont remarquables. Sa musique sur les 
poésies de Ronsard fut publiée sous ce titre : Sonnetz de Fiente de 
Ronsard mis en musique à cinq, six et sept parties par très excellent 
maistre Philippe de Mons. 

PHILIPS (Henry), célèbre chanteur anglais, né à Rristol en 1801, 
mort à Dalston en 1876, qui eut de grands succès aux théâtres du 
Lycéum et de Govent-Garden, fut surtout remarquable dans l'oratorio 
classique et dans les ballades nationales populaires. Il était si re- 
nommé par son talent, que des maîtres tels que Neukomm, Spohr et 
Mendelssohn, écrivirent spécialement, pour sa superbe voix de bary- 
ton grave, des chants qui sont restés célèbres. Il a pubhé ses mé- 
moires artistiques à Londres. 

PICCINI (Nicolas), compositeur célèbre, né à Bari (États napoli- 
tains) en 1728, mort à Passy-Paris le 7 mai 1800, fut destiné par son 
père à l'état ecclésiastique, mais son goût pour la musique l'entraî- 
nant invinciblement vers l'art, il parvint à vaincre les résistances de 
sa famille vers l'âge de quatorze ans. Il entra alors au Conservatoire 
de San-Onofrio à Naples, et y travailla sans relâche sous la direction 



PHILIPOT — PICCINI. 289 

de Léo, puis de Durante. Ses études terminées en 1734, il donna de 
suite son premier ouvrage : la Bonne dispettose, et obtint du premier 
coup un accueil flatteur. Encouragé par ce succès, il donna en peu 
de temps le Gelosie, il Curioso del proprio danno et Zenobia à Naples 
(1753-1756); Alessandro nelle Indie (1758) et la Cecchina ou la Buona 
Figliuola (1760) à Rome. Ces deux derniers opéras, de beaucoup supé- 
rieurs aux premiers, eurent un grand retentissement. La Cecchina 
surtout causa un véritable délire. Ce titre devint à la mode ; on fit tout 
à la Cecchina. A ces succès vint se joindre la complète réussite de 
l'Olympiade en 1761 , et à partir de ce moment, la renommée de Piccini 
n'eut plus d'égale. Il jouissait en paix de son triomphe, continuant 
à produire sans relâche, au milieu de sa famille, car il avait épousé 
en 1756 son ancienne élève, Vincenza Sibilla, dont il eut plusieurs 
enfants, lorsque la versatilité des Romains vint tout à coup jeter le 
trouble dans son bonheur. On lui suscita un rival, Anfossi, qui venait 
d'avoir quelques succès. Bien plus, on chercha au maître qui pen- 
dant quatorze ans avait été l'idole de Rome et de toute l'Italie, une 
mauvaise querelle, et l'on n'eut point de cesse qu'il n'eût quitté la 
ville. Piccini quitta Rome en effet, mais en jurant de ne jamais 
écrire désormais pour elle. Il retourna à Naples, où le succès des 
Viaggiatori felici lui rendit un peu de calme. En 1776, il fut appelé 
à Paris. Là commença pour lui une lutte bien autrement gigantesque 
et terrible, car il avait cette fois Gluck pour adversaire. Ce fut 
Boland qui marqua la première passe. Le sujet en avait été donné à 
la fois à Gluck et à Piccini; mais le premier, n'admettant pas encore 
de compétition, se retira. Il n'y eut donc que le Roland de Piccini 
qui parut à l'Opéra en 1778 avec un succès considérable, malgré les 
efforts des Gluckistes, et aussi malgré une infériorité relative prove- 
nant de la gêne éprouvée par le compositeur dans une langue qui lui 
était étrangère. Avec VIphigénie en Tauride, la lutte entra dans sa 
seconde phase. Comme précédemment, le sujet avait été donné à 
tous deux. Les deux rivaux allaient donc se trouver cette fois sur le 
même terrain, car ni l'un ni l'autre ne reculait. VIphigénie en Tauride 
de Gluck, représentée en 1779, fut un véritable triomphe; celle de 
Piccini, au contraire, ne rencontra, en 1781, qu'un accueil glacial. 
Piccini fut donc vaincu. Mais il sortit du combat avec les honneurs 
de la guerre, car, depuis 1778, nommé directeur de la troupe italienne 
qui alternait avec celle de l'Opéra, il avait pu se révéler favorable- 
ment avec Atys (1780) et quelques-uns de ses meilleurs ouvrages. La 
guerre des Gluckistes et des Piccinistes était à peine apaisée, que 



290 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

l'auteur d'Atys eut à soutenir un nouvel assaut. La cour lui opposa 
Sacchini. Cette fois la lutte ne fut pas longue. La Bidon de Piccini 
écrasa la Chimène de son rival (1783); et ainsi, le premier put conti- 
nuer d'écrire pour la scène française. Jusqu'en 1791, il donna à Paris 
encore une dizaine d'ouvrages : le Dormeur éveillé, le Faiix Lord, etc., 
puis il retourna en Italie avec sa famille. On le fêta sur son passage 
et à Naples on reprit son Alessandro pour son arrivée. Cependant les 
événements politiques du moment, le mariage d'une de ses filles 
avec un Français, devaient encore lui causer bien des peines. On 
siffla ses opéras, on alla jusqu'à lui intimer l'ordre de ne pas sortir 
de chez lui; en outre, mille autres malheurs l'assaillirent. Il supporta 
tout avec courage. L'arrivée des Français en Italie vint heureusement 
le tirer de cette triste situation. Il repartit pour Paris en 1798 et y 
fut reçu avec transport. On lui rendit une partie de la pension dont 
il avait joui précédemment, et il fut nommé inspecteur du Conserva- 
toire en 1800. Cependant tant de soucis, de luttes et de chagrins 
avaient épuisé ses forces, il mourut peu de mois après. Piccini fut 
d'une fécondité extraordinaire. En l'espace de trente-neuf ans, il 
écrivit environ cent dix opéras, de nombreux oratorios et une quan- 
tité de morceaux de musique religieuse. 

PICCOLOMINI (Maria), cantatrice itahenne, née à Sienne en 1836, 
descend d'une famille d'artistes. Elle débuta à Florence, en 1852, dans 
Liicrezia Borgia avec un grand succès ; puis chanta successivement 
à Rome, Pise, Palerme, Bologne et Turin, dans les grands rôles du 
répertoire et particulièrement dans les ouvrages de Verdi. A Lon- 
dres, elle obtint de véritables triomphes; et à Paris, en 1856, l'ac- 
cueil ne fut pas moins chaleureux. Devenue marquise de Gaetanipar 
son mariage, en 1863, elle quitta le théâtre. 

PILATI (Auguste PILATE, dit), compositeur, né à Bouchain (Nord) 
le 29 septembre 1810, mort à Paris le 1" août 1877, s'est adonné 
spécialement à l'opérette, aux saynettes, pour les petits théâtres et 
les cafés-concerts. Il a écrit cependant quelques ouvrages plus rele- 
vés : les Barricades, avec E. Gauthier, et les Étoiles (théâtre Lyrique, 
1848-1854); le Naufrage de la Méduse, avec MM. Grisar et de Flotow 
(Renaissance, 1839); le Roi du Danube (Londres, 1837), etc. M. Pilati 
a été chef d'orchestre des théâtres de la Porte-Saint-Martin et Beau- 
marchais, et a composé beaucoup de musique pour les drames, les 
pantomimes, etc. 



PICCOLOMINI — PLANQUETTE. 29i 

PINSUTI (CiRo), compositeur, professeur et pianiste italien, né à 
Sinalunga le 9 mai 1829, commença dès l'âge de onze ans à se pro- 
duire comme pianiste dans les concerts; 'puis il fit des études musi- 
cales complètes. S'étant rendu à Londres après 1848, il y a été nommé, 
dans les années suivantes, professeur de perfectionnement du chant 
à l'Académie royale de musique. Pendant l'Exposition universelle de 
Londres, en 1871, M. Pinsuti fut désigné pour représenter l'Italie aux 
fêtes musicales qui y furent données, et fit exécuter à cette occasion, 
par douze cents chanteurs, un hymne de sa composition. M. Pinsuti a 
fait représenter à Bologne, en 1873, il Mercante di Venezia, et à Milan 
Mattia Corvino, en 1877. Ces deux ouvrages ont été bien accueillis. Il 
a aussi composé des romances parmi lesquelles on cite les Quatre 
Sonetti. 

PISAM (Bartolomeo), compositeur et chef d'orchestre, né à Con- 
stantinople en 1811, est élève de Mercadante. Il a donné à Gonstan- 
tinople, en 1863, Ladislao; à Milan, en 1863, Rebecca; à Venise, la 
Gitana, en 1876. M, Pisani a fait exécuter à Paris, en 1864, une 
grande fantaisie pour orchestre, soli et chœurs, sur les Djinns de 



PISARONI (Benedetta-Rosamurda), cantatrice italienne, née à 
Plaisance (Italie) le 6 février 1793, est morte en cette ville le 6 août 
1831. Douée d'une voix puissante et d'un talent supérieur, cette ar- 
tiste d'élite obtint de vifs succès au théâtre, quoiqu'elle fût absolu- 
ment défigurée par la petite vérole. Elle débuta à Bergame dans 
(hnselda en 1811, et parcourut ensuite l'Italie. En 1827, elle vint à 
Paris, et y parut au théâtre Italien dans le rôle d'Arsace de Semira- 
mide. Elle y fut très goûtée, ainsi que dans la Doua del lago et l'Ita- 
liana in Algeri. 

PLANQUETTE (Robert), pianiste et compositeur, né en 1850, s'est 
adonné spécialement au genre de l'opérette et du café-concert. Après 
avoir composé plus de quatre cents chansons et un certain nombre 
de bluettes : Méfie-toi de Pharaon, Paille d'avoine, On demande une 
femme de chambre, etc., il donna au théâtre des Folies-Dramatiques 
les Cloches de Corneville, qui obtinrent un succès fou. Depuis, M. Plan- 
quette a fait jouer les Voltigeurs de la trente-deuxième, trois actes, à la 
Renaissance ; la Cantinière, trois actes, aux Nouveautés ; les Chevau- 
lêgers, un acte, à l'Eldorado, etc. En 1882, ce compositeur a donné, 
à Londres, un opéra-comique en trois actes : Rip-van-Winckle, qui a 



292 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

obtenu un succès prodigieux. Les qualités de M. Planquette sont la 
variété de l'inspiration, l'entente de la scène et un grand charme 
mélodique. 

PLANTADE (Charles-Henri), compositeur, né à Pontoise le 19 oc- 
tobre 1764, mort à Paris le 18 décembre 1839, se fit d'abord connaître 
par des recueils de romances. Te bien aimer, ma chère Zélie, une de 
ces petites pièces, eut, en 1791, un succès populaire inouï. Plantade 
écrivit aussi des opéras-comiques qui reçurent un bon accueil : Zoé, ou 
la Pauvre Petite, Palma, ou le Voyage en Grèce, le Mari de circonstance, etc. 
Plantade, qui avait été le maître de chant de M^'^ Hortense de Beau- 
harnais, devint maître de chapelle de Louis-Napoléon, roi de Hollande, 
quand il quitta la classe de chant qu'il occupait au Conservatoire de- 
puis 1802. n reprit après la Restauration son emploi au Conservatoire 
jusqu'en 1828. 

PLANTADE (Charles-François), fils du précédent, né le 14 avril 
1787, mort à Paris le 26 mai 1870, fut élève du Conservatoire, et 
entra ensuite dans l'administration. Compositeur de romances et de 
chansonnettes, il a obtenu de nombreux succès populaires avec le 
Thé de Madame Gibou, l'Ouvreuse de loges, les Jolis Soldats, le Bureau 
de placement, le Retour du voltigeur, etc. Il a contribué à fonder la 
Société des concerts du Conservatoire et la Société des auteurs- 
compositeurs et éditeurs de musique, dont il est resté le président 
jusqu'à sa mort. 

PLANTÉ (François, dit Francis), pianiste distingué, né à Orthez le 
2 mars 1839, se fit entendre en public dès l'âge le plus tendre. Admis 
au Conservatoire en 1849, il remporta le premier prix de piano en 
1 850. Associé ensuite à MM. Alard et Franchomme dans leurs remar- 
quables séances de musique de chambre, il continua d'obtenir des 
succès d'enfant prodige. Après de longs et lointains voyages, M. Planté 
reparut à Paris, en 1872, dans plusieurs concerts. Sa grande vélocité, 
une précision absolue, et une délicatesse de nuance poussée jusqu'à 
l'afféterie, lui valurent un moment de vogue extraordinaire. Cepen- 
dant on eût désiré rencontrer dans son talent plus de qualités viriles. 

PLEYEL (Ignace), compositeur célèbre, éditeur de musique et fac- 
teur de pianos, né en 1757 à Ruppersthal, près Vienne (Autriche), 
mort, près de Paris, en 1831, fut le vingt-quatrième enfant d'un 
maître d'école qui en eut ensuite quatorze autres. Vers 1772, il de- 



PLANTADE — POISE. 293 

vint l'élève et le pensionnaire de Joseph Haydn, et ne quitta ce grand 
maître qu'en 1777, pour visiter l'Italie. Là, après s'être essayé dans 
la musique de chambre, il donna à Naples une Ifigenia qui obtint 
quelque succès. En 1783, Pleyel, nommé maître de chapelle adjoint à 
Strasbourg, vint occuper son poste. Pendant dix ans, il écrivit sans 
relâche et s'acquit une grande réputation dans la musique instru- 
mentale. En 1793, le Professional Concert de Londres l'appela pour 
soutenir la lutte commencée contre son ancien maître Haydn, qui 
produisait ses symphonies à l'entreprise rivale d'Hanover-Square, 
et là, ses succès comme compositeur furent considérables. La Révo- 
lution inquiéta quelque temps Pleyel. H fut dénoncé en 1793, et ne 
put échapper à la mort qu'en composant séance tenante la musique 
d'un poème pour l'anniversaire du 10 août. Il passa sept jours et 
sept nuits à ce travail, qui fut une de ses plus belles œuvres. En 1795, 
Pleyel se rendit à Paris avec sa famille, et fonda une maison d'édi- 
tion de musique à laquelle il adjoignit plus tard une fabrique de 
pianos devenue aujourd'hui l'une des plus célèbres du monde entier. 
La musique de Pleyel, après avoir eu longtemps une vogue extraor- 
dinaire, est aujourd'hui tombée dans l'oubli. 

PLEYEL (Marie-Félicité-Denise MOKE, épouse), femme de Camille 
Pleyel, fils du précédent, est née à Paris le 4 septembre 18U et mou- 
rut à Saint-Josse-ten-Noode-lez-Bruxelles le 30 mars 1873. L'une des 
plus remarquables pianistes de notre temps, elle fut successivement 
l'élève de J. Hertz, Moschelès, Kalkbrenner, et parcourut l'Europe 
en se faisant entendre dans les concerts avec de grands succès. Nom- 
mée professeur de piano au Conservatoire de Bruxelles en 1848, 
^mo Pleyel occupa cette place jusqu'en 1872. Liszt a dit de son école 
« qu'elle était la seule qui fût appropriée à l'art dans toute son 
extension )>. 

POISE (Jean-Alexandre-Ferdinand), compositeur dramatique, né à 
Nîmes le 3 juin 1828, entra au Conservatoire en 1850 et étudia la com- 
position avec A. Adam, puis avec Zimmermann. Il a donné : au théâtre 
Lyrique, Bonsoir, misin (1853), et les Charmeurs (1855) ; à l'Opéra- 
Comique, les Absents, Bom Pedro (1858), le Jardinier galant (1861), le 
Corricolo (1868), les Trois Souhaits (1 873), /e* Surprises de l'Amour (1877) 
et l'Amour médecin (1882). Le premier et les deux derniers de ces 
ouvrages ont obtenu de francs succès. M. Poise a encore donné aux 
Bouffes-Parisiens le Thé de Polichinelle (1856), et à l'Athénée, les Deux 



294 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Bilkts (1870). En ce moment, un nouvel ouvrage de ce compositeur au 
talent aimable : Joli Gilles, est en répétition à l' Opéra-Comique. 

POISOT (Charles-Émile), musicographe et compositeur, né à Di- 
jon le 7 juillet 1822, entra au Conservatoire en 1844, dans la classe 
d'Halévy, et y étudia la composition. Il donna, à l'Opéra-Comique, 
le Paysan, en 1850, et composa plusieurs autres opéras qui n'ont pas 
été représentés ; des opéras de salon, un Requiem et diverses mélo- 
dies. Comme écrivain, on lui doit un Essai sur les musiciens bourgui- 
gnons du neuvième au dix-neuvième siècle; une Histoire de la musique 
en France depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, etc. 
M. Poisot a fondé à Dijon, en 1868, un conservatoire de musique 
qu'il a dirigé pendant trois ans ; une société de musique religieuse 
et classique qui a donné de très beaux résultats ; enfin, cette ville 
lui est encore redevable de la statue de Rameau qu'elle possède au- 
jourd'hui. ■* 

POLIGNAC (Edmod-Jeax-Marie-Melchior, prince de), dilettante et 
compositeur, né le 19 avril 1834, a composé beaucoup d'œuvres or- 
phéoniques, dont plusieurs ont été couronnées {Oh est le bonheur ? la 
Vieillesse, etc.). Une cantate : Don Juan et Haydée, a aussi remporté 
le prix de la Société académique de Saint-Quentin. Il a publié, en 
outre, plusieurs recueils de mélodies. 

PONCHARD (Louis-AîVTOmE-ÉLÉo>.ORE) chanteur distingué, né le 
31 août 1787, à Paris, mort en cette ville le 6 janvier 1866, fut admis 
au Conservatoire en 1808, y remporta le premier prix de chant en 
1810 et débuta à l'Opéra-Comique en 1812. Fort médiocrement doué 
par la nature, Ponchard suppléa à ces qualités par un talent accom- 
pli, un charme et, une finesse d'expression véritablement admirables. 
Parmi ses meilleurs rôles, il faut citer les Événements imprévus, Zémire 
et Azor, etc., pour l'ancien répertoire. Quant à ses créations, la Dame 
blanche, le Petit Chaperon rouge, le Maçon, Mazaniello, Joconde, la Séré- 
nade, le Concert à la Cour, etc., furent réputées les plus remarquables. 

PONCHIELLI (Amilcar), compositeur dramatique italien , né le 
i^^ septembre 1834 à Paderno Fasolaro, a fait ses études musicales au 
Conservatoire de Milan (1843-1854) et a donné, sur divers théâtres, 
plusieurs opéras, parmi lesquels I Promessi Sposi (Crémone, 1856, 
et Milan 1872), le Due Gemelle (Milan, 1873) et I I?ÏMa?zi (Milan, 1874), 
ont obtenu de grands succès. 



POISOT — PORPORA. 295 

PONIATO WSKI (Joseph-Michel-Xavier-François-Jean, prince), com- 
positeur dramatique, petit-neveu de Stanislas II, dernier roi de Polo- 
gne, est né le 20 février 1816 à Rome, et mourut à Londres le 3 juil- 
let 1873. Il a écrit pour la scène plusieurs ouvrages. Jean Procida 
(Florence 1838), Don Desîderio (Pise, 1839), Bonifazio dei Geremei 
(Rome, 1844), Malek-Adel (Gênes, 184G), Esmeralda (Livourne, 1847), 
Tierre de Médicis (Paris, 1860), la Comtessina (Paris, 1863) et Gelmina 
(Londres, 1872), sont les plus saillants. 

PORPORA (Nicolas), compositeur célèbre, né à Naples en 1686, 
mort en cette ville en 1766, fit son éducation musicale au Conserva- 
toire de Santa Maria di Loreto et donna au théâtre des Fiorentini son 
premier opéra : Basilio, Re di Oriente. Il écrivit ensuite pour Rome Bé- 
rénice, qui lui valut les félicitations de Haendel (1710). En 1712, après 
avoir donné à Naples Flavio Anicio Olihrio (1711), il ouvrit dans cette 
ville une école de chant qui fut bientôt renommée (Farinelli, Caffarelli 
et Porporino en sortirent), et en 171911 fut nommé maître du Conser- 
vatoire des Pauvres de Jésus-Christ. Jusqu'en 1728, Porpora multiplia 
ses productions soit à la scène, soit à l'église, dans différentes villes 
d'Italie. Dans le nombre on remarque : il Martirio di santa Eugenia, 
oratorio (Naples, 1722) ; Siface (Venise, 1726), dont le succès le fit 
nommer maître du Conservatoire des Incurables ; Arianna e Teseo 
(Venise, i727) et enfin, les Douze Cantates, qui passent pour son chef- 
d'œuvre. En 1728, Porpora fut appelé à Dresde pour enseigner le chant 
à la princesse Marie-Antoinette. Il remplissait ses fonctions depuis un 
an, lorsque la noblesse de Londres, pour faire échec à Haendel, qui 
dirigeait dans cette ville un théâtre d'opéra, vint l'engager à prendre 
en main la direction de l'Opéra-ItaUen. Pour lutter avec un tel maî- 
tre, il fallait des éléments puissants ; aussi Porpora appela-t-il à l'aide 
Farinelli et Senesino, les plus fameux chanteurs du temps. Il réussit 
si bien dans sa tâche difficile, qu'il resta à Londres plusieurs années 
et- ne revint à Venise qu'en 1736. Après avoir donné dans cette ville 
plusieurs ouvrages, il fut emmené à Vienne par l'ambassadeur de 
Venise. C'est pendant ce voyage qu'il rencontra Haydn et lui donna 
quelques conseils. Porpora revint à Naples vers 1759. Il y donna encore 
quelques ouvrages médiocres, puis termina ses jours dans la misère. 
Son œuvre, qui comprend une cinquantaine d'opéras, de cantates et 
une grande quantité de musique religieuse, est plutôt recommanda- 
ble parla facture, quoique celle-ci soit trop chargée d'ornementations 
inutiles, que par l'abondance et l'originalité des idées. 



296 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

POTIER (Henri-Hippolyte)j compositeur et professeur, né le 10 fé- 
vrier 1816 à Paris, mort en cette ville le 9 octobre 1878, fut admis 
au Conservatoire en 1827 et obtint, en 1831, un premier prix de 
piano. Il a donné avec succès : à l' Opéra-Comique, le Caquet du couvent 
(1846) et il Signor Pascariello (1848) ; à l'Opéra, le ballet A e/za et Mysis, 
ou l'Attelcmc (1850) et divers petits ouvrages. Chef de chant à l'Opéra 
de 18o0 à 1856, M. Potier, depuis longtemps professeur suppléant 
au Conservatoire, avait été nommé titulaire d'une classe de chant 
en 1875. 

POULTIER (Placide-Alexandre-Guillaume), chanteur français, né 
à Villequier (Seine-Inférieure) le 27 mai 1814, était fils d'un marin et 
exerça d'abord la profession de tonnelier à Rouen. La beauté de sa 
voix le décida un jour à entrer dans les chœurs du théâtre ; peu de 
temps après, il chantait seul, en public, avec un succès fou. A partir 
de ce moment il abandonna l'atelier pour les coulisses. M. Malliot le 
forma, et en 1840 il partit pour Paris. Poultier débuta à l'Opéra, vers 
la fin de la même année, dans Guillaume, la Juive et la Muette. Ce der- 
nier ouvrage surtout lui valut un triomphe. Dans la suite, ce ténor 
voyagea en province, puis revint à l'Opéra. Depuis 1856, il a complè- 
tement renoncé au théâtre, se bornant à chanter de temps à autre 
dans les concerts. II s'est depuis retiré à Villequier. Ses meilleurs 
rôles furent dans la Muette, la Dame Blanche, etc. 

PRADHER (FÉLICITÉ MORE, épouse), chaateuse et comédienne fran- 
çaise, née à Carcassonne le 6 janvier 1800, morte à Gray le 12 no- 
vembre 1876, parut dès l'âge de cinq ans sur la scène, dans le rôle 
de Jeannette du Déserteur. A dix ans, elle chantait au théâtre et dans 
les concerts à Montpellier; enfin, à seize ans, elle débuta à TOpéra- 
Comique. Dourlen écrivit pour elle un rôle dans le Frère Philippe. En- 
suite elle brilla successivement dans LéocacZie, leMaçon, la Vielle, Marie, 
Fra Biavolo, le Chalet, l'Éclair, le Cheval de ôrorzze, etc., créations qui 
lui firent le plus grand honneur. Elle se retira du théâtre en 1835. 

PRIOLA (Marguerite-Marie-Sophie POLLIART, dite), née à Paris le 
2 octobre 1849, morte à Marseille le 27 octobre 1876, entra au Con- 
servatoire dans une classe de solfège (1862), puis dans celle du 
chant (1865) , et débuta au théâtre Lyrique dans Rioizi (6 avril 1869). 
Quoique simple coryphée, la sensation qu'elle produisit alors avec le 
solo du joli chœur des Messagers de la Paix fut si vive, qu'un mois 
après elle créait brillamment à ce théâtre un véritable rôle, celui de 



POTIER — PUGNO. 297 

la duchesse dans Don Quichotte. Ce succès lui ouvrit d'emblée les 
portes de l'Opéra-Comique. Là, elle créa successivement Rêve d'amour 
(1869), l'Ombre (1870), le Passant et Don César de Bazan (1872), le 
Roi l'a dit (1873) et le Florentin (1874), qui achevèrent de mettre en 
lumière les qualités de sa voix et la souplesse de son talent. La même 
année^ M^^^ Priola se rendit à Bruxelles et chanta au théâtre de la 
Monnaie. Malheureusement, après un court séjour, sa voix s'altéra 
et ni les soins ni le repos ne purent lui rendre ses qualités pre- 
mières. En vain la courageuse artiste voulut-elle reprendre la scène 
à Marseille, dans le rôle de Philine de Mignon. Son échec fut com- 
plet et, en quelques jours, le désespoir la tua. 

PRUDENT (Emile BEUNIE), pianiste et compositeur pour le piano, 
né à Angoulême le 4 avril 1817, mort à Paris le 5 juin 1863, fut ad- 
mis au Conservatoire en 1826, obtint un premier prix de piano en 
1833 et se voua, en 1836, au culte de l'acrobatie musicale, après 
avoir entendu jouer Thalberg, le grand chef de cette nouvelle école. 
Toujours en voyage soit en France, soit à l'étranger, ses succès dans 
ce genre de musique, qu'il alimentait d'ailleurs de ses productions, 
allèrent croissant jusqu'à sa mort. 

PUGET (LoïsA LEMOINE, née), célèbre compositeur de romances, 
née à Paris, fut en grande vogue vers 1830. La Confession du bandit, 
A la grâce de Dieu ! le Soleil de ma Bretagne, etc., furent populaires. 
M""Loïsa Puget a donné à l'Opéra-Comique le Mauvais Œil, en 1836, 
et au théâtre du Gymnase, la Veilleuse, ou les Nuits de Milady, en 1869. 

PUGET (Paul-Charles-Marie CURET), compositeur, né à Nantes le 
25 juin 1848, est fils d'un chanteur distingué de l'Opéra-Comique. 
Il a fait ses études musicales au Conservatoire et, dès 1871, avait 
déjà fait exécuter publiquement une cantate et une opérette de sa 
composition. M. Paul Puget a remporté en 1873 le premier grand 
prix de Rome. 

PUGNO (Raoul), compositeur et pianiste distingué, né à Paris le 
23 juin 1852, entra au Conservatoire en 1866; y remporta le premier 
prix de piano la même année; celui d'harmonie et de solfège l'année 
suivante ; celui d'orgue et de fugue en 1869, et se hvra à l'enseigne- 
ment et à la composition. M. Pugno, qui est aujourd'hui organiste de 
Saint-Eugène, a fait un court séjour au théâtre Italien comme chef 



298 PETITE EiNXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

des chœurs. On connaît de lui quelques jolies œuvres : une grande 
sonate pour le piano ; le Roman de la Marguei^ite, petit poème en prose 
pour piano et chant, de charmants ballets pour orchestre, de nom- 
breux morceaux pour le piano, et un grand oratorio : la 'Résurrection 
de Lazare, qui a obtenu un véritable succès, en 1879, aux concerts 
Pasdeloup. Il s'est aussi essayé au théâtre et a donné à la Renais- 
sance 'Ninetta, opéra-comique en trois actes, qui a été plus apprécié 
des musiciens que du public. 

PURCELL (Henri), illustre compositeur anglais, né en 1658 à Lon- 
dres, mort en 1695, était le fils d'un musicien de la chapelle de 
Charles II. A dix-huit ans, il fut nommé organiste de l'abbaye de 
Westminster, et remplit plus tard la même fonction à la chapelle 
royale (1684). Purcell se révéla en 1677 par la musique qu'il écrivit 
pour le drame Abelazor. Parti de là, il composa pour le théâtre un 
nombre considérable d'ouvrages parmi lesquels la Reine indienne, le 
Roi Arthur, Bonduca, etc., sont comptés comme autant de chefs- 
d'œuvre. Dans le genre religieux, il ne se montra pas moins supé- 
rieur. On cite particulièrement un Te Beum et un Jubilate, qui sont du 
lapins grande beauté. Purcell fut sinon le plus grand, du moins l'un 
des premiers compositeurs de l'Angleterre. Il tient la tête de cette 
pléiade de musiciens remarquables qui illustra l'art anglais à cette 
époque, et qui prépara les voies au génie de Haendel. Original par la 
pensée, varié de forme, riche par la facture, sa réputation se ré- 
pandit partout. Purcell introduisit le premier, en Angleterre, l'em- 
ploi des instruments dans la musique d'église. 



QUANTZ (Jeax-Joachim), célèbre flûtiste, né à Oberschaden (Ha- 
novre) en 1697, mort à Potsdam en 1773, apprit d'abord le violon, la 
trompette et le hautbois ; mais, désespérant d'arriver à un grand ta- 
lent sur ces instruments, il les abandonna pour la flûte et obtint 
rapidement de très beaux succès. Après avoir passé ses premières 
années en voyages artistiques dans les principales villes de l'Europe, 
s'instruisant de tout, écoutant les chanteurs, et les prenant pour 
modèles, la supériorité de son talent de flûtiste le fit engager par la 
cour de Saxe à Dresde en 1727. 11 y resta jusqu'en 1741, composant, 



PURCELL — RABUTEAU. 299 

voyageant, donnant des leçons, entre autres au prince royal de 
Prusse. Celui-ci, monté sur le trône sous le nom de Frédéric II, fit à 
Quantz des offres si avantageuses, qu'il abandonna la cour de Saxe. 
Les fonctions du flûtiste étaient de diverses natures. Chaque jour il 
jouait des duos avec le roi, écrivait toute la musique que celui-ci 
composait ou exécutait et battait la mesure dans les concerts in- 
times. Quantz a perfectionné la flûte en y ajoutant une clef et en 
inventant la pompe d'allonge, qui permet d'accorder l'instrument. 
Comme compositeur, ce grand artiste s'est montré d'une fécondité 
rare. Il a écrit, rien que pour le roi de Prusse, plus de trois cents 
concertos avec orchestre ; deux cents pour flûte seule ; des duos, 
trios, etc., en quantité. Quantz a en outre publié plusieurs ouvrages 
didactiques, entre autres un Essai d'une méthode pour apprendre à 
jouer de la flûte traversière, qui a rendu de grands services à l'art et a 
été traduit dans toutes les langues. 

QUIDANT (Joseph, dit Alfred), pianiste et com.positeur pour le 
piano, né le 7 décembre 1815 à Lyon, a été attaché comme essayeur 
de pianos à la maison Érard vers 1832. Quelques-unes de ses pro- 
ductions légères sont assez connues : Mazeppa, les Mystères du cœur, 
l'Horloge à musique, la Valse de l'accordeur, etc., etc. 

QUINAULT (Jean-Baptiste-Maurice), connu sous le nom de Qui- 
nault l'Aîné, acteur de la Comédie française depuis 1712 jusqu'en 
1733, était excellent musicien et chantait avec goût. C'est à lui qu'on 
doit la musique de presque tous les divertissements et intermèdes 
qu'on exécutait sur ce théâtre à cette époque : les Captifs, Cartouche, 
Pandore, le Divorce de V Amour et de la Raison, le Dénouement im- 
prévu, etc., etc. II refit aussi ceux du Bourgeois Gentilhomme et de la 
Princesse d'Élide. 



R 



RABUTEAU (Victor-Alfred PELLETIER), pianiste, violoniste et 
compositeur, né à Paris le 7 juin 184-3, a fait son éducation musicale 
au Conservatoire, et, au concours de Rome de 1868, a obtenu le 
premier grand prix, concurremment avec M. Wintzweiller. On a 
exécuté de lui, en dehors de sa cantate, le Passage de la mei' Muge, 



300 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

comme envoi de Rome au Conservatoire, et une suite d'orchestre 



RADOUX (Jean-Théodore), compositeur belge distingué, directeur 
du Conservatoire de Liège, a fait ses études musicales au Conser- 
vatoire de cette ville et y fut nommé d'abord professeur de basson en 
1856. En 1859, il remporta le grand prix de Rome de Bruxelles. Il a 
fait exécuter le Festin de Balthazar,ia.h\edi\i symphonique (Liège, 1861); 
l'Art et la Liberté, pour harmonie et chœurs (Verviers), etc.; le Béar- 
nais, opéra-comique (Liège, 1866); la Coupe enchantée (Bruxelles, 
1872), etc. Il a publié un grand nombre de mélodies, des chœurs 
orphéoniques, etc. 

RAFF (Joseph-Joaghim), compositeur allemand, né le 27 mai 1822 
àLachen (Suisse), se livra d'abord aux études universitaires et ce 
ne fut qu'en 1843 qu'il embrassa définitivement la carrière artistique. 
Pendant de longues années, la fatahté sembla le poursuivre. Vaine- 
ment Mendelssohn et Liszt s'efforcèrent de lui procurer les moyens 
de se produire, il n'y put parvenir. La protection de Hans de Bulow, à 
Stuttgard, fut heureusement plus efficace. On exécuta de Raff un 
grand morceau symphonique ; le succès en fut si éclatant, que l'auteur 
se mit immédiatement à écrire un opéra : le Roi Alfred, dont la repré- 
sentation, retardée par la révolution de 1848, n'eut lieu qu'en 1850. 
Malheureusement cet essai ne fut pas heureux, et Raff comprit qu'il 
n'était pas fait pour le théâtre. Il se consacra dès lors à l'art sym- 
phonique et à la musique de chambre, avec des alternatives de succès 
énormes et de chutes complètes qui tinrent à la nature même de son 
talent. Raff est, en effet, le plus inégal des compositeurs. Tantôt il 
sait s'élever jusqu'aux plus hauts sommets; tantôt il s'abandonne à 
des élucubrations plates et triviales. Partisan déclaré de l'école de 
\N'agner, Raff a soutenu ses doctrines dans plusieurs écrits, et s'est 
aussi occupé de critique courante. Dans son œuvre, déjà considérable, 
ses symphonies A la Pairie, Dans la forêt, etc., des sonates pour 
piano et violon, piano et violoncelle ; des trios, quatuor, etc., sont 
les morceaux les plus remarquables. 

RAIMONDI (PiETRo), compositeur célèbre et professeur éminent, 
né à Rome le 20 décembre 1786, mort en cette ville le 30 octobre 1853, 
fit au Conservatoire de la Pieta dei Turchini, à Naples, de très sé- 
rieuses études musicales. Son début au théâtre eut lieu à Gênes, avec 



RADOUX — RAMEAU. âOl 

le Bizzarrie d'amore,eni801. Il écrivit ensuite pour Florence, Rome, 
Naples, Milan, etc., plusieurs ouvrages, et réussit particulièrement dans 
le genre bouffe : il Fanatico deluso, lo Sposo agitato, il Ventaglio, etc. 
(i 808-1831). De 1824 à 1832, il fut directeur de la musique des 
théâtres royaux de Naples ; puis il fut nommé professeur de compo- 
sition à Palerme; enfin, en 1850, il devint maître de chapelle de 
Saint-Pierre au Vatican. Ce composiieur, dont le nom serait plus 
considérable aujourd'hui s'il n'avait été éclipsé et comme absorbé 
par celui de Rossini, se distingua plutôt par une puissance de com- 
binaison extraordinaire que par l'originaHté de la pensée. Comme 
preuve de cette faculté prodigieuse il donna, vers 1852, à Rome, un 
triple oratorio intitulé Joseph, formé de trois oratorios différents, 
pouvant s'exécuter séparément ou simultanément, de façon à donner 
ainsi naissance à cinq combinaisons distinctes. L'effet de ces trois 
chœurs, de ces trois orchestres, de ces trois groupes de soli, se 
mêlant, se réunissant dans un tutti formidable tout en conservant 
chacun leur caractère propre et sans qu'on ait à regretter la perte 
d'aucun détail, fut d'un effet aussi grandiose qu'imposant. L'œuvre 
de Raimondi compte parmi les plus considérables. En moins de 
quarante-cinq ans ce grand musicien a composé et fait exécuter 
soixante-deux opéras, cinq oratorios (non compris le Joseph), vingt 
et un ballets, un nombre considérable de messes et d'autres com- 
positions pour l'église. 

RAMEAU (Jean-Philippe), le plus illustre musicien français du 
dix-huitième siècle, naquit à Dijon le 25 septembre 1683 et mourut 
à Paris le 12 septembre 1764. D'une famille qui cultivait la musique 
avec goût. Rameau se montra rebelle à toute autre étude dès son 
jeune âge. Il ne voyait, ne comprenait que la musique ; et encore, 
uniquement la musique française, car étant allé à Milan en 1701, 
les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres italiens n'eurent pas 
le pouvoir de le charmer. Après s'être fait avantageusement con- 
naître comme organiste dans plusieurs villes de France, il vint à 
Paris en 1717. Ce voyage ne fut pas heureux. Sans ressources, 
sans protecteurs, Rameau ne put non seulement se produire comme 
compositeur, mais il ne parvint même pas à tirer parti de son talent 
sur l'orgue. Il lui fallut accepter d'être organiste à Lille, puis à Cler- 
mont-Ferrand. Ce fut pendant les quatre années qu'il passa dans le 
calme de cette dernière ville que Rameau conçut et écrivit son Traité 
de l'harmonie, première création d'un véritable système, monument 

20 



302 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

fameux dans l'histoire de Part, et qui, malgré ses imperfections, a 
immortalisé son auteur. Muni de cet ouvrage et de diverses compo- 
sitions. Rameau revint à Paris (1721). Cette fois, il y fit sensation. 
Mais alors il voulait plus ; il sentait qu'il avait aussi à innover dans 
l'art dramatique. Après avoir essayé ses forces dans plusieurs diver- 
tissements : la RosCj le Faux Prodige, etc., il écrivit la musique du 
Samson de Voltaire (un chœur admirable de cet opéra fut exécuté 
lors de la translation des cendres de ce grand homme au Panthéon), 
mais ne réussit pas à le faire reprendre. Enfin, grâce au crédit de 
M. de LaPopelinière, son protecteur et son ami, les portes de l'Opéra 
lui furent ouvertes, et Hippolyte et Aricie fit son apparition sous le 
feu roulant des critiques que lui lancèrent de tous côtés les partisans 
de la musique de Lulli (1732). Découragé par ces clameurs. Rameau 
douta un instant de son génie. Fort heureusement pour l'art, ses 
amis tinrent bon pour lui, et l'on vit alors successivement défiler 
les Indes galantes (1735); Castor et Pollux (1737); Dardanus (1739); 
les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour (1747); Lysis et Délie (1753); les 
Surprises de l' Amour j etc., pour ne citer que les plus remarquables 
d'entre ces opéras et ces ballets. 

Rameau fut un organiste célèbre, un compositeur dramatique 
plus célèbre encore ; mais c'est surtout à son système de l'harmonie 
qu'il doit ses plus grands titres de gloire. Il ne fut pas le créateur 
de cette science, comme on l'a dit trop souvent, mais il sut en 
trouver (en partie du moins) les origines, coordonner les données 
de l'expérience, enfin leur donner une base, en inventant le renverse- 
ment des accords et la basse fondamentale. Il fut l'un des plus grands, 
sinon des meilleurs esprits de son temps : ses relations avec Vol- 
taire, ses polémiques avec Diderot et les autres encyclopédistes, ses 
nombreux écrits, et enfin la fréquentation des hommes d'élite qu'il 
rencontra presque tous dans le salon célèbre ^de La Popelinière, le 
prouvent surabondamment. 

RAVINA (Jean-Henri), pianiste et compositeur pour le piano, né 
à Rordeaux le 20 mai 1818, joua dès l'âge de huit ans dans les 
concerts. En 1831, il entra au Conservatoire, y remporta le premier 
prix de piano en 1834 et celui d'harmonie et accompagnement en 
1835. Il fut nommé professeur adjoint de piano dans cet établissement 
H la fin de la même année, et démissionna en 1837 pour se pro- 
duire dans les concerts. M. Ravina, qui a visité avec succès la Russie 
et l'Espagne, a publié différentes œuvres de piano parmi lesquelles il 



RAVINA — REEVES. 303 

faut citer ses Études de concert, mignonnes et caractéristiques, un 
Scherzo, Canzonetta, Délire y etc. 

REBEL (François), compositeur, né en 1701, mort en 1775, fils 
d'un chef d'orchestre de l'Opéra, lui-même compositeur distingué, 
entra comme violon à l'orchestre de l'Opéra à l'âge de treize ans. 
Nommé, avec son ami et collaborateur Francœur, d'abord inspecteur 
de rOpéra, puis directeur en 1751, il en fut aussi l'administrateur 
général de 1772 à 1775. Rebel et Francœur ont composé pour l'Opéra 
Pyrame et Thishé (1726), Tharsis et Zélie (1728), le Prince de Noisy 
(1760), etc., etc. 

RÉBER (Napoléon-Henri), compositeur distingué et professeur, né 
à Mulhouse le 21 octobre 1807, mort à Paris le 27 novembre 1880, 
entra au Conservatoire en 1828 et y travailla la composition avec 
Lesueur. Dès 1835, il s'était déjà fait connaître avantageusement 
comme compositeur de musique instrumentale, lorsqu'il se produisit 
au théâtre. Il donna à FOpéra-Comique la Nuit de Noël (1848); le Père 
Gaillard (1852) ; les Papillotes de M. Benoist (1853) ; les Dames Capitaines 
(1857); à l'Opéra : le Diable amoureux, ballet (1840), et deux autres 
ouvrages non représentés : Naîm et Roland. M. Réber nommé pro- 
fesseur d'harmonie en 1851, de composition en 1862, a fait entendre 
au Conservatoire un choix de ses œuvres il y a quelques années. 
Son style distingué, sa facture irréprochable rappellent un peu, 
quant à la forme et à la nature des idées, l'allure de Haydn. Il était 
membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1853. M. Réber a de plus 
publié un certain nombre de mélodies dont quelques-unes : le Voile 
de la châtelaine, la Captive, etc., ont eu du succès. 

REEVES (SiMs), célèbre ténor anglais, né à Woolwich en 1821, fut 
dès l'âge de quatorze ans organiste, directeur de chœur et composi- 
teur. Sa voix, remarquablement belle, le fit débuter avec succès au 
théâtre en 1840 dans les rôles de baryton ; mais ayant pris des le- 
çons de Bordogni à Paris et de Mazzucato à Milan, et ayant reconnu 
que son timbre véritable était le ténor, il chanta dès lors dans ce re- 
gistre de la façon la plus remarquable le répertoire itahen à Drury- 
Lane, Covent-Garden et au théâtre de la Reine. Cependant, ses plus 
beaux succès ne furent pas obtenus à la scène, mais bien dans les 
grands festivals classiques d'Exeter-Hall et de Cristal-Palace, parti- 
culièrement dans les oratorios de Haendel. 



304 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

REICHA (Antoise), compositeur et professeur, né à Prague le 
27 février 1770, mort le 28 mai 1836 à Paris, vint pour la première 
fois dans cette dernière ville en 1799. 11 s'y fit avantageusement con- 
naître par une symphonie, puis partit pour Vienne, où il commença 
à écrire les nombreux traités qui, malgré leurs erreurs, devaient le 
rendre célèbre. En 1808, il revint à Paris et s'y livra à l'enseignement. 
11 succéda à Méhul comme professeur de contrepoint au Conserva- 
toire (alors École royale de musique et de déclamation) en 1817, et fut 
admis à l'Institut en 1835. Reicha a fait au théâtre trois tentatives 
malheureuses : Cagliostro (avec Dourlens, Opéra-Comique, 1810); 
Nathalie et Sapho (Opéra, 1816 et 1822} ; mais en revanche il s'est 
montré remarquable dans la musique pour insti^uments à vent. Ses 
compositions en ce genre sont nombreuses. Ses ouvrages didactiques 
les plus connus sont un Cours de composition musicale, un Traité de 
mélodie et un Traité de haute composition, etc. 

REICHARDT (Jean-Frédéric), compositeur et littérateur musicien, 
né à Kœnigsberg en 1752, mort à Giebichenstein, près de Halle, en 
1814, fut maître de chapelle du roi à la cour de Prusse, de 1775 jus- 
qu'en 1793, et y fit représenter plusieurs ouvrages qui, malgré leur peu 
d'originalité, furent bien accueillis. Ses sympathies pour la France 
furent cause de sa disgrâce. Il rédigea alors à Hambourg une publi- 
cation périodique, appelée la France, qui eut un plein succès. Après la 
mort de Frédéric-Guillaume II, il revint à Rerlin en 1798 et, entre 
autres ouvrages, y donna ses Liederspielen, sortes de vaudevilles dont 
il était l'inventeur. Il alla ensuite à Paris, à Cassel, etc., et se retira 
ensuite dans sa maison près de Halle. L'Ile sonnante, Rosemonde, etc., 
passent pour ses meilleurs ouvrages. Parmi ses écrits littéraires, ses 
Lettres confidentielles sur Paris et sur Vienne eurent un certain reten- 
tissement. 

REIN'CKE (Jean-Adam), organiste célèbre, né à Deventer (Hollande) 
en 1623, mort en 1722 à Hambourg, succéda, au concours, à Scheid- 
mann, comme organiste de Sainte-Catherine à Hambourg. Sa ré- 
putation était si grande, que J.-S. Rach fit deux voyages dans cette 
ville pour le seul plaisir de l'entendre. Rach, à son tour, joua devant 
cet artiste peu de temps avant sa mort : Je croyais que cet art allait 
mourir avec moi, lui dit Reincke, mais je vois que vous le faites revivre. 
L'œuvre de Reincke n*a pas été publié ; on ne connaît de lui qu'un 
recueil de sonates pour violon et clavecin. 



REICHA — REMINYI. 305 

REINECKE (Charles), pianiste, compositeur et chef d'orchestre, 
né à Altona en 1824, est fils d'un professeur de musique de cette 
ville. Tout jeune, il obtint comme \irtuose de grands succès en Da- 
nemark, en Allemagne, à Londres. Nommé professeur de piano à 
l'École rhénane de musique de Cologne vers 1852, directeur de mu- 
sique à Barmen (1854), à Breslau (1859), puis chef d'orchestre du 
Gewandhaus de Leipsick, Reinecke s'est distingué plutôt par ses 
qualités de musicien que par l'originalité de ses compositions. Le Roi 
Manfred, opéra; une Aventure de Haendel, opéra-comique, des ouver- 
tures, des symphonies, etc., sont ses œuvres les plus saillantes. 

REISSIGER (Charles- Théophile), compositeur distingué, né le 
31 janvier 1798 à Belzig, mort à Dresde le 7 novembre 1859, obtint 
par l'entremise de son maître Schicht, en 1821, une pension qui lui 
permit de continuer à Vienne ses études musicales. Dans cette ville il 
se fit avantageusement connaître par quelques ouvertures ; revint à 
Munich sous la direction de Winter, lequel lui procura le poème de 
Didon, opéra joué ensuite à Dresde par les soins de Weber ; fut envoyé 
en mission en France et en Italie par le roi de Prusse, afin d'y étudier 
l'organisation des conservatoires; fonda celui de la Haye(1826J; enfin, 
fut nommé directeur de musique à Dresde, en remplacement de 
Marschner, titre auquel il joignit bientôt celui de maître de chapelle 
de la cour à la mort de Weber (1827). Reissiger donna dans cette ville 
plusieurs ouvrages, parmi lesquels on remarque : Yelva (1827), Li- 
bella (1828), le Moulin du rocher (1829), Turandot (1835), etc., qui 
furent bien accueillis. Cependant, malgré ces succès, Reissiger se 
montra supérieur dans le genre religieux, ainsi qu'en témoignent 
ses Six Messes solennelles et diverses autres compositions. Une des 
pièces de cet artiste pour le piano a obtenu un rare succès de popu- 
larité, grâce à la supercherie d'un éditeur français. Elle est connue 
encore aujourd'hui sous le nom de Dernière Pensée de Weber. En 
réalité elle fait partie d'un recueil de Douze Vcdses brillantes, publié 
par Reissiger à Leipsick en 1824 ; recueil que Weber aimait beaucoup 
et jouait souvent. 

REMINYI (Edouard), violoniste virtuose hongrois, né à Hewes 
(Hongrie) en 1830, a fait son éducation musicale au Conservatoire 
de Vienne (1842-1845). En 1848, il prit une part active à l'insurrection 
hongroise et combattit sous les ordres du général Georgei. Il s'expa- 
tria ensuite en Amérique, puis revint en Europe, mettant à profit 



30G PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

son talent et se faisant applaudir dans les principales villes des deux 
continents. M. Reminyi, après avoir été violon-solo de la reine 
d'Angleterre, porte aujourd'hui le même titre auprès de l'empereur 
d'Autriche. Sa virtuosité merveilleuse, bizarre et sentimentale à la 
fois, est empreinte de cette saveur typique propre aux musiciens tzi- 
ganes. Il a publié à Paris un recueil de transcriptions sous le titre 
de Nouvelle École de violon. 

REYER (Lodis-Étienne-Ernest REY, dit), compositeur français, né 
à Marseille le 1" décembre 1823, commença ses études musicales à 
l'école Barsotti, et les continua à Alger, tout en se livrant à des 
occupations administratives. Après avoir débuté par quelques ro- 
mances, il écrivit une messe à l'occasion du voyage du duc d'Aumale 
en Algérie, et la dédia à la duchesse. En 1848, il vint à Paris re- 
prendre ses études de composition sous la direction de M^^^ Farzenc, 
sa tante, et donna au théâtre Italien le Selam, composé sur un 
poème de Th. Gautier (1850). Maître Wolfram (théâtre Lyrique, 
1854); Sacoiintala, ballet (Opéra, 1858), et enfin la Statue (théâtre 
Lyrique, 1861), dont le succès eut un grand retentissement, achevè- 
rent de mettre en relief les qualités originales du maître français, 
disciple de Berlioz. En 1862, son Érostrate, donné à Bade, lui valut de 
grands éloges ; malheureusement cet opéra, repris à Paris en 1871, 
dut subir de tels changements, que son succès en fut ébranlé. Le Si- 
gurd de M. Reyer n'a pas encore été représenté ; mais les fragments 
qu'il en a fait entendre dans les concerts sont assez remarquables 
pour donner bonne opinion de l'ouvrage. On doit encore à ce compo- 
siteur plusieurs morceaux détachés, parmi lesquels on cite : la Made- 
leine an désert, avec orchestre ; des chœurs pour voix d'hommes : 
Chœur des buveurs ^ VEymne du jR/im, etc. ; enfin, quelques mélodies. 
En 1876, M. Reyer a succédé à l'Académie des beaux-arts à Féhcien 
David. Critique musical du Journal des Débats depuis la mort de Ber- 
lioz, il a publié un volume de souvenirs intitulé Notes de musique {iSlù). 

RICCI (Louis), compositeur dramatique, né à Naples le 8 juil- 
let 1805, mort fou à Prague le 31 décembre 1859, fut élève de Zinga- 
relli au Conservatoire de Saint-Sébastien, et composa de très bonne 
heure. En 1823, on exécuta de lui, au Conservatoire même, Vlmpresario 
in angustie, son premier ouvrage, et, l'année suivante, le théâtre 
Nuovo donna la Gêna frastornata. Depuis ce moment, Luigi Ricci a 
constamment écrit pour le théâtre, jusqu'au jour où une attaque de 



REYER — RICHTER. 307 

folie vint nécessiter son internement dans un asile d'aliénés à Pra- 
gue (Chiara di Rosemberg , etc.). Luigi Ricci fit quatre opéras en col- 
laboration avec son frère Frédéric : il Colonello (Naples, 1835) ; il 
Disertore per amore (Naples, 4837); l'Amante di richiamo (Turin, 1846), 
et Crispino e la Comare (Venise, 1850, et Paris, 1866), le plus célèbre 
de tous. Seul, il en a écrit vingt-cinq, parmi lesquels : il Colombo 
(Parme, 1829), VOrfanella di Ginevra (Rome, 1829), un* Aventura 
di Scaramuccia (Milan, 1834), Eran due, ed or son tre (Turin, 1834), 
ilDiavolo a quattro (Trieste, 1859), obtinrent de grands succès. 

RICCI (Frédéric), compositeur dramatique, frère et collaborateur 
du précédent, naquit à Naples le 22 octobre 1809 et mourut à Cone- 
gliano le 10 décembre 1877. Comme son frère Luigi Ricci, il fit ses 
études musicales au Conservatoire de Saint-Sébastien sous la direction 
de Zingarelli ; mais, quoique plus jeune, il quitta cet établissement en 
même temps que son aîné. Il Colonello, en collaboration avec son 
frère, fut le premier ouvrage qu'il donna à la scène. (Voir pour les 
autres le précédent article.) Seul, il donna avec succès la Prigione 
d'Edimburgo (Trieste, 1837), uno Buello sotto Richelieu (Milan, 1839), 
Michel-Angelo (Florence, 1841), Corrado d'Altamura (Milan, 1841), 
IDue Ritratti (Venise, 1850). Le succès de Crispino e la Comare ayant 
mis en faveur en France le nom des frères Ricci, Federico écrivit 
pour la scène française une FoZze à Borne (Fantaisies-Parisiennes, 1869), 
le Docteur Rose (Bouffes-Parisiens, 1872), une Fête à Venise (Athé- 
née, 1872), ouvrages médiocres qui n'eurent pas de succès. Federico 
Ricci a composé aussi pour l'église et a publié un grand nombre de 
mélodies. 

RICHARDS (Brinley), compositeur, professeur et pianiste anglais 
distingué, né à Carmarthen en 1819, fit ses études musicales à l'Aca- 
démie royale de musique de Londres et, après avoir parcouru l'Alle- 
magne, l'Italie et la France en se faisant entendre avec succès, fut 
nommé professeur dans cet établissement. Ses chants du pays de 
Galles : Chant de guerre cambrique; la Harpe galloise; Bien bénisse le 
prince de Galles, etc., etc., sont populaires en Angleterre. Ses mélodies 
et ses compositions pour le piano ont obtenu une réputation méritée. 

RICHTER (H ans), chef d'orchestre autrichien, né à Raab (Hongrie) 
le 4 avril 1843, a fait ses études musicales au Conservatoire de Vienne. 
Élève, ami et profond admirateur de Richard Wagner, il passa une 
grande partie de sa vie auprès de ce maître , copiant ses partitions 



308 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

surveillant et dirigeant leur mise à la scène. Ce fut lui qui dirigea, à 

BajTeuth, les représentations de l'Anneau des Niebelungen en 1876. 
Avant cette époque, il était successivement devenu chef des chœurs 
du théâtre de Munich et directeur de la musique royale en 1868, grâce 
à la recommandation de Wagner. Il dirigea ensuite l'orchestre du 
théâtre national de Pesth en 1871, celui de l'Opéra de Vienne en 
1875 et fut nommé second maître de la chapelle impériale en 1878. 

RIES (Ferdi>a>{d), pianiste et compositeur, né à Bonn en 1784, 
mort en 1838 à Francfort, fut élève de Beethoven et d'Albrechtsber- 
ger, à Vienne. Malgré les embarras que lui causaient à chaque instant 
les guerres qui ne cessaient de désoler l'Europe entière, il parcourut 
pendant plusieurs années le continent et remporta de grands succès 
particulièrement à Londres. Après un séjour de onze ans dans cette 
ville, il se retira à Gottesberg, près de Bonn, et s'y livra à la compo- 
sition. En 1830, il donna la Fiancée du brigand; l'année suivante, 
Liska ou la Sorcière de Gellenstein; en 1837, à Aix-la-Chapelle, son 
oratorio l'Adoration des rois. Il dirigea les festivals de Dubhn (183i), 
d'Aix-la-Chapelle (1837) et la Société de Sainte-Cécile, à Francfort, 
peu de jours avant sa mort. Son œuvre, considérable, d'un style élevé, 
mais sans grande originalité, rappelle, le génie en moins, la 
deuxième manière de Beethoven. 

RIMSKI-KORSAKOFF (Xicolas-Axdré), compositeur russe, né à 
Tichwin en 1844, a été nommé, en 1871, professeur de composition et 
d'instrumentation au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Il a donné 
avec succès au théâtre de cette ville la Pskovitaine, opéra en quatre 
actes ; son poème symphonique Sadko a été exécuté avec succès aux 
Concerts populaires sous la direction de Rubinstein, pendant l'hiver 
1881-1882. Ses mélodies populaires sont très renommées. 

RLNK (Jean-Christian-Henri), célèbre organiste, né à Elgersburg le 
18 février 1770, mort à Darmstadt le 7 août 1846, reçut des leçons 
de Kittel, élève de S.Bach, et fut nommé organiste à Giessen en 
1780. A partir de ce moment la renommée de Rink se répandit non 
seulement en Allemagne, mais en France et même dans toute l'Eu- 
rope. En 1805, il fut nommé à Darmstadt organiste de la ville, cantor 
et professeur de musique du collège. En 1813, il devint organiste de 
la cour et membre effectif de la chapelle ducale. Rink, dont l'œuvre 
est considérable, fut comblé, durant sa vie, d'honneurs de toutes 
sortes. 



^u 



^ RIES — RODE. 3C9 

RITTER (Théodore BEUNET, dit), pianiste et compositeur pour 
le piano, est né près de Paris en 1836. Il s'est produit très jeune 
dans les concerts et ses fréquents voyages artistiques lui eurent 
bientôt acquis une légitime réputation de virtuose. Parmi ses nom- 
breux morceaux de piano, les Courriers, le Tourbillon, Véloce sont les 
plus goûtés. Le jeu de M. Ritter, un peu sec naturellement, est plus 
brillant dans la musique légère et faiitaisiste que dans le classique. 



RITTER (Cécile), chanteuse, sœur du précédent, née le 22 no- 
vembre 1859, est une artiste de talent qui a abordé la scène avec 
succès, par la création du rôle de Virginie dans Paul et Virginie 
de M. Victor Massé, au théâtre Lyrique, en 1876. Son second début 
dans l'Étoile du Nord, à l'Opéra-Comique, lui a été moins favo- 
rable. 

RODE (Jacques-Pierre-Joseph), violoniste célèbre, né à Bordeaux 
le 16 février 1774, mort au Château-de-Bourbon (Lot-et-Garonne) 
le 25 novembre 1830, eut pour premier maître Fauvel aîné et pour 
second Viotti. En 1790, ce maître le fit entrer à l'orchestre du théâtre 
Feydeau comme chef des seconds violons, et le produisit dans les 
concerts de la semaine sainte. Le succès du jeune Rode fut éclatant. 
Cependant, dans un voyage qu'il fit quelque temps après (1794) en 
Hollande, à Hambourg, Berlin et Londres, avec le célèbre chanteur 
Garât, il fut peu apprécié. En 1795 il revint à Paris y prendre pos- 
session d'une classe de violon au Conservatoire qu'on venait de 
fonder. Peu de temps après il alla à Madrid, s'y lia avec Boccherini 
et revint encore une fois à Paris. Ce fut l'époque la plus brillante 
de son talent; son 7« concerto surtout fut pour lui l'occasion d'un 
triomphe. En 1803, il partit pour Saint-Pétersbourg avec Boïeldieu, 
son ami, et fit à la cour une impression profonde. Il y resta cinq 
ans. De retour à Paris en 1808, il ne retrouva plus ses anciens 
triomphes. Blessé, il partit alors pour l'Autriche, et, après avoir par- 
couru l'Allemagne, la Suisse, alla se fixer à Berlin. A son retour en 
France il voulut en vain essayer de retrouver à Paris les succès 
passés (1828); mais, n'étant plus alors que l'ombre de lui-même, 
l'accueil qui lui fut fait ne put être que respectueux. Rode le com- 
prit, et son chagrin fut si violent, qu'il en mourut. Rode, Baillot et 
Lamarre formèrent pendant longtemps un trio remarquable, dont les 
séances sont demeurées célèbres. 



310 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

RODOLPHE (Jean-Joseph), professeur et compositeur, né à Stras- 
bourg le 14 octobre 1730, mort à Paris le 18 août 1812, fit à Stuttgard 
ses premiers essais de composition avec les ballets Médée et Jason, 
Psychéy etc., et vint à Paris en 1763. Ce fut lui qui proposa au 
ministre Amelot la création d'une école de musique, projet qui fut 
réalisé plus tard par M. de Breteuil en 1784. Lors de cette fondation 
il y fut nommé professeur d'harmonie et écrivit pour la nouvelle école 
le fameux solfège encore en usage aujourd'hui, quoiqu'il ne soit pas 
des meilleurs. En 1799, Rodolphe fut nommé professeur de solfège 
au Conservatoire. Il se retira en 1802. Rodolphe a donné à la Comédie 
italienne deux ouvrages médiocres : Mariage par capitulation et 
l'Aveugle de Palmyre, qui n'eurent pas de succès. 

ROGER (Gustave-Hippolyte), ténor français, né à la Chapelle- 
Saint-Denis, le 17 décembre 1815, mort à Paris en 1879, entra au 
Conservatoire en 1836 et y remporta les premiers prix de chant 
et d'opéra-comique en 1837. Il débuta au théâtre de la Bourse dans 
l'Éclair en 1838, avec un grand succès, et créa ensuite le Perruquier 
de la Régence, qui le posa définitivement. Parmi les douze importantes 
créations qu'il fit pendant la période de dix ans qu'il passa à l'Opéra- 
Comique, il faut citer la Sirène^ la Part du diable, les Mousquetaires 
de la reine, Haydée, etc. En 1848, ce ténor quitta l'Opéra-Comique 
pour l'Opéra, et cette résolution lui fut fatale. Sa voix, charmante, 
mais d'un volume trop faible pour les grands rôles, s'y brisa en peu de 
temps. Un cruel accident d'ailleurs vint hâter sa retraite : un coup 
de feu reçu à la chasse lui fit perdre un bras. Il essaya bien de 
paraître en scène avec un bras mécanique, mais, ne réussissant pas, il 
dut se retirer. Roger ne chanta plus dès lors qu'en province ou dans 
les concerts. Ses créations à l'Opéra sont le Prophète, l'Enfant pro- 
digue, le Juif errant, etc. Ce ténor se fit entendre aussi en Allemagne, 
en Angleterre, en Irlande, en Ecosse, etc., et l'enthousiasme qu'il y 
excita ne le céda en rien à celui qu'il avait soulevé à Paris. Après la 
perte de sa voix, il se consacra à l'enseignement et fit d'excellents 
élèves. Roger fut nommé professem' de chant au Conservatoire 
en 1868. 

ROMAGNESI (Henri), compositeur de romances et éditeur de mu- 
sique, né à Paris le 1^' septembre 1781, mort en cette ville le 
9 janvier 1850, essaya un certain nombre de professions avant de se 
livrer à la musique. Soldat à l'armée de Vendée, commis de receveur, 



RODOLPHE — RONCONI . 3 H 

lieutenant dans les équipages ; secrétaire du comte Daru ; employé 
chez l'éditeur de musique Leduc, auquel était associé son maître et 
ami Choron; placé enfin au ministère de la guerre, il ne put prendre 
de leçons qu'à cette époque, et se mit alors à composer des romances. 
Il réussit à souhait. En 1822, il voulut même essayer du théâtre, 
mais les chutes successives de Nadir et Sélim et de Trois Jours en 
une heure (1836) lui prouvèrent que ses études n'étaient pas suffi- 
santes. Il renonça à la scène ; se fit éditeur de musique et publia 
la série complète de ses œuvres. Romagnesi dirigea pendant quelque 
temps l'Abeille musicale, journal de musique de chant et guitare. 

ROMBERG (André), violoniste et compositeur, né à Vechte, près de 
Munster, en 1767, mortàGotha en 1821, était le fils de Gérard (Henri), 
clarinettiste distingué. Dès l'âge de sept ans il joua dans les concerts, 
ayant pour compagnon jusqu'en 1799 son cousin Bernard Romberg, 
qui devint célèbre sur le violoncelle. A dix-sept ans il vint à Paris, 
engagé au Concert spirituel; parcourut ensuite l'Italie, l'Autriche, 
l'Allemagne avec des succès d'enthousiasme. Fixé à Gotha, où il avait 
été nommé maître de chapelle, il s'y livra sans relâche à la compo- 
sition. Son œuvre est considérable, d'une correction absolue, agréable, 
mais l'originalité y manque. 

ROMBERG (Bernard), violoncelHste célèbre, cousin du précédent, 
avec lequel il se produisit dans les concerts dès l'enfance, naquit à 
Dinklage en 1770, et mourut à Hambourg en 1841. Après avoir par- 
couru l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et le Portugal 
avec un succès croissant, il vint à Paris en 1800, et la sensation qu'il 
y produisit fut telle, qu'où le nomma professeur de violoncelle au Con- 
servatoire en 1801. Il quitta cette place en 1803 et recommença ses 
voyages artistiques visitant successivement la Hongrie, la Russie, la 
Suède, la Prusse, etc. Comme son cousin, Bernard Romberg laissa 
des œuvres nombreuses et aborda tous les genres avec succès ; mais 
iine se montra vraiment supérieur que dans la musique instrumentale. 

RONCONI (Dominique), célèbre ténor italien, né à Lendinara di 
Pollesine (Lombardie) en 1772, mort à Milan en 1839, excita long- 
temps l'enthousiasme sur les théâtres d'Italie, de Pétersbourg, de 
Vienne et de Munich. Directeur de l'Opéra itahen à Vienne en 1809, 
Napoléon le fit venir à Paris pour les fêtes dB son mariage avec 
Marie-Louise en 1810. De 1819 à 1829, il enseigna le chant aux prin- 



312 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

cesses de la famille royale de Bavière et chanta à l'Opéra de Munich. 
Ensuite, il ouvrit à Milan une école de chant qui a produit de 
bons élèves. 



ROiNCOM (Georges), baryton italien célèbre, fils aîné du précédent, 
naquit à Milan en dSlO et débuta à Pavie en 1831 d'une façon écla- 
tante. Après avoir passé plusieurs années à Rome dans une faveur 
toujours croissante, toutes les villes de l'Italie voulurent l'entendre 
et l'applaudirent tour à tour. Puis ce fut à Vienne , Francfort , 
Londres, Paris, Madrid, de lui témoigner leur enthousiasme. En 1846, 
des tracas domestiques altérèrent sa santé et sa voix et il vit peu 
à peu le succès l'abandonner. Il quitta alors le théâtre et fonda à 
Cordoue (Espagne) un conservatoire de chant vers 1863. 

ROSELLEN (Henri), pianiste virtuose et compositeur pour son 
instrument, né à Paris le 13 octobre 1811, mort en celte ville le 
20 mars 1876, a écrit plus de deux cents morceaux de piano d'un 
style brillant, mais vulgaire. Une de ses Rêveries, en trémolo, a joui 
d'une vogue européenne. 

ROSSI (Lauro), compositeur dramatique italien, né à Macerata 
le 20 février 1812, fit ses études musicales au Conservatoire de Na- 
ples sous la direction de Zingarelli. La Contessa Villana et la Villana 
Contessa (Naples, 1829, 1830) furent ses débuts au théâtre. Encou- 
ragé par un bienveillant accueil, il écrivit pour cette ville six autres 
ouvrages, et fut envoyé à Rome au théâtre Valle, comme chef d'or- 
chestre et compositeur, sur la recommandation de Donizetti, en 1832. 
Il y donna son Bisertore svizzero la même année avec un grand succès, 
puis alla faire jouer à Milan, en 1834, la Casa disabitata ou I Falsi Mo- 
netari, œuvTC qui fit bientôt le tour de toute Tltahe et fut applaudie 
même à Paris. La Malibran en fut si enchantée, qu'elle pria Rossi 
d'écrire un ouvTage pour elle, dans lequel elle eut la malheureuse 
fantaisie de vouloir danser un pas de deux ''avec le danseur Mathis. 
L'art de la danse lui étant moins famiher que celui du chant, l'attente 
du public fut trompée, et VAmelia tomba à plat. Cette chute décida 
Rossi à partir pour le Mexique, après toutefois avoir assisté au bril- 
lant succès de sa Léocadie (Milan, 1835). L'entreprise ne réussit pas 
d'abord ; Rossi dut prendre lui-même en main la direction de la 
troupe réunie en société et parcourir ainsi l'Amérique. Il déploya 
dans ces difficiles et multiples fonctions une énergie rare et une 



RONCONI — ROSSINI. 313 

bonté inépuisable, qui ne se lassèrent pas durant huit années. De 
retour en Italie, il fut appelé à diriger le Conservatoire de Milan 
en 1850 et celui de Naples en 1871. Il a résigné ces dernières fonc- 
tions en 1878. Les opéras de Rossi sont au nombre d'une trentaine. 

ROSSINI (GiOACCHiNo), le plus illustre des compositeurs italiens 
du dix-neuvième siècle, naquit à Pesaro (États de l'Église) le 25 fé- 
vrier 1792 et mourut à Paris le 13 novembre 1868. Ce fut dans les 
théâtres forains que se commença l'éducation musicale du jeune 
Rossini. Sa mère chantait les seconds rôles sur ces scènes no- 
mades ; son père, pendant ce temps, jouait du cor à l'orchestre ; et 
lui, dès qu'il le put, y tint la partie du second cor. A douze ans, sa 
voix étant fort belle, Angelo Tesei (de Bologne) lui apprit à chanter ; 
on l'employa alors dans les éghses. Trois ans plus tard, Mattei lui 
enseigna la partie théorique de l'art au lycée de Bologne. Cependant, 
l'aridité des formes scolastiques, dont la portée d'ailleurs lui était 
mal expliquée, ne pouvait convenir à son tempérament ardent, indis- 
cipliné, et dévoré du désir de produire. Rossini se dégoûta bientôt. 
Il se mit à travailler seul d'après les maîtres qui lui plurent, parti- 
cuhèrement d'après Mozart, qui fut à la fois son idole et son modèle ; 
et commença à composer. Il Pianto d'Armonia^ cantate (1808); une 
symphonie et des quatuor exécutés à Bologne (1809) furent ses 
premiers essais; la Cambiale de matrimonio (Venise, 1810), son pre- 
mier opéra. En 1811, le succès de Demetrio e Polibio, à Rome, com- 
mença à signaler le génie du futur maître. Ainsi encouragé, il ne 
produisit pas moins de cinq opéras l'année suivante. Trois de ceux- 
ci, contenant de réelles beautés : l'Inganno felice (Venise), Ciro in Ba- 
bilonia (Ferrare) et la Pietra del Paragone, obtinrent un grand suc- 
cès. Enfin Tancredi et Vltaliana in Algeri (Venise, 1813) vinrent 
consacrer définitivement une réputation déjà florissante, et désor- 
mais Rossini, à peine entré dans sa vingt-deuxième année, ne con- 
nut plus de rivaux dans toute l'Italie. En 1814, il donna à Milan 
VAureliano in Palmira et il Turco in Italia; en 1815, à Naples, Elisa- 
beth, Les deux années suivantes, il se montra particuUèrement fécond 
en ouvrages remarquables : une cantate et sept opéras, parmi les- 
quels se trouvent il Barbiere di Seviglia (Rome, 1816), Otello (Naples, 
1816), Cenerentola (Rome, 1817), la Gazza ladra (Milan, 1817), etc., 
marquèrent cette glorieuse période. Par une coïncidence bizarre, les 
Romains, qui avaient jadis mal accueilli tout d'abord le Barbier de 
Paisiello pour le porter ensuite aux nues, se montrèrent encore 



314 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

moins bienveillants pour celui de Rossini le soir de son apparition. 
Ce chef-d'œuvre d'esprit et de charme fut outrageusement sifflé. Le 
lendemain, il est vrai, le triomphe fut éclatant et une ovation en- 
thousiaste, poussée jusque sous les fenêtres du maître, chercha à 
effacer l'injustice de la veille ; mais le coup n'en avait pas moins été 
porté, et Rossini ne l'oublia jamais. 

Jusque-là le grand artiste, entraîné par sa prodigieuse fécondité, 
avait généralement cherché l'effet à l'aide de procédés plus ou moins 
neufs, dont il se servait d'ailleurs avec un art infini ; il sentit à ce 
moment la nécessité de perfectionner sa manière^ et s'attacha dès 
lors davantage à la vérité ainsi qu'à la variété des caractères. Ar- 
mida (1817), il/osé (1818), Ermione et la Bona del lago (i819j, Maho- 
met II (1820), donnés à Naples, et Zelmira (Vienne, 1822), furent les 
principaux exemples de cette heureuse transformation. La Semiramide 
vint ensuite (Venise, 1823). Mais trop large d'allures, trop riche 
d'idées, trop variée d'expression pour les Italiens habitués à une mu- 
sique plus facile, elle ne fit pas d'effet. Rossini ne pardonna jamais cet 
accueil, et, quittant l'Itahe sans un regret, il alla à Londres, où il ex- 
cita l'enthousiasme. Les leçons et les concerts qu'il donna dans cette 
ville durant l'espace de cinq mois lui rapportèrent deux cent cin- 
quante mille francs ! Il vint ensuite à Paris et y prit possession de la 
direction du théâtre ItaUen, vers la fin de 1823. Sa réputation Vj 
avait précédé, cependant elle était loin d'être assise. Pendant 
longtemps, les directeurs du Théâtre-Italien, avec ou sans intention, 
avaient tenu à l'écart ses meilleurs opéras ; on ne connaissait de lui 
que ringanno felice et Vîlaliana in AlgeiH, et encore ces deux ouvra- 
ges avaient-ils été médiocrement rendus. Ce fut Garcia qui, en 1819, 
révéla réellement Rossini dans le Barbier de Séville. Cette fois en- 
core le succès fut incertain au début, et il fallut que M™<ï Mainvielle 
Fodor s'emparât du rôle de Rosine pour que ce demi-échec se trans- 
formât en éclatant triomphe. Alors défilèrent successivement sur 
cette scène Tancredi^ Cenei^entola, Otello, etc., etc., aux acclamations 
enthousiastes d'un public à la fois surpris et charmé. En 1825, Rossini 
donna au théâtre Italien il Viaggio a Reims, petit opéra de circon- 
stance pour le sacre de Charles X, et il arrangea l'année suivante 
pour l'Opéra son Mahomet II sous le titre de Siège de Cmnnthe. (La 
fameuse scène de la bénédiction des drapeaux date de ce remanie- 
ment.) Il fit de même avec Moïse, en 1827; seulement les change- 
ments apportés à la partition furent plus considérables. En 1828, il 
donna le Comte Ory^ dans lequel il fit entrer, un morceau entier d'il 



ROssiNi. 3! 6 

Viaggio a Reims. Enfin, en 1829, parut son chef-d'œuvre : Guillaume 
Tell. C'était le premier grand ouvrage français que Rossini eût écrit 
pour Paris ; une nouvelle transformation de son génie s'y remar- 
quait à chaque pas, transformation opérée par le seul contact de la 
grande ville , coutumière de ces sortes de miracles, et pourtant, 
cette fois encore, le succès ne fut pas au début aussi considérable qu'on 
devait le supposer. Il fallut que Duprez reprît ce chef-d'œuvre, pour 
qu'on en comprît toutes les beautés. Guillaume Tell fut le dernier 
ouvrage de Rossini pour la scène. Le maître n'avait alors que trente- 
sept ans ; il était en pleine possession de ses forces, de son talent, de 
son génie, de sa gloire ; on a peine à comprendre qu'un mouvement 
de dépit contre le prétendu mauvais goût des Français ait pu amener 
un renoncement aussi absolu. En 1836, Rossini quitta la France et 
alla se fixer à Bologne. Là sa santé s'altéra, et l'inaction à laquelle 
il s'était lui-même condamné ne fit qu'aggraver son état. Ce fut l'édi- 
teur Troupenas qui le tira de cette torpeur morbide. En 1841 il lui 
demanda de remanier un Stabat mater écrit en 1832 pour un riche Es- 
pagnol, afin de le faire entendre dans une série de concerts spirituels. 
Rossini se mit à l'œuvre et en quelques jours eut retrouvé sa vigueur. 
A partir de ce moment il reprit goût aux choses de l'art, mais jamais 
ne voulut se remettre à écrire pour le théâtre. Il revint à Paris en 1853, 
et composa pour l'Exposition universelle de 1867 le Chant des Titans 
pour basses et orchestre. Il passa, dans ce Paris qu'il avait tant mau- 
dit et tant regretté le reste de sa vie. Ses funérailles, qui eurent lieu 
à l'église de la Trinité, et auxquelles prirent part M™^^ Alboni, Patti, 
Nilsson, les artistes de l'Opéra et du Conservatoire, causèrent une 
vive émotion dans le monde artistique. Rossini a écrit soixante opéras 
et cantates; une Petite Messe solennelle, exécutée d'abord en 1832 et 
reprise depuis ; un Stabat mater ; Tantum ergo et Quoniam avec or- 
chestre; enfin, une quantité de mélodies à une, deux et trois voix. 
Son œuvre, où brillent à chaque instant les traits du génie le plus 
riche et le plus pur, n'est pas, il s'en faut, exempt de faiblesses , 
et l'on peut avec raison reprocher à ce grand maître d'avoir écrit 
souvent avec une trop grande hâte, d'avoir abusé de certains effets 
comme les cresçendos et les cabalettes, enfin, et cela surtout dans ses 
premières compositions, de n'avoir pas assez recherché la vérité de 
l'expression musicale. Mais que sont ces taches légères compa- 
rées à cette invention mélodique inépuisable; à cette harmonie 
puissante, variée et simple à la fois ; à cette ampleur magistrale de 
sentiment dramatique; enfin à cette science admirable de l'écriture 



316 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

pour la voix, que nul autre après Mozart n'a aussi complètement 
possédée? Rossini a révolutionné l'art dramatique italien. D'autres 
après lui ont continué son œuvre et sont souvent tombés dans des 
excès regrettables; mais l'honneur lui reste de l'avoir transformé, 
agrandi, et de l'avoir élevé à une hauteur qu'il n'avait pas encore 
atteinte. 

ROUCH (Jea>-Raymond-Paul-Alma), compositeur, né à Toulouse 
le 13 mars 1844, fit ses premières études musicales dans cette ville 
sous la direction d'un professeur du nom de Hommey, et vint les 
terminer à Paris en 1867 au Conservatoire, dans la classe de compo- 
sition de M. Ambroise Thomas. En même temps il se liait avec le grand 
organiste Chauvet, et reçut de lui des conseils qui exercèrent la plus 
heureuse inlluence sur son talent. D'un tempérament original, exu- 
bérant, poussé à la fois vers la franche gaieté, la fine satire, M. Aima 
Rouch eût vite acquis auprès de ces maîtres les connaissances qui 
lui manquaient dans l'art d'écrire. Il se livra à la composition. Après 
la pubhcation d'un Recueil de mélodies sur des paroles anciennes et 
modernes, se sentant invinciblement attiré vers le genre bouffe, il 
donna successivement plusieurs opérettes à l'Eldorado et sur une 
petite scène du boulevard Saint-Martin, dont l'existence fut éphé- 
mère [le Prologue sans le savoir, etc.) En 1881, il se rendit à Bruxelles 
pour y faire représenter les Deux Augures, trois actes bouffes rem- 
plis d'esprit et d'humour. On connaît encore de M. Aima Rouch plu- 
sieurs pochades très réussies et quelques mélodies d'une saveur 
toute personnelle {les Chansons des pharmaciens, du Boccador^ des 
Lis, Romantique, etc.). 

ROUGET DE L'ISLE (Joseph), officier, poète et compositeur fran- 
çais, né à Lons-le-Saulnier le 10 mai 1760, mort le 26 juin 1836 à 
Choisy-le-Roi, est l'auteur de la Marseillaise. 

En 1782, il entra à l'École royale du génie àMézières et en sortit 
deux ans après aspirant lieutenant en second. Passé second lieutenant 
en 1789, il était au fort de Joux,près de Besançon, lorsque son amour 
pour la France et la Révolution lui inspira sa première poésie pa- 
triotique. Cette poésie, adaptée alors à un air connu, devait être répétée 
plus tard avec enthousiasme par tout le peuple de Strasbourg sur un 
air nouveau d'Ignace Pleyel (25 septembre 1791). A cette époque, 
la France entière allait se lever pour se défendre, et Rouget de l'Isle, 
devenu premier heutenant (1790), avait été envoyé dans cette ville 



ROUCH — ROUSSEAU. 317 

OÙ sa réputation était déjà faite depuis longtemps comme patriote, 
poète, compositeur, chanteur et violoniste. Ce fut dans un de ces 
élans d'enthousiasme, si communs à cette époque, dans la seconde 
moitié de la nuit du 24 au 25 avril 1792, qu'il improvisa, paroles et 
musique, le chant sublime qui devait immortaliser son nom. Il l'in- 
titula Chant de guerre pour l'armée du Rhin, l'envoya le matin même 
au maréchal Luckner, auquel il le dédia, et, le soir du même jour, le 
chantait chez le baron Frederick de Diétrich, maire de Strasbourg. 
L'émotion fut si vive, si profonde, qu'à peine est-il possible de la dé- 
crire. Les cœurs battirent avec violence, les mains se cherchèrent 
et s'unirent dans de fiévreuses étreintes, chacun se sentit soulevé et 
comme grandi par les chaleureux accents de l'hymne patriotique. 
Deux mois plus tard, le 25 juin, un patriote du nom de Mireur, le chanta 
à Marseille dans un banquet civique. Les volontaires de la ville s'en 
emparèrent, en firent leur cri de guerre, le portèrent à Paris, et là 
il fut d'abord connu sous le titre d'Hymne des Marseillais. Adopté 
bientôt par l'armée française tout entière , on l'appela la Marseil- 
laise; et ce furent ses accents entraînants qui guidèrent plus d'une 
fois nos soldats à la victoire. Ce grand patriote vécut jusqu'à son 
dernier jour dans une situation voisine de la misère. On connaît de 
lui : le Chant des vengeances ; le Chant du combat; Cinquante chants 
français, sur des paroles de différents auteurs {la Marseillaise fait 
partie de ce recueil) ; Tom et Lucy, romance historique , avec ac- 
compagnement de piano et de violon obligé ; Vingt-quatre romances, 
avec accompagnement de piano et de violon obligé. Il fut aussi 
l'auteur de plusieurs livrets d'opéra : l'Aurore d'un beau jour, Bayard 
en Bresse, etc. 

ROUSSEAU (Jean-Jacques), écrivain illustre et compositeur, né à 
Genève le 28 juin 1712, mort à Ermenonville le 3 juillet 1778, apprit 
la musique seul et d'une façon fort incomplète, en l'enseignant. Mais, 
comme il était doué d'un joli sentiment mélodique, sa musique, 
malgré ses nombreux défauts, est plutôt en progrès qu'en retard sur 
celle de son temps. Auteur d'un nouveau système de notation musi- 
cale, qui ne réussit pas, mais qui a été repris depuis et amendé par 
Galin, Rousseau s'essaya dans la composition dramatique avec les 
Muses galantes, opéra-ballet, répété dabord chez le fermier général 
La Popelinière en 1745, et donné plus tard sans succès à l'Opéra 
en 1747. Le Deum duvillageïni plusheureuxen 1752. Non seulement ce 
petit ouvrage tint la scène de l'Opéra pendant plus de soixante ans, 

SI 



318 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

et fut toujours favorablement accueilli, mais il fut encore joué avec 
le même succès dans presque tous les théâtres de France. Les 
autres compositions de Rousseau sont : Pygmalion, scène lyrique ; 
des Fragments de Daphnis et Chloé et un recueil d'une centaine de 
romances intitulé les Consolations des misères de ma vie. Rousseau 
prit une part active à la Guerre des Bouffons, et publia divers pam- 
phlets, lettres, etc., anonymes ou non, en faveur de la musique ita- 
lienne. Il alla même jusqu'à prétendre, dans sa Lettre sur la musique 
française, que les Français n'avaient pas de musique et ne pouvaient 
en avoir. Cependant, après les opéras de Gluck, il revint de son 
erreur, et en fit publiquement l'aveu. 

ROUSSELOIS (Marie-Wilhelmine de), cantatrice dramatique, née 
à Vienne (Autriche) en 1765, morte à Bruxelles en 1830, fut pre- 
mière chanteuse à l'Opéra français de Cassel en 1784-, et vint à Paris 
en 1786. Engagée à l'Opéra, elle y parut brillamment d'abord dans 
Iphigénie en Aulide de Gluck, et créa par la suite le Démophon de 
Vogel avec succès. Forcée de quitter ce théâtre pour cause de riva- 
lité avec M^^^ Maillard, son chef d'emploi, qui redoutait son talent, 
elle parut alternativement sur les théâtres de Rouen et de Bruxelles, 
et finalement se fixa dans cette dernière ville. Elle ne quitta la scène, 
après une carrière remplie de succès, qu'en 1838. 

RUBINI (Jean-Baptiste), le plus célèbre ténor de son temps, né à 
Romano en 1793, mort aux environs de cette ville en 1834, chanta 
d'abord en Piémont, à Brescia, Venise, Palerme et Naples avec un 
succès toujours croissant. Il vint ensuite à Paris et y débuta en 1825 
au théâtre Italien dans Cenerentola. Otello, la Gazza ladra, etc., et 
surtout les opéras de Bellini, la Somnanbula, le Pirate, etc., furent 
pour lui autant de triomphes. A Londres et à Saint-Pétersbourg, il 
retrouva les mêmes succès. Après l'hiver de 1844, sa voix s'étant 
altérée, il quitta la scène et se retira en Italie. 

RUBINSTEIN (Aatoixe), pianiste et compositeur, né le 30 no- 
vembre 1829 à Wechwotynez (Moldavie), eut pour unique professeur de 
piano Villoing, de Moscou, et donna dans cette ville son premier con- 
cert en 1838. De 1840 à 1843 le maître et l'élève vinrent à Paris et par- 
coururent ensuite laHollande, l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, etc., 
et partout l'enfant prodige reçut l'accueil le plus favorable. Antoine 
Rubinstein étudia la composition avec Dehn à Berlin pendant deux 



ROUSSELOIS — RUBINSTEIN. 319 

ans, puis, après quelques voyages, vint se fixer à Saint-Pétersbourg. 
Il y donna Bimitri du Bon, son premier opéra, en 1849. Le succès 
en fut brillant. Presque toujours en voyage, il trouva cependant le 
temps d'écrire une grande quantité d'ouvrages de toutes sortes. 
A Vienne, en 1861, il donna Tom le Fou et les Enfants des Landes; à 
Dresde, Ferramor s, en 1863; le Bémon, à Saint-Pétersbourg, en 1875, 
avec des succès divers ; la Tour de Babel, oratorio exécuté à Dussel- 
dorf en 1872, à Paris en 1875, et généralement trouvé monotone. 
Quant au Paradis perdu, le succès en fut douteux même à Saint- 
Pétersbourg. 

Il y a de fort belles parties dans la musique de ce compositeur, 
mais elles se rencontrent éparses çà et là, sans avoir entre elles 
de lien. Ce défaut d'unité et de plan se retrouve dans ses œuvres 
symphoniques : VOcéan et Ivan IV; de même que dans sa musique 
de chambre et dans ses compositions pour le piano. Fondateur 
et directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, Antoine Ru- 
binstein, regardé aujourd'hui comme le chef de l'école musicale 
russe, a imprimé à l'art un grand mouvement dans son pays. Pro- 
digieusement doué, mais inégal, il n'est point de ceux qui laissent 
le public indifférent; au contraire, il a su toujours exciter soit l'en- 
thousiasme, soit les plus vives critiques. 

RUBINSTEIN (Nicolas), pianiste, frère du précédent, né en 1835 à 
Moscou, mort à Paris le 23 mars 1881, apprit la composition avec 
Dehn à Berlin, en même temps que son frère Antoine. Dès l'âge de 
sept ans, il paraissait déjà avec lui dans les concerts, et plus tard 
il se montra au moins aussi parfait virtuose. En 1859, il fonda la 
Société musicale de Moscou et en dirigea les concerts symphoniques 
chaque année. En 1864, il organisa le Conservatoire de cette ville et 
en fut nommé directeur. Cet étabhssement peut aujourd'hui rivaliser 
avec celui de Saint-Pétersbourg. Nicolas Rubinstein fut désigné pour 
organiser à l'Exposition universelle de Paris, en 1878, les concerts 
russes au palais du Trocadéro. Ces séances remarquables eurent un 
éclatant succès. 



320 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 



SACCHINI (Antoine-Ma rie-Gaspard) , compositeur italien, né à 
Pouzzoles en 1734, mort à Paris en 1786, fut élève de Durante, en 
même temps que Piccini et Guglielmi, à Naples. Il ne commença à 
écrire pour le théâtre [Fra Bonato, Naples, 1756; Alessandro nelle 
Indie, \emse, 1768) qu'après la mort de son maître. Mais sa fécondité 
fut telle, qu'en quatorze ans il ne produisit pas moins de cinquante 
opéras sur diverses scènes d'Italie. En 1771, il se rendit en Alle- 
magne, puis en Angleterre, où. il continua d'écrire, et arriva à Paris 
en 1782. Gluckistes et Piccinistes occupaient encore tous les esprits 
à cette époque; Sacchini serait longtemps demeuré inconnu dans la 
grande ville, sans l'arrivée de l'empereur Joseph II, qui, aimant beau- 
coup la musique, le recommanda chaudement à sa sœur la reine 
Marie- Antoinette. RiJialdo, Chimène, Bardanus (1783-84) défilèrent 
pourtant sans grand succès au théâtre Italien. Il allait y donner 
CEdipe à Colone et achevait de composer Arvire et Evelina, lorsque 
la faveur royale l'abandonna. Sacchini eut tant de désespoir de ce 
coup inattendu, qu'il en mourut trois mois après. Ces deux ouvrages, 
donnés après sa mort, obtinrent, le premier surtout, qui est son 
chef-d'œuvre, des succès éclatants. Son œuvre, considérable, n'est 
pas entièrement connu. 

SAINTE-FOY (Charles-Louis PUBEREAUX, dit), chanteur du genre 
Tiial à rOpéra-Comique, naquit à Vitry-le-François le 13 février 1817 
et mourut à Neuilly (Seine) le 1" avril 1877. 11 débuta à l'Opéra- 
Comique en 1840, et les effets comiques qu'il savait tirer d'une voix 
nasillarde, mais habilement conduite, son jeu délicat, spirituel et 
bizarre, lui eurent bientôt acquis une juste renommée. Parmi les 
rôles du répertoire qu'il interpréta de la façon la plus brillante, il 
faut citer ceux de Fra Biavolo, la Bame blanche, le Béserteur, le Fré 
aux Clercs, etc., etc.; et parmi ses créations, Giralda, le Caïd, le 
Pardon de Ploèrmel, le Voyage en Chine, le Joaillier de Saint-James, etc. 
En 1869, Sainte-Foy partit pour Saint-Pétersbourg, où son talent ne 
fut pas compris. Il revint à Paris peu de temps après et alla s'échouer, 
on ne sait pourquoi, aux Folies-Dramatiques durant quelques jours. 
Après cette bévue il quitta le théâtre. 



SACCHINI — SAlNT-SAEXS. 321 

SAINT-HUBERTY (Antoinette-Cécile CLAVEL), née à Toul vers 
1756 et morte assassinée aux environs de Londres, en 1812, fut une 
des plus célèbres cantatrices de l'Opéra. Après avoir chanté succes- 
sivement à Mannheim, Varsovie, Berlin et Strasbourg, elle débuta à 
l'Opéra de Paris en 1777, dans VArmide de Gluck, et n'y tint pendant 
longtemps que les rôles secondaires. En 1780, Roland commença la 
série de ses succès. Thésée, Ariane, Renaud, Bidon, Chimène, les 
Danaîdes, Alceste, Phèdi^e, les virent s'accroître jusqu'au triomphe. 
On la couronna sur la scène, honneur alors des plus rares, et les 
témoignages d'un enthousiasme délirant lui furent prodigués à un 
point à peine croyable. En 1789, elle quitta le théâtre et émigra à la 
suite du comte d'Enlraigues, qu'elle épousa en 1791. Ce comte d'En- 
traigues, agent secret des cours étrangères, fut assassiné avec elle 
pour des motifs politiques. 

SAINT-SAENS (Charles-Camille), compositeur éminent et pianiste 
très distingué, aujourd'hui à la tête de la jeune école française, est 
né à Paris le 9 octobre 1835. Il commença l'étude du piano à l'âge 
de deux ans et demi, et reçut à sept ans des leçons de Stamati, qui 
le garda pendant cinq ans. Élève de Maleden et d'Halévy pour la 
composition, il obtint en 1851, au Conservatoire, le premier prix 
d'orgue et fut organiste à l'église Saint-Méry en 1853, puis à la Made- 
leine en 1858; l'école de musique religieuse le compta parmi ses pro- 
fesseurs. Jusqu'à ce jour, M. Saint-Saens n'a pas cessé de se pro- 
duire avec éclat comme virtuose en France, en Allemagne, en Russie 
et en Autriche. Ses débuts comme compositeur furent brillants. 
M. Seghers, directeur de la Société de Sainte-Cécile, exécuta, vers 
1852, une symphonie anonyme dont la partition lui avait été envoyée. 
Elle obtint un grand succès; on apprit ensuite qu'elle était l'œuvre 
du jeune maître, alors à peine âgé de dix-sept ans. Dès lors ses 
productions symphoniques se succédèrent rapidement. D'une habileté 
consommée de facture; d'une richesse d'orchestration supérieure, 
aussi variée par la couleur qu'élégante par la forme; d'un style élevé, 
correct et d'allure bien française, malgré une puissance de dévelop- 
pement tout allemande, ses œuvres : Phaéton, le Rouet d'Omphale, 
la Danse Macabre, la Jeunesse d'Hercule, le Déluge avec chœurs et 
soli; ses symphonies et concertos pour piano et orchestre, souvent 
exécutés dans les grands concerts, y produisirent une vive sensa- 
tion. Au théâtre, M. Saint-Saens fut d'abord moins heureux. La 
Princesse jaune à l'Opéra-Comique (1872) et le Timbre d'argent au 



322 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

théâtre Lyrique (i877) ne réussirent que médiocrement. A entendre 
ces ouvrages ternes, dépourvus de sentiment dramatique, où le trivial 
et la recherche se trouvaient étrangement mêlés, on aurait dit que 
l'auteur coquettait avec le théâtre et que, tout en désirant les triom- 
phes qu'il donne, il n'avait pour eux que mépris. Mais avec Samson 
et Dalila (Weimar, 1877) les choses se trouvèrent changées. La 
chaleur, le sentiment profond, une riche et typique coloration se 
rencontrent dans cet ouvrage, réunis dans un ensemble large et mer- 
veilleusement conçu; aussi le succès a-t-il été retentissant dans le 
monde musical. Etienne Marcel, donné à Lyon en 1879, souleva plus 
de critiques. Quoique cette partition renferme de belles pages, une 
sorte de sécheresse dans les idées expressives, défaut d'ailleurs assez 
famiher à M. Saint-Saens, et, outre cela, certaines longueurs, la 
rendent inférieure à la précédente. Henri FUI enfin, donné à l'Opéra 
(mars 1883), a mis M. Saint-Saens tout à fait hors de pair. Ce der- 
nier ouvrage renferme de très grandes et très originales beautés. 

SALA (Nicolas), musicien italien, vécut toute la durée du dix- 
huitième siècle et dirigea pendant longtemps le Conservatoire de 
la Pieta dei Turchini à Naples. Ses contrepoints et ses fugues ont 
été placés par Choron dans son traité intitulé Principes de compo- 
sition des écoles d'Italie. On connaît de lui plusieurs opéras et oratorios 
sans grande valeur. 

SALDONI (Baltazar), compositeur, professeur et musicographe 
espagnol, né à Barcelone le 4 janvier 1807, obtint quelques succès 
au théâtre avec ses opéras Iperme^^ra (Madrid, 1838); Cleonice,regina 
di SiVia (Madrid, 1840), etc., et aussi avec ses Zarzuelas: la Corte de 
Monaco; las Maridos en las mascaras, etc. A la fondation du Conserva- 
toire de Madrid, en 1830, Saldoniyfut nommé professeur de chant. Il 
a publié, en 1855, un Résuiné historique de l'école de musique du 
monastèi^e de Montserrat, en Catalogne, depuis i^^Q jusqu'à nos jours, et a 
commencé la publication des Éphémérides des musiciens espagnols, 
ouvrage qui n'a pas été terminé. 

SALIERI (Antoine), compositeur italien, né le 19 août 1750 à 
Legnano, mort le 12 mai 1825 à Vienne (Autriche), fut, pour la com- 
position, élève de Gassmann, qui le traita comme son fiJs. Il dé- 
buta au théâtre avec le Donne letterate (Vienne, 1770), mais ce furent 
Armida et quatre autres ouvrages, joués dans l'espace de deux ans 
environ (1771-1772), qui assirent sa réputation. En 1775, il remplaça 



SALA — SALVAYRE. 323 

son maître Gossmann comme maître de chapelle de la cour. Gluck, à 
<^tte époque, obtenait ses immortels triomphes : Salieri s'en émut- 
Il demanda au maître quelques conseils, et chercha à s'assimiler son 
style. On put remarquer le progrès accompli dans Europa riconos- 
muta (Milan, 1778) et quelques autres ouvrages, dont le succès 
augmenta encore sa renommée. Enfin, il fit si bien, que Gluck, 
accablé d'âge et d'infirmités, ne se sentant pas la force nécessaire 
pour écrire les Danaîdes, le chargea secrètement de la tâche délicate 
d'en composer la partition à sa place. Les Danaîdes furent, en effet, 
données à l'Opéra et à la cour sous le nom de Gluck, en 1784, excitant 
un véritable enthousiasme ; et ce ne fut qu'après les premières repré- 
sentations, qu'une lettre de Gluck rendit publique la substitution. 
Salieri retourna à Vienne comblé d'honneurs et de présents. Il revint 
encore à Paris pour y donner les Horaces (1786) et Tarare (1787). Ce 
dernier opéra seul eut du succès. Pour la première fois, à l'Opéra, on ré- 
clama l'auteur, et, traîné sur la scène, il y fut couronné. De retour à 
Vienne, Salieri y passa le reste de sa vie, composant encore un grand 
nombre d'ouvrages parmi lesquels il faut citer Palmi/ra (1795), 
Cesar^e in Farmacusa (1800), etc. Salieri ne fut pas un créateur, mais 
il eut un talent immense et d'autant plus grand, qu'il sut le présenter 
sous des aspects divers. Il écrivit quarante opéras et un grand nombre 
de pièces dans le genre religieux. 

SALOMON (Hector), compositeur, né le 29 mai 1838 à Strasbourg, 
entra au Conservatoire en 18o0 et y obtint plusieurs récompenses. 
Accompagnateur aux Bouffes-Parisiens en 1856, au théâtre Lyrique 
en 1860, second chef des chœurs à l'Opéra en 1870, M. Salomon a 
fait représenter plusieurs ouvrages : Fascination (Bouffes-Parisiens, 
1856) ; les Dragées de Suzette (théâtre Lyrique, 1866) et l'Aumônier 
du régiment (théâtre Lyrique, 1877). Il a publié un recueil de vingt 
mélodies. 

SALVAYRE (Gervais-Berxard) , compositeur, né à Toulouse le 
24 juin 1847, commença ses études musicales au Conservatoire de 
cette ville et les acheva à celui de Paris, où il remporta le premier 
prix d'orgue en 1868. En 1872, il obtint le premier grand prix de 
Rome. De retour d'Itahe, M. Salvayre a fait exécuter aux Concerts 
populaires une Ouverture symphonique (1874); un Stabat mater, comme 
envoi de Rome au Conservatoire la même année ; aux concerts du 
Châtelet : la Résurrection, symphonie biblique (1876) ; le Bravo, 



324 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

grand opéra (théâtre Lyrique, 1877); le Fandango, ballet (Opéra, 
1877); le Psaume CXIII pour soli, chœurs et orchestre, et un air varié, 
tous deux envois de Rome au Conservatoire. 

SARASATE (Martin-Méliton), violoniste distingué, né à Pampe- 
lune le 10 mars 1844, fut admis au Conservatoire en 1856, et y rem- 
porta en 1857 les premiers prix de solfège et de violon. Ensuite il 
se produisit dans les salons et fit quelques voyages, faisant partout 
applaudir son beau talent de virtuose. Mais ce fut surtout pendant 
ces dernières années que M. Sarasate se révéla complètement avec 
les qualités de style et de sonorité que lui avaient acquises de lon- 
gues et sérieuses études. Au Conservatoire, aux Concerts populaires, 
au Châtelet, avec les concertos de Beethoven, de Mendelssohn, de 
Max Bruch ou de Lalo, il obtint toujours les succès les plus accen- 
tués. Depuis ces derniers temps, M. Sarasate a commencé de grands 
voyages artistiques dans toute l'Europe. 

SARTI (Joseph), compositeur italien, né à Faenza le 28 décem- 
bre 1729, mort à Berlin le 28 juillet 1802, fit à Bologne ses études 
musicales sous la direction du Père Martini. Pompeo in Armenia et 
il Re Pastore (Faenza, 1752), ses premiers ou\Tages commencèrent 
sa réputation et, pendant quatre ans, ses succès allèrent grandissant. 
Nommé maître de la chapelle royale à Copenhague en 1756, il fut 
moins heureux au théâtre, et retourna en Itahe en 1765, mais sans 
pouvoir retrouver le succès. Venise lui fut plus favorable. Il Gelosie 
villane, Giulio Sabino, le Nozze di Dorina, etc., qu'il y donna de 1771 
à 1784, alors quil dirigeait le Conservatoire de fOspedaletto, sont 
ses meilleurs ou\Tages. En 1784, il partit pour la Russie comme di- 
recteur de la musique de Catherine II. Dans ce pays, il écrivit un 
Psaume et un Te Deum en langue russe, donna Armida e Rinaldo avec 
succès, et fonda le Conservatoire de Katarinoslaw. Après des alterna- 
tives de haute faveur et de disgrâces complètes, sa santé s'étant altérée, 
il voulut revoir TltaUe en 1802, mais la maladie l'emporta en che- 
min. Sarti composa quarante-deux opéras et un grand nombre de 
messes et autres morceaux pour l'église. Le Nozze di Borina est le 
seul opéra qui ait été donné de lui à Paris. 

SASSE (Marie-Constance), chanteuse remarquable, née à Gand le 
26 janvier 1836, débuta aux Galeries Saint-Hubert, à Bruxelles, et 
chanta ensuite à Paris dans les cafés-concerts des Ambassadeurs, du 



SARASATE — SAVART. 325 

Casino et du Géant. M™^ Ugalde, l'ayant entendue dans ce dernier éta- 
blissement, s'offrit à lui donner quelques leçons et, en 1859, M'-« Sasse 
débutait avec succès au théâtre Lyrique dans les Noces de Figaro. 
Orphée, Philémon et Baucis, Robin des bois, lui fournirent ensuite l'oc- 
casion d'asseoir sa réputation et, en 1860, elle fut engagée à l'Opéra. 
A ce théâtre , dans Robert le Diable d'abord, puis dans la Juive, le 
Trouvère, les Huguenots, etc., elle put développer plus amplement les 
splendeurs de sa voix admirable. Elle eut dès lors des créations à 
faire ; celles de Tannhauser, de Don Carlos et de l'Africaine lui firent 
le plus grand honneur. M"^** Marie Sasse ou Saxe, ou Sax, ou encore 
Sass, ainsi qu'elle s'est appelée successivement, a quitté la France 
depuis 1870, pour parcourir les principales villes de l'Italie. 

SAUZAY (Eugène), violoniste, professeur et compositeur, né à Pa- 
ris le 14 juillet 1809, entra au Conservatoire en 1824 et y devint 
élève de Baillot. En 1827, il obtint le premier prix de violon et, l'an- 
née suivante, il eut l'honneur d'exécuter au concert d'inauguration 
de la Société des artistes du Conservatoire un concerto inédit de 
Rode. M. Sauzay fit partie du célèbre quatuor de Baillot, et devint 
le gendre de cet éminent artiste. Plus tard il organisa chez lui des 
séances privées de musique classique, séances qui devinrent ensuite 
publiques. En 1860, il a succédé à Girard au Conservatoire comme 
professeur de violon. Ses compositions consistent pour la plupart en 
morceaux pour son instrument et en musique de piano et de chant. 
M. Sauzay a, en outre, publié deux ouvrages sur la musique : les 
Études sur le quatuor et VÈcole de l'accompagnement. 

SAVARD (Marie-Gabriel- Augustin), professeur d'harmonie et d'ac- 
compagnement au Conservatoire de Paris, né le 21 août 1814 et 
mort en cette ville en 1881, a été d'abord professeur de solfège 
dans cet établissement dès 1843. Il a publié un Cours complet d'har- 
monie théorique et pratique; les Rrincipes de la musique et quelques 
autres ouvrages. 

SAVART (Félix), physicien distingué, né à Mézières en 1791, mort 
en 1841 , s'occupa particulièrement d'études sur la vibration des corps 
sonores et sur la fabrication des instruments à corde et à archet. Il 
a publié sur ces sujets de très intéressants traités, mémoires, etc. Il 
était membre de l'Académie des sciences et professeur au Collège de 
France. 



326 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

SAX (Charles-Joseph), né à Dinant en 1791, mort à Paris en 1865, 
facteur d'instruments à \ent, en bois et en métal. Simple ouvrier 
mécanicien, il sut, par sa seule intelligence, fonder la première fa- 
brique d'instruments à vent de Bruxelles ; apporter de nombreux 
perfectionnements à la facture ; inventer des instruments nouveaux; 
trouver les lois qui régissent la longueur des divisions des corps 
sonores, etc. 

SA.X (Antoine -Joseph, dit Ado/^j^e), fils aîné du précédent, naquit 
à Dinant le 6 novembre 1814. Adolphe Sax continua les travaux 
commencés par son père et, pour mieux se rendre compte des per- 
fectionnements à apporter à son art, apprit à jouer d'un certain 
nombre d'instruments. La première amélioration qu'il effectua s'ap- 
pliqua aux clarinettes. Puis, ayant trouvé la loi des proportions qui 
régit les timbres, il vint fonder à Paris en 1842 un nouvel établis- 
sement. Là, au milieu de difficultés sans nombre, de spoliations, de 
procès que lui suscitèrent ses rivaux, il classa en familles les instru- 
ments du même ordre; perfectionna le hugle, auquel il donna le nom 
de saxhorn; inventa le saxotromba, le saxophone, le saxotuba, et en gé- 
néral tous les instruments qui portent son nom; simplifia la notation 
écrite par l'emploi d'une clef unique, etc., etc. M. Adolphe Sax a été 
nommé professeur de saxophone au Conservatoire de Paris. 

SCARLA (Emile), chanteur allemand, né en Styrie vers 1838, prit 
des leçons de Garcia à Londres, et débuta au théâtre de Dessau. 
Après avoir chanté à Leipsick et à Dresde, il fut engagé à l'Opéra 
de Vienne, où sa voix remarquable de basse profonde lui a valu de 
grands succès. Il a été appelé à créer, dans cette dernière ville, le 
rôle de Wotan de l'Anneau des Niebelungen. 

SCARLATTI (Le chevalier Alexandre), célèbre compositeur italien, 
né àTrapani (Sicile) en 1649, mort à Naples en 4725, fut d'une rare 
fécondité. 11 n'écrivit pas moins de cent quinze opéras, environ deux 
cents messes, une quantité considérable de cantates, de morceaux 
d'église, etc., etc. Son premier opéra connu est VOnesta nelV amore, 
qu'il composa pour la reine Christine de Suède, dont il était le maître 
de chapelle à Rome en 1680. Dans sa Teodora (Rome, 1693), se trou- 
vent deux innovations musicales : le retour au thème primitif, connu 
depuis sous le nom de Da Capo, et l'accompagnement du récitatif par 
l'orchestre. Scarlatti fut ensuite maître de chapelle à la cour du roi de 



SAX — SCHROEDER-DEVRIENT. 327 

Naples, puis il passa à Sainte-Marie Majeure de 1703 à 1709, et revint 
à Naples reprendre ses précédentes fonctions. De plus, il enseigna la 
musique dans les conservatoires de San-Onufrio, dei Poveri di Gesu 
Cristo et de Loreto ; Durante et Hasse furent ses élèves. Parmi ses 
opéras connus, Laodicea e Bérénice, il Figlio délie selve, la Caduta 
de'decemviri, il Medo^ il Tigrane, passent pour être les plus remar- 
quables. 

SCARLATTI (Domimque), compositeur et claveciniste célèbre, fils 
du précédent, naquit à Naples en 1683 et mourut à Madrid en 1757. 
Élève de son père et de Gasparini à Rome, il composa plusieurs opé- 
ras : la Silv ia,Tetide in ScirOjAmor d'un' ombra e Gclosie d'un' aura, etc. ^ 
mais c'est surtout par son talent sur le clavecin et par ses composi- 
tions sur cet instrument qu'il est resté célèbre. Le nombre de ses 
pièces est énorme. M. Farrenc en a publié environ cent trente des 
plus remarquables dans le Trésor des pianistes. 

SCHNEIDER (Jean-Chrétiein-Frédéric), compositeur et profes- 
seur, né le 3 janvier 1786 à Waltersdorf, mort à Dessau le 23 no- 
vembre 1833, commença à se faire entendre avec succès sur le clavecin 
en 1803. Directeur delà Société de chanl de Zittau en 1804, professeur 
de chant à l'école libre du Conseil de Leipsick en 1806, organiste de 
l'Université en 1807, il se produisit alors comme compositeur. En 
1813, nommé organiste de Saint-Thomas, il fit paraître d'impor- 
tants omTages, et en fit exécuter un grand nombre lorsqu'il fut 
devenu directeur de musique du théâtre de Leipsick. Sa réputation 
s'accroissant chaque jour, il fut nommé maître de chapelle du prince 
d'Anhalt-Dessau en 1821. En 1829, Schneider fonda à Dessau un 
institut musical qui forma plus tard de bons élèves. C'est lui qui fut 
choisi pour diriger les grands festivals de Magdebourg (1825), Nu- 
remberg (1828), Strasbourg (1830), Halle (1830, 1835), Halberstadt 
(1833), Potsdam (1834), Dessau (1835), AVittenberg (1836,1846), Coe- 
then (1840), Coblentz (1840), Hambourg (1841), Meissen (1844), 
Zerbst (1847), Lubeck (1847). Les œuvres de Schneider sont excessi- 
"vement nombreuses, et quoiqu'il n'ait pas écrit pour le théâtre, il 
passa pour le chef de l'école allemande de son temps. 

SCHRŒDER-DEVRIENT (Guilhelmine), célèbre cantatrice drama- 
tique allemande, née à Hambourg le 6 décembre 1804, morte le 
26 janvier 1860 à Cobourg, débuta dès l'âge de cinq ans dans le 
corps de ballet du théâtre de Hambourg ; à dix ans, fit partie dn 



328 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

ballet d'enfants du théâtre impérial de Vienne ; joua la tragédie à 
seize ans, et enfin parut quelques jours après dans la Flûte enchantée 
de Mozart. Le succès qu'elle obtint dans cet opéra décida de sa car- 
rière. A Vienne et à Berlin elle s'attira les plus grands éloges. En 
1829, elle vint à Paris avec une troupe allemande, et Fidelio, Eu- 
riante,Don Juan, etc., furent pour elle l'occasion d'autant de triomphes. 
Après avoir commis la faute de chanter quelque temps au théâtre 
Italien, qui ne convenait pas à son talent, elle alla récolter de nou- 
veaux applaudissements à Londres. En 1847, sa voix s'altéra, et 
depuis lors, si l'on en excepte quelques belles représentations à 
Copenhague (1847), son talent et ses succès allèrent décroissant. Elle 
chanta cependant longtemps encore dans les concerts. 

SCHUBERT (Franz-Pierre), compositeur célèbre, né à Vienne (Au- 
triche) le 31 janvier 1797, mort en cette ville le 19 novembre 1828, 
reçut ses premières leçons de musique de Michel Holzer, à Fâge de 
sept ans. En 1808, il entra au chœur de la chapelle impériale et eut 
pour maîtres Rueziezka et Salieri. Ensuite il étudia seul d'après les 
maîtres. Sa vie fut très modeste et fort retirée. Vivant au milieu de 
sa famille, dont chaque membre était plus ou moins musicien, il ne 
fit jamais que de courts voyages. Il commença à composer de très 
bonne heure et son œuvre est considérable, eu égard au peu de 
durée de son existence. Écrivant très rapidement, sans revoir ses 
ouvrages, il laissait déborder ses pensées, les poursuivant sous toutes 
les formes, dans tous les développements que lui fournissait sa riche 
imagination. Aussi, malgré la variété de son style, malgré son ori- 
ginahté distinguée, pleine de sentiment et de charme, se laissait-il 
aller parfois à des longueurs, à des redites, comme si, trop épris du 
thème qu'il traitait, il ne pouvait se résoudre à l'abandonner. Schu- 
bert écrivit quinze opéras restés manuscrits : Rosamojide, les Amis de 
Salamanque, la Caution, etc., dont quelques-uns ont été représentés 
avec succès ; un grand nombre de messes et de musique pour l'éghse ; 
des trios, quatuor, quintettes très remarquables ; une quantité de 
sonates et de pièces pour le piano ; enfin, une innombrable quantité 
de mélodies, ballades, chansons, etc., dont deux cents environ sont 
très connues, un grand nombre même célèbres ; le reste a été dis- 
persé et n'a pas encore été retrouvé. Parmi ces dernières compo- 
sitions, véritables créations d'un genre nouveau, et le plus beau titre 
de gloire de Schubert, il faut citer : l'Adieu, VAve Maria, la Séré- 
nade, le Roi des aulnes, la Religieuse, le Voyageur, la Mer, Marguerite 



SCHUBERT — SCHUMANN. 329 

au rouet, etc., qui sont aujourd'hui populaires. Un charmant opéra 
de Schubert, traduit en français par V. Wilder sous le nom de Croi- 
sade des dames, a été représenté à Paris au théâtre des Fantaisies- 
Parisiennes vers 1868, avec un très grand succès. 

SGHULHOFF (Jules), pianiste et compositeur pour son instru- 
ment, né à Prague le 2 août 1825, eut pour maîtres Kisch, Te- 
desco et Tomascheck, et travailla seul ensuite à se ^aire un talent 
original. En 1845, il donna chez Érard, à Paris, son premier con- 
cert et causa une vive sensation. Son talent et ses compositions 
furent vite appréciés, et, depuis ce temps, l'éminent artiste n'a 
cessé de parcourir l'Europe avec les plus grands succès. Au nombre 
de ses compositions pour le piano, on remarque un galop, Frague^ 
deux scherzos j le Tournoi, etc. 

SCHUMANN (Robert), compositeur romantique des plus célèbres 
et critique musical distingué, né à Zwickau (Saxe) le 8 juin 18i0, 
mort fou à Eudenich près Bonn, le 29 juillet 1856, ne manifesta dans 
son enfance aucune disposition particulière pour la musique. Ce fut 
seulement en entendant Moschelès dans un concert à Carlsbad, en 
1819, qu'il ressentit la première impression de cet art; impression 
si vive, qu'elle décida du sort de toute sa vie. Le jeune Schumann se 
mit alors à l'étude du piano avec une ardeur fébrile ; il organisa de 
petits concerts dans la maison paternelle , et commença à composer 
d'instinct. Les choses durèrent ainsi jusqu'à la mort de son père 
(1826). A cette époque, sa mère exigeant qu'il fît son droit, il dut 
se rendre à l'Université de Leipsick (1828). Mais, durant les trois 
années qu'il y passa, il étudia plus le piano avec Frederick Wieck, 
il fit plus de poésie et de littérature, qu'il ne s'occupa des Pandectes. 
En 1830, il se décida enfin à annoncer à sa mère sa résolution d'em- 
brasser la carrière artistique. Ce parti une fois pris, il se livra sur 
le piano à une gymnastique de doigts si forcenée, que sa main 
droite en resta pour toujours paralysée. Schumann, renonçant alors 
forcément à la carrière de virtuose, se mit à étudier les règles de la 
composition sous la direction de Dorn. Des opinions ultra-romantiques 
avaient, dès 1831, poussé Schumann dans la voie de la critique. En 
i83l4, il fonda un journal : la Neue Zeitschrift fur Music, et y défendit 
pendant dix ans ses doctrines, attaquant, avec une verve digne d'une 
meilleure cause, les antiques traditions de l'art, qu'il appelait des 
vieilleries. En 1840, après une longue attente, il parvint à épouser 



330 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Clara Wieck, pianiste distinguée, fille de son hôte et professeur. 
Son talent se ressentit de cette union. Quelques-unes de ses plus 
belles pages : Kreizleriana^ Die Lavisbiindler, les Novelettes ] pour le 
piano ; trente-huit de ses plus beaux Lieder datent de cette époque. 
Cependant, dès 1833, Schumann avait été atteint d "une maladie ner- 
veuse. Il s'était rétabli, mais en 1845 il éprouva une rechute, causée 
par un excès de travail. Cette fois la guérison fut plus difficile. Quel- 
ques voyages à Vienne et à Berlin, la bienfaisante influence d'une 
union heureuse et le repos apportèrent une sensible amélioration à 
son état ; pourtant il resta en proie à une surexcitation excessive. Ce 
fut sous cette influence qu'il écriVii Manfred, Faust, etc., après avoir 
donné son unique o^ém Geneviève {\ 848) ; produisant avec une fiévreuse 
activité la Symphonie rhénane, les ouvertures de la Fiancée de Messine, 
de Jules César, d'Hermann et Dorothée; la Malédiction du chanteur, etc. 
De si lourds travaux, accomplis dans un état de santé déjà déplorable, 
devaient amener fatalement la perte de Schumann. En effet, la ma- 
ladie le reprit en 1851, et alla toujours grandissant jusqu'en 1854. 
Dès lors les hallucinations ne le quittèrent plus. Le 7 février de cette 
même année, au milieu de la nuit, il quitta tout à coup ses amis pour 
aller se jeter dans le Rhin. Quand on le retira, il était fou : il fallut le 
mettre dans une maison de santé, et peu de temps après il y mourut. 
La musique de Schumann fut le reflet de son état mental. Fantasque, 
bizarre, d'un sentiment maladif, mais profondément passionnée, elle 
atteint presque toujours jusqu'aux plus beaux accents de l'émotion, 
mais laisse dans l'esprit on ne sait quelle vague tristesse, quelle 
sorte d'inquiétude énervante et presque douloureuse. Quoi qu'il en 
soit, Paradis et Péri, la Vie d'une rose, l'Amour du poète, l'Amour d'une 
femme, les Lieder, les Novelettes, la Fantaisie dédiée à Listz, etc., 
sont et seront toujours des chefs-d'œuvre. Dans la musique sympho- 
nique, Schumann s'est montré moins supérieur. Malgré leurs réelles 
beautés, ces œuvres pèchent presque toutes par une orchestration 
sourde, terne et quelque peu confuse. 

SCHUMANN ( Clara- JosÉPHiiXE WIECK, épouse), femme du précé- 
dent, pianiste distinguée et compositeur, naquit à Leipsick le 13 sep- 
tembre 1819, et reçut des leçons de son père, Frederick Wieck, qui 
fut le maître de Schumann. Elle fit à onze ans sa première tournée artis- 
tique avec un certain succès ; mais ce fut en 1 837, dans un autre voyage, 
à Vienne et à Berhn, puis à Paris en 1839, qu'elle mit le comble à sa 
réputation. Après son mariage avec Schumann en 1840, son activité 



SCHUMANN — SÉJAN. 331 

se ralentit. Elle ne parut plus dans les concerts qu'à Leipsick jus- 
qu'au jour où la mort de son mari vint la contraindre à reprendre 
sa carrière de virtuose et ses tournées artistiques. M™" Clara Schu- 
mann retrouva sans peine ses anciens succès. Elle a publié un certain 
nombre d'œuvres pour le piano et quelques mélodies qui sont très 
remarquables. 

SCHUTZ (Henri, en latin Sagittarius), musicien célèbre, regardé 
comme le père de la musique allemande, naquit à Koesteritz en 1 585 
et mourut à Dresde en 1672. Il fit ses études musicales à Venise sous 
la direction de Gabriel! et y publia son premier ouvrage, composé de 
madrigaux à cinq voix (1611). En 1615, il fut appelé à Dresde par 
l'électeur de Saxe, Jean-Georges l", comme maître de sa chapelle ; il 
garda ce titre jusqu'à sa mort, malgré les voyages en Italie et en 
Danemark que la guerre le contraignit à entreprendre. Son œuvre 
général est rempli de défauts; mais une hardiesse et une élégance 
rares, une expression juste, une grande originalité de rythmes, en 
font un des monuments les plus intéressants de l'art. Il se compose 
de motets, madrigaux, messes, psaumes, petits concerts spirituels, 
symphonies, etc. 

SCUDO (P.), critique et musicographe, né à Venise le 8 juin 1806, 
mort à Blois le 14 octobre 1864, entra à dix-neuf ans à l'école musi- 
cale de Choron. Il fut désigné en 1824, plutôt à cause de sa natio- 
nalité que par la beauté de sa voix, pour chanter dans il Viaggio a 
Reims, opéra de Rossini, composé pour le sacre de Charles X. Scudo 
se livra ensuite à la critique musicale. Les publications dans les- 
quelles il a écrit sont : la Revue et Gazette musicale, la Réforme, la 
Revue de Paris, la Revue indépendante, la Revue des deux mondes, etc. 
Il a aussi publié un roman musical intitulé le Chevalier Sarti et 
plusieurs romances : le Fil de la Vierge, l'Eirondelle et le Prison- 
nier, etc., etc. 

SÉJAN (Nicolas), organiste célèbre, né le 19 mars 1745 à Paris, 
mort le 16 mars 1819, fut organiste à Saint-André des Arts (1760); 
l'un des quatre organistes de Notre-Dame (1772); organiste de Saint- 
Sulpice (1774) et organiste de la chapelle royale (1789). Il perdit 
tous ses emplois à la Révolution. Mais, en 1807, il obtint l'orgue des 
Invalides et, en 1814, celui de la chapelle royale. Au point de vue 
du style, il fut le meilleur organiste de soniemps. 



332 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

SEMET (Théophile- Aimé-Émile), compositeur dramatique, né à 
Lille le 6 septembre 1824, fut admis au Conservatoire en 1845; puis, 
ses éludes terminées, se livra à l'enseignement et occupa l'emploi 
de timbalier à l'Opéra. M. Semet fit son premier essai au théâtre 
avec les airs de vaudeville qu'il composa pour une pièce des Varié- 
tés intitulée la Petite Fadette^ tirée du roman de George Sand (1830). 
Ensuite il donna au théâtre Lyrique : les Nuits d'Espagne, qui obtin- 
rent un grand succès (1857) ; la Demoiselle d'honneur, qui fut moins 
heureuse, à la fin de la même année ; Gil Blas, avec lequel il se re- 
leva brillamment (1860) ; Ondine, ouvrage faible qui n'eut que quel- 
ques représentations. A l'Opéra-Comique il donna une nouvelle Pe- 
tite Fadette, qui n'avait que le fond du sujet de commun avec la 
première (1869). Depuis ce temps il n'a rien fait représenter au 
théâtre. 

SENFEL (Louis), un des plus célèbres compositeurs allemands du 
seizième siècle, naquit à Bâle vers la fin du quinzième siècle et fut 
d'abord sopraniste de la chapelle de Maximilien I", empereur d'Al- 
lemagne. Après avoir reçu des leçons de Henry Isaac, il entra au ser- 
vice particulier de ce prince comme compositeur et mit en musique 
pour lui les Odes d'Horace. A la mort de Maximilien I", il passa au 
service du duc Guillaume de Bavière comme maître de chapelle, et y 
demeura jusqu'à la fin de sa carrière. L'œuvre de ce savant musicien 
se compose de messes, motets, psaumes, chansons, etc. 

SERAS SI (Joseph), célèbre facteur d'orgues, né à Bergame en 
1750 et mort en 1817, se servit le premier des réservoirs à vent, qui 
régularisent l'action de l'air dans les tuyaux des orgues, et construisit, 
entre autres instruments remarquables, les orgues doubles et jumel- 
lées de Saint-Alexandre de Colonne, à Bergame, qui, placées en face 
l'une de l'autre à une distance de cinquante mètres environ, pou- 
vaient être jouées séparément ou réunies dans la même main par un 
mécanisme souterrain aussi précis qu'ingénieux, et l'orgue de l'An- 
nunziata de Como, qui passe pour être son chef-d'œuvre. 

SEROW (Alexaxdpxe), compositeur dramatique russe très renommé, 
né vers 1820, mort en 1871, fut d'abord magistrat et apprit presque 
seul la musique. Admirateur ardent de la dernière manière de Bee- 
thoven et des doctrines de Richard AVagner, le but de ses efforts fut 
d'établir en Russie un système musical nouveau, ayant pour base 
les anciens modes grecs, auxquels seraient appliquées les immenses 



SEMET — SIEG. 333 

ressources de l'art moderne. Tl répandit ces doctrines autant par la 
plume que par la parole. (Des idées analogues ont été préconisées en 
France dans ces dernières années, par M. Bourgault-Ducoudray.) 
Tout en se livrant à ces travaux, Serow ne négligea pas la composition. 
Il donna successivement, avec un grand succès : Judith, opéra bibli- 
que (1863), et Rognéda, opéra national (1865), à Saint-Pétersbourg. 
11 mettait la dernière main au Pouvoir du diable, lorsqu'il mourut 
subitement. 

SERPETTE (HENRi-CuARLEs-ANTOiiNE-GASTON), compositcur, né à 
Nantes le 4 novembre 1846, entra au Conservatoire en 1869, dans 
la classe de composition de M. Ambroise Thomas, et remporta le 
premier grand prix de Rome en 1871 . A son retour d'Italie, il se livra 
à la composition et donna successivement plusieurs opérettes : la 
Branche cassée (Bouffes-Parisiens, 1874); le Manoir de Pic-Tordu 
(Variétés, 1875); le Moulin du Vert-Galant et la Petite Muette (Bouf- 
fes, 1876^ 1877); la Nuit de Saint-Germain (Fantaisies-Parisiennes, 
1880) ; etc. 

SERVAIS (Adrien-François), célèbre violoncelliste, né à Hall (Bel- 
gique) le 6 juin 1807, mort en cette ville le 26 novembre 1866, fit ses 
études musicales au Conservatoire de Bruxelles et y apprit le violon- 
celle sous la direction de Platel. En moins d'un an, il obtint le pre- 
mier prix de cet instrument et devint par la suite le répétiteur de 
son maître. Après une courte apparition à Londres en 1834, Servais, 
de retour en Belgique, travailla avec ardeur à acquérir les qualités 
brillantes qui le distinguèrent plus tard. En 1836, il se rendit à Paris, 
parcourut la Hollande et depuis cette époque n'a pas cessé de voyager 
en Europe avec le succès le plus éclatant. Il fut nommé professeur de 
violoncelle au Conservatoire de Bruxelles, en 1848. Servais a publié 
des concertos, des fantaisies, des études, etc., pour son instrument. 

SIEG (Charles-Victor), compositeur, fils d'un organiste, est né 
àTurckheim (Haut-Rhin) le 8 août 1837, a fait ses études musicales 
au Conservatoire de Paris et y a obtenu diverses récompenses. En 
1864, il remporta le premier grand prix de Rome et se consacra à 
l'enseignement et à la composition. M. Victor Sieg a pubhé, pour 
le piano : Trois Impromptus^ Tarentelle, Caprice-Valse, etc. Il est au- 
jourd'hui organiste à l'église Saint-Merri et inspecteur de l'ensei- 
gnement du chant dans les écoles communales de la ville de Paris. 

22 



334 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

SIGHICELLI, nom d'une famille de violonistes italiens dont les 
membres les plus connus sont: Philippe (1686-1773); Joseph (1737- 
1826} ; Charles (1772-1806) ; Antoine, né en 1802, et Vincent, né en 1830. 

SILAS (Edmond), pianiste et compositeur, né à Amsterdam en 1827, 
se fit entendre en public dès l'âge de dix ans. S'étant rendu à Paris 
en 1842, il entra au Conservatoire et y remporta le premier prix 
d'orgue en 1849. En 1830, il partit pour Liverpool, où il obtint de 
brillants succès commo pianiste et comme compositeur. A Londres 
il fut plus discuté et pourtant s'y fixa. On connaît de lui une Messe 
couronnée au concours international ouvert en 1866; Joas, oratorio 
(Norwich, 1863), une symphonie exécutée à Londres, etc. 

SILBERMANN, nom d'une famille allemande de facteurs d'orgues 
et de pianos, dont les membres principaux furent : André (1678-1734); 
Godefroid{\Q83-ilo3); Jea7î-André{\li2-ilS3] ; Jean-Dcmiel {il il- il 66); 
Jean-Henri (1727-1799). 

SILCHER (Frédéric), compositeur et directeur de musique à Tu- 
bingue, né le 27 janvier 1789 à Schnaith (Wurtemberg), mort à 
Stuttgard le 26 août 1860, s'est spécialement acquis une légitime 
renommée, par ses compositions chorales pour voix d'homme, qui 
sont populaires en Allemagne. 

SIVORI (Ernest-Camille), violoniste virtuose célèbre, né à Gênes 
le 25 octobre 1813, élève de Costa et de Paganini, dont il est le bril- 
lant imitateur, vint à Paris en 1827 remporter ses premiers succès. 
Après un heureux voyage en Angleterre, il revint à Gênes étudier 
les règles de la composition avec Jean Serra, et continua ses voyages 
artistiques quelques années après. Toutes les principales villes d'Eu- 
rope et des deux Amériques assistèrent successivement à ses triom- 
phes. D'une virtuosité prodigieuse et doué d'une qualité de son 
supérieure, M. Sivori n'est pas moins remarquable par le sentiment 
et par le style. On cite parmi ses compositions: deux Concertos; 
Tarentelle napolitaine; les Carnavals de Cuba, du Chili, Américain; 
les variations sur /e Pirate et /a Somnambula; les Folies espagnoles; 
Souvenirs de Norma, etc., etc. 

SOMIS ( Giovanni-Cattista } , fameux violoniste piémontais, né 
en 1676, mort en 1763 à Turin, se rendit de bonne heure à Rome 
et à Venise pour s'y perfectionner au contact des grands maîtres. 



SIGHICELLI — SONTAG. 335 

Après avoir reçu quelques conseils de Vivaldi et de Corelli il revint 
à Turin, où le roi de Sardaigne le nomma premier violon et directeur 
de sa chapelle et de sa chambre. — La fille de ce grand artiste, Maria- 
Cristina Somis, cantatrice distinguée, épousa le peintre Carie Vanloo, 
et vint avec lui à Paris en 1734. Sa grande beauté, sa voix admirable 
et son talent accompli lui valurent à la cour et dans le monde les 
succès les plus flatteurs. 

SONTAG ou SONNTAG (Henriette-Gertrude-Walpurge), comtesse 
ROSSI, célèbre cantatrice, naquit à Coblentz le 3 janvier 1806 et 
mourut à Mexico le 17 juin 1854. Fille d'artistes dramatiques, elle 
débuta à la scène dès l'âge de cinq ans, dans le rôle de Salomé des 
Donau Weibchen, à Darmstadt, et continua d'y paraître à chaque occa- 
sion jusqu'à l'âge de onze ans. Elle entra alors au Conservatoire de 
Prague, où elle travailla avec ardeur pendant quatre ans. Un premier 
succès obtenu en chantant à l'improviste Jean de Paris la fit aller à 
Vienne, où elle chanta tantôt à l'Opéra allemand, tantôt au théâtre 
Italien, jusqu'en 1824. M"« Sontag fut appelée ensuite à Leipsick, 
et c'est de cette ville que datent ses premiers triomphes. Elle y fut 
admirable dans Euryanthe et dans le Freyschùtz, quoique son ta- 
lent fût plutôt de nature italienne. Berlin voulant aussi l'entendre, 
elle chanta au théâtre de Kœnigstadt et sa renommée se répandit 
bientôt partout. Ce fut dans cette ville qu'elle connut le comte Rossi, 
ambassadeur de Sardaigne à Berlin, personnage qu'elle épousa plus 
tard. En 1826, elle vint à Paris. Là, le Barbier de Séville, Vltaliana in 
Algeri, etc., lui valurent d'éclatants succès; aussi fut-elle plus fêtée 
encore à son retour à Berlin. M"» Sontag revint à Paris de 1828 à 1830 
et pendant ces deux années elle fut, avec M°i« Malibran, la gloire du 
théâtre Italien. Il y eut bien pendant quelque temps une rivalité 
tendue entre ces deux femmes, rivalité qui faiUit amener des inci- 
dents fâcheux. Mais, fort heureusement pour elles et pour l'art, ce 
sentiment s'adoucit, et il ne resta plus entre elles qu'une noble émula- 
tion. Semiramide et Tancrcdi les virent paraître côte à côte ; l'ensemble 
en fut merveilleux. En 1830, M^^^ Sontag, devenue comtesse Rossi, 
quitta le théâtre non sans avoir donné, à Paris et à Berlin, d'écla- 
tantes représentations d'adieu. Elle chanta encore dans des concerts 
à Pétersbourg et à Moscou, puis cessa de paraître en public. De 1837 
à 1848, elle habita la Russie avec son mari. Après cette époque, des 
revers de fortune l'ayant obligée à reprendre sa carrière d'artiste, 
Bruxelles, Londres, Paris, l'applaudirent encore. En 1852, elle se 



336 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

rendit en Amérique. Son voyage, des plus heureux, n'était qu'une 
série de triomphes, lorsqu'en 18c4, à Mexico, oii elle était engagée 
pour une somme considérable, elle fut prise du choléra après une 
brillante représentation de Lucrezia Borgia; elle succomba en six 
jours. 

SONTHEIM (Henri), chanteur allemand, né en Wurtemberg, dont la 
belle voix de ténor a fait, pendant de longues années, les déhces de 
la cour de Stuttgard, où il était engagé à vie, excellait dans les opé- 
ras français : la Juive, la Dame blanche, les Hugueyiots, Guillaume 



SORIA (Jules DIAZ de), chanteur distingué, né à Bordeaux, d'une 
famille originaire du Portugal, entra à huit ans comme soHste de 
chœur à la synagogue de cette ville, et à douze à la société Sainte- 
Cécile. Plus tard M. de Soria, ayant embrassé la carrière commer- 
ciale, voyagea pour une maison importante. Ce fut dans ces tournées 
d'affaires qu'il se fit entendre à Marseille et en Italie, devant les plus 
grands musiciens. Il parcourut ensuite la France avec un succès 
retentissant : à Paris (1873), il parut aux côtés de M"'^ Carvalho; en 
province, il se fit entendre avec MM. Planté, Sivori, M^^® Marimon, etc. 
En Turquie, en Russie, en Grèce, à Nice, où il joua Hamlet; à Lon- 
dres, etc., ses triomphes ne furent pas moins grands. Verdi, Merca- 
dante lui ont décerné les plus grands éloges ; Gounod a composé pour 
lui deux charmantes pièces et Félicien David le tenait en haute 
estime. Enfin il n'est point de succès que ne connaisse ce baryton 
amateur, qui n'est rien moins qu'un grand artiste. 

SPOHR (Louis), compositeur et violoniste allemand, né à Brunswick 
le 5 avril 1784, mort à Cassel le 22 novembre 1859, reçut tout jeune 
encore des leçons de Maucourt à Brunswick, puis du grand violo- 
niste François Eck. En 1802, il fit un voyage de dix-huit mois en 
Russie avec ce maître et revint à Brunswick terminer ses études. 
En 1804, il quitta cette ville pour se faire connaître comme virtuose 
et compositeur en Prusse et en Saxe. Les brillants succès qui l'ac- 
cueillirent à ce double titre lui valurent la place de maître de concert 
à la cour de Gotha (1805). Spohr se maria peu de temps après et 
se rendit à Vienne avec sa femme, Dorothée Scheidler, harpiste des 
plus distinguées. On lui offrit alors la place de directeur d'orchestre 
au théâtre de la Wien; il l'accepta. Mais ayant éprouvé quelques 
difficultés à faire représenter son Faust, il se retira (1816). Faust 



SONTHEIM — SPOiNTINI. 337 

ne fut joué qu'en 1818 à Francfort. Spohr visita ensuite l'Italie. 
A son retour il fut nommé directeur du théâtre de Francfort avec le 
titre de maître de chapelle. Après avoir pris possession de ses fonc- 
tions, il fit un voyage à Paris, mais dans cette ville il ne produisit 
pas la sensation que semblait promettre sa réputation : son talent 
hors ligne, mais froid et sans originalité, laissant le public indifférent. 
A Londres (1819), il fut plus heureux, ses succès furent brillants et le 
bruit s'en étant répandu en Allemagne, il fut nommé, à son retour, 
maître de chapelle du duc de Hesse-Gassel (1822), place qu'il conserva 
jusqu'à sa mort. Spohr eut une grande renommée en Allemagne. Ce 
fut lui que l'on choisit pour diriger les festivals de : Halberstadt (1828 
et 1835), Nordhausen (1829), Aix-la-Chapelle (1840), Lucerne (1841), 
Brunswick (1844), Bonn (1845), etc., etc. Spohr exerça sur l'école alle- 
mande du violon l'influence la plus heureuse et forma d'excellents 
élèves. Son œuvre comprend environ cent soixante ouvrages, dont 
neuf opéras, parmi lesquels on remarque Jessonda (Cassel, 1823), 
quatre oratorios, des symphonies, et une grande quantité de musique 
de chambre, de violon, de piano, etc. 

SPONTINI (Louis-Gaspard-Pacifique, comte de SANTA-ANDREA), 
célèbre compositeur dramatique itahen, né le 14 septembre ou no- 
vembre 1774 à Majolati (États-Romains), mort en ce village, le 24 jan- 
vier 1851, fut destiné d'abord par ses parents à l'état ecclésiastique. 
Mais entraîné par l'instinct qui le poussait vers la musique, il se sauva 
de chez un oncle paternel, curé de la succursale de Jési, chez lequel 
on l'avait placé, et se réfugia, à Monte San Vito, auprès d'un frère de 
sa mère, qui l'accueillit avec bonté et lui fit donner quelques leçons. 
Il entra ensuite au Conservatoire de la Pieta dei Turchini à iNaples, 
en 1791, et y devint bientôt maestrino, ce qui correspond chez nous 
au titre de répétiteur. Pendant ce temps il faisait exécuter ses petites 
œuvres dans les couvents des environs. En 1796, sur les sollicitations 
de Sismondi, directeur du théâtre Argentina à Rome, il quitta furti- 
vement le Conservatoire pour aller écrire dans cette ville son premier 
opéra, il Puntigli délie donne. L'ouvrage eut du succès, et, malgré 
le scandale causé par l'escapade du jeune artiste, Piccini le fit 
rentrer au Conservatoire et le dirigea même dans la composition de 
VEroismo ridicolo (Rome, 1797), opéra qui fut bientôt suivi de sept 
autres : ilMnto Pittore (Rome, 1798), il Teseo riconosciuto, Vlsoladisa- 
hitata et CM piu guarda men vede (Florence, 1798); l'Amore segreto, 
la Fuga in maschera et la Finta filosofa (Naples, 1799). A cette époque, 



338 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

l'armée française ayant envahi le territoire de Xaples, Spontini se 
rendit à Palerme avec sa famille et y donna, en 1800, trois opéras : 
I Quadrl Parlanti, Sofronia e Olindo et gli Elisi delusi. De retour sur 
le continent, il écrivit successivement : gli Amanti in cimento (Rome, 
1801); la Principessa d'Amalfi ou Adelina Senese eile Metamorfosi di 
Pasquali (Venise, 1802), et partit pour Paris, où il arriva en 1803, après 
un séjour de quelque temps à Marseille. Pour se faire connaître, il 
commença par choisir dans ses meilleurs opéras la Finta filosofa, qui 
avait été bien accueillie en Italie, et la donna au théâtre Italien en 
février 1804. Puis, passant à l'Opéra-Comique, il y donna en mars 
Jidie, puis la Petite Maison, ouvrage nouveau qu'un tableau licencieux 
fit tomber avant la fin de la première représentation, en mai de la 
même année; Milton, dont le sort fut plus heureux, en novembre; 
enfin, en mars 1805, une reprise de sa Julie avec de notables chan- 
gements. Le froid accueil fait à ces ouvrages, Milton excepté, donna 
à réfléchir à Spontini. Il comprit que les Parisiens étaient moins faciles 
à contenter qu'il ne l'avait cru d'abord, et qu'ils voulaient dans la 
musique de thécître plus de qualités substantielles, plus de vérité 
dans l'expression dramatique, que l'on n'en demandait en Italie. Il 
s'efforça dès lors de satisfaire aux exigences de ces nouveaux juges; 
mais à peine eut-il commencé à transformer son style, qu'il se trouva 
en présence d'une opposition formidable. Le parti des compositeurs 
français, lassé de voir ses propres théâtres, l'Opéra-Comique en par- 
ticulier, envahis par des Italiens venus à Paris chercher fortune, 
se leva tout entier pour lui barrer la route. La lutte fut vive et 
acharnée et rappela celle des Bouffons. A Spontini, qui présentait 
la Vestale, le parti français opposa Lesueur et sa Mort d'Adam, 
dont la partition était presque achevée. Lesueur allait l'emporter, 
lorsqu'un retard dans la livraison de la Mort d'Adam et l'inter- 
vention puissante de l'impératrice Joséphine, qu'une cantate élo- 
gieuse de Spontini, VEccelsa Gara, avait bien disposée en sa faveur, 
vinrent donner gain de cause au compositeur italien. Le 15 décem- 
bre 1807, malgré les clameurs du dehors, malgré la malveillance 
notoire des exécutants, et, il faut bien le dire aussi, malgré l'inexpé- 
rience du compositeur dans un art encore nouveau pour lui, la Ves- 
tale fit une brillante apparition à l'Opéra, devant une foule enthou- 
siasmée jusqu'au délire. Cette fois encore la vivifiante influence de 
Paris avait accompli son œuvre. Du compositeur médiocre qui avait 
écrit Julie, elle avait fait en peu de temps un auteur illustre, et l'art 
comptait un chef-d'œuvre de plus. Le succès de la Vestale M un évé- 



SPONTINI. 339 

nement si considérable, qu'on en oublia pendant quelque temps la 
gravité des événements politiques à l'extérieur; et Méhul, Grétry, 
Gossec et Lesueur lui-même, décernèrent à cet ouvrage le prix dé- 
cennal de l'Institut, fondé par Napoléon. Après la Vestale, Spontini 
donna à l'Opéra Fernand Cortez, dont le succès ne fut pas moins grand 
et qui mit le comble à sa renommée. On lui confia en 1810 la direc- 
tion du théâtre Italien, alors à l'Odéon, et réuni à la Comédie, admi- 
nistrée par Alexandre Duval. Malheureusement la caisse des deux 
entreprises était commune et les bénéfices réalisés par Spontini furent 
dévorés par son collègue. Le croirait-on? M. de Rémusat, alors minis- 
tre, ne trouva qu'un seul remède à cet état de choses : il renvoya Spon- 
tini (1812)! La Restauration lui rendit son privilège, mais Spontini 
préféra se retirer moyennant une indemnité. Il donna encore à l'O- 
péra Pelage ou le Roi de la paix, ouvrage de circonstance qui ne fit 
aucun effet (1814), et les Dieux rivaux, opéra-ballet qui ne fut pas plus 
heureux (1816); mais il se releva avec les Danaïdes de Salieri, qu'il 
arrangea en y ajoutant de nouveaux morceaux (1817). En 1819, parut 
Olympie, la partition préférée de Spontini. Cet opéra, malgré toutes 
ses beautés, n'obtint pourtant pas de succès. En 1820, il se rendit 
en Prusse, où l'appelait un engagement antérieur, comme maître 
de chapelle de la cour et directeur général de la musique. Il signala 
son entrée en fonctions par une marche et chant pour l'anniver- 
saire de la naissance du roi ; puis, trouvant la Vestale et Fernand 
Cortez déjà au répertoire, il donna son Olympie sur une traduction 
allemande et eut le bonheur de la voir cette fois réussir (1821). 
Durant le môme hiver, il écrivit Lalla-Rookh sur un livret tiré de 
Thomas Moore, opéra-ballet qu'il transforma par la suite en opéra, 
sous le titre de Nurmahal ou la Fête de la Rose de Cachemire. En 
1825, il donna Alcidor, qui devait être dans le principe un grand opéra 
et qui ne fut, faute de temps et de poète, qu'un ballet-cantate dont 
lui-même fit le scénario. En 1827, il écrivit un hymne de fête pour 
le couronnement de l'empereur de Russie, et fit exécuter le premier 
acte à' Agnès de Hohenstauffen, opéra qui ne fut terminé qu'en 1837. 
Spontini demeura vingt ans au service de la cour de Prusse ; et 
pendant cette période, s'il réussit à donner aux exécutions musicales 
un lustre et une valeur inconnus jusqu'alors, ce ne fut pas sans avoir 
à soutenir des luttes souvent cruelles contre les nombreux ennemis 
que sa haute situation lui avait suscités. Élu en 1838 membre de l'Aca- 
démie des beaux-arts de l'Institut de France, sous promesse de retour 
à Paris, il y revint en effet en 1840, mais ce fut pour assister à 



340 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

une mauvaise reprise de Fernand Cortez; reprise à laquelle il voulut 
s'opposer par voie de justice, et que cependant il ne put empêcher. 
Spontini fit encore quelques voyages et retrouva à Berlin et à Colo- 
gne de beaux triomphes aux reprises de la Vestale. Durant les der- 
nières années de sa vie, ses facultés s'affaiblirent; il voulut revoir 
son pays natal. Au village même de sa naissance, un refroidis- 
sement l'emporta. Des compositions de Spontini, il n'est resté en 
somme que deux grands ouvrages : la Vestale et 'Fernand Cortez; mais, 
bien que ces chefs-d'œuvre soient aujourd'hui presque tombés dans 
l'oubli, on se rend encore facilement compte, à l'audition des frag- 
ments qu'en donne de temps à autre la Société des concerts du Con- 
servatoire, de l'enthousiasme inouï qu'ils excitèrent jadis. 

STAMATY (Camille-Marie), pianiste et compositeur, né à Rome 
le 23 mars 18 H, mort à Paris le 19 avril 1870, est le fils d'un consul 
de France à Civita-Vecchia, qui mourut en 1818. Sa mère vint se 
fixer à Paris et Stamaty entra dans l'administration de la préfecture 
de la Seine en 1828, Durant ses loisirs, il s'occupait de musique et 
Fessy puis Kalkbrenner lui enseignèrent le piano. En 1831, il quitta 
ses fonctions administratives pour se livrer entièrement à l'art, et fit 
son début en public en exécutant brillamment un concerto de sa 
composition (1835). En 1836, il se rendit en Allemagne, où il se Ha 
avec Mendelssohn et Schumann, qui lui donnèrent quelques conseils. 
Rappelé à Paris par ses élèves, parmi lesquels on compte M. Saint- 
Saens, en 1837, il organisa des séances de musique classique. Sta- 
maty a laissé un concerto, des études, un trio, des fantaisies, etc. 

STAUDIGL (Joseph), chanteur allemand, né à AYollersdorf le 
14 avril 1807, fut engagé comme choriste à l'Opéra de Vienne en 
1828 et se mit à travailler sa remarquable voix de basse. Un jour il 
eut à remplacer au pied levé l'artiste chargé du rôle de Pietro dans 
la Muette de Portici, et s'acquitta si bien de sa tâche, qu'un engage- 
ment de cinq ans en fut le résultat (1830). Staudigl continua à se 
perfectionner sous la direction de Gicimara et fut bientôt en faveur 
auprès du public. En 1841 il se fit entendre à Londres ; et en 1846 il y 
chanta en anglais , ce qui porta l'enthousiasme au comble. Staudigl 
avait quitté le théâtre de la cour de Vienne en 1845 pour entrer comme 
régisseur en premier à celui de la ^Yien. Il y chanta avec Jenny Lind 
à la belle époque où Meyerbeer, Lortsing, Balfe, dirigeaient eux- 
mêmes leurs ouvrages. En 1848, il retourna au théâtre de la cour, 



STAMATY — STEIBELT. 34 I 

mais une injustice l'ayant fait remercier en 1834, il en prit un tel 
chagrin, qu'il devint fou peu de temps après. Il est mort dans une 
maison de santé à Doehling, près Vienne, le 28 mars 1861. Ses 
meilleurs rôles étaient dans Bon Juan, la Flûte enchantée, VEnlève- 
ment au sérail, les Noces de Figaro, Moïse, Robert le Diable, les Hugue- 
nots, Martha, la Juive, etc. 

STEFFANl (Augustin), compositeur célèbre, né à Castelfranco 
(État de Venise) en 1655, mort à Francfort en 1730, chanta à Venise 
dans diverses églises et fut emmené à Munich par un seigneur alle- 
mand charmé de la beauté de sa voix. 11 entra au séminaire, reçut 
la tonsure et prit le titre d'abbé. Bernabei lui ayant appris les 
règles delà composition, il écrivit d'abord plusieurs messes et divers 
morceaux pour l'église. Puis, en 1681, il donna son premier opéra : 
Marco Aurelio, dont le succès lui valut la place de directeur de mu- 
sique de la chambre de l'électeur. En 1685, Servio Tullio mit le 
sceau à sa réputation et le fit rechercher comme maître de chapelle. 
Il choisit celle de Brunswick. Il donna dans cette ville il Solone (1685), 
Alarico in Baltha (1687), Enrico detto il Leone (1689), Alcide (1692), 
Alexandre l'orgueilleux (1695), Roland (1696), Alcibiade (1697), 
Atalante (1698), il Triomfo del fato (1699). Steffani, pendant cette 
période, s'occupa avec succès d'affaires diplomatiques. Par son 
habileté le duc de Brunswick était devenu électeur et architrésorier 
de l'empire. Ce prince obtint à son tour pour Steffani le titre d'évê- 
que de Spiga et la dignité de protonotaire apostolique. Dès lors Stef- 
fani se démit de ses emplois de maître de chapelle et de directeur de 
musique, désigna Haendel pour lui succéder, et abandonna l'art pour 
la politique. 

STEIBELT (Daniel), compositeur et pianiste, né à Berlin vers 1763, 
mort à Saint-Pétersbourg en 1823, fils d'un facteur de pianos, montra 
tant d'aptitudes pour la musique, que Frédéric-Guillaume II, prince 
royal de Prusse, Je mit entre les mains de Kirnberger. Mais l'indis- 
cipline de l'élève ayant bientôt lassé la patience du professeur, Stei- 
belt fut abandonné à lui-même, et se mit à travailler seul, à l'aventure. 
Il publia ses premières œuvres (sonates pour piano et violon) en 1788 
et commença à donner des concerts en Saxe, en Hanovre, à Mannheim, 
puis à Paris. Là il entra en lutte avec Hermann, et surpassa cet habile 
pianiste par l'originalité de son jeu et de ses compositions. M. de Sé- 
gur, qui protégeait Steibelt écrivit pour lui le livret de Roméo et 



342 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Juliette, dont la partition, refusée à TOpéra, fut jouée après quelques 
changements à rOpéra-Comique en 1793. Le succès en fut éclatant. 
Steibelt devint à la mode et eut pour élèves les femmes les plus en 
vue de ce temps. Il quitta Paris en 1798 et se rendit à Londres, oii il 
se maria; puis à Hambourg, Dresde, Prague, Berlin et Vienne, où il 
voulut, mais sans succès, lutter avec Beethoven. En 1800, il revint 
à Paris exploiter la Création de Haydn, en en faisant une traduc- 
tion dont M. de Ségur fit les vers. L'ouvrage fut exécuté ainsi à 
rOpéra le 3 nivôse an IX, et c'est en allant l'entendre que Napo- 
léon faillit périr par l'explosion de la machine infernale. Steibelt et 
M. de Ségur se partagèrent la somme que produisit cet emprunt au 
génie de Haydn. Après avoir donné à l'Opéra le Betour de Zéphire, 
ballet (1802), Steibelt retourna à Londres avec sa femme, y donna 
plusieurs concerts, et fit représenter au théâtre du Roi les ballets 
la Belle Laitière et le Jugement de Paris. En 1806, il revint à Paris et 
y fit jouera l'Opéra la Fête de Mars en l'honneur de Napoléon et partit 
pour la Russie en donnant des concerts sur sa route. Nommé à Saint- 
Pétersbourg directeur de musique de l'Opéra français, il fit représen- 
ter à ce théâtre Cendrillon, Sargines, la Princesse de Babylone, et son 
Bornéo et Juliette, revu et augmenté. Il achevait son dernier ouvrage : 
le Jugement de Midas, lorsqu'il mourut. Steibelt, d'un caractère désa- 
gréable, peu délicat, dénué de tout sens moral, eut néanmoins d'ar- 
dents partisans, qu'il dut à l'originalité plutôt qu'à la perfection 
de son talent. Son œuvre, presque oublié aujourd'hui, comprend, 
outre les ouvrages ci-dessus nommés, des concertos, des sonates, des 
fantaisies avec variations, genre dont il fut le créateur, ainsi que des 
bacchanales avec accompagnement de tambourin; et une quantité de 
petites pièces sans valeur aucune. 

STEINER (Jacques) ou STAIXER, comme il signait par ignorance, 
célèbre luthier du dLx-seplième siècle, né à Absom (Tyrol) vers 1620, 
étudia la facture des violons chez Nicolas Amati, à Crémone, et devint 
bientôt aussi habile que son maître. Après avoir épousé une fiUe 
d' Amati, il s'établit à Absom et sa réputation grandissante l'obligea 
à s'entourer d'élèves. Après la mort de sa femme, il se retira dans un 
couvent de bénédictins, et là, construisit encore seize violons de la 
plus grande beauté, en donna quatre à l'empereur et distribua les 
autres aux douze électeurs de Tempire. Ces instruments sont connus 
sous le nom de Steiner-électeur. On n'en connaît plus que trois. Les 
instruments de Steiner : violons, violoncelles, altos, contrebasses, se 



STEINER — STOCKHAUSEN. 343 

partagent en trois catégories ou manières. La première comprend 
les instruments fabriqués par lui avant son mariage ; la seconde, 
ceux qui furent construits après son mariage jusqu'à son veuvage, 
de 1650 à 1667 ; la troisième, la plus renommée, les instruments 
faits au monastère. 

STICH (Jeaa-Weazel), dit PUNTO, célèbre corniste, né à Zchuzicz 
(Bohême) en 1748, mort à Prague en 1803, était vassal du comte de 
Thun et entra au service de ce seigneur qui lui fit apprendre le. cor 
sous différents maîtres à Munich et à Dresde. De retour à Prague, 
il passa quelque temps auprès de son protecteur, mais ambitieux d'un 
autre sort, il partit furtivement et parcourut l'Allemagne, la Hongrie, 
l'Italie (où il prit le nom de Punto), l'Espagne, l'Angleterre, la Hol- 
lande et la France. Partout ses succès furent immenses. Il arriva à 
Paris en 1778. En 178i, il entra dans la musique de l'évêque de 
Wurzbourg, mais bientôt abandonna cette place pour entrer au 
service du comte d'Artois, qui était passionné pour le cor. En 1787, 
il obtint un congé et fit plusieurs voyages. Quand il revint en 1789, 
les événements lui avaient fait perdre sa place. Il se fit alors chef 
d'orchestre du théâtre des Variétés amusantes. En 1799, il retourna 
en Allemagne et Beethoven, qui l'entendit à Vienne, écrivit pour lui 
sa sonate pour piano et cor. Il revit enfin sa patrie en 1801, et 
donna à Prague des concerts où il excita l'enthousiasme. Ce fut là 
qu'il se lia avec Dussek et se produisit avec lui de la façon la plus 
brillante (1802). Stich publia un assez grand nombre d'œuvres pour 
son instrument, et une Méthode qui est très estimée. 

STOCKHAUSEN (Jules), chanteur, né à Paris le 22 juillet 1826, 
fils d'un harpiste estimé, fit ses études de chant au Conservatoire 
de Paris et prit à Londres des leçons de Manuel Garcia. Il débuta 
avec succès en 1848 au théâtre italien de cette ville, et parut ensuite 
dans les concerts, en Suisse et en Allemagne. A Paris, en 18o4, sa 
belle voix de baryton et son excellente méthode lui valurent des 
applaudissements. En 1856, il débuta à l'Opéra-Comique dans Jean 
de Paris et y chanta par la suite la Fête au village voisin^ Jeannot et 
Colin, etc. Fatigué de l'Opéra-Comique, il reprit ses voyages artis- 
tiques, et, après avoir séjourné à Hambourg et à Stuttgard, fut nommé 
directeur du Conservatoire-Stern à Berlin. Cet artiste, né à Paris, 
formé à Paris, choyé et fêté à Paris, où il ne comptait que des amis, 
ne craignit pas d'outrager odieusement la France après la guerre 



344 PETITE Ex\CYCLOPÉDIE MUSICALE. 

franco-allemande. Aussi reçut-il de la part d'un certain nombre d'an- 
ciens collègues de l'Opéra-Comique une lettre collective rendue pu- 
blique, dans laquelle ceux-ci lui témoignèrent tout le mépris qu'ils 
éprouvaient (ainsi que bien d'autres) pour sa conduite. 

SïOLZ (Rosine), célèbre cantatrice dont le nom véritable est 
Victorine Noeb, est née à Paris le 13 février dSlo. D'une famille pau- 
vre, son éducation fut négligée. Elle entra, en 1826, à l'école de 
Cb^ron et commença à apprendre le chant. En 1832, elle débuta 
comme choriste à Bruxelles, sous le nom de M^^ Ternaux ; puis 
comme seconde chanteuse à Spa, sous le nom de M^^^ Héloîse. Enfin 
à Lille, en 1833, elle parut sous le nom de Stolz qu'elle a conservé 
depuis. Après avoir chanté sans grand succès sur d'autres scènes, 
elle prit à Bruxelles des leçons de Cassel et commença à faire re- 
marquer dans la Juive les qualités superbes de sa voix de mezzo- 
soprano. En 1837, elle débuta à l'Opéra de Paris dans le même 
ouvrage et, continuant à travailler avec ardeur, brilla, dans le Comte 
Oi^y. La Xacarilla, écrite pour elle, lui valut un succès éclatant en 
1839. Mais ce ne fut qu'après avoir paru dans la Favorite (1840), 
la Reine de Chypre (I8ii) et Charles VI (1843), qu'elle conquit sa 
place au premier rang. Elle chanta encore le Lazzarone et Marie Stuart 
avec une grande faveur (1844), mais dans l'Étoile de Séville sa voix 
était déjà sensiblement altérée. Elle se retira du théâtre en 1847, 
et ne donna plus que des représentations isolées en province et à 
l'étranger. Celte artiste, qui a successivement porté trois noms sans 
compter le sien, en porta quatre autres encore parle mariage. Trois 
fois veuve, elle a épousé en quatrièmes noces, il y a quelques années, 
Don Emmanuel de Godoy, prince de la Paix. 

STRADELLA (Alexandre), célèbre compositeur. et chanteur ita- 
lien, né à Naples vers 1645, mort de 1681 à 1685, n'a laissé d'autres 
traces de sa vie que quelques ouvrages admirables. Les mémoires 
du temps, à part ceux de Bourdelot, sont muets à son égard. Voici 
en résumé la romanesque et triste histoire que raconte ce médecin : 
Stradella, se trouvant à Venise dans tout l'éclat de sa réputation 
fut chargé par un noble vénitien d'enseigner le chant à une jeune 
dame. Au bout de quelque temps, le maître et l'élève s'enten- 
dirent si bien, qu'ils résolurent de s'enfuir tous deux à Rome. 
Désespéré et furieux, le noble seigneur ne songea plus qu'à la ven- 
geance. Des assassins soldés par lui reçurent mission d'ôter la vie 



STOLZ — STRADIVARIUS. 345 

aux deux fugitifs partout où ils les rencontreraient. Ils se mirent 
à leur poursuite et les atteignirent à Rome. Stradella devait chanter 
ce jour même un oratorio de sa composition, à Saint-Jean de Latran ; 
les assassins le guettèrent à l'église, dissimulés derrière l'autel. 
Mais, frappés par la grandeur de la musique du maître, troublés par 
les sublimes accents de sa voix, leur émotion fut telle, qu'ils ne 
purent se décider à accomplir leur sinistre mission ; ils tombèrent 
à ses genoux et l'avertirent du danger qu'il courait ainsi que sa 
compagne. Ce dénouement n'était pas de nature à satisfaire le noble 
vénitien. Plus acharné que jamais, il sut intéresser à ses desseins le 
père même de la jeune femme et le plag^ à la tête d'une nouvelle 
bande. Stradella, surpris par eux à Turin, reçut plusieurs coups de 
poignard ; cependant il n'en mourut point. Cette histoire fit grand 
bruit. Les ambassadeurs de Venise et de France, Madame Royale, 
s'en mêlèrent'; puis, comme il n'y avait pas mort d'homme, l'affaire 
en resta là. Quelque temps après, Stradella put enfin épouser son 
amie et se rendit avec elle à Gênes. Le lendemain ils étaient frappés 
tous deux dans leur chambre, et, les assassins s'étant enfuis dans 
une barque, il n'en fut plus parlé. Stradella e'crivit des opéras, des 
cantates, des madrigaux, etc., mais ce que l'on connaît le plus 
aujourd'hui de son œuvre consiste en morceaux religieux. Une de 
ces pièces, particulièrement renommée, a été adaptée aux paroles de 
l'O Salutaris. La dramatique histoire de Stradella a fourni à Flotow 
et à Niedermeyer le thème des opéras qui portent son nom. 

STRADIVARI ou STRADIVARIUS (Aatoine), le plus célèbre des an- 
ciens luthiers d'Italie, naquit à Crémone en 1644 et mourut en cette 
ville en 1737. Élève de Nicolas Amati, il fabriqua d'abord des instru- 
ments exactement pareils à ceux de son maître (1667-1670). Ensuite il 
les signa, mais pendant près de vingt ans, on ne sait pour quel motif, 
il sembla peu produire. Les instruments de cette époque ont reçu le 
nom de Stradivarius amatisés, parce qu'on y retrouve les données 
d' Amati avec quelques perfectionnements (1670-1600). Plus tard, les 
formes se dégagent. Le bois est choisi avec le plus grand soin ; les 
voûtes s'abaissent en courbes plus parfaites et plus adoucies ; les ouïes 
prennent la forme qui a servi de modèle depuis ; les éclisses sont du 
bois le plus léger, les volutes deviennent plus élégantes; enfin le 
vernis, d'une solidité qui défie l'action du temps et dont le grand 
artiste a emporté le secret avec lui, revêt des tons plus chauds. 
En un mot, les instruments de cette période sont d'une perfection 



346 PETITE ENCYCLOPEDIE MUSICALE. 

si absolue, qu'ils défient toute comparaison, et sont, fort heureuse- 
ment, très nombreux (1690-1725). Dans les années suivantes, soit 
par l'âge ou par les soins moins assidus du grand artiste, soit 
pour toute autre raison, la pureté de ses instruments diminue pro- 
gressivement, si bien qu'en 1730 les traces de la main du maître 
ont presque entièrement disparu. Après sa mort, ses fils Francesco 
et Omohono terminèrent les instruments commencés et les signèrent 
de son nom. De là résulte une grande incertitude quant à la pro- 
venance des produits des derniers temps. 

STRAUSS (Johann), célèbre compositeur de musique de danse, né 
à Vienne le 14 mars 1804, mort en cette ville le 21 septembre 1849, 
fit partie , à dix-neuf ans , de l'orchestre renommé de Lanner. 
Ses premières valses ayant obtenu du succès, il forma bientôt lui- 
même un orchestre et devint pour son. ancien chef un rival redou- 
table. Strauss parcourut avec son orchestre la France, l'Angleterre 
et la Belgique, avec de grands succès populaires. Il composa environ 
cent cinquante recueils de valses, galops, etc. 

STRAUSS (Johann), compositeur dramatique et de musique de 
danse, fils du précédent, naquit à Vienne le 25 octobre 1825. Élève 
de Dreschler, maître de chapelle de Saint-Etienne à Vienne, il fit à 
dix-neuf ans ses débuts comme chef d'orchestre et comme compo- 
siteur. Poursuivant les traditions de son père, c'est à la musique 
de danse qu'il consacra ses inspirations : Ver luisant; Chansons 
d'amour; Sur les montagnes; Vin, femme et chant; le Beau Danube 
hleu, etc., etc., le placèrent bientôt à la tête des compositeurs dans 
ce genre. En 1870, M. Strauss fit son premier essai au théâtre avec 
une opérette : la Rei?ie Indigo, qui fut donnée quelques années plus 
tard à Paris au théâtre de la Renaissance. Le succès ayant répondu 
à ses efforts, il a depuis donné à Vienne, au théâtre de la Wien, 
le Carnaval à Rome (1873); la Chauve-Souris (1874); Mathusalem 
(1877); Colin-Maillard (1878) ; etc. M. Strauss a fait avec son orchestre 
des voyages en Russie, en Allemagne, en France, en Angleterre, en 
Amérique, avec une vogue inépuisable, tout en demeurant attaché 
à Vienne comme chef d'orchestre des bals de la cour. Depuis 1863, 
il a chargé ses frères Joseph et Edouard de lui succéder, dans la 
direction de son orchestre, et ne s'est plus occupé que de théâtre. 

SUDRE (Jean-François), compositeur, professeur et inventeur, né 
à Albi le 15 août 1787, mort à Paris le 3 octobre 1862, fit ses études 



STRAUSS — SUPPÉ. 347 

musicales au Conservatoire de Paris et se livra ensuite à l'enseigne- 
ment dans le midi de la France. Il fonda en 1818 une école mutuelle 
de musique à Toulouse, puis s'occupa de composition. En 4828, il 
vint à Paris soumettre à l'Institut un système inventé par lui, et quïl 
appelait : Téléphonie, langue musicale pour la transmission instantanée 
de la pensée à de grandes distances, moyennant Vemploi de trois sons 
divea^sement combinés comme ordre d'intonation^ comme durée et comme 
rythme. Ce système fut hautement approuvé par l'Institut, par les 
comités militaire et de la marine en France, et généralement dans 
tous les pays où l'auteur l'a fait connaître. Parmi les nombreuses 
applications qu'il comporte, il faut signaler celle qui en a été faite 
par Sudre aux aveugles sourds et muets, où le rythme seul est em- 
ployé à l'aide de chocs répétés. Le jury de l'exposition de Paris, 
en 18oo, décerna à Sudre une récompense de 10 000 francs, et l'ex- 
position de Londres lui valut de l'État une pension viagère. Il a laissé 
quelques compositions pour violon et orchestre, des mélodies à une 
ou plusieurs voix, et les chants patriotiques : la Colonne et le Champ 
d'asile, etc. 

SULLIVAN (Arthur-Seymour), chef d'orchestre, compositeur et 
pianiste, né à Londres le 13 mai 1842, fit ses études musicales à 
l'Académie royale de musique et se livra ensuite à la composition. 
The Contrabandista fut son début au théâtre (1867); the Prodigal Son, 
oratorio, suivit au festival de Worcester (1869), et ensuite vinrent 
successivement un Te Beiim (chœurs, soh et orchestrej, en 1872, au 
Grystal-Palace ; the Light of the World, oratorio, au festival de Bir- 
mingham (1873) ; enfin, il donna au théâtre de F Opéra-Comique the 
Sorcerer (1877) et the Pinafore (1878). M. Arthur Sullivan, a composé, 
en outre, des cantates, des ouvertures, des morceaux symphoniques, 
des songs (chants) en quantité, etc., etc. Il a été chef d'orchestre à 
Covent-Garden, au Crystal-Palace, à l'Aquarium de Westminster, etc. 
Professeur à l'Académie royale de musique de Londres, il a résigné 
ses fonctions en 1876 pour prendre la direction de la nouvelle école 
musicale de South-Kensington, fondée sous le patronage du prince de 
Galles, et s'est chargé de l'une des classes de composition de cet 
étabhssement. 

SUPPÉ (Franz de), compositeur et chef d'orchestre, né à Spalato 
(Dalmatie) le 18 avril 1820, apprit la flûte avec passion dans son 
enfance et composa une quantité de petits morceaux pour cet instru- 



348 PETITE ENXYCLOPÉDIE MUSICALE. 

ment. Admis ensuite au Conservatoire de Vienne, il y étudia fhar- 
monie, le contre-point et rinstrumentation avec Salzmann, Sechter 
et Seyfried. Puis il reçut les conseils de Donizetti, son parent, qui 
venait d'être appelé à la direction de la chapelle de la cour. Nommé 
professeur suppléant au Conservatoire et chef d'orchestre du théâtre 
Joseph-Stadt, il donna sur cette petite scène un vaudeville dont le 
succès lui valut la direction de l'orchestre de Presbourg. Trois ans 
après il occupa les mêmes fonctions au théâtre de la ^Vien, puis à 
celui du Quai, et enfin au théâtre de Léopold-Stadt, où il a fait exé- 
cuter un certain nombre d'ouvrages de sa composition. Outre deux 
cents vaudevilles environ dont il a fait la musique, M. de Suppé a 
encore composé une vingtaine d'opéras bouffes : la Jeune Paysanne, 
Paragraphe III, la Belle Galatéc, Fatinitza, etc., etc. Fatinitza est le 
seul de ses ouvrages qui ait été joué à Paris. Il y a été donné au théâtre 
des Nouveautés, après avoir été applaudi à Bruxelles. 

SUSSMAYER ( François- Xavier ) , compositeur distingué, né à 
Steyer (Autriche) en 1766, .mort à Vienne en 1803, s'essaya dès son 
jeune âge à la composition et vint se perfectionner à Vienne, sous la 
direction de Salieri. C'est là qu'il connut Mozart et devint en même 
temps son élève et son ami. A son lit de mort, le grand composi- 
teur lui confia la tâche délicate de terminer sa fameuse Messe de 
Requiem. Une vive polémique s'engagea au bout de quelque temps à 
ce sujet, en Allemagne, sur la part qui revenait à Mozart et sur le 
complément de Sussmayer. Ce dernier finit par trancher la question 
en indiquant avec précision la nature et l'étendue de son travail. 11 
résulte de la lettre qu'il écrivit à cette époque, qu'une partie du Dies 
irœ, le Sanetus, le Benedictus et VAgniis Dei sont de lui et qu'il or- 
chestra le reste d'après la base chiffrée et les instructions de Mozart. 
Sussmayer fut chef d'orchestre au théâtre national de Vienne en 1792 
et second chef au théâtre de la cour en 1794. Il a donné à la scène 
une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels on cite le Turc à Naples 
(Prague, 1794); les Volontaires (Vienne, 1796); .So/maw II (Vienne, 
1800), etc. 

SVENDSEN (Johaxn-Severo), compositeur norvégien, né à Chris- 
tiania le 30 septembre 1840, fut tour à tour soldat dès Fâge de quinze 
ans, clarinette de régiment, puis flûtiste, violon-solo dans un cours de 
danse, virtuose de concert, musicien d'orchestre et enfin élève du 
Conservatoire de Leipsick, grâce à la protection du consul de Suède, 



SUSSMAYER — TAMBERLICK. 349 

qui lui fit obtenir une pension du roi Charles XV, pour continuer ses 
éludes. En 1867, il donna en Danemark, en Ecosse, en Irlande et en 
Angleterre, des concerts où il obtint de brillants succès. Nommé di- 
recteur de musique de l'Euterpe, société de concerts rivale du Gewand- 
haus à Leipsick, il occupa ce poste durant une année et partit pour 
l'Amérique. Il revint, en 1872, à Christiania, diriger les concerts de la 
cour. Le roi Oscar II lui ayant octroyé une pension, il vint se fixer à 
Paris, où il a fait entendre avec un grand succès un Octuor pour in- 
struments à cordes, à l'exposition de 1878, et une Rapsodie norwégienne, 
aux Concerts populaires, l'hiver suivant. Parmi ses œuvres on remar- 
que, outre celles déjà citées, le Carnaval à Paris j la deuxième Sym- 
phonie, l'introduction de Sigurd le Mauvais, etc. 

SZARVADY (M™e Wilhelmine CLAUSS, épouse), pianiste distin- 
guée, née à Prague en 1834, fit ses études musicales sous la direction 
de Joseph Procksch et commença en 1849 des voyages artistiques 
avec sa mère. A la cour de Dresde, à Leipsick, à Brunswick, Cassel, 
Francfort, Hambourg, et enfin à Paris (1832), elle obtint les succès 
les plus brillants. Après la mort de sa mère et son mariage avec 
M. Szarvady, elle fit encore un voyage dans l'Allemagne du Sud et en 
Hongrie, voyage non moins heureux que le premier, et vint se fixer 
à Paris. Dans cette ville, elle a contribué au grand mouvement qui 
s'est opéré depuis quelques années vers la musique classique et a 
publié ou arrangé plusieurs chefs-d'œuvre anciens tombés en oubli. 
M. Szarvady, son mari, mort en 1881, était un critique musical dis- 



TAG (CHRÉTiEN-GoTTHn,F), claveciuiste et organiste célèbre, né à 
Bayerfeld (Saxe) en 1733, mort à Niederzwœnitz en 1811, fit son 
éducation musicale à l'école de la Croix à Dresde, où il resta six 
années durant. Quand il en sortit, en 1733, il devint cantor à l'école 
de Hohenstein et y demeura cinquante-trois ans. Malgré les leçons 
journahères qui lui prenaient douze heures de son -temps, il laissa 
un œuvre considérable et estimé, se composant de musique d'orgue 
et de clavecin, de chansons, de motets, de cantates, etc. 

TAMBERLICK (Enrico), célèbre ténor italien, né à Rome le 
16 mars 1820, débuta au théâtre del Fondo à Naples, dans Giulietta 

23 



350 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

e 'Romeo de Bellini, avec un grand succès. Il fut appelé aussitôt au 
théâtre San Carlo, et Xdil^orma acheva de le mettre en lumière. Il alla 
ensuite à Lisbonne, à Madrid, à Londres, à Saint-Pétersbourg, en 
Amérique, etc., excitant partout l'enthousiasme, et en 1858 arriva à 
Paris. Ses succès y furent immenses. Tamberlick fut longtemps bril- 
lant dans Otello, PoUuto,il Trovatore, Rigoktto, Guillaum,e Tell, la Muette, 
Robert le Diable, les Huguenots, le Far don de Tloèrmel, etc., et y fit 
admirer sa belle prestance, les rares qualités de sa voix et de son 
style et aussi son fameux ut dièse de poitrine, qu'il lançait d'une façon 
si formidable; mais lorsqu'il revint la dernière fois à Paris, en 1877, 
ce bel ensemble était fort altéré, et il a du depuis se retirer du théâtre. 

TAMBURIM (Antoine), célèbre basse chantante, né à Faenza le 
28 mars 1800, mort à Nice le 9 novembre 1876, commença l'étude de 
la musique avec Aldobrando, maître de chapelle à Fossombrone. De 
retour à Faenza, il chanta à l'Opéra dans les chœurs ainsi que dans les 
églises. A dix-huit ans, il s'échappa de la maison paternelle et alla s'en- 
gager au petit théâtre de Cento, où la Comtessa dl Col-Erboso lui valut 
des applaudissements. Après avoir erré pendant quelque temps avec 
sa. troupe, à Mirandola, à Correggio, à. Bologne, il entra au théâtre de 
Plaisance, et là, la Cenerentola^ Gli Assassini, etc., lui valurent quel- 
ques brillants succès. Il parcourut ainsi pendant plusieurs années les 
principales villes d'Italie : Livourne, Naples, Turin, Milan, Trieste, 
Venise, Palerme, Vienne, en voyant s'accroître de jour en jour sa 
réputation. En 1832, il vint à Paris et débuta aux Italiens dans Cene- 
rentola. Il y resta dix ans, pendant lesquels il interpréta d'une façon 
remarquable les rôles principaux du répertoire, en même temps que 
Lablache, Rubiiii, M^cs persiani, Grisi et Viardot. 

TARTINI (Joseph), violoniste et compositeur célèbre, né à Pirano 
(Istrie) le 12 avril 1692, mort à Padoue le 16 février 1770, fit des 
études très sérieuses dans sa première jeunesse, sa famille le desti- 
nant au cloître. Mais bientôt, se sentant peu de vocation pour l'état 
religieux, il abandonna le couvent et se livra à l'étude hbre de la mu- 
sique et surtout de l'escrime, pour laquelle il avait une véritable 
passion. La nièce du cardinal G. Cornaro, qu'il avait épousée en 
secret, attira sur lui les persécutions de sa famille et celles de l'évé- 
que. Tartini se réfugia au couvent des Minorités d'Assise, et pendant 
deux ans s'exerça avec ardeur sur le violon et dans la science de la 
composition. Un hasard malheureux l'ayant fait reconnaître, il lui 



TAMBURINI— ' TAUBERT. 351 

fallut quitter sa retraite; mais fort heureusement il n'avait plus rien 
à craindre. Les colères étaient apaisées ; il put désormais vivre 
avec sa femme. A Venise, il entendit Veracini et le jeu original de cet 
artiste influa sur son talent (1714). Il se fit une manière nouvelle, étu- 
dia avec soin le maniement de l'archet, et ses observations ont depuis 
servi de base à toutes les écoles de "àolon. C'est aussi à cette époque 
qu'il découvrit le troisième son, c'est-à-dire le son résultant de deux 
autres sons voisins vibrant à la tierce. Il voulut plus tard baser sur 
ce phénomène toute une conception de l'harmonie; mais, malgré cer- 
taines remarques curieuses, il donna dans le faux et dans l'obscu- 
rité. En 1721, Tartini fut nommé violon-solo et chef d'orchestre de 
Saint-Antoine de Padoue. Il se rendit deux ans plus tard à Prague, 
où ses succès le firent entrer au service du comte Kinski. De retour 
à Padoue, il reprit ses fonctions et les garda le reste de ses jours. 
Tartini fut d'une fécondité extraordinaire. Son œuvre, tout instru- 
mental, est à la fois original et varié, et le style en est élevé. Une 
de ses sonates, dite Sonate du diable, est particulièrement connue 
grâce à son origine un peu fantastique. Tartini rêvait, une nuit, qu'il 
avait le diable pour serviteur et qu'il lui faisait exécuter ses caprices. 
La fantaisie lui vint de lui demander une sonate. Le diable, obéissant, 
exécuta un morceau tellement admirable, que Tartini s'en réveilla. 
Il chercha à écrire ce qu'il venait d'entendre, mais malheureusement 
il ne put y réussir. La sonate qu'il composa à la suite de ce rêve est 
pourtant la meilleure qu'il ait laissée. 

TAUBERT (Ch ARLES -Gottfried-Wilhelm), compositeur et chef 
d'orchestre distingué, né à Berhn le 23 mars 18 H, reçut une com- 
plète et solide instruction, tout en apprenant le piano, la flûte et 
le violon. En 1823, il exécuta pour la première fois en pubHc un 
concerto de Dussek et des variations de son maître Louis Berger, 
et fut bien accueilli. Ses études musicales terminées sous la direc- 
tion de Bernard Klein, il se livra à l'enseignement tout en composant 
sans relâche. KuUak, Fesca, Schumann furent ses élèves. De temps à 
autre, il donnait un concert où il faisait exécuter quelques-unes de 
ses œuvres, et le succès qui l'accueillait lui valait des honneurs et 
des places. C'est ainsi qu'il alla à Cassel, à Francfort-sur-l'Oder ; 
à Leipsick, à Dresde, en Angleterre, en Ecosse, en Hollande, etc. ; 
qu'il devint membre de l'Académie de Berlin (1834) ; y organisa 
les concerts symphoniques de la cour, conjointement avec Mendels- 
sohn et Heunig (1841), après avoir été nommé directeur de musique 



352 PETITE E^'CYCLOPÉDIE MUSICALE. 

du théâtre et de la chapelle royale ; qu'il fut nommé maître de cette 
chapelle en 1845, etc., etc. L'œuvre de ce compositeur de mérite 
fut généralement accueilli avec faveur. On cite parmi ses meilleurs 
ouvrages : la Kermesse (1832) ; le Bohémien (1834); Marquis et Voleur 
(1841); les chœurs de la Médée d'Euripide; des symphonies; des 
concertos ; des sonates, etc. 

TAUSIG (Charles), pianiste virtuose, né à Varsovie le 4 novem- 
bre 1841, mort àLeipsickle 17 juillet 1871, était le fils d'Aloys Tausig, 
qui fut lui-même un pianiste renommé en Allemagne. Après avoir 
pris des leçons de son père, il se plaça sous la direction de Liszt et 
profita si bien de ses leçons, qu'il put un instant rivaliser comme 
virtuose avec son maître, et les meilleurs pianistes de notre temps, 
Hans de Bulow, Antoine Rubinstein et Delaborde. 

TEDESCO (M™^ Fortunata), chanteuse dramatique renommée, 
née à Mantoue le 14 décembre 1826, élève de Yaccaj, débuta à la 
Scala de Milan en 1844 dans I Lima ed i Perollo et fut favorable- 
ment accueillie. Guillaume Tell, Robert d'Évreux, les Burgraves, etc., 
consolidèrent sa réputation, qui s'augmenta encore à Vienne. Après 
une brillante tournée en Amérique, elle vint à Paris en 1851 et 
parut à l'Opéra d'abord dans la Heine de Chypre, puis dans le Pro- 
phète, la Favorite, etc. Sa remarquable voix de contralto, un senti- 
ment dramatique plein de grandeur, sa beauté resplendissante, lui 
valurent des succès les plus chaleureux. De 1857 à 1860 elle alla se 
faire entendre à Venise et à Lisbonne ; puis elle revint à l'Opéra. 
En 1864, elle retourna en Portugal, parcourut l'Espagne et quitta 
ensuite le théâtre. 

TELEMANN (Georges-Philippe), compositeur célèbre, né à Magde- 
bourg le 14 mars 1681, mort à Hambourg le 25 juin 1767, fit pendant 
dix-neuf ans des études de toutes sortes aux écoles de Magdebourg, 
de Zellerfeldt et de Hildesheim, et compléta seul ses connaissances 
musicales. A douze ans, il avait écrit son premier opéra, sur un 
modèle pris dans l'œuvre de Lulli. Directeur de musique et maître 
de chapelle de la nouvelle église de Leipsick en 1701 ; maître de 
chapelle du comte de Promnitz en 1704, il fit, en 1707, un voyage 
à Paris, où il acheva de se perfectionner dans la manière du maître 
italien, tout en conservant le style harmonique plus nourri qui 
distingue l'école allemande. Directeur de musique, puis maître de 



TAUSIG — THALBERG. 353 

chapelle à Eisenach (1708), il occupa les mêmes fonctions aux Récol- 
lets et à Sainte-Catherine de Francfort-sur-le-Main, toujours jouis- 
sant de ses premiers titres (1711). Puis il se chargea encore de la cha- 
pelle de Bayreuth (1715), et fut enfin nommé directeur de musique 
à Hambourg, place qu'il garda durant quarante-six ans. Son œuvre, 
qui se compose de musiques pour inaugurations , solennités , ma- 
riages, funérailles, etc., d'oratorios, symphonies, opéras, cantates, 
sonates et pièces pour divers instruments, est si considérable, que 
lui-même en avait oublié jusqu'aux titres. Il comprend environ 
quatre mille cinq cents morceaux complets, chiffre à peine croyable, 
surtout lorsqu'on songe que la plupart de ces morceaux sont des 
opéras, des oratorios, des symphonies, des services complets pour 
l'église. Telemann fut aussi poète, et écrivit lui-même les livrets de 
plusieurs de ses ouvrages; de plus il publia des travaux théoriques 
dans les feuilles périodiques. 

TELLEFSEN (Thomas-Dyke-Agland), pianiste, professeur et com- 
positeur norwégien, né à Drontheim en 1823, mort à Paris en 1874, 
fut élève de Chopin et son ami jusqu'à sa mort. Dans ses compo- 
sitions: concertos, nocturnes, mazourkes, valses, etc., cet artiste s'est 
efforcé de conserver aux mélopées populaires Scandinaves leur 
saveur typique à la fois bizarre et émouvante, tout en les présen- 
tant sous une forme plus correcte et plus artistique. 

TEN-BRINK (Jules), compositeur hollandais, né à Amsterdam en 
1838, a reçu en 1838 des leçons de M. Auguste Dupont à Bruxelles ; 
puis celles de Fr. Richter à Leipsick en 1859. Il s'est rendu ensuite à 
Lyon, où il a dirigé une société musicale. Depuis 18G8, M. Ten-Brink 
s'est fixé à Paris, où il se livre à l'enseignement et à la composition. 
Les Concerts populaires ont exécuté de lui, en 1874, une suite d'or- 
chestre; et, en 1876, un poème symphonique. En fait d'ouvrages 
dramatiques, il a donné à l'Athénée, en 1869, Calonice, opéra-comique 
en un acte. 

THALBERG (Sigismond), célèbre pianiste virtuose et compositeur 
pour son instrument, fils du prince Maurice Dietrichstein et de la 
baronne de W..., naquit à Genève le 7 janvier 1812 et mourut 
à Naples le 27 avril 1871. Il fit à Vienne son éducation musicale, 
et dès l'âge de quinze ans brilla dans les concerts et dans les 
salons. Un an après, il publia ses premiers essais : Mélange sur des 



354 PETITE E^XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

thèmes d'Euryanthe, Fantaisie sur un air écossais, Impromptu sur des 
motifs du Siège de Corinthe, dans lesquels on reconnaît déjà les ten- 
dances particulières de son style. En 1835, il vint à Paris, alors 
dans toute la force de son talent ; puis il parcourut la Belgique, la 
Hollande, l'Angleterre et la Russie. Partout il excita l'enthousiasme. 
Des succès aussi grands Taccueillirent au Brésil (1855) et aux États- 
Unis, d'où il revint en 1838. Thalberg fit en 1862 une dernière 
apparition à Paris et à Londres ; puis il se retira à Naples. Il fut 
le créateur d'un genre nouveau de virtuosité, qui consistait à faire 
entendre le thème d'un morceau au milieu d'arpèges vertigineux 
dont il variait l'éclat et la forme, et qui lui servaient d'accompagne- 
ment. Un habile usage des pédales et une grande puissance de 
sonorité lui étaient d'un utile secours dans ces sortes d'effets. Ce 
fut, sinon un progrès, au moins une innovation dans l'art de la 
virtuosité du piano. Malheureusement Thalberg en abusa; et ses 
imitateurs (car il fit école), encore davantage ; de sorte qu'on fut 
vite las de la monotonie de ces prétendues variations. Cet artiste ne 
joua et ne sut jouer que sa musique, et n'en connut, en quelque sorte, 
pas d'autres. Parmi les compositions qui lui attirèrent les plus éton- 
nants succès, il faut citer des Fantaisies sur des thèmes de Moïse et 
de Bon Juan. Thalberg essaya deux fois, mais sans succès, de se pro- 
duire au théâtre. Florinda, au théâtre Italien de Londres en 1831, 
et Cristina di Suezia, à Vienne, en 1863, firent une chute complète. 

THOMAS (Charles-Louis-Ambroise), compositeur dramatique, di- 
recteur du Conservatoire national de musique et de déclamation de 
Paris, membre de l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France, 
est né à Metz le 5 août 1811. Fils d'un professeur de musique de cette 
ville, qui commença ses études musicales, Ambroise Thomas fut admis 
au Conservatoire de Paris en 1828. Premier prix de piano en 1829 et 
d'harmonie en 1830, il remporta le premier grand prix de Rome en 
1832. Son début dans l'art dramatique se fit avec la Double Echelle, 
joH opéra-comique en un acte qui fut joué le 27 août 1837. Le Perru- 
quier de la Régence lui succéda (Opéra-Comique, 1838) ; puis vin- 
rent tour à tour le ballet la Gipsy (Opéra, 1839); le Panier fleuri 
(Opéra-Comique, 1839); Carline (Opéra-Comique, 1840); le Comte de 
Carmagnola (Opéra, 1841); le Guérillero (Opéra, 1842); Angélique et 
Médor (Opéra-Comique, 1843); Mina ou le Ménage ci trois (Opéra- 
Comique, 1843); Betty, ballet (Opéra, 1846); le Caïd (Opéra-Comi- 
que, 1849) ; leSonge d'une nuit d'été (Opéra-Comique, 1830); Raymond 



THOMAS — THURNER. 355 

OU le Secret de la reine (Opéra-Comique, 1831); la Tonelli (Opéra- 
Comique, l-8o3); la Gourde Célimène (Opéra-Comique, 1855); Psyché 
(Opéra-Comique, 1857) ; le Carnaval de Venise (Opéra-Comique, 1857); 
le Romaji d'Elvire (Opéra-Comique, 1860); Mignon (Opéra-Comique, 
1866) ; Hamlet (Opéra, 1868) ; Gilles et Gillotin (Opéra-Comique, 1874) ; 
Françoise de Rîmini (Opéra, 1882). Ces ouvrages ne sont pas tous 
d'égale beauté, mais ils sont au moins tous remarquables par cer- 
taines idées, par l'esprit, par le style et par la facture. Quant à 
ceux qui s'appellent le Caïd, Psyché, Mignon, Hamlet, Gilles et Gil- 
lotin, etc., l'avenir leur réserve particulièrement de longues et fruc- 
tueuses reprises. A ces opéras il faut ajouter deux cantates : la 
première, composée pour l'inauguration de la statue de Lesueur à 
Abbeville ; la seconde, Hommage à Boîeldieu, pour le centenaire de 
ce compositeur à Rouen. Dans l'œuvre général de M. Ambroise 
Thomas, il faut citer encore un grand nombre de chœurs orphéoni- 
ques : le Tyrol, la Vapeur, les Traîneaux, l'Atlantique, les Archers 
deBouvines, etc., qui sont les plus populaires. M. Ambroise Thomas, 
qui était depuis 1836 professeur de composition au Conservatoire, a 
succédé à Auber dans la direction de cet établissement en 1871. On 
lui doit plusieurs progrès dans le régime général des études et la 
suppression de quelques abus. 

THOMÉ (Fraxçois-Luc-Joseph, dit Francis), pianiste et compo- 
siteur, né à Port-Louis (ile Maurice) le 18 octobre 1850, se rendit 
dès l'enfance à Paris, oii il s'est fixé. Admis en 1866 au Conservatoire, 
il y a obtenu plusieurs récompenses, dont un premier prix de fugue 
en 1870. Ensuite il s'est livré à l'enseignement et à la composition. 
On connaît de lui plusieurs morceaux de piano; quelques opérettes 
jouées dans les salons, et un Hymne à la Nuit pour soU, chœurs et 
orchestre. 

THURNER (Théodore), pianiste, organiste et compositeur, né à 
Pfaffensheim (Haut-Rhin) le 13 décembre 1833, fut admis au Con- 
servatoire de Paris en 1846, et y obtint un premier prix de piano 
en 1849. En 1830, il se rendit à Toulon, où il fut organiste do l'église 
Saint-Jean, puis de la cathédrale. Il vint se fixer à Marseille vers 
1839. Nommé professeur de piano au Conservatoire de cette ville 
en 1864, il occupa cette fonction durant dix ans, pendant lesquels il 
organisa, avec MM. Ch. Graff et Aug. Tolbecque, des séances de 
musique romantique qui ne cessèrent qu'en 1869. En môme temps 



356 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

il tenait Torgue de l'église Saint-Charles, qu'il abandonna plus tard 
pour celui de Saint-Joseph. Son œuvre, qui ne comprend que des 
morceaux de piano avec ou sans accompagnement, présente entre 
autres compositions estimables un trio, une polonaise et un concerto 
avec orchestre. 

THURNER (Auguste), professeur de piano et musicographe, né à 
Colmar (Haut-Rhin) le 14 mars 1833, a collaboré à la France mu- 
sicale, au Grand Journal, et à la Remie et Gazette musicale. Il a en 
outre publié un volume intéressant : les Transformations de l'Opéra- 
Comique, et tout récemment les Reines du Chant. On connaît de cet 
artiste des transcriptions pour le piano d'œuvres vocales et instru- 
mentales publiées sous le titre : Matinées classiques des grands mcii- 
tres ; un Allegro de concert^ un Scherzo, un Lamenta, etc., pour piano 
et instruments à cordes : deux Tarentelles pour piano seul ; plusieurs 
Mélodies vocales d'un heureux sentiment, et des Dictées musicales 
adoptées par le Conservatoire de musique. 

THYS (M"^ SEBAULT, née Pauline), compositeur et écrivain, née 
vers 1836, est la fille d'Alphonse Thys qui donna quelques ouvrages 
à rOpéra-Comique et composa les timbres d'un grand nombre de 
vaudevilles. Elle se fit connaître d'abord par des chansonnettes et des 
romances, et dans la suite aborda le théâtre avec la Pomme de Tur- 
quie, aux Bouffes-Parisiens (1857); elle donna ensuite le Pays de 
Cocagne, au théâtre Lyrique (186o), et le Cabaret du Pot cassé, à l'Al- 
cazar de Bruxelles (1878). M™^ Sebault-Thys, qui a écrit généralement 
les poèmes de ses opérettes, a aussi publié quelques romans. 

TIETJENS(Thérèse-Jeanne-Alexaxdra TITIENS, dite), cantatrice 
dramatique distinguée, née à Hambourg en 1831, morte à Londres 
en 1877, débuta dans Lucrezia Borgia, au théâtre de Hambourg, 
en 1849. On l'accueillit avec faveur. Aussitôt un jeune homme riche, 
qui ne l'avait entendue qu'à son début, demanda sa main, mais elle 
refusa pour ne pas abandonner la carrière qu'elle avait choisie ; cepen- 
dant son tuteur (elle était orpheline) obtint d'elle qu'elle ne parût pas 
à la scène durant une année. Au bout de quelque temps cependant, 
emportée par sa vocation, elle quitta Hambourg pour entrer au théâtre 
de Francfort et le succès l'y suivit. En 18o6, elle fut engagée au 
théâtre impérial devienne, y obtint d'éclatants succès; puis en 1858 
se rendit à Londres au théâtre de la Reine, où, dès le premier soir, 



TflURNER — TOLBECQUE. 357 

le rôle de Valentine des Huguenots lui valut un véritable triomphe. 
A dater de ce moment, elle ne quitta plus Londres que pour faire 
deux voyages, l'un à Paris en 1863, l'autre en Amérique en 1875. Elle 
était déjà gravement atteinte par la maladie qui devait l'emporter, 
lorsqu'elle chanta pour sa dernière représentation, le 19 mai 1877, 
l'ouvrage même qui l'avait vue débuter, Lucrezia Borgia. Les princi- 
paux rôles de son répertoire étaient dans Sémiramide, Fidelio, Don 
Giovanni, un Ballo in maschera, Freyschûfz, Ernani, Faust, il Trova- 
tore, etc., etc. Cette artiste, remarquable par l'ampleur et les qualités 
de sa voix, son profond sentiment dramatique et la souplesse de son 
talent, fut aussi estimée comme femme qu'admirée comme artiste. 

TILMANT (Théophile-Alexandre), violoniste et chef d'orchestre 
distingué, né à Yalenciennes le 8 juillet 1799, mort à Asnières le 
7 mai 1878, entra au Conservatoire dans la classe de Rodolphe Kreut- 
zer, et obtint un premier prix de violon. Premier violon aux Italiens, 
puis à l'Opéra, il retourna comme second chef d'orchestre au pre- 
mier de ces théâtres en 1834, et passa premier chef en 1838. En 1849, 
il succéda à Labarre dans ses fonctions de premier chef d'orchestre 
à l'Opéra-Comique et les remplit jusqu'en 1868. Tilmant était l'un 
des fondateurs de la Société des concerts du Conservatoire. Il en avait 
été élu chef d'orchestre en second dès le début; il devint premier 
chef à la mort de Girard, en 1860, mais ne garda cette fonction que 
trois ans. Cet artiste dirigea aussi les concerts du Gymnase musical, 
fondés en 1834, concerts où furent exécutées les œuvres symphoniques 
de Berhoz. Enfin, il fonda encore avec son frère Alexandre Tilmant, 
violoncelliste distingué, des séances de musique de chambre qui 
réussirent et durèrent plusieurs années. Tilmant, excellent musicien, 
fut un des meilleurs chefs d'orchestre de ce siècle. 

TOLBECQUE, nom d'une famille de violonistes et de violoncelUstes 
de renom dont les principaux membres sont : 

TOLBECQUE (Isidore-Joseph), chef d'orchestre de bals, né à Han- 
zinne (Belgique) en 1794, mort à Vichy en 1871. 

TOLBECQUE (Jean-Baptiste-Joseph), frère du précédent, violoniste, 
compositeur et chef d'orchestre, né à Hanzinne en 1797, mort à Paris 
en 1869, fut élève du Conservatoire de Paris ; violon à l'orchestre du 
théâtre Itahen en 1 820 ; chef d'orchestre à Tivoli et compositeur de 
danses en 1825. Très recherché, il dirigea aussi les bals delà cour 



358 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

et plusieurs autres orchestres de danse. Il fut alto à la Société des 
concerts de sa fondation jusqu'à ces derniers temps. 

TOLBEGQUE (Auguste-Joseph), frère des précédents, violoniste, né 
à Hanzinne en 1801, mort à Paris en 1869, fut élève du Conservatoire 
de Paris et y remporta le premier prix de violon en 1821. Il donna 
de brillants concerts, fut premier violon à TOpéra et violon-solo au 
théâtre de la Reine à Londres. En outre, il fut premier violon à la 
Société des concerts dès sa fondation. 

TOLBEGQUE (Charles-Joseph), frère des précédents, violoniste, né 
à Paris en 1806, mort en cette ville en 1833; élève du Conservatoire 
en 1818 et premier prix de violon en 1824, fut aussi violon à la Société 
des concerts dès sa fondation. Chef d'orchestre du théâtre des Va- 
riétés en 1830, il composa des mélodies qui eurent de la vogue, pour 
les pièces de ce théâtre. 

TOLBECQUE (Auguste), fils d'Auguste-Joseph et le plus renommé 
de tous, violoncelliste, né à Paris en 1830, élève du Conservatoire 
en 1840 et premier prix de violoncelle en 1849, fut professeur au 
Conservatoire de Marseille de 1863 à 1871. De retour à Paris, il fut 
admis à la Société des concerts et se fit connaître comme virtuose 
avec le plus grand succès. Il avait rassemblé une importante collec- 
tion d'instruments, que refusa d'acheter le gouvernement français 
et qui fut acquise par la Belgique. 

TOLBECQUE (Jea^), fils du précédent, violoncelliste et organiste, 
est né à Niort en 1837. Premier prix de violoncelle au Conservatoire 
de Marseille en 1869, et à celui de Paris en 1873, il est ensuite entré 
à l'orchestre de fOpéra-Comique et s'est produit dans les concerts. 

TRAETTA (Thomas], célèbre compositeur de l'école napolitaine, né 
à Bitonto(ÉtatsdeNaples)le 19 mai 1727, mort à Venise le 6 avril 1779, 
fit ses études musicales au Conservatoire de Loreto, sous la direction 
de Durante, et se livra à l'enseignement et à la composition. Son pre- 
mier o^éra. : il Farnace, donné au théâtre Saint-Charles, en 1730, obtint 
une telle faveur, que six autres ouvrages de sa main se succédèrent 
immédiatement sur la même scène. A la suite de ces succès, il devint 
maître de chapelle du duc de Parme et professeur de chant des 
princesses ducales. Il donna alors entre autres ouvrages Jppolito ed 
Aricia (Parme, {lo9); Ifigenia {yienne, 1739) ; Armida (Vienne, 1760); 



TOLBECQUE — TSCHAIKOWSKI. 359 

Bidone abbandonata (Parme, 1764), qui sont regardés comme les plus 
remarquables. Nommé directeur du Conservatoire de l'Ospedaletto à 
Venise (1763), il occupa deux ans ce poste et se rendit ensuite en 
Russie, comme compositeur de la cour (1768). En 1775, il quitta Saint- 
Pétersbourg pour se rendre à Londres, et écrivit pour cette ville 
Germondo, qui ne réussit pas. Cet échec fut le premier indice de sa 
décadence. Les opéras qu'il donna par la suite, en Italie, le montrè- 
rent de plus en plus faible. Traetta fut surtout remarquable dans 
l'expression des sentiments passionnés et dramatiques et fut sous ce 
rapport comme le précurseur de Gluck. Outre ses opéras, Traetta 
composa des oratorios et de la musique d'église. 

TRIAL (Axtoine), auteur-chanteur de la Comédie italienne, qui 
donna son nom au genre spécial de rôles comiques des chanteurs 
sans voix, naquit à Avignon en 1736 et mourut à Paris en 1795. 
D'abord enfant de chœur dans son pays, puis chanteur en province, 
il vint à Paris en 1764 et débuta dans le Sorcier de Philidor au 
théâtre Italien. Malgré les défauts de sa voix nasillarde et grêle, 
il sut par ses qualités d'acteur se créer un genre nouveau qui a été 
souvent employé depuis dans les opéras-comiques. Ses meilleurs 
rôles furent dans le Déserteur, Zémire etAzor, l'Épreuve villageoise, etc. 
Trial suivit en 1793 le mouvement révolutionnaire; il fut officier mu- 
nicipal de son arrondissement, chargé des actes de l'état civil. A la 
réaction thermidorienne, on l'obligea, un soir, à chanter à genoux le 
Réveil du Peuple au milieu des sifflets du parterre ; après quoi, le 
lendemain, il fut chassé de la mairie. Trial eut de ces violences un 
si grand désespoir, qu'il s'empoisonna. 

TRIBOU, l'un des chanteurs qui ont le plus illustré l'Opéra de 1721 
à 1742. Il avait une remarquable voix de haute-contre, qui lui attira 
de grands succès dans Fhaéton de Lulli, Renaud, les Éléments, Hip- 
polyte et Aricie^ les Indes galantes, etc., etc., et généralement dans 
les principaux rôles des opéras de Rameau. 

TSCHAIKOWSKI (Pierre-Iljitsch), compositeur dramatique russe 
très distingué, né dans le district d'Ural le 25 avril 1840, fit tardive- 
ment son éducation musicale au Conservatoire de Saint-Pétersbourg 
et en Allemagne. De retour en Russie, il se livra à la composition avec 
uiie grande activité, tout en consacrant une partie de son temps à l'en- 
seignement. Son premier ouvrage au théâtre fut le Voivod, représenté 
en 1869 avec un grand succès. En 1874, Apritschnik lui succéda avec 



360 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

un succès plus grand encore, et obtint le prix de 300 roubles destiné 
au meilleur ouvrage dramatique. Dans un autre concours institué par 
la grande-duchesse Hélène pour la mise en musique de Vakoul le 
Forgeron, cet artiste fut encore couronné. Le prix était de 1 000 rou- 
bles, Vakoul le Forgeron fut exécuté en 1876 et accueilli avec faveur. 
Cependant il parut alors que le compositeur abandonnait d'une façon 
trop accentuée le style mélodique, pour se jeter à corps perdu dans 
les désordres de rythmes et de modulations qui sont les caractéristi- 
ques des prétendues écoles de l'avenir. Il n'y a pas lieu de s'en 
étonner, car jusqu'à ce jour, malgré des beautés de premier ordre, 
malgré une certaine saveur typique propre à la musique slave en gé- 
néral, M. Tschaïkowski n'a pas encore de style qui lui soit bien per- 
sonnel. Tour à tour imitateur de Mendelssohn, de Schumann,de Ber- 
lioz ou de AVagner, il est naturel qu'il soit tombé pour un instant dans 
les travers de ce dernier. Mais lorsque sa voie sera nettement tracée, 
ces légers défauts disparaîtront pour faire place à une réelle origina- 
lité. L'œuvre actuel de ce compositeur comprend, outre des opéras, 
des symphonies, des ouvertures : la Tempête, Roméo et Juliette ; une 
fantaisie pour orchestre intitulée Françoise de Himini, un grand nom- 
bre de mélodies très originales et d'un sentiment profond, etc., etc. 

TULOU (Jean-Louis), célèbre flûtiste et compositeur pour son 
instrument, fils d'un professeur de basson au Conservatoire, naquit 
à Paris en 1786 et mourut à Nantes en 1865. Admis au Conservatoire 
en 1796, il remporta un second prix de flûte en 1799. L'année sui- 
vante, il méritait le premier, mais comme on voulait le garder encore 
dans l'intérêt de ses études, le jury lui décerna par exception un 
second prix d'honneur. En 1801, il fallut pourtant lui accorder la pre- 
mière récompense. Successivement à l'orchestre du théâtre Italien 
(1804) et à l'Opéra (1813), Tulou mena pendant ce temps une vie de 
plaisirs qui paraissait devoir amener la ruine de son talent. Cependant 
celui-ci était tel, que jamais l'artiste ne se trouva en défaut. Quelque 
fût rinstrument qu'il eût sous la main, car souvent il égarait sa flûte, 
il savait en tirer les sons les plus délicieux. Drouet lui disputa un 
instant la suprématie dans son art. Mais le Rossignol, de Lebrun, où 
Tulou sut imiter le chant de cet oiseau avec une volubilité et un sen- 
timent merveilleux, termina la lutte. Drouet se retira en Angleterre. 
A la mort de son maître Wunderlich, Tulou ne fut pas appelé à lui 
succéder. Il en eut du dépit et quitta l'Opéra (1822). Mais, en 1826, on 
le rétablit dans ses fonctions et il fut nommé au Conservatoire. 

; 



TULOU — UNGER. » 361 



U 



UGALDE (Delphine BEAUCÉ, épouse), cantatrice distinguée, née à 
Paris le 3 décembre 1829, reçut de sa mère, excellente musicienne, 
son éducation musicale, avant de devenir l'élève de Moreau-Sainti. 
Dès l'âge de six ans touchant du piano; donnant des leçons à neuf; 
à onze ans elle chantait déjà dans des concerts, et y obtenait de 
précoces succès. Engagée comme soliste à la Société de chant clas- 
sique dirigée par le prince de la Moskowa, elle essaya ensuite ses 
forces au théâtre de la Tour d'Auvergne. Limnander, qui l'entendit, 
augurant bien de son talent futur, la fit engager au théâtre national 
pour lui confier le principal rôle de ses Monténégrins. Mais la révolu- 
tion de 1848 ayant contrarié ses projets, il transporta pièce et chan- 
teuse à l'Opéra-Gomique. A ce théâtre, M™^ Ugalde parut d'abord 
dans le Domino noir avec succès ; puis elle créa le Caïd, les Monténé- 
grins, le Songe d'une nuit d'été, etc., etc., avec un talent grandissant, 
et enfin Galatée, qui fut pour elle un vrai triomphe. Une maladie du 
larynx la forçant à quitter FOpéra-Comique, elle se réfugia aux 
Variétés et y joua les Trois Sultanes, de Favart. A son rétablissement 
en 1854, la vaillante artiste rentra à l'Opéra-Comique et y créa d'une 
façon charmante le rôle de l'Amour dans Psyché. Passant au théâtre 
Lyrique en 1858, elle y parut dans les Noces de Figaro et créa ensuite 
la Fée Caràbosse et Gàl Blas, qui lui firent le plus grand honneur. 
Cependant, à partir de cette époque, ses succès allèrent décroissant. 
Elle reparut pourtant quelque temps après à l'Opéra-Gomique; donna 
quelques soirées à la Porte-Saint-Martin dans la Biche au bois; enfin, 
elle alla chanter les Bavards aux Bouffes-Parisiens, théâtre qu'elle 
dirigea avec son second mari, en 1866. Durant les six mois que dura 
sa direction, elle créa les Chevaliers de la Table ronde et une opé- 
rette de sa composition : une Halte au moulin. Puis elle ne chanta 
plus qu'en province ou dans les concerts. Il y a quelques années, 
M'^^ Ugalde donna une séance musicale intéressante, dans laquelle elle 
fit entendre un certain nombre de ses œuvres. Parmi celles-ci: les 
Bœufs, mélodie tirée d'un de ses recueils, produisit le plus grand effet. 

UNGER (JeaxN-Frédéric), magistrat et savant allemand, né à Bruns- 
wick en 1716, mort en cette ville en 1781, est l'inventeur d'un système 
applicable au clavecin ou à l'orgue, destiné à noter les improvisations 



362 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

des compositeurs. Euler ayant fait construire une machine analogue, 
Unger réclama la priorité de son invention et publia sur ce sujet un 
mémoire avec preuve à l'appui. L'invention d'Unger était d'une pra- 
tique difficile ; mais il est vrai de dire que tous les essais faits depuis 
dans le même genre n'ont amené aucun résultat sérieux. 

UNGER (Caroline), cantatrice distinguée, née à Stuhlweissemburg 
le 28 octobre 1805, morte près de Florence le 23. mars 1877, chanta 
d'abord les oratorios de Haendel, Haydn et Bach, puis débuta au 
théâtre dans Cosi fan tutte, à Vienne, en 1821. En 1824, elle prit part 
à la première exécution de la Symphonie avec chœurs de Beethoven, 
qui eut lieu dans cette ville, et se consacra l'année suivante à la 
scène italienne. Ses succès furent considérables. Donizetti, Pacini, 
Bellini, Mercadanle, écrivirent pour elle divers opéras, parmi lesquels 
on remarque la Straniera, le Due lUustri Rivale, jSlohe, Belisario, etc. 
Caroline Unger figura avec honneur pendant vingt-deux ans sur les 
principales scènes de l'ItaHe, vint à Paris en 1833, et chanta pour la 
dernière fois à Dresde en 1843. Rossini, dit-on, définissait ainsi la 
grande artiste : ardeur du Sud, énergie du Nord, poitrine de bronze, 
voix d'argent, talent d'or. Caroline Unger était grande et d'une rare 
beauté. 



VACCAJ (Nicolas), compositeur dramatique italien, né à Bolentino 
en 1791, mort à Pesaro en 1848, reçut à Rome des leçons de Janac- 
coni pour le contre-point ; à Naples, celles de Paisiello pour la com- 
position. Son premier opéra : ISolitari di Scozia, étant favorablement 
accueilli dans cette ville, il alla à Venise écrire successivement Mal- 
xina (1815), Gamma, regina de Gallizia (1817), il Lupo d'Ostendo (1818), 
Timarkan (1819), Alessandro in Babilonia et Ifigenia in Aulide (1820). 
Le succès de plusieurs de ces ouvrages n'ayant pas répondu à son 
attente, il se livra à l'enseignement du chant : à Venise d'abord (1820), 
à Trieste (1821), à Vienne (1823) et à Milan (1824). Dans cette dernière 
ville, il se remit à la composition, en écrivant Pietro il Grande, Ossia il 
geloso alla tortura (Parme, 1824). Puis .il donna la Pastorella feuda- 
taria (Turin, 1824) ; Zadig ed Astartea (Naples, 1825) ; c'est dans cette 
ville qu'il fit exécuter peu de temps après Giuletta e Romeo, son ouvrage 
le plus remarquable. Il le fit suivre de le Fuccine de Norvegia, et de 



UNGER — VARNEY. 363 

plusieurs autres opéras joués sur différentes scènes sans grand suc- 
cès. En 1823, il se rendit à Paris et à Londres, et dans ces deux villes 
se consacra entièrement à l'enseignement du chant. De retour en 
Italie après 1830, il écrivit encore il Marco Visonti,la Giovanna Gnmy, 
la Sposa di Messina et Virginia. Ce dernier opéra obtint un beau succès. 
Vaccaj dirigea le Conservatoire de Milan de 1838 à 1844. Il a publié, 
Outre ses opéras, quelques compositions pour l'église, des morceaux 
de chant détachés, et une Méthode de chant très estimée en Italie. 

VALENTINÔ (Henri-Justin-Joseph), célèbre chef d'orchestre, né à 
Lille le 14 octobre 1785, mort à Versailles le 28 janvier 1865, diri- 
gea, dès l'âge de quatorze ans, de petits orchestres en province, oii 
il montrait déjà les qualités de premier ordre qui le distinguè- 
rent plus tard. Il se maria à Paris en 1813, avec la fille de Per- 
suiSj directeur de musique à l'Opéra. En 1820, sa réputation était 
assez assise pour le faire désigner comme second chef d'orchestre 
à ce théâtre. Au départ de Kreutzer en 1824, il partagea avec Habe- 
neck les fonctions de premier chef, et se retira en 1830, lorsque le 
^docteur Véron, qui venait d'être nommé directeur de l'Opéra, chercha 
à diminuer les traitements, déjà si minimes, des musiciens de l'or- 
chestre. La direction de l'Opéra-Comique s'attacha alors Valentino. 
En 1831, il succéda à Crémont dans la direction de l'orchestre de ce 
théâtre, et occupa cette fonction jusqu'en 1837. Ce fut à cette époque 
qu'il fonda, à la salle Saint-Honoré (connue depuis sous le nom de 
salle Valentino) les premiers concerts populaires de musique clas- 
sique qui aient existé en France. Imitation de ceux qu'Habeneck avait 
fondés, en 1828, au Conservatoire, mais dans un cadre autrement 
étendu, ces concerts furent montés avec le plus grand soin, et Joseph 
Habeneck, frère du chef d'orchestre de l'Opéra, en dirigea les détails. 

Les lundi, mercredi, vendredi étaient consacrés à la musique clas- 
sique ; les autres jours à la musique légère, sous la direction de Fessy. 
Malheureusement pour cette belle entreprise, les temps n'étaient pas 
venus ; et dans le même ordre d'idées où devaient réussir plus tard les 
Pasdeloup, les Colonne, les Lamoureux, Valentino échoua. La curio- 
sité du public satisfaite, les séances de musique classique furent peu 
à peu abandonnées. La musique de plus en plus légère demeura 
seule en possession de la salle. Valentino se retira en 1841. 

VARNEY (Pierre-Joseph-Alphonse), chef d'orchestre et composi- 
teur, né à Paris le 1" décembre 1811, fit ses études musicales au 



364 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Conservatoire de Paris, et en sortit pour aller diriger, à Gand, l'or- 
chestre du théâtre (1835). Ce début décida de sa carrière, car il ne 
cessa depuis d'être chef d'orchestre. Parmi les principaux théâtres qui 
le -virent exercer ces fonctions, il faut citer le théâtre Historique, le 
théâtre Lyrique, celui de Gand, de Rouen et enfin celui des Bouffes- 
Parisiens, dont il devint directeur en 1862. Varney a donné à la 
scène Ai (lia, oratorio-cantate (théâtre Historique (1848); le Moulin- 
Joli (Gaîté, 1849); la Quittance de minuit (Ysinéiés, 1852); la Ferme 
de Kilmoor (théâtre Lyrique, 1 852) ; l'Opéra au Camp (Opéra-Comique, 
1854); la Polka des Sabots (Bouffes, 1859); une Fin de bail (Bouffes, 
1862); une Leçon d'amour (Théâtre-Français de Bordeaux, 1868). En 
1865, Yarney était allé à Bordeaux comme chef d'orchestre du 
Grand-Théâtre et de la société de Sainte-Cécile. Il s'est retiré en 1878. 
11 est l'auteur du fameux Chant des Girondins, si populaire en 1848. 
dans lequel se trouve le refrain Mourir pour la patrie 1 Ce chant, 
qui n'est qu'une assez plate imitation de l'un des Cinquante Chants 
français de Rouget de l'Isle, fut composé pour un drame d'Alexandre 
Dumas père, le Chevalier de Maison-Rouge. 

YASSEUR (FÉLix-AuGUSTix-JosEPH-LÉox), organiste et compositeur, 
né à Bapaume (Pas-de-Calais) le 28 mai 1844, reçut ses premières 
leçons de musique de son père, organiste de cette ville, et vint à 
Paris, où il entra comme boursier à l'école de musique religieuse de 
Niedermeyer. Il sortit de cette école à l'âge de dix-huit ans. Peu de 
temps après, il obtenait au concours la place d'organiste de Saint- 
Symphorien, à Yersailles. Il débuta dans le genre théâtral à l'Alcazar, 
par une opérette : Un fi, deux fi, trois figurants, qui tomba à plat. 
Plus heureux avec la Timbale d'argent (Bouffes -Parisiens, 1872), il 
obtint avec cette opérette son succès le plus réel, car depuis lors, 
sur dix ouvrages qu'il a donnés à la scène, un seul : la Cruche cassée 
(théâtre Taitbout, 1875), a été accueilU avec faveur. En 1879, M. Léon- 
Yasseur a pris en main la direction du théâtre Taitbout en lui don- 
nant le titre de Nouveau-Lyrique. L'entreprise n'a pas réussi. 

YAUCORBEIL (Auguste-Emmam-el), compositeur français, né à 
Rouen en 1821, a fait son éducation musicale au Conservatoire de 
Paris, sous la direction de Chérubini. Après avoir fait paraître divers 
quatuor pour instruments à cordes, des sonates pour piano et vio- 
lon, plusieurs mélodies, etc., M.Yaucorbeildonna, à l'Opéra-Comique, 
Bataille d'amour, en 1863; puis il fit exécuter, à la Société des con- 



VASSEUR — VERDI. 365 

certs, la Mort de Diane et des fragments de son opéra, Mahomet. En 
1872, M. Yaucorbeil fut notnmé commissaire du gouvernement près 
des théâtres subventionnés. Quelque temps après, il fut élu président 
de la Société des compositeurs, fonction qu'il a depuis résignée. 
Enfin, le 5 juillet 1879, il a été nommé directeur de l'Opéra, en rem- 
placement de M. Halanzier. 

VECCHI (Horace), musicien italien célèbre de la seconde moitié du 
seizième siècle, né en 1551, mort en 1604, chanoine de Correggio, vint 
se fixer à Modène, où il fut maître de chapelle de la cathédrale et de 
la cour. Dans le nombre considérable d'ouvrages qu'il a produits, 
tels que messes, motets, psaumes, etc., pour l'église, chansons, madri- 
gaux, etc., se trouve une œuvre particulièrement curieuse : l'Am/i- 
parnasso, sorte de comédie en musique, laquelle n'est pas, comme 
on l'a dit, un essai tendant vers la forme de l'opéra, mais bien un 
retour vers les conceptions théâtrales des anciens. Dans VAmfipar- 
nasso, en effet, le personnage comique, isolé ou non, ne s'exprime 
jamais lui-même, soit par des airs, soit par des récitatifs; il a pour 
traducteur un ensemble vocal analogue au chœur antique, de sorte 
que cette partition ne renferme d'un bout à l'autre que des ensem- 
bles, ce qui l'empreint d'une monotonie qui n'est rien moins que 
dramatique. 

VERDI (Giuseppe), fameux compositeur dramatique, chef aujour- 
d'hui de l'école italienne, est né à Roncole le 9 octobre 1813, d'une 
modeste famille d'aubergistes de village. Provesi, organiste de Bus- 
seto, bourg voisin de Roncole, lui apprit les éléments de la mu- 
sique, et, vers l'âge de vingt ans. Verdi put aller continuer ses études 
à Milan, grâce aux munificences de la municipalité de Busseto et de 
M. Antonio Barezzi, dilettante distingué, dont il devint plus tard le 
gendre. Refusé au Conservatoire de cette ville, il prit pour maître 
Lavigna, maestro a cembalo de la Scala, et, après trois ans d'étude, 
commença à composer de la musique militaire, d'église, de chant et 
de piano. En 1839, il donna à la Seala son premier opéra : Oherto, 
comte di San Bonifazio, essai plein de réminiscences et de faiblesses, 
mais dans lequel perçait déjà cette émotion particulière, à la fois bru- 
tale et entraînante, qui devait être, dans la suite, la caractéristique 
de son génie. Il n'en fallait pas davantage pour séduire un public 
dont Rossini avait transformé le goût en l'initiant aux grands effets 
dramatiques modernes, et qui, par une pente bien naturelle, en 



366 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

était arrivé à ne plus rechercher autre chose dans la musique. 
Oberto eut du succès. Un Giorno di regno (Milan, 1840) fut moins 
heureux; mais Verdi se releva avec Nabiicodonosor (Milan, 1842) 
et se montra plus brillant encore dans I Lombardi alla trociata 
(Milan, 1843) ei Ernani (Venise, 1844). La période suivante fut, en 
revanche, beaucoup moins favorable au compositeur. I Due Foscari 
(Rome, 1844); Giovanna d'Arco (Milan, 1845); Alzira (Naples, 1845); 
Attila (Venise, 1846); Mac6e^/i (Florence, 1847); I Masnadieri [Lon- 
dres, 1847) ; Jérusalem f qui n'est qu'un mauvais arrangement d'I Lom- 
bardi (Opéra de Paris, 1847); il Corsaro (Trieste, 1848); la Bataglia 
di Legnano (Rome, 1849); Stiffelio (Trieste, 1830), tombèrent succes- 
sivement. La seule partition de Luisa Miller (Naples, 1849) resta à 
la scène. Une série si longue d'insuccès fit sentir à Verdi la nécessité 
de transformer sa facture et son style. Sa phrase était courte, ses 
procédés souvent empreints de banalité ; il s'appliqua à améliorer sa 
manière. Les succès immenses et partout répétés de Rigoletto (Venise, 
1851); d'il Trovatore (Rome, 1853), et de la Traviata (qui tomba le 
premier soir pour se relever ensuite avec éclat; Venise, 1853), mar- 
quèrent clairement le progrès accompli. Verdi crut alors le moment 
venu de s'emparer de la première scène lyrique française. Il écrivit 
pour elle les Vêpres Siciliennes ; mais cet opéra, malgré une facture 
plus soignée, ne réussit pas, faute d'inspiration (Opéra de Paris, 
1853). De retour en Italie, le bruit fait autour du nom de R. Wagner 
fit faire à Verdi une première tentative dans la voie suivie par ce 
compositeur, avec Simone Boccanegra. Cette œuvre fut reçue avec 
froideur. Il essaya alors de refaire son Stiffelio en lui donnant le 
nom ^Araldo, mais ne réussit pas davantage (Venise, 1856). TJn 
Ballo in maschera (Rome, 1859) et la Forza del Destino (Saint-Pé- 
tersbourg, 1863) eurent un meilleur sort, sans pourtant arriver à 
tenir longtemps la scène. Eufin, dans Don Carlos (Opéra de Paris, 
1867), un grand progrès se fit de nouveau sentir dans l'allure géné- 
rale du maître. La forme et le fond se montrèrent plus châtiés, plus 
nourris. Mais c'était dans Aïda, opéra composé pour le Caire, où il 
fut représenté en 1871 avec un succès colossal; dans la messe de 
Bequicm, dédiée aux mânes de Manzoni, et exécutée solennellement 
à l'église Saint-Marc de Milan en 1874, que le génie du compositeur 
devait atteindre son expression la plus grandiose. Sans doute, ces 
partitions se ressentent encore du défaut d'études premières que 
l'on remarque dans tous ses ouvrages antérieurs ; mais, en revanche, 
elles contiennent de si originales et si réelles beautés ; l'élan y est si 



VERDI — VERVOITTE. 3d7 

puissant, le sentiment dramatique si profond et si passionné; en un 
mot, la richesse de l'ensemble y couvre tellement les imperfections 
de détail, qu'on n'éprouve pour ces œuvres magistrales que de l'ad- 
miration. Aida a été représentée à Paris au théâtre Italien en 1876 et 
à l'Opéra en 1880, avec un succès éclatant. Le 'Requiem a été exécuté 
au théâtre Italien par les artistes mêmes qui l'avaient créé à Milan : 
M™**^ Stoltz et Walmann, MM. Caponi et Maini, sous la direction de 
l'auteur, environ huit jours après son apparition à Milan, en 1874. En 
fait d'ouvrages d'autres genres, on doit à Verdi des mélodies et de la 
musique de chambre. Verdi a été nommé sénateur du royaume d'Italie. 

VERHULST(Jean-J.-H.), compositeur hollandais distingué, né à la 
Haye le 19 mars 1816, fut admis en 1826 au Conservatoire de cette 
ville et entra ensuite comme violoniste à l'orchestre du théâtre , où 
il se lia avec Hanssens, son chef, et en reçut quelques conseils. Il 
écrivit alors un Te Beum et un Veni Creator qui furent remarqués. La 
société du Ton Kunst couronna de lui plusieurs ouvrages : un Salu- 
taris ^ un Tantiim ergo, une ouverture, une symphonie, etc. En 1836, 
Mendelssohn, ayant jeté les yeux sur quelques-unes de ses compo- 
sitions, consentit à le prendre pour élève, et le jeune Verhulst partit 
l'année suivante pour l'aller retrouver à Leipsick ; mais, par suite de 
circonstances diverses, il ne put joindre ce maître qu'en 1838, après 
avoir séjourné à Cologne, à Bruxelles et à Paris. Dès la première 
épreuve (un Kyrie, et un chœur, Inclina, Domine), Mendelssohn lui 
déclara qu'il n'avait plus rien à lui apprendre. A partir de ce moment, 
Verhulst prit confiance et se livra à d'importants travaux. Il composa 
de remarquables quatuor, écrivit un intermezzo intitulé Grass ans 
der Ferne, qu'il dédia à Mendelssohn, etc. Pendant toute la durée de 
son séjour à Leipsick, il fut élu chef d'orchestre de la société l'Euterpe. 
De retour à la Haye en 1842, il fut nommé par Guillaume II directeur 
de la musique de la Cour, fit exécuter ses ouvrages et dirigea tous les 
festivals qui furent organisés en Hollande depuis 1850. Verhulst a pro- 
duit dans tous les genres, à part celui du théâtre, et fut le premier 
entre tous les musiciens hollandais de son temps. 

VERVOITTE (Charles-Joseph), maître de chapelle et compositeur, 
né à Aire-sur-la-Lys en 1822, obtint, au concours, sa première place 
à Boulogne-sur-Mer, dans sa jeunesse, et peu après devint direc- 
teur de l'école municipale de chant de cette ville. Appelé à Rouen 
pour y fonder une maîtrise et des cours de chant au petit séminaire, 



368 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

il organisa, sous le patronage de l'archevêque, des concerts histo- 
riques de musique religieuse. L'Académie de Rouen, qui lui avait 
décerné une médaille pour son harmonisation du chant liturgique 
du diocèse, le reçut parmi ses membres (1850). Lauréat au con- 
cours de la société de Sainte-Cécile de Paris pour sa cantate des 
Moissonneurs, il la fit exécuter en 1851. En 1853, il fut désigné pom^ 
diriger les exécutions musicales pendant le séjour que fît à Dieppe 
Napoléon III. Maître de chapelle de l'église Saint-Roch, à Paris, en 
1859; président-directeur de la Société académique de musique reli- 
gieuse et classique, M. Vervoitte a été nommé inspecteur du chant 
dans les écoles normales et dans les maîtrises. Son œuvre comprend 
des morceaux religieux, des compositions destinées aux maisons 
d'éducation. Il a réuni, sous forme de publications intitulées Archives 
des cathédrales, Musée classique, Nouveau Répertoire de musique sacrée, 
la musique des maîtres anciens et modernes. 

VIADANA (Louis GROSSI, dit), moine et musicien, né vers 1564 à 
Viadana près Mantoue, mort après 16-U, fut maître de chapelle des 
cathédrales de Fano, de la Concordia (État de Venise) et de Mantoue. 
On lui a attribué pendant lontemps l'invention de la basse continue; 
mais il paraît prouvé aujourd'hui qu'il ne serait que l'inventeur de 
l'application de cette basse aux morceaux à une ou plusieurs voix 
accompagnés par l'orgue. Son œuvre, considérable, est à peu près 
tout d'église. 

VIARDOT (Mighelle-Pauliive GARCIA, épouse), chanteuse fran- 
çaise des plus remarquables, née à Paris le 18 juillet 1821, est la fille 
du fameux chanteur Garcia et sœur de la célèbre Maria Malibran. A 
l'âge de trois ans, elle alla avec sa famille en Angleterre, aux États- 
Unis et au Mexique, et pendant ces voyages commença Télude des 
éléments de la musique. De retour en Europe, elle étudia le piano 
avec Meyzenberg et Liszt, Tharmonie avec Reicha et le chant avec 
son père. Après la mort de Garcia, elle termina ses études à Bruxelles, 
où elle commença à se faire entendre dans les salons, puis dans les 
concerts. Son début en public (12 décembre 1837) fut un véritable 
triomphe. Elle se rendit alors à Berlin, à Dresde, à Francfort, où son 
succès ne fut pas moins franc; puis vint à Paris, en 1838, donner de 
magnifiques concerts. Désireuse d'aborder le théâtre, elle débuta à 
Londres, au Kings's-Théâtre, dans Otello, le 9 mai 1839. Sa voix 
de contralto, superbe, d'une étendue de deux octaves et demie, son 



VIADANA — VIARDOT. 369 

style d'une grandeur et d'une pureté achevée, ses remarquables qua- 
lités de tragédienne, la placèrent de suite au premier rang. M. Louis 
Viardot, alors directeur du théâtre Italien de Paris, étant allé l'en- 
tendre, l'engagea immédiatement et elle parut sur cette scène le 8 oc- 
tobre de la même année. Elle brilla tour à tour dans Generentola, 
Tancredi, Otello, il Barbiere di Seviglia, etc. Mais il fallait plus que les 
vocalises de la musique italienne pour mettre complètement en relief 
l'ensemble de qualités de premier ordre que possédait la grande 
artiste. Le Prophète pour la création duquel Meyerbeer la fit engager 
à l'Opéra en 1849, lui procura l'occasion qu'elle cherchait. Elle y fut 
admirable dans le rôle de Fidès, et bientôt après alla le jouer à Ber- 
hn, à Saint-Pétersbourg et à Londres. De retour à Paris, ce fut la 
Sapho de Gounod qui lui valut des applaudissements enthousiastes. 
Enfin, en 1859, le théâtre Lyrique montant V Orphée d3 Gluck, elle 
consentit, sur les instances de Berlioz, à se charger du rôle d'Or- 
phée, qui, durant cent cinquante représentations environ, fut son 
plus grand, son plus beau et son dernier triomphe à la scène. Depuis 
cette époque, M™^ Viardot ne s'est plus montrée que dans quelques 
concerts : au Conservatoire, oii elle chanta Pair : Divinités du Styx, 
de YAlceste de Gluck; aux Concerts populaires, où elle interpréta 
avec le goût le plus pur des mélodies de Schumann et de Schubert; 
enfin, dans un concert donné pour la production des œuvres de sa 
fille, M°^« Héritte-Viardot ; etc. 

M^® Louise Héritte-Viardot, fille aînée de la grande cantatrice, est 
en effet un compositeur distingué. Elle a écrit deux opéras-comiques : 
Lindoro, exécuté à Weimar en 1879, et les Fêtes de Bacchiis, dont quel- 
ques fragments ont été donnés sous sa direction à Stockholm en 
1880. Elle a, en outre, composé de la musique de chambre et un 
assez grand nombre de mélodies. Le style de M™« Héritte-Viardot rap- 
pelle à. la fois ceux de Schumann et de Mendelssohn. 

Les deux autres filles de M°^« Pauline Viardot, excellentes musiciennes, 
se sont fait entendre avec succès dans les concerts. Enfin, M. Paul 
Viardot, son fils, est un violoniste de talent, qui s'est produit aux 
Concerts populaires, et dont la réputation s'accentue chaque jour. 

M'"^ Pauline Viardot, qui parle avec une égale facilité l'anglais, l'al- 
lemand, l'espagnol, l'itahen et le français, a composé un grand nom- 
bre de mélodies sur des paroles françaises : la Chanson de Loïc, Vil- 
lanelle. Solitude, etc., un recueil de chants sur des poésies russes ; trois 
opérettes : le Dernier Sorcier, VOgre, Trop de femmes, représentées à 
Bade ; arrangé pour la voix des mazurkas de Chopin, etc., etc. 



370 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

VICTORIA (Thomas-Louis de), en italien VITTORIA, compositeur 
espagnol du seizième siècle, né vers 1540, mort vers 1608, se rendit 
dans sa jeunesse en Italie et y eut pour maîtres Escobedo et Morales, 
ses compatriotes. Maître de chapelle du collège germanique à Rome, 
en 1573, puis à l'église Saint-Apollinaire, il se pénétra du style de 
Palestrina et s'en inspira de la façon la plus heureuse. Vittoria fut 
un des meilleurs compositeurs de son temps en Espagne, ainsi qu'en 
témoignent ses œuvres, toutes destinées à l'église. 

VIETTI (Caroline), cantatrice distinguée, née à Turin le 3 fé- 
vrier ] 820, fut admise, en 1831, à l'Académie philharmonique de Turin 
et y remporta, trois ans après, les premiers prix de chant, de théorie 
musicale et de déclamation. Elle débuta au théâtre Garignano de 
Turin, dans Zadig et Astarté, en 183(5, avec un vif succès; puis, sa 
trop grande jeunesse la contraignant à prendre un an de repos, elle 
reparut sur la scène, à Venise, pour ne plus la quitter qu'en 1861. 
Caroline Vietti chanta dans les principales villes d'Italie, de Russie, 
d'Espagne, de la Havane, des États-Unis, du Mexique, du Portugal; et 
en France, à Marseille. Elle avait une belle voix de contralto et un 
talent achevé. 

VIEUXTEMPS (Henri), célèbre violoniste, né à Verviers le 20 fé- 
vrier 1820, mort à Mustapha (Algérie) en juin 1881 , commença l'étude 
du violon dès sa cinquième année. Il reçut des leçons de Lecloux, et fit 
avec son maître sa première tournée artistique à l'âge de huit ans. 
Arrivé à Bruxelles, il reçut quelques conseils de Bériot et vint avec 
succès se faire entendre à Paris en 1830. Un autre voyage, fait en 1833 
avec son père, fut pour lui, à Vienne, l'occasion de succès plus sé- 
rieux. Après avoir étudié quelque temps l'harmonie avec Secliter et 
la composition avec Reicha, il commença à écrire des morceaux 
pour son instrument (1835). Ensuite il se rendit en Russie, donnant 
des concerts à Prague, Dresde, Leipsick, Berlin, Pétersbourg et Mos- 
cou. Une fantaisie et un concerto avec orchestre qu'il composa en 
Russie fureut particuUèrement remarqués. De retour l'année sui- 
vante, il excita à Bruxelles avec ces morceaux un véritable enthou- 
siasme. Paris consacra définitivement cet immense talent en 1841. 
Depuis, Vieuxtemps parcourut la Prusse et la Hollande, se montra 
quelque temps en Pologne et en 1844 visita l'Amérique. Ensuite il 
séjourna à Pétersbourg durant plusieurs années comme premier vio- 
lon de l'empereur (1846); reparut en France (1852), en Belgique, 



VICTORIA — VILLEBICHOT. 371 

en Allemagne, en Angleterre et en Amérique (1837) et revint à Paris 
donner des séances de musique de chambre qui eurent un succès 
éclatant. Après avoir fait encore quelques voyages, il fut atteint 
au bras droit d'une paralysie, qui termina sa carrière de virtuose, 
et dont les progrès .le conduisirent bientôt au tombeau. Son œuvre 
comprend des fantaisies extrêmement brillantes sur des thèmes du 
Pirate, Norma, Don Juan, etc, desSowue/iirs de Russie, d'Amérique, etc., 
des Morceaux de salon, etc. 

VILBACK (Alphonse-Zoé-Gharles RENAUD DE), organiste et com- 
positeur, né à Montpellier le 3 juin 1829, se rendit à Paris en 1841 
et, sur la demande d'Halévy, entra dans sa classe de composition au 
Conservatoire. Élève en même temps de M. Benoist, en 1843, il rem- 
porta le premier prix d'orgue en 1844. Le second premier grand prix 
de Rome lui fut décerné la même année. De retour à Paris, M. Renaud 
de Vilback se livra à l'enseignement et fut nommé en 1856 organiste 
de Saint-Eugène. En 1837 il s'essaya au théâtre avec Au clair de la 
lune, petit opéra qui fut représenté aux Bouffes-Parisiens ; puis avec 
Almanzor, au théâtre Lyrique, en 1838. M. Renaud de Vilback, qui a 
produit plusieurs œuvres de piano, parmi lesquelles on remarque 
Deux Rondos, les Impressions d'Italie, Rondo espagnol, etc., improvise 
sur l'orgue avec une grande facilité. Son style, léger et peu fait 
pour l'église, est celui d'un virtuose brillant. Il excelle dans le manie- 
ment chatoyant des timbres si variés de l'orgue moderne. 

VILLATE (Gaspar), compositeur dramatique américain, né à Guba 
le 17 janvier 1831, fit ses études musicales dans son pays et fré- 
quenta à Paris le Gonservatoire. Il a donné, au théâtre Italien de 
Paris, Zilia en 1877 et la Czarine au théâtre royal de la Haye en 1880. 

VILLEBICHOT (A. de), compositeur, né vers 1820, fut élève de 
Maleden et devitit chef d'orchestre des cafés-concerts de l'Alcazar, 
des Ambassadeurs, etc. Il a écrit pour ces établissements des say- 
nètes, des opérettes, etc., en nombre considérable : Marjolaine, la 
Tour du Nord, les Hidalgos de Paris, le Bailli de Croquetendron, la 
Grève de femmes, etc. Au théâtre Déjazet, il a donné un opéra bouffe 
en trois actes : Nahuco, qui a obtenu du succès. Il a pubHé en 1848 
une brochure sur l'état de l'enseignement musical en France et sur 
les réformes à y apporter. Le style de cet article est d'une légèreté 
amusante qui ne manque pas de saveur. 



372 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

VILLOTEAU (Guillaume-André), musicographe distingué, né à 
Bellême (Orne) le 6 septembre 1759, mort le 25 avril 1839 à Tours, 
d'abord enfant de chœur, puis chantre, se destinait à la prêtrise, 
lorsque la Révolution le fit tout à coup choriste à TOpéra (1792). 
Ayant acquis des connaissances étendues sur la musique par des 
études sérieuses, il fut désigné pour faire partie du corps de savants 
qui devait accompagner en Egypte le général Bonaparte. Villoteau 
a publié dans la Description de l'Egypte le résultat de ses travaux 
sur l'art musical chez les Grecs et les Égyptiens à différentes épo- 
ques. Ces mémoires, écrits avec sincérité, pleins de remarques cu- 
rieuses et de faits intéressants, ont jeté, en leur temps, une vive 
lumière sur des questions jusque-là très obscures. Aujourd'hui, l'éru- 
dition est allée beaucoup plus loin, mais on doit à Yilloteau d'avoir 
déblayé le chemin. 

YIOTTI, violoniste célèbre, chef de l'école moderne du violon, 
naquit à Fontanetto (Piémont) le 2o mai 1753 et mourut à Londres 
le 10 mars 1824.11 reçut dans son enfance quelques conseils de diffé- 
rents musiciens, mais dut surtout à une rare aptitude le talent pré- 
coce qui le fit un jour remarquer par l'évêque de Strambino. Celui-ci 
l'envoya à la marquise de Yoghera, qui cherchait un compagnon 
d'études pour son fils ; et là, on lui donna pour maître Pugnani (1766). 
Nommé violoniste de la chapelle royale, il quitta bientôt cette posi- 
tion pour voyager avec son maître en Allemagne, en Pologne, en 
Russie et en Angleterre avec de fructueux succès. Arrivé à Paris, 
son début au Concert spirituel, en 1782, fut un véritable triomphe. 
Jamais imagination mieux conduite dans la composition n'avait été 
unie à un talent plus parfait et plus varié. Il surpassa prédécesseurs 
et contemporains durant les deux années qu'il figura dans ces 
concerts. Cependant, un caprice du public ayant blessé son amour- 
propre, il cessa de s'y faire entendre, quoiqu'il fût resté à Paris jus- 
qu'en 1791. Il ne joua plus que dans les salons; devint accompagna- 
teur de la reine et chef d'orchestre du prince de Soubise; organisa 
des matinées de quatuor pour ses élèves, et répandit son nom dans 
toute l'Europe en publiant ses compositions. En 1788, le coiffeur de 
la reine, Léonard, avait obtenu, grâce à sa protection, le privilège 
d'un théâtre d'opéra italien. II avait chargé Yiotti de la partie artis- 
tique de cette entreprise, et celui-ci à son tour s'était adjoint Chéru- 
bini pour la disposition des ouvrages et la composition des morceaux 
à y ajouter. Sa troupe, très bien formée, donnait dès 1789 de fort 



VILLOTEAU — VOGEL. 373 

belles représentations aux Tuileries, lorsque le retour de la cour 
dans ce palais en 1790 la contraignit à se réfugier au théâtre de la 
foire Saint- Germain. Mis ainsi dans l'impossibilité de continuer, Viotti 
s'associa avec Feydeau de Brou et construisit la salle qui porte ce 
nom, dans laquelle se trouvèrent réunis l'opéra italien et l'opéra 
français. La nouvelle salle ouvrit en 1791 ; mais dès 1792, les événe- 
ments de la Révolution eurent bientôt tout dispersé, actionnaires et 
artistes. Viotti, ruiné, passa en Angleterre, et il allait [reprendre la 
série de ses triomphes à Londres, lorsque le bruit se répandit que le 
pauvre artiste n'était qu'un agent déguisé du parti révolutionnaire. 
Contraint de quitter l'Angleterre, il se retira près de Hambourg 
jusqu'en 1795, et écrivit pendant cette période quelques-uns de ses 
plus beaux duos. Son innocence une fois reconnue, il retourna en 
Angleterre, mais son esprit avait été si affecté des calomnies répan- 
dues sur son compte, que jamais il ne voulut reprendre sa carrière 
d'artiste. Il se fixa à Londres dans une famille amie, vivant dans le 
calme, et composant les célèbres concertos qu'il désignait par les 
lettres A, B,C,D. Après la paix d'Amiens (1802), il put revenir à Paris, 
où, cédant aux sollicitations de ses amis Chérubini, Rode, etc., il 
consentit à se faire entendre au Conservatoire. Son talent était encore 
dans sa plénitude. Viotti fit en 1804 une nouvelle apparition à Paris 
et s'y fixa en 1808. En 1815, il prit en main la direction de l'Opéra. 
Cette dernière entreprise ne fut pas heureuse : la décadence de ce 
théâtre était trop marquée, lorsqu'il y arriva, pour qu'il pût en arrêter 
les progrès. On le rendit cependant responsable du mauvais état des 
choses, et il fut remercié en 1822. Tant de déboires et de chagrins al- 
térèrent sa santé. Il se retira à Londres et ne revint plus en France. 

VITTORIA. — Voir VICTORIA. 

VIVIER (Eugène), corniste virtuose, né en Corse en 1821, devint 
célèbre par un procédé dont il était l'inventeur et qui lui permettait 
de tirer simultanément plusieurs sons de son instrument. Il faisait 
ainsi produire à un seul cor d'harmonie jusqu'à trois sons à la fois, 
et ces trois sons étaient d'égale intensité. Tout Paris a assisté à ces 
séances intéressantes où l'artiste exécutait seul de petits trios (entre 
autres la Chasse) de sa composition. Jusqu'ici le procédé employé par 
Vivier pour obtenir ces effets, à peine croyables, n'a pas été dévoilé. 

VOGEL (Jean-Christophe), compositeur dramatique, né à Nurem- 
berg en 1756, mort à Paris en 1788, fit ses études musicales à Ratis- 



374f PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

bonne sous la direction de Riepel. En 1776, il vint à Paris, et, comme 
il était habile sur plusieurs instruments, les ducs de Montmorency et 
de Valentinois l'attachèrent successivement à leurs musiques. Admi- 
rateur passionné des opéras de Gluck, il chercha à imiter son style 
et écrivit sous cette constante préoccupation la Toison d'or, dont il 
n'obtint la représentation à l'Opéra qu'en 1786. Cet ouvrage fut 
accueilli avec faveur et devait encourager son auteur. Malheureuse- 
ment, Vogel s'adonnait aux excès de toute nature, et sa production 
était lente. Il fut emporté par une fièvre maligne avant l'exécution 
de son second ouvrage : Démophon. L'ouverture, page des plus remar- 
quables, en fut jouée d'abord au Concert de la Loge Olympique en 
1789. Son succès fut tel, que l'on remit au ^théâtre la Toison d'or, 
sous le titre nouveau de Médée à Colchos, et Démophon fut donné 
en entier la même année. De ces deux opéras, l'ouverture de Démo- 
phon seule est restée. On l'exécuta souvent dans les concerts et dans 
les cérémonies publiques, entre autres au Champ de Mars en 1791, 
aux funérailles des officiers -tués à Nancy, etc. Vogel fut, en outre, 
l'auteur de symphonies, concertos, quatuor, duos, etc., pour les in- 
struments. 

VOGEL (Charles-Louis-Adolphe), compositeur, né à Lille en 1808, 
petit-fils du précédent, commença ses études musicales dans cette 
ville et vint les achever à Paris au Conservatoire. En 1830, un chant 
patriotique, intitulé les Trois Couleurs, qu'il écrivit en une nuit après 
la révolution de Juillet ; ses romances : Ma Frégate, le Kabyle, To- 
hie, etc., et surtout l'Ange déchu, qui fut populaire et traduit dans 
toutes les langues, lui firent une réputation européenne. En fait de 
théâtre, Adolphe Vogel donna aux Nouveautés, en 1831, le Podestat, 
petit acte qui fut repris à l'Opéra-Comique en 1833; à la Renais- 
sance, le Jugement dernier, oratorio, avec décors et costumes. Le 
Siège de Leyde, opéra, qui eut un grand succès au théâtre de la 
Haye, en 1847; la Moissonneuse, au théâtre Lyrique, en 1853; B.om- 
pons! aux Bouffes-Parisiens, en 1837 ; le Nid de cigogne, à Bade, en 
1838 ; Grredin de Pigoche ! aux Fohes-Marigny, en 1866; la Filleule du 
roi, à la Renaissance, en 1875. Outre ces ouvrages, Adolphe Vogel a 
composé des symphonies, quatuor, quintettes, chœurs, morceaux 
d'église, etc. 

VOGL (Hexri), chanteur dramatique allemand, né en Bavière en 
1845, étudia le chant sous la direction de Franz Lachner et débuta 



VOGEL — VOGLER. 375 

au théâtre de la cour à Munich dans le Freyschûtz, en 1865, avec un 
très grand succès. A partir de ce moment, il n'a pas cessé d'inter- 
préter les grands rôles de ténor du répertoire allemand, et s'est 
montré particulièrement remarquable dans les opéras de Richard 
Wagner. 

Sa femme, M^^ Thérèse THOMAS-VOGL, née à Lutzwing (Bavière) 
en 1845, est une cantatrice également renommée. Elle a débuté en 
1864 au théâtre deCarlsruhe et a été ensuite engagée au théâtre de la 
cour à Munich, où elle est restée jusqu'ici. 

VOGLER (l'abbé Georges-Joseph), compositeur et théoricien, né à 
Wurzbourg le 15 juin 1749, mort à Darmstadt le 6 mai 1814, se desti- 
nant à la prêtrise, mena de front les études littéraires, théologiques 
et musicales. En 1771, il se rendit à Mannheim et fit exécuter pour 
ses débuts un ballet, intitulé Ino, au théâtre de la cour. Puis il se 
rendit en Itahe, oii il reçut les conseils du P. Martini à Bologne et du 
P. Valatti à Padoue. Ensuite il partit pour Rome, où il reçut la prê- 
trise, et se fit nommer protonotaire apostolique, camérier du pape, 
chevalier de l'Éperon d'or et membre de l'Académie des Arcades. De 
retour à Mannheim, il y étabht une école de musique suivant une 
théorie nouvelle de l'harmonie, dont il était l'auteur, et se fit nommer 
second maître de chapelle de la cour, vers 1777. Peu de temps après, 
parut sa théorie sous le titre de : Science de la musique et de la composi- 
tion; puis un autre ouvrage: VÉcole de musique duPalatinat, et un jour- 
nal spécial à son école. En 1779, l'électeur palatin étant appelé à suc- 
céder à celui de Bavière, sa cour se rendit à Munich, et Vogler la suivit. 
Il venait d'y donner sans succès, pour son second essai dramatique, 
un premier opéra: A/6er^ III de Bavière (1781), lorsqu'il se démit de ses 
places et fit de longs voyages en Espagne, en Grèce, en Orient, faisant 
représenter à Paris, en passant, la Kermesse ou la Fête du village, qui 
eut un échec complet (1783). A son retour, en 1786, il alla comme 
maître de chapelle à la cour de Suède, et fit construire un orgue de 
son invention qu'il nomma orchestrion, avec lequel il parcourut la 
Hollande, l'Angleterre et l'Allemagne. En 1791, il donna Castor et 
Polluxy à Mannheim, et, cette fois, obtint quelques succès ; en 1792, 
Gustave- Adolphe, à Stockholm ; puis revint à Paris donner un concert 
d'orgue à Saint-Sulpice et s'enquérir de la nature des fêtes musicales 
révolutionnaires. Son école de musique avait prospéré à Stockholm, 
et pourtant il quitta cette ville, en 1799, pour aller établir à Prague 
une troisième école. Entre temps, il avait donné, à Copenhague, 



376 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

Hermann de TJnna, son meilleur ouvrage. En 1803, il alla à Vienne 
y faire représenter Samori. Après avoir fait encore quelques voyages 
en Allemagne, il se fixa à Darmstadt comme maître de chapelle de 
la cour, en 1807, et fonda une quatrième école, qui compta parmi 
ses élèves Charles-Marie de ^yeber, Meyerbeer, Winter, Knecht, 
Ritter, etc. En 1812, Vogler ferma cette école, entreprit avec ses 
élèves des voyages instructifs, revint à Darmstad en 1813 et s'éteignit 
peu de temps après. Son œuvre musical est peu original. 

VOLKMANN (Frédéric-Robert), compositeur allemand, né à Lom- 
mach (Misnie) le 6 avril 1815, étudia le piano et l'orgue avec son 
père, cantor en cette ville, et se rendit en 1836 à Leipsick, pour y ter- 
miner son éducation musicale. En 1841, il alla habiter Prague et se 
fixa ensuite à Pesth, où il devint professeur de composition à l'École 
de musique. M. Volkmann, dont l'œuvre est considérable, d'une bonne 
facture et d'un joli style, quoique manquant un peu d'originaUté, a 
abordé tous les genres, à l'exception du théâtre et de l'oratorio. 
L'ouverture de Richard lîl, le Livre d'images et généralement ses 
compositions à quatre mains sont ses meilleures productions. 

VUILLAUME (Jean-Baptiste), luthier français renommé, né le 7 oc- 
tobre 1798 à Mirecourt (Vosges), mort le 19 mars 1875 aux Ternes 
(Paris), d'une famille de luthiers avantageusement connus à Mire- 
court pendant le siècle dernier, fit son apprentissage chez son père. 
En 1818, il vint à Paris et, après avoir été l'associé de plusieurs mai- 
sons, s'établit seul en 1828. Ses instruments, remarquables imi- 
tations de ceux de Guarneri, d'Amati et surtout de Stradivari, sont 
très estimés et ont obtenu un grand succès auprès des artistes et des 
amateurs. 

w 

WACHTEL (Théodore), ténor allemand renommé, né à Hambourg 
en 1824, embrassa d'abord la profession de son père, qui était cocher 
et loueur de voitures. Un hasard lui ayant révélé la beauté de sa 
voix, il étudia le chant avec M™° Grandjean, professeur distingué de 
Hambourg, et se produisit dans les concerts et ensuite au théâtre de 
cette ville. Successivement à Schwerin, Dresde, Wurtzbourg, Darm- 
stadt, HanovTe, ses succès allèrent toujours grandissant; et, lors- 
qu'il parut à Cassel, à Vienne, au théâtre de la cour, à l'Opéra royal 



VOLKMANN — WAGNER. 377 

de Berlin, à Covent-Garden à Londres, il remporta de véritables 
triomphes. Sa voix, d'une étendue considérable, et son talent, d'une 
souplesse remarquable, lui permirent de posséder un répertoire à la 
fois riche et varié, depuis le Trouvère et les Huguenots jusqu'au 'Pos- 
tillon de Lonjumeau, ouvrage qu'il jouait avec une désinvolture toute 
spéciale et dans lequel les claquements de son fouet (en sa qualité 
d'ancien cocher) étaient devenus légendaires. M. Wachtel a fait à Pa- 
ris, en 1869, une apparition qui ne lui a pas été favorable. 

WAELPUT (Henri) , compositeur belge , né à Gand le 26 octo- 
bre 1845, commença dans cette ville son éducation musicale et la 
termina au Conservatoire de Bruxelles, où il remporta le premier prix 
de composition en 1866, et le prix de Rome (de Belgique), l'année 
suivante. En 1869, M. Waelput fut nommé directeur du Conservatoire 
de Bruges, devint chef d'orchestre du théâtre et par la suite orga- 
nisa des concerts populaires. Il quitta ses fonctions en 1871, vint 
s'établir à Dijon, où il demeura jusqu'en 1875, et, de là, retourna 
dans sa ville natale, où il fut nommé chef d'orchestre au théâtre. 
C'est dans cette ville que M. Waelput a fait exécuter par fragments 
ses œuvres principales : Berken le Lapidaire^ opéra ; la Bénédiction des 
armes, la Pacification de Gand et Memling, cantates ; des symphonies, 
des lieder, etc. 

WAGNER (Guillaume-Richard), compositeur dramatique allemand, 
né à Leipsick le 22 mai 1813, mort à Venise le 13 février 1883, 
s'occupa d'abord avec ardeur de poésie et de littérature et entra 
dans l'école de Nicolaï à Leipsick. Une symphonie de Beethoven qu'il 
entendit vint tout d'un coup modifier ses projets d'avenir. Tout 
en suivant les cours de l'Université, il résolut de se faire musicien, 
et commença l'étude de l'harmonie et de la composition sous la 
direction de Weinling. Sa première œuvre fut une ouverture que 
l'on exécuta au Gewandhaus avec un certain succès. D'autres compo- 
sitions, parmi lesquelles il faut citer une symphonie, obtinrent aussi 
des auditions heureuses dans la même salle, en 1833. En 1834, nommé 
directeur de musique au théâtre de Magdebourg, il écrivit un opéra : 
les Fées, qui ne fut pas représenté. La Novice de Palerme, jouée à 
Magdebourg en 1836, n'y obtint aucun succès, quoiqu'elle indiquât une 
manière plus personnelle. Wagner fut affecté de cet échec. 11 démis- 
sionna et alla prendre pour six mois la direction de l'orchestre du 
théâtre de Kœnigsberg ; de là, il se rendit à Riga comme directeur de 



378 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

musique. Ce fut dans cette dernière ville qu'il conçut le plande 
Rienzi. En 1839, lorsqu'il eut achevé le texte ainsi que la musique 
des deux premiers actes, il s'embarqua pour Paris, n'ayant pour toute 
richesse qu'une foi robuste en son avenir. Durant la traversée, une 
tempête furieuse le jeta sur les côtes delaNorwège. L'aspect sinistre 
des plages, le chaos des éléments, la fuite affolée et vertigineuse du 
navire dans la nuit, sous la rafale, lui inspirèrent un nouveau poème 
qu'il écrivit et mit en musique plus tard sous le titre du Hollandais 
volant, connu depuis sous celui du Vaisseau fantôme. Arrivé à Boulogne, 
Wagner y rencontra Meyerbeer. L'accueil sympathique autant que 
généreux de|ce grand musicien permit à Wagner d'atteindre Paris et de 
s'y présenter sous bonne recommandation à M. Léon Pillet, direc- 
teur de r Opéra. Se procurer des moyens d'existence, arriver à pro- 
duire publiquement ses œuvres furent ses premières préoccupations. 
Malheureusement, l'un était aussi difficile à réahser que l'autre. L'édi- 
teur Schlesinger, son protecteur le plus influent, ne put parvenir à 
faire exécuter par la Société des concerts son ouverture de Faust, ni 
décider l'Opéra à jouer sa Défense de l'Amour, que le traducteur 
français refusa d'ailleurs de continuer, comme impropre à la scène. 
Pendant les trois années que Wagner passa à Paris sans avoir pu 
avancer d'un pas sa réputation, sa lutte contre la misère fut des plus 
rudes. Schlesinger lui ayant enfm procuré quelques travaux, il réduisit 
au piano la partition de la Reine de Chypre, arrangea pour le violon et 
le cornet à pistons des opéras nouveaux, se fit copiste, écrivit pour la 
Gazette musicale de petites fantaisies littéraires dans lesquelles il se 
dépeignait lui-même, et qui furent assez réussies. Cette période fut 
pénible sans doute pour l'artiste ; mais aussi que faire avec un homme 
qui disait lui-même : Je ne me sentais aucune sympathie pour les manières 
françaises, mais je me flattais d'imposer les miennes l Cependant, deux 
lettres adressées d'Allemagne vinrent mettre un terme à la mauvaise 
fortune de Wagner : Rienzi était accepté à Dresde et le Vaisseau fan- 
tôme à BerUn. Pour subvenir aux frais d'un voyage immédiat, il ven- 
dit à M. Léon Pillet le sujet du Vaisseau fantôme, s'en réservant la 
propriété en Allemagne, et partit pour Dresde (1842). [Le Vaisseau 
fantôme, mis en musique par Dietch, a été donné plus tard à l'Opéra.) 
Rienzi, le Dernier des Tribuns, fut donné à Dresde, le 30 octobre 1842, 
avec un plein succès. Dans cet omTage, où malheureusement la 
seconde partie n'est en quelque sorte que la répétition de la pre- 
mière, le compositeur, tout en imprimant à la musique le cachet de 
sa personnalité, y conserve les formes en usage. Certains procédés 



WAGNER. 379 

rappellent, il est vrai, ceux de Meyerbeer, quelques allures italien aes 
y frisent la banalité; mais, en somme, l'œuvre renferme les beautés 
les plus réelles. Après ce succès, Wagner fut nommé maître de cha- 
pelle du roi de Saxe, et l'on mit à Tétude le Vaisseau fantôme. Exé- 
cuté le 2 janvier 1843, cet opéra, quoique supérieur à Menzi, tomba 
à plat. Ce fut dans cet ouvrage que Wagner employa pour la première 
fois des phrases typiques destinées à caractériser chacun de ses 
principaux personnages. Remis des découragements que lui avait 
causés cet insuccès, répété à Berlin en 1844, Wagner écrivit le 
Tannhaiiser. Dans cet ouvrage (Dresde, 1845), les tendances à la 
mélopée continue commencent à s'accentuer, les longueurs se multi- 
plient, la tension non interrompue du style devient plus fatigante ; 
mais les beautés sont de premier ordre et les qualités scéniques n'ont 
pas encore entièrement disparu. 11 en est de même dans Lohengrin, 
opéra terminé en 1847, mais dont l'apparition fut reculée par les évé- 
nements de 1848. Wagner avait pris part au mouvement insurrec- 
tionnel. Condamné à mort par contumace, après l'écrasement de la 
révolution, il s'était réfugié à Zurich ; ce fut Liszt qui fit donner Lohen- 
grin à Weimar, en son absence, le 28 août 1850. Pendant ce temps, 
Wagner publiait les trois poèmes : Vaisseau fantôme, Tannhauser, 
Lohengnn, avec une préface interminable intitulée : Communication à 
mes amis. Pour qui sait lire entre les lignes, ce long exposé dépeint 
en entier le compositeur. 

En 1860, Wagner revint à Paris et y donna de grands concerts, 
dans lesquels il produisit des fragments choisis de ses ouvrages. Ces 
concerts eurent du retentissement, surtout à la cour. La protection de 
certaine ambassadrice aidant, ordre fut donné de monter Tannhauser 
à l'Opéra dans le plus bref délai. Le monde officiel s'était partagé 
en deux camps. D'un côté se trouvaient les amis de la haute protec- 
trice ; de l'autre, ses adversaires. Pour les uns comme pour les 
autres d'ailleurs, le nouvel ouvrage n'était qu'un enjeu, qu'un pré- 
texte, et l'auteur n'avait de partisans vraiment sincères que les artistes 
ou les gens avides de nouveauté. Les choses en étaient là, lorsque 
Wagner, avec une maladresse insigne, vint préparer lui-même sa 
perte. Quelques jours avant la représentation, il publia une lettre 
remplie de sottises et d'outrecuidantes insolences, et se mit à dos 
tous les artistes. Alors, c'en fut fait du sort de son opéra. Le soir de 
la première représentation fut marqué par un orage tel, qu'on n'en 
vit jamais d'aussi tumultueux à l'Opéra. De la première jusqu'à la 
dernière mesure, il y eut un concert furieux de sifflets et de huées; il 



380 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

fut absolument impossible d'entendre une seule note de la musique. 
Les mêmes violences se renouvelèrent aux deux représentations sui- 
vantes, qui furent les dernières. Après cet échec, Wagner alla se con- 
soler auprès du roi Louis de Bavière. Pour obtenir la réalisation de 
ses vœux : le théâtre aiiUque, le fougueux démocrate se fit plat cour- 
tisan. Le 10 juin 1865, Tristan et Iseult vint marquer une nouvelle 
évolution accomplie dans la manière de \yagner. Ici, plus de mouve- 
ment scénique, plus de duos où les voix s'unissent, plus de ces retours 
d'une phrase aimée qui charmaient l'esprit tout en le laissant reposer; 
mais une mélopée continue aux rythmes rompus, sans formes défi- 
nies, un effort toujours tendu, des longueurs interminables, la voix 
humaine se manifestant sans lignes propres et comme noyée dans 
l'ensemble orchestral ; enfin, brochant sur le tout, un poème triste et 
mal conçu, des héros peu intéressants et surtout peu humains. Les 
Maîtres chanteurs, opéra-comique donné à Munich le 21 juin 1868, 
présentent, à côté des mêmes errements, un retour vers la précédente 
manière. De joUes phrases, bien venues, ayant un commencement et 
une fin, surgissent çà et là ; la vie scénique est plus active ; il y a 
même de la gaieté, lourde et épaisse il est wai, mais franche. Ce ne 
fut là qu'un temps d'arrêt. Après avoir dévoyé fart de la scène, \Ya- 
gner ne pouvait s'arrêter en si beau chemin. Il lui fallait quelque 
chose de plus colossal, et, s'il faut dire le mot, de plus absurde. Il 
écrivit l'Anneau du Nibeliing, tétralogie; c'est-à-dire quatre opéras 
n'en formant qu'un et dont la représentation exigeait quatre soirées : 
1° rOr du Rhin, prologue; 2° les Walkyries; 3° Siegfried; 4° le Cré- 
puscide des Dieux. Les Walkyries et l'Or du Rhin furent donnés à Mu- 
nich en 1870. Pour une telle œuvre, un théâtre ordinaire ne pouvait 
suffire. Wagner ouvrit une souscription, et, le roi Louis aidant, une 
salle fut construite suivant les plans du compositeur aux abords 
de la petite ville de Bayreuth (Bavière). Dans cette salle, entre au- 
tres particularités, l'orchestre était invisible. On y donna trois séries 
de représentations complètes. Les premières eurent lieu les 13, 14, 
16 et 18 août, 1876. On aura une idée des dimensions insensées de 
cet ou\Tage, quand on saura quïl a douze actes et que l'un d'eux 
ne dure pas moins de deux heures trois quarts ! Après la représen- 
tation, Wagner prononça un discours dans lequel il s'écria : Nous 
avons donc montré maintenant que nous avons un art! Ces mots disent 
tout ; ils peignent d'un trait l'auteur de l'Anneau du Nibelung. Par- 
sifal, le dernier opéra de Wagner, composé dans le même ordre 
d'idées, a été exécuté à Bayreuth en 1882. 



WAGNER. 381 

Richard Wagner a expliqué, dans ses écrits, la nature de ses ré- 
formes et leur but. Il voulait, disait-il, se rapprocher de la nature. 
Trouvant avec raison qu'une coupe trop régulière dans les morceaux, 
ainsi que les répétitions de phrases ou de mots qu'elle entraîne, su- 
bordonnait, outre mesure, l'action dramatique à la forme lyrique ; 
entravait les mouvements scéniques et nuisait à la justesse de l'ex- 
pression, il chercha à dégager la pensée musicale des liens surannés 
qui l'enchaînaient pour l'attacher plus étroitement au drame. Jusque- 
là, rien de mieux, et Lohengrin termina fort dignement cette pre- 
mière période. Mais lorsque , entraîné par la folle passion de tout 
détruire, il en arriva à unir dans ,un monstrueux assemblage l'es- 
thétique la plus subtile à un réalisme puéril et mesquin, il devint 
impossible, pour tout esprit sincère, de le suivre. On le vit alors se 
plonger dans d'abstraites et interminables analyses des sentiments 
humains et, sous prétexte de sacrifier, d'une façon plus complète, aux 
lois naturelles, prétendre bannir tout ce qui était convention au 
théâtre, comme si le théâtre pouvait être autre chose! Il supprima 
airs, duos, trios, etc., parce que, disait-il, deux ou plusieurs person- 
nages ne parlent jamais simultanément dans la nature ; proscrivit 
toute forme musicale définie ou arrêtée, parce qu'il n'y a pas d'arrêt 
dans la nature ; n'admit enfin que le chœur et la seule mélopée on- 
dulante et continue sans repos ni trêve, parce que la nature ne con- 
naît ni trêve ni repos. Il croyait atteindre ainsi à l'idéal de l'art dra- 
matique, tandis qu'il le ramenait simplement à ses premiers pas, aux 
balbutiements de son début! 

En résumé, Richard Wagner fut un remarquable génie musical, que 
l'orgueil et la vanité ont aveuglé et déséquilibré. Doué d'un senti- 
ment poétique profond, mais hbrettiste détestable, il n'a, quoi qu'on 
ait pu prétendre, rien inventé dans l'art de la scène, si ce n'est l'em- 
ploi des phrases typiques dont il est parlé plus haut, et encore n'est-ce 
là qu'un simple procédé dramatique. Maintenant, à le considérer par 
ses écrits, on voit qu'il a tout dénigré, tout calomnié, tout outragé, 
le passé comme le présent, dans le fol espoir de se faire un piédestal 
des génies consacrés et d'émerger seul de leur abaissement général. 
On voit qu'avec une indépendance d'esprit, heureusement fort rare, 
il s'est attaqué tout particulièrement et d'une façon odieuse à Meyer- 
beer, son bienfaiteur. On voit encore que, pour se venger de la France, 
qui n'avait pas voulu de lui, il l'a lâchement insultée dès qu'il l'a vue 
abattue et défaite, espérant qu'elle allait enfin disparaître du nombre 
des nations. Richard Wagner a souvent prétendu qu'il ne fallait point 



38*2 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

séparer l'homme de l'artiste, lorsque l'on voulait sainement en appré- 
cier la valeur. Pour cette fois, il faut lui donner raison. 

WALLACE (William-Vincent), compositeur et virtuose, né le 
l^r juin 1814 à Waterford (Irlande), mort le 12 octobre 1863 au château 
de Bagen (Haute-Garonne), fit ses études musicales près de son père, 
chef de musique de régiment à Dublin, et apprit à la fois le piano, 
le violon et la clarinette. En 1832, il se rendit en Austrahe, et de là 
dans les Tndes, au Mexique, aux États-Unis, donnant partout des 
concerts avec de fructueux succès. De 1841 à 1842, il fut directeur de 
musique à Mexico. 11 voyagea ensuite en Allemagne, en Belgique et 
en Angleterre, où ses succès ne furent pas moins accentués. En 1845, 
il donna à Londres Maritana ; l'année suivante, Mathilde de Hongrie; 
Luzinne, en 1860 ; la Sorcière d'Ambre, en 1861 j le Triomphe de l'Amour, 
en 1862, et la Fleur du désert, en 1864. Tous ces opéras obtinrent de 
grands succès. Cet artiste a été considéré comme le restaurateur et 
le soutien de l'art dramatique anglais, quoique ses productions ne 
soient pas des plus originales. Son œuvre comprend encore quatre 
opéras inédits : la Jeune Zurichoise, Estrella, Gulnare et Olga ; une 
messe, plus de deux cents morceaux de chant et environ autant pour 
les instruments, etc., etc. 

WEBER (Bernard-Axselme), maître de chapelle du roi de Prusse, 
né ;i Mannheim en 1776, mort à Berlin en 1821, fut un des élèves de 
l'abbé Yogler et brilla plutôt comme chef d'orchestre que comme 
compositeur. Directeur de musique en second au théâtre de Kœ- 
nigstadt à Berlin en 1792, il devint maître de chapelle de la cour en 
1804. Son œuvre, imité de Gluck, dont il était l'admirateur enthou- 
siaste , se compose d'opéras sur les grands ouvrages de Schiller : 
Guillaume Tell, Jeanne d'Arc, la Fiancée de Messine^ la Mort de Wal- 
lenstein et sur les poèmes de Kotzebue. Des airs détachés, des so- 
nates, etc., en forment le complément. 

\\'EBER (Charles-Marie-Frédérig-Ernest, baron DE), illustre com- 
positeur allemand, né le 18 novembre 1786 à Eutin (Holstein), mort 
à Londres le 3 juin 1826, fît un peu partout son éducation musicale, 
au hasard des nombreux déplacements de sa famille. Ses princi- 
paux maîtres furent: Heuschel, à Hildburghausen; Michel Haydn, 
à Salzbourg ; Kalcher, à Munich ; et , plus tard , l'abbé Vogler, à 
Vienne et à Darmstadt. Pendant sa première jeunesse, il cultiva, en 



WALLACE — WEBER. 383 

même temps que la musique, le dessin, la peinture et la gravure ; 
mais la musique seule eut le don de le passionner. Des connais- 
sances ainsi acquises précipitamment, selon divers systèmes, ne pou- 
vaient être qu'incomplètes. Malgré la puissance de son génie, We- 
ber en subit les conséquences durant toute sa carrière, et dans sa 
façon d'écrire on remarqua toujours l'absence d'une base solide. Il 
était sous la direction de Kalcher, lorsqu'il produisit, à douze ans, 
son premier opéra : la Force de l'Amour et du Vin, qui ne fut pas 
représenté. L'année suivante il s'occupa de lithographie]: Senefelder 
venait de la découvrir, et l'engouement de Weber pour cette in- 
téressante nouveauté lui fit négliger la musique. Il s'y remit en 
1800, et écrivit la Fille de la forêt, qui eut un tel succès à Munich, 
que Vienne, Prague, Pétersbourg la donnèrent en peu de temps. 
Il donna en 1801, à Augsbourg : Fierre Schmoll et ses Voisins, avec 
moins de bonheur, et se remit courageusement à il'étude. Pendant 
les années qu'il passa à Vienne (1803 et 1804), il ne publia que quel- 
ques variations et l'arrangement pour le piano de Samori, opéra 
de son maître Vogler. A la fin de 1804, il fut nommé directeur de 
musique au théâtre de Breslau. Il y écrivit Rubezahl, qu'il donna 
sous un pseudonyme, et retoucha ses premiers ouvrages. En 1806, il 
alla diriger la chapelle du prince Eugène de Wurtemberg ; mais la 
guerre le força bientôt à se réfugier à Stuttgard, auprès du prince 
Louis. Là il refit la Fille de la forêt sous le titre de Sylvana, qu'elle a 
conservé depuis; composa le Fremier Bon, des ouvertures, des chœurs 
et de la musique de piano, puis vint à Darmstadt retrouver l'abbé 
Vogler. A cette époque commença sa liaison avec Godefroid Weber 
et Meyerbeer, haison intime et toujours suivie jusqu'à sa mort, et 
il écrivit Abou-Hassan, opéra qui fut donné à Francfort en 1811. 
Weber revit ensuite Munich et Berlin, paraissant dans les concerts, 
et revint à Vienne en 1812. Appelé à Prague en 1813 comme direc- 
• teur de musique de l'Opéra allemand, le soulèvement de l'Allemagne 
contre la domination française lui inspira de magnifiques chants pa- 
triotiques qui furent bientôt populaires parmi les armées allemandes. 
De ce nombre est la célèbre cantate : Combat et Victoire, qui augmenta 
beaucoup sa renommée. Weber occupa ses fonctions à Prague jus- 
qu'en 1816, et brusquement se remit à voyager. Ses chants patrioti- 
ques lui avaient enfin conquis la réputation qu'il cherchait;» de nom- 
breuses propositions lui furent faites, et entre toutes il accepta celle 
d'aller fonder à Dresde un Opéra allemand, en 1818. Tout en s'ac- 
quitlant de sa tâche avec le plus grand mérite, il travailla deux ans 



384 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

à la composition du Freyschùfz [le Tranc Archer), son chef-d'œuvre. 
Il donna cet admirable ouvrage au théâtre de Kœnigstadt de Berlin, 
le 18 juin 1821 et obtint un succès sans précédent. A partir de ce mo- 
ment, Weber fut reconnu comme le premier compositeur drama- 
tique de l'Allemagne. Peu de temps après, il donna Preciosa; puis 
écrivit pour Vienne Eunjanthe (25 octobre 1823). Ce dernier opéra ne 
réussit pas d'abord, à cause de l'ineptie du Hvret ; mais, par la suite, 
les beautés de la partie musicale le relevèrent avec éclat. En 1824, 
Weber reçut de Londres la commande d'un opéra pour le théâtre 
de Covent-Garden. Dix-huit mois plus tard il livrait Ohéron, et en 
dirigeait lui-même l'exécution le 12 avril 1826. Comme Euryanthe, 
Obéron, froidement accueilli le premier jour, n'obtint que plus tard 
ses grands et nombreux succès. Cependant Weber ne devait jouir de 
ses triomphes que quelques jours à peine. Sourdement miné par 
une maladie de poitrine qui avait abattu ses Iforces et augmenté 
la sombre mélancohe à laquelle il était enclin depuis sa première 
jeunesse, il tomba sérieusement malade à Londres dans le courant 
du mois de mai, et ne se releva plus. Weber composa toujours avec 
lenteur et difficulté, et sa facture se ressentit jusqu'à la fin des 
lacunes de son éducation première. Aussi le nombre de ses œuvres 
est-il relativement peu considérable. Ses opéras ; ses cantates : la 
Nature et l'Amour, Combat et Victoire ; des scènes, airs et chœurs 
T^ouT Athalie et Inès de Castro; les ouvertures du Roi des Génies, de 
Turandot, du Jubilé pour la cinquantième année du règne du roi de 
Saxe; une symphonie, un quintette ])0\ir clarinette et instruments à 
cordes; des concertos et concertinos pour basson, pour cor et pour 
piano avec orchestre ; le Concert-Stuck ; des quatuor , trios , duos 
pour instruments et pour la voix ; des sonates pour le piano à deux 
et à quatre mains ; quelques autres pièces de divers genres et une 
Messe sont à peu près tout ce qu'il a laissé. Mais dans ces quelques 
ouMages se révèle un génie original, coloré, dramatique et fantas- 
tique à la fois ; une tendresse et un charme touchants ; une puis- 
sance d'émotion et d'invention merveilleuses. Presque toutes ces 
œu\Tes sont aujourd'hui connues à Paris. Quant au Freyschùtz, on 
ne le connut pendant longtemps que sous le titre fantaisiste de Ro- 
bin des Bois, que lui avait donné Castil-Blaze. Dans cette prétendue 
adaptation à la scène française, Técri vain-compositeur avait agi avec 
une telle licence; il avait si bien rogné, mutilé, remplacé en puisant 
dans Euryanthe et dans les autres omTages du maître, poussant l'au- 
dace jusqu'à intercaler dans sa partition pot-pourri des pages en- 



WEBER — WECKERLIN. 3S5 

tières de son cru, que le pauvre Freyschùtz en était devenu mécon- 
naissable. Fort heureusement, depuis une quarantaine d'années, nous 
sommes, grâce à Berlioz, en pleine possession de ce chef-d'œuvre. 
Le maître français l'a approprié au grand Opéra en y ajoutant des 
récitatifs et des ballets, et c'est sous cette forme qu'il fait aujourd'hui 
partie du répertoire. Le Freyschùtz a été donné aussi à Paris au théâtre 
Lyrique. 

WEBER (Godefroid), magistrat, musicographe et compositeur, né 
à Feinsheim (Bavière rhénane) en 1779, mort à Kreuznach en 1839, 
a laissé plusieurs compositions de divers genres d'un intérêt secon- 
daire, mais s'est fait remarquer par de nombreux écrits sur la mu- 
sique, parmi lesquels on cite : Essai d'une Théorie systématique de la 
musique pour s'instruire soi-même, avec des remarques pour les savants; 
Science générale de la musique, à l'usage des professeurs et des élèves ; 
Cœcilia, écrit périodique pour le monde musical. Godefroid Weber fut 
très estimé par Charles-Marie de Weber et par Meyerbeer, dont il 
était l'intime ami. 

WECKERLÏN (Jean-Baptiste-Théodore), compositeur, musicogra- 
phe, bibliothécaire en chef du Conservatoire national de musique et 
de déclamation, né le 9 novembre 1821 à Guebwiller (Haut-Rhin), fut 
admis au Conservatoire en 1844, et en sortit en 1849 pour se livrer 
à la composition et à renseignement. M. Weckerlin avait déjà écrit 
quelques mélodies lorsqu'il donna, en 1847, dans la salle du Conser- 
vatoire, une audition de Roland, scènes héroïques pour soli-chœurs 
et orchestres. Ensuite il aborda la scène avec un petit opéra- 
comique: l'Organiste, qui fut joué au théâtre Lyrique en 1853. En 
1860, une symphonie : les Poèmes de la mer, fut donnée par lui 
en audition au théâtre Italien; et trois ans plus tard il fit exé- 
cuter à Colmar les Trois Noces de la vallée des balais en patois alsa- 
cien. En 1873, les concerts du Grand-Hôtel de Paris exécutèrent son 
ode-symphonie sur l'Inde; en 1877, le théâtre Lyrique donna A 
Fontenoy ; la Vendange ensorcelée, en patois alsacien, fut représentée à 
Colmar en 1879. Ce compositeur a encore écrit des opéras de salon 
qui ont été exécutés: Tout est bien qui finit bien (Tuileries, 1856) ; 
les Revenants bretons; la Laitière de Trianon, chez Rossini, en 1858, 
Parmi ses autres compositions, on compte une messe, des chœurs, 
un grand nombre de mélodies, les Poètes français- du XIII^ au XVIII'' siè- 
cle mis en musique, etc. M. Weckerlin a aussi rassemblé une quan- 



386 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

tité de mélodies populaires et les a publiées sous le titre de Chan- 
sons populaires des provinces françaises; Échos du temps passé; Échos 
d'Angleterre, etc. Malheureusement, dans ces arrangements pour 
piano et chant, M. Weckerlin n'a pas suffisamment respecté la vé- 
rité historique du style lorsqu'il a eu à composer les accompagne- 
ments de ces mélodies. Il leur a donné à tous une allure moderne 
peu en rapport avec le style du temps. M. AVeckerlin, qui a été chef 
du chant et des chœurs à la société Sainte-Cécile de 1850 à 1855, 
a été nommé, en 1869, préposé à la bibliothèque du Conservatoire et 
bibliothécaire en chef à la mort de Félicien David. 

WELDON (Georgixa), cantatrice anglaise et professeur de chant, 
que ses démêlés de diverses natures avec M. Gounod ont rendue cé- 
lèbre, est née à Londres le 24 mai 1837. Ce fut chez elle que le 
compositeur logea, lors de son séjour en Angleterre pendant la 
guerre franco-allemande, et chez elle aussi qu'il fonda la société de 
chant nommée par lui Gounod's Choir. Quand M. Gounod quitta Lon- 
dres, M™^ AV'eldon prétendit s'approprier tous ses manuscrits musi- 
caux et littéraires, y compris la partition de Polyeucte. Depuis, cette 
dame a rendu les manuscrits musicaux, mais elle a gardé les autres. 
Elle a publié en mauvais français deux opuscules : la Destruction du 
Polyeucte de M. Gounod et Autobiographie de Ch. Gounod et Articles 
sur la routine en matière d'art. Lorsque la Société des concerts exé- 
cuta la cantate de M. Gounod : Gallia, ce futM"^^ AYeldon qui en fut 
la principale interprète, sur la demande de l'auteur. On assure que 
cette dame est aujourd'hui folle et enfermée dans une maison de 
santé. 

WIDOR (Charles-Marie), pianiste, organiste et compositeur fran- 
çais, né à Lyon le 22 février 1845, a fait son éducation musicale avec 
MM. Lemmens et Fétis, à Bruxelles, et est revenu à Lyon, où il a été 
nommé organiste de Saint-François en 1860. Appelé à Paris vers 
1869, pour être titulaire de l'orgue de Saint-Sulpice, il a conservé 
ce poste jusqu'à ce jour. M. Widor s'est plusieurs fois fait entendre 
dans les concerts et particuhèrement à ceux du Trocadéro, avec un 
grand succès. Parmi les compositions de cet artiste, on cite son bal- 
let la Korrigane (Opéra. 1" décembre 1880), un concerto de piano; un 
autre pour le violoncelle ; sérénade pour cinq instruments ; Pages 
intimes et Scènes de bal pour le piano, etc., etc., des chœurs, plu- 
sieurs mélodies, etc. 



WELDON — WILHELMY. 3S7 

WIENAWSKI (Henri), violoniste virtuose et compositeur pour son 
instrument, né à Lublin (Pologne) le 10 juillet 1835, mort à Mos- 
cou le 1" avril 1880, fut admis au Conservatoire de Paris en 1843, et 
y obtint le premier prix de violon en 1846. En 1848, il se rendit avec 
sa mère à Pétersbourg et à Moscou, et y donna ses premiers con- 
certs. De retour à Paris en 1849, il rentra au Conservatoire pour 
y étudier l'harmonie et le quitta définitivement en 1830. Il com- 
mença alors avec son frère de nombreux voyages en Pologne, en 
Russie, en Allemagne, en Belgique, en Hollande et en Angleterre, 
voyant toujours s'accroître ses succès. En 1874, il a été nommé pro- 
fesseur de violon au Conservatoire de Bruxelles, mais depuis 1877 
il s'est retiré. On connaît de lui plusieurs polonaises, des airs russes, 
des fantaisies, un concerto, etc. 

WIENAWSKI (Joseph), pianiste et compositeur pour le piano, frère 
du précédent, est né à Lublin (Pologne) le 23 mai 1837. Admis au 
Conservatoire de Paris en 1847, il obtint les premiers prix de solfège 
et de piano en 1849, et le premier second prix d'harmonie en 1850. 
II se rendit alors avec son frère en Russie, en Pologne, en Alle- 
magne, en Belgique et en Hollande ; puis il le quitta et retourna à 
Paris se livrer à l'enseignement et à la composition. On connaît de 
lui un concerto, un grand duo polonais avec violon, des valses, etc. 

WILD (François), ténor allemand remarquable, né à Niederhallat- 
brunn le 31 décembre 1792, mort à Vienne le 2 janvier 1860, fut 
enfant de chœur à la chapelle de la cour, à Vienne, jusqu'à l'âge de 
dix-sept ans. Ensuite, il chanta dans les chœurs, au théâtre de Léo- 
poldstadt ; puis, sur la recommandation de Hummel, chez le prince 
Esterhazy, comme solo, dans sa chapelle à Eisenstadt. En 1811, en- 
gagé comme premier ténor au théâtre An-der-Wien, il y obtint de 
grands succès, particulièrement pendant la réunion du Congrès, en 
1814. Sa voix ayant baissé jusqu'au timbre du baryton, il alla chanter 
à Berlin (1816), à Darmstadt (1817), où il fut nommé chanteur de la 
Chambre ; à Paris et à Cassel (1825), enfin à Vienne (1830) ; et par- 
tout il reçut l'accueil le plus chaleureux, sauf à Paris, ou son infé- 
riorité dans la musique italienne fut trop manifeste. Ses meilleurs 
rôles étaient ceux de Don Juan et d'Oreste dans Iphigénie en Tauride. 

WILHELMY (Auguste-Émile-Daniel-Frédérig-Vigtor) , violoniste 
célèbre, né à Usingen (Nassau) le 21 septembre 1845, est le fils d'une 



388 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

pianiste et chanteuse distinguée, Charlotte Petry. En 1849, sa famille 
allant s'établir à Wiesbaden, il reçut dans cette ville des leçons de 
violon de Fischer et parut pour la première fois dans un concert à 
Limbourg-sur-la-Lahn, en 1854. Cependant son père le destinait au 
barreau, et ce ne fut qu'en 1861, suivant l'avis de Liszt, qu'il consen- 
tit à laisser entrer son fils au Conservatoire de Leipsick.Là,le jeune 
Wilhelmy eut pour maître et ami Ferdinand David, dont il épousa 
plus tard la nièce. De 1865 à 1867, il parcourut la Suisse, la Hol- 
lande, l'Angleterre et arriva à Paris, où un triomphe l'attendait aux 
Concerts populaires. Ensuite il visita l'Italie et la Russie et revint à 
Paris retrouver les mêmes succès (1869). Enfin, après d'autres 
voyages, Wilhelmy alla se faire applaudir dans son pays, le seul 
de l'Europe qu'il n'eût pas encore visité. Il a publié plusieurs com- 
positions intéressantes. 

WILHEM (Gdillaume-Louis BOCQUILLON, dit).— Voir Bocquillon. 

WILLAERT (Adrien), célèbre compositeur belge du commencement 
du seizième siècle, fondateur de l'École de Venise, né vers 1480 ou 
1490(?),mort à Venise en 1562, fut élève de Jean Mouton, passa plu- 
sieurs années à Paris et se rendit à Rome en 1516. Le jour de la fête 
de la Vierge, il entendit, à la chapelle pontificale, un motet de sa com- 
position, que l'on exécutait comme étant de Josquin Desprès. Il s'en 
déclara l'auteur. On fit droit à sa réclamation ; mais telle était grande 
alors la vogue de Josquin, que, dès que l'on apprit le nom du véri- 
table auteur du motet, on ne le voulut plus chanter. De 1516 à 1526, 
AVillaert fut à Ferrare et au service du roi de Hongrie Louis II. Ensuite 
il se rendit à Venise comme maître de chapelle de Saint-Marc (1527), 
et y fonda l'école fameuse à qui l'on doit Cyprien de Rore, Porta, 
Zarlino, Jean Croce, Annibal de Padoue, Claude MeruUo, les Gabrieli, 
Claude Monteverde^ etc., etc. L'œuvre de ce grand musicien se com- 
pose de motets, de madrigaux, de messes à une et à plusieurs voix ; 
de poèmes mis en musique, tels que Suzanne, dont l'histoire, divisée 
en trois parties, chacune à cinq voix, est considérée comme le premier 
essai connu d'oratorio ; de psaumes spezzati, c'est-à-dire divisés en 
plusieurs chœurs qui chantaient tantôt séparément, tantôt se réunis- 
saient en grand chœur à douze ou quinze voix. Villaert fut l'in- 
venteur de ces sortes de compositions. 

WILSON (Miss), célèbre cantatrice anglaise, née au commencement 
de ce siècle, morte en 1867, fut l'élève de Thomas Welsch, chanteur 



WILHEM — WINTER. 389 

et compositeur, qu'elle épousa depuis. Elle débuta en 1821 au théâtre 
de Drury-Lane, avec un si grand succès, que les plus célèbres artistes 
qui chantèrent depuis à Londres n'ont pu la faire oublier. Un de ses 
plus grands triomphes fut VArtaxercès d'Arne. 

WILT (Marie), célèbre cantatrice dramatique allemande, née à 
Vienne vers 1838, fit de bonnes études musicales, et épousa un ingé- 
nieur du nom de Wilt. Cette artiste ne paraissait pas devoir jamais 
briller par les qualités de la voix, lorsque le chef d'orchestre Her- 
beck devina ses qualités vocales et les lui fit travailler. Bientôt après 
elle débuta dans la Création d'Haydn, et le succès qu'elle y obtint 
la détermina à suivre la carrière de cantatrice dramatique. Gaens- 
bacher et Wolf dirigèrent ses études vocales, et, après s'être pro- 
duite dans différents concerts avec un succès croissant, M"^ Wilt 
débuta au théâtre de Gratz dans le rôle de dona Anna de Bon Juan, 
Elle se rendit ensuite à Berlin, puis au théâtre de Covent-Garden 
de Londres, où ses succès furent considérables, et revint en rem- 
porter de nouveaux à l'Opéra impérial de Vienne en 1867. En 1877, 
elle se fit entendre en Russie, en Prusse, etc. La voix de M"*^ Wilt est 
un soprano d'une puissance rare et d'une étendue de deux octaves. 
La remarquable souplesse de son talent, la facilité de ses vocalises 
la classent parmi les chanteuses les plus distinguées de notre temps. 
Ses meilleurs rôles sont dans les Huguenots, Aida, Obéron, Hamlet, 
la Flûte enchantée, Norma, etc. 

WINTER (Pierre de), compositeur et maître de chapelle, né à 
Mannheim en 1754, mort en 1825 à Munich, fut admis à l'âge de onze 
ans dans la chapelle du prince palatin et devint l'élève de l'abbé 
Vogler. En 1776, il fut nommé chef d'orchestre au théâtre de la cour 
et suivit celle-ci, lorsqu'elle se transporta à Munich, en 1778. Il écri- 
vit dans cette ville Armîda, Cora e Alonzo, Leonardo e Blandina; et, 
en 1780, Hélène et Paris , son premier opéra allemand. En 1783, se 
rendant à Vienne pour y faire exécuter plusieurs grands ouvrages, 
Salieri lui donna sur l'art d'écrire pour les voix quelques utiles 
conseils. De retour à Munich, W^inter écrivit un beau psaume à 
plusieurs voix qui lui valut d'être nommé maître de la chapelle élec- 
torale (1788). Winter alla visiter l'Italie en 1791, après avoir écrit 
divers opéras pour le comte de Seefeld. Il donna pendant ce voyage 
à Naples Antigone (1791); à Venise, IFratelli rivalli et il Sacrifizio 
di Creta (1792j. Ensuite, il revint à Munich donner deux opéras, et 



390 PETITE E^XYCLOPÉDIE MUSICALE. 

repartit pour Vienne, oi!i il composa deux de ses meilleurs ouvrages: 
le Labyrinthe et le Sacrifice interrompu (1794). Marie de Montalhan (Mu- 
nich, 1798) doit aussi être classée parmi ses plus grands succès. Il n'en 
fut pas de même de Tamerlan, opéra que Winter écrivit pour Paris et 
qui tomba aplat à l'Opéra (1802). En 1803, l'infatigable compositeur 
se rendit à Londres et donna encore pendant une durée de deux ans 
trois opéras et trois grands ballets, parmi lesquels il faut citer Or- 
phée, qui réussit à souhait. ^Yinter, de retour à Munich, y ouvrit une 
école de chant qui forma de bons élèves (1805). L'année suivante, 
il voulut tenter de nouveau l'Opéra de Paris, mais Castor (traduction 
d'un opéra italien donné déjà à Londres) ne fut pas plus heureux 
que Tamerlan. Ce second échec découragea ^Yinter, qui n'écrivit plus 
pour l'étranger jusqu'en 181 6. A cette époque, il fit un second voyage 
en Itahe, et y donna z7 ilfaomeio (Milan, 1817) et deux autres opéras. 
Le Bouffe et le Tailleur, qu'il fit représenter à Gênes, fut son dernier 
succès (1820). \Mnter fut d'une fécondité rare, mais manqua de réelle 
originalité. Son œuvre, qui comprend soixante-trois opéras, dix-neuf 
cantates, un grand nombre de symphonies et 'de morceaux de mu- 
sique de chambre, est aujourd'hui, à l'exception des opéras : le Laby- 
rinthe. Marie de Montalban, le Sacrifice interrompu, le Bouffe et le Tail- 
leur, complètement tombé en oubli. ^N'inter a publié une Méthode 
complète de chant, devenue classique en Allemagne. 

WOLF (Ernest-Guillaume), compositeur distingué, né à Grossen- 
Behringen près Gotha en 1735, mort à Weimar en 1762, fit ses 
études musicales pendant qu'il suivait les cours de l'université 
d'Iéna, et fut nommé ensuite directeur de la musique au collège de 
Munich. C'est là qu'il se perfectionna dans fart d'écrire. Après un 
court séjour à Leipsick, il se rendit à Weimar, où il obtint en 1761 la 
place de premier violon directeur à la chapelle ducale, et peu après 
la direction de cette chapelle. Dans ses ouvrages, il a . abordé avec 
bonheur le genre religieux, le théâtre et la musique instrumentale. 

^YOLFF (Edouard), pianiste et compositeur pour le piano, né le 
15 septembre 1816 à Varsovie, eut pour maîtres de piano Zawadski 
dans cette ville, et Wurfel à Vienne. 11 apprit ensuite la composition 
avec Elsner dans son pays natal, puis il s'y produisit dans les con- 
certs chaque année jusqu'en 1835. A cette époque il se rendit à Paris, 
s'y fixa et remporta de grands succès chaque fois qu'il s'y fit en-, 
tendre. Ses composiiions : l'Art de Texpressio?!, l'Art de l'exécution. 



WOLF — WRANICZKI. 391 

Études, Caprices, etc., sont d'un style élégant et leur nombre dépasse 
trois cent cinquante. Il est mort à Paris en 1880. 

WOLFF (Auguste-Désiré-Bernard), pianiste, compositeur, chef de 
la célèbre manufacture de pianos Pleyel, Wolff et C'% est né à Paris 
en 1821. Il fit ses études musicales au Conservatoire et remporta en 
1839 un premier prix de piano. Nommé professeur de piano dans cet 
établissement en 1842, il conserva cette position cinq années consé- 
cutives, durant lesquelles il publia un 3 trentaine de morceaux pour 
son instrument. En 1850, il entra dais la maison de Camille Pleyel, 
devint son associé en 1852, et demeura seul directeur de la manufac- 
ture de pianos, après la mort de l'éminent facteur, en 1855. On doit à 
M. Wolff plusieurs perfectionnements : un échappement double, 
spécial à sa maison ; un nouveau format plus petit de pianos à queue 
et le grand modèle à cordes croisées ; le pédalier, etc., etc. M. Wolff, 
dont la manufacture est l'une des trois premières non seulement de 
France, mais d'Europe, a fondé dans son établissement des insti- 
tutions utiles, telles que Société de secours mutuels, Caisse de prêt 
sans intérêt, etc. Président d'honneur de la Société des compositeurs 
de musique, il a institué un prix annuel intitulé : Trix Pleyel-Wolff, 
et concourt de tous ses efforts à la prospérité de la société. 

WORMSER (André-Adglphe-Toussaiint), compositeur, né à Paris 
le 1" novembre 1851, fut admis dès son jeune âge au Conservatoire 
et y obtint en 1870 un premier prix d'harmonie ; en 1872, un premier 
prix de piano ; en 1875, le premier grand prix de Rome. On a exé- 
cuté de lui au Conservatoire, comme envoi de Rome, des fragments 
symphoniques de Diaîie et Endymion^ qui, remaniés et augmentés, 
furent exécutés en entier au Cirque d'été sous la direction de l'au- 
teur pendant l'hiver de 1881-1882. M. Wormser a publié un recueil 
de Douze Pièces pittoresques pour piano à quatre mains, etc., et s'est 
occupé de critique musicale. 

WRAMCZKI (Paul), compositeur distingué, né à Neureisch (Mora- 
vie) en 1758, mort à Vienne en 1808, commença l'étude de l'orgue au 
couvent des Prémontrés de sa ville natale et acheva son éducation 
musicale à Iglau et à Olmutz, où il s'occupa particulièrement de 
l'étude du violon et de la composition. En 1776, il alla continuer ses 
études théologiques au séminaire de Vienne. Il fut immédiatement 
nommé directeur de la musique de cet établissement, et continua 



392 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

son instruction musicale avec Joseph Kraus. En 1785, s'étant avan- 
tageusement fait connaître par de nombreuses compositions, il fut 
nommé directeur de musique de l'Opéra allemand de Vienne et du 
théâtre de la cour. 11 conserva ces fonctions jusqu'à sa mort. D'une 
très grande fécondité, distingué dans son style et dans sa facture, 
Wraniczki a laissé, en fait d'ouvrages connus, dix-sept opéras et can- 
tates et une grande quantité de musique instrumentale. Dans son 
œuvre on cite particulièrement Obéron, opéra joué à Francfort avec 
un succès éclatant en 1790; la Fête du prince, cantate (Eisleben, 
1798), et ses Symphonies. 



YRADIER (Sébastien), compositeur espagnol, mort en 1865 à Vit- 
toria, est devenu célèbre par ses chansons d'une saveur étrange et 
typique. Une entre toutes : Ay Chiquita, a été chantée dans toutes 
les langues et a obtenu une popularité universelle. 



ZAPATER (M^^e BosARio), cantatrice, pianiste, professeur et poète 
lyrique, élève de Valdemosa pour le chant, se révéla vers 1860 comme 
librettiste, par le poème Gli Amanti de Teruel, qui fut mis en musique 
par M. Aveline de Aguirre et obtint un grand succès. Son Frimo 
Amore fut traité par Meyerbeer, et Rossini écrivit pour elle des 
traits dl braviira, qu'elle exécutait avec un rare talent. Elle a publié 
des Études pour le chant et des Études pour le piano, qui sont très esti- 
mées. Cette cantatrice a surtout chanté dans les concerts. 

ZARLINO (Joseph), musicien et écrivain célèbre du seizième siècle, 
né à Chioggia (État vénitien) en 1519, mort à Venise en 1590, vint à 
Venise en 1541, fut élève de Villaert et succéda à Cyprien de Rore 
comme maître de chapelle de Saint-Marc, en 1565. Les écrivains de 
son temps ne tarissent pas en éloges sur son compte ; mais le peu 
qui reste de ses compositions (la majeure partie en ayant été enlevée 
des archives de Saint-Marc) ne paraît pas mériter, quant à l'invention 
du moins, une renommée aussi considérable. C'est lui qui fit la mu- 
sique des fêtes données à Henri III de France, lors de son séjour à 
Venise. Ses Institutions harmoniques sont restées célèbres. 



YRADIER — ZINGARELLI. 393 

ZAYTZ (Jean), compositeur et chef d'orchestre, né à Fiume en 1834, 
se fit entendre en pubhc sur le piano et le violon dès l'âge de six 
ans. A dix ans, il écrivit deux ouvertures, une fantaisie pour le violon, 
st à douze, un opéra intitulé Marie-Thérèse. Cependant son père, 
qui le destinait au barreau, contrariait sa vocation et il ne lui permet- 
tait de se livrer à la musique que sous la condition d'achever ses 
études de droit. Zaytz entra au Conservatoire de Milan en 1850 et en 
sortit en 1836. Lauro Rossi, directeur du Conservatoire, ayant mis au 
concours entre ses élèves un petit opéra: la Tyi^olese, Zsiyiz remporta 
le prix et sa partition fut exécutée sur le théâtre de l'établissement en 
1853. Nommé second chef d'orchestre à la Scala, il dut abandonner 
bientôt ce poste pour aller à Fienne, où il fut professeur à l'Institut 
de musique et directeur de la musique municipale. En 1862, il se ren- 
dit à Vienne et fit représenter les Hommes à bord (1863), Fifzli-Putzli, 
les Rendez-vous en Suisse (1867), l'Enlèvement des Sabines (1868), etc., 
avec beaucoup de succès. En 1869, il se rendit à Agram (Croatie) 
comme professeur et directeur de chant de l'Institut de musique et 
chef d'orchestre du théâtre. Il y donna quatre opéras : Mislav, Ban 
Leget, Nikola Subie Zrinjskï et Lizinka. Pan Twardowski (le Faust polo- 
nais) a dû être représenté ces temps derniers. Le nombre des ou- 
vrages de tout genre du compositeur s'élève à près de cinq cents. 

ZIMMERMANN (Pierre -Joseph-Guillaume), professeur et composi- 
teur, né à Paris en 1785, mort en cette ville en 1853, fils du facteur 
de pianos de ce nom, entra au Conservatoire en 1798, et y obtint un 
premier prix de piano en 1800, et un premier prix d'harmonie en 
1802. Nommé en 1816 professeur de piano à l'École royale de chant 
et de déclamation (Conservatoire de la Restauration), il compta parmi 
ses élèves Alkan, Ambroise Thomas, Marmontel, etc. En 1821,11 
remporta au concours la place de professeur de composition, mais 
il préféra garder sa classe de piano. D'une prodigieuse activité comme 
professeur, il trouvait encore le temps de se livrer à la com- 
position et fît représenter l'opéra-comique l'Enlèvement, qui eut un 
certain succès. Ses productions pour le piano consistent en sonates, 
concertos, rondeaux, variations, contredanses, etc. Il a publié l'En- 
cyclopédie du pianiste, qui renferme un cours complet de cet instru- 
ment. Une des filles de Zimmermann a épousé M. Gounod. 

ZINGARELLI (Nicolas-Antoine) , compositeur , né à Naples le 
4 avril 1752, mort en cette ville le 5 mai 1837, fils d'un professeur 



394 PETITE ENCYCLOPÉDIE MUSICALE. 

de chant, fut mis au Conservatoire de Loreto, où il apprit le violon; 
pour le contre-point, il eut pour maître Fenaroli. Son premier ou- 
vrage dramatique : I Quattro Pazzi, fut exécuté par ses compagnons 
d'étude aux applaudissements des professeurs. Après avoir pratiqué 
pendant quelques années l'enseignement pour vivre, il donna sans 
succès, au théâtre Saint-Charles, Montezuma en 1784. En 1785, l'Ai- 
sinda et Telemacco, à Milan, furent plus heureux. Il se fixa alors 
dans cette ville et y écrivit Ifigenia in Aulide (1787); la Morte di 
Cesare (1791); il Mercato di Monfregozo et Plrro (1792); la Secchia 
rapita (1793); Artaserce (1794); Giulietta e Romeo (1796); Meleagro 
(1798); il Ritratto {\ld9); Clytemnestra (1801); il Bevitore fortunato 
et Inès di Castro (1803) et quelques cantates. Entre temps, il avait été 
donner à Paris Antigone, qui ne réussit pas à l'Opéra. Nommé suc- 
cessivement maître de chapelle de la cathédrale de Milan (1792) et à 
la Santa Casa de Lorelte (1794), il donna, à Venise, la même année, 
Apelle e Campaspe, et, l'année suivante, il Conte di Saldagna. Durant 
son séjour à Lorette, il composa une grande quantité de musique 
d'église, connue sous le nom d'Annuale di Zingarelli. En 1804, ce 
maître remplaça Gughelmi à Saint-Pierre de Rome, comme maître 
de chapelle. En 1811, convoqué pour faire chanter un Te Deum d'ac- 
tion de grâces à Toccasion de la naissance du roi de Rome, il re- 
fusa de se rendre à l'église, déclarant qu'il ne reconnaissait d'autre 
souverain que le pape. On l'arrêta et on le conduisit à Paris, où Napo- 
léon, voulant s'attirer ses bonnes grâces, lui commanda une messe, 
le combla de présents et lui rendit la liberté de retourner dans sa 
patrie. Zingarelli se rendit alors à Naples, où il fut nommé directeur 
du Collège royal de musique. Son administration causa la décadence 
momentanée de cet étabhssement, qui ne retrouva son ancienne 
renommée que sous la direction de Mercadante, son élève. Zingarelli 
fut membre associé des Académies des beaux-arts de France, de Ber- 
lin et d'Itahe. Ses meilleurs ouvrages sont Roméo et Juliette et la Des- 
truction de Jérusalem. lia laissé une quarantaine d'opéras. 

ZUCHELLI (Charles), célèbre chanteur italien, né à Londres en 
1793, mort à Bologne en 1879, se rendit en Itahe avec sa famille 
en 1803. Il cultiva d'abord la peinture et y obtenait quelques succès à 
Bologne ; on allait même l'envoyer à Rome, lorsque l'invasion autri- 
chienne vint tout à coup modifier ses projets d'avenir. Il se voua 
à la carrière théâtrale. Après avoir reçu successivement les con- 
seils de Piloti, Roncagli, Crescentini et Matteo Bahni^ Zuchelli dé- 



ZINGARELLI — ZUCCHELLI. 395 

buta à Rrmini, dans un opéra de Pacini, en 1816, puis alla chanter à 
Ferrare, à Munich, à Vienne, où la Guerra aperta et VInganno felice lui 
valurent de grands succès. De retour en Italie en 1819, il continua 
la série de ses triomphes à Milan, Vérone, Turin, Rome et à Trieste, 
où il brilla particulièrement dans VAgnese de Paër. Trenli écrivit 
pour lui VIsola délie Amazoni ; Pacini, la Gioventu di Enrico V; Mer- 
cadante, VAvvertimento ai gelosi. Après cette moisson de succès, 
Zuchelli alla se faire entendre à Londres, à Paris, à Modène, etc., 
et termina à Livourne, en 1842, la carrière la plus brillante qu'une 
basse chantante du genre bouffe ait jamais parcourue. 



PARIS. — TYPOGRAPHIE A. HENNUYER; RUE DARCET, 7. 



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